Missionnaires d'Afrique
Vie du PÈRE ALFONS VAN HOOF (1904-1979)
FONDATEUR DE LA PAROISSE DE JOMBA
CONGOLe Père Alfonse Van Hoof est né le 5 mars 1904 à Boechout dans une famille de braves fermiers, qui eurent huit enfants ; il était le cadet. Après l'école primaire chez les Frères de St. Gabriel dans son village natal, il fit trois ans d'études commerciales à Anvers à l'Institut St. Ignace dirigé par les Jésuites. Fons songea à devenir Père Blanc : mais il lui fallait tout d'abord apprendre le latin. En 1921, la maison des Pères Blancs à Gits l'accueillit; il y étudia par lui-même. L'année suivante il suivit un cours spécial chez les Pères Salésiens à Melles, près de Tournai. Fons fut ainsi la première " vocation tardive " de la Province de Belgique à entrer dans la Société. " Vocation tardive " non pas à cause de l'âge, mais parce que qu'il n'avait pas suivi le cycle des études secondaires classiques gréco-latines.
Fons commença ses études de philosophie à Boechout en 1923 et reçut l'habit à Maison- Carée, le 23 septembre 1925. Il fit ses deux premières années de théologie à Carthage. A l'époque, on construisait le scolasticat de Herverlee, mais les bâtiments n'étaient pas prêts pour recevoir les scolastiques belges en septembre 1928. Fons et ses compagnons de cours s'établirent donc à Boechout pour leur troisième année. C'est là qu'il prononça son serment le 24 mai 1929. L'année suivante tout le groupe se rendit à Heverlee, où les diacres furent ordonnés prêtres, le 27 avril 1930 par Monseigneur Leys, premier Vicaire Apostolique du Kivu.
Au mois d'octobre 1930, Mgr Leys partait pour son nouveau champ d'apostolat. Il emmenait avec lui trois des prêtres qu'il venait d'ordonner : les Pères Paul Rosseel, Roger Carmelynck et Fons Van Hoof. On disait que le Supérieur Général lui avait laissé le choix de ces trois collaborateurs. Quoi qu'il en soit, Mgr Leys avait été supérieur de la maison de philosophie de Boechout et pro-provincial de Belgique, et il avait bien connu ces jeunes qui étaient tous les trois de grande valeur.
Fons savait s'atteler au travail et c'est par son effort personnel qu'il arriva à des résultats au-dessus de la moyenne dans ses études. Les travaux manuels ne lui faisaient pas peur. C'était un homme d'initiative. Durant les vacances, il s'occupait des collégiens de son village et avait beaucoup de succès auprès d'eux. Très vif de caractère, Fons était toujours gai et plein d'entrain, prêt à rendre service à quiconque.
Dès son arrivée au Kivu, Fons fut nommé vicaire à la mission de Rugari (Lulenga) au Kivu-Nord. Fondée en 1911, cette mission comptait en 1930 déjà un grand nombre de baptisés et de nombreuses succursales. Son territoire allait au Sud jusqu' à Goma et la frontière du Rwanda et au Nord, au delà de la Rutshuru, jusqu'au Bwito. La population, qui avait des affinités avec les Banyarwanda du Rwanda, suivait un peu le mouvement de masse vers l'instruction et le baptême. Surtout la partie- Nord comptait des succursales florissantes, e.a Rutshuru, chef-lieu du district et centre commercial administratif, Karambi dans le Busanga (sic) et Ceya dans la région de Jomba.
On pouvait prévoir que Fons se lancerait à fond dans l'étude du Kinyarwanda, la langue de la population, et des us et coutumes. Le 8 novembre 1932, deux ans après son arrivée, il était désigné pour aller fonder la mission de Jomba sur le magnifique plateau du Kinyamahura. Avec le Père Jan Van Bever, tout nouvellement arrivé, et le frère Rumoldus J.Frans (Asaert) qui était aussi au Kivu depuis 1930, ils formèrent une équipe de jeunes! Monseigneur Roelens avait prévu cette mission lors d'une visite de ce coin reculé de son immense vicariat, bien des années auparavant. On y avait déjà construit la chapelle école de Ceya. A partir de ce pied- à- terre les trois fondateurs préparèrent l'habitation et la chapelle provisoire de Kinyamahura. Le jour de leur arrivée, les registres contenaient déjà les noms de plus de 4000 baptisés en vie, dont plus de 2000 en âge de recevoir les sacrements, sur une population estimée à 50.000 habitants.
Fons resta supérieur de Jomba jusqu' en 1943. Onze ans de plein rendement, où il a pu exploiter à fond et développer ses capacités multiples. Santé robuste, endurance à toute épreuve, esprit ouvert, grande sensibilité, autant d'atouts pour un bon démarrage dans ce secteur. Fons était l'homme de la bonne humeur, d'un enthousiasme exubérant. Il fallait que ca marche! Fons était un " fonceur ", en moto ou à pied, dans les visites aux succursales ou pour secourir les malades ou les moribonds. Il bousculait parfois les confrères et les gens, mais il avait le talent pour communiquer son allant. Il savait parler à ses paroissiens et les former à la vie chrétienne; on l'écoutait volontiers. Pour la réception du sacrement de pénitence, chaque succursale devait venir à jour et heure fixes à la mission. Pendant des heures et des heures, Fons restait patiemment au confessionnal, sans jamais montrer de fatigue, ni d'énervement. Les grandes fêtes étaient bien préparées par une semaine de confession. Il y avait de l'affluence. Dans ses préparations, Fons haranguait la foule de sa forte voix, sans micro. Ses sermons étaient émouvants et lui-même se laissait prendre à la vue de tous " ses enfants ". Son bureau était ouvert à tous, accueillant, pour tous. Chacun pouvait s'expliquer à son aise. Ceux qui étaient dans le besoin ne venaient pas pour rien.
Fons avait acquis une grande autorité sur les gens et sur les notables; tous l'aimaient et le regardaient comme leur père. Il avait un don spécial pour découvrir des collaborateurs; les catéchistes et les responsables des chrétientés lui demeuraient attachés. Les nombreux Européens, colons, médecins, gens de l'administration l'estimaient beaucoup et venaient le consulter ou l'écouter; ils le trouvaient sympathique.
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Alentours de Jomba et Karambi près de Jomba
Fons aimait la vie de communauté et sa présence créait une atmosphère de détente et d'humour : Large d'esprit, avec un bon cur, il mettait les confrères à l'aise. Le soir surtout, autour du bon feu de bois (car il fait froid au Kinyamahura, au pied de la chaîne des volcans), il savait raconter avec force, gestes et cris, les anecdotes du jour ou du passé : ses démêlés avec les éléphants, qui circulaient de temps en temps autour de la mission, ou avec les léopards, qui se cachaient dans les grottes de lave. C'était à vous faire rêver du léopard pris au piège, dont Fons imitait le râle. Les confrères étaient tous bien accueillis chez lui. Quand un de ses vicaires revenait de succursale, c'était la fête. Le vieux Père Arthur Bottelier, revenant en moto, s'annonçait en claxonnant dès qu'il arrivait à la bifurcation menant à mission. Cessant toute action, Fons accourait et se plantait devant le garage, les bras en l'air pour témoigner sa joie. Ensuite il l'amenait en chambre et se faisait raconter tout ce qui s'était passé, en fumant un bon cigare.
Dès que la nouvelle mission des Pères fut achevée par le Frère Romuldus et le Frère Antonin, Fons lança la construction d'une nouvelle église, car l'ancienne était devenue trop petite. Ce fut ensuite la maison des Surs Blanches avec un dispensaire et, plus tard, un hôpital grâce à l'aide des colons généreux.
Monseigneur Leys avait choisi le Père Van Hoof comme conseiller. Quand sa santé commença à décliner en 1943, il appela ce dernier près de lui et le nomma curé de Bukavu. Ce fut un grand sacrifice pour Fons, si attaché à ses Banyarwanda. Ce changement l'obligea à apprendre deux nouvelles langues, le mashi et le Kiswahili. Il avouait bien simplement qu'il ne pouvait s'empêcher d'avoir quelques fois le cur gros pour quelques instants. Cette grande ville n'avait pas beaucoup de charme pour un supérieur qui sortait de la brousse. On se connaît difficilement, ce qui ne facilite pas les relations. En plus il y a parmi les gens une telle diversité de races, de cultures, de langues qu'il s'agisse des Africains ou des Européens. Fons fit tout son possible. Il devint même aumônier d'une troupe de routiers européens qui, selon leur coutume, l'avaient totémisé du nom d'un animal qu'ils avaient soigneusement caractérisé par le qualificatif " enthousiaste ". Ils avaient vu juste. L'enthousiasme était vraiment le trait de ce caractère qui frappait tout le monde.
Fons aurait dû rentrer en Europe pour sa grande retraite en 1940, mais la guerre le contraignit à faire un premier terme de 16 ans. En 1946, il revint en Belgique, fit sa grande retraite à Kerlois et se vit nommer " propagandiste " avec résidence à Boechout. C'était l'époque glorieuse des films missionnaires. Le Père Roger Devloo et le Père Piet Verstegen produisaient sans arrêt de nouveaux films à Katana au Kivu. Quand les pellicules arrivaient en Belgique, Fons aidait au montage final, à leur sonorisation et partait, chaque soir, pour les projeter sur l'écran. Ces films avaient du succès, mais c'était un travail érintant. La période de grand rendement était précisément l'hiver, avec la pluie ou la neige. Les routes étaient souvent mal éclairées et il fallait parfois chercher les villages. Là aussi, Fons " fonçait ", commentant son voyage au retour avec beaucoup de gestes et d'exclamations.
Au bout d'un an, le Père Provincial le nomma supérieur et procureur à Anvers et le prit comme conseiller. Il y resta sept ans. C'était l'homme de la situation, qui avait la confiance de tous. Actif, jovial et entraîneur, il dirigeait bien sa communauté et le travail de la procure de ravitaillement. Il donnait aussi des cours de Kiswahili à l'Université Coloniale. La direction l'appréciait, tout comme les élèves, futurs administrateurs.
En 1954, Fons fut nommé supérieur régional du Rwanda-Burundi, avec résidence à Bujumbura. A l'époque, les deux pays formaient une seule région. A-t-il préféré le Rwanda au Burundi? On l'a parfois suggéré. Ce qui est certain, c'est qu'il a essayé d'aimer tout le monde, tout comme il est aussi certain qu'il n'était fâché d'aller s'installer à Kigali comme régional pour le seul Rwanda, en 1959. Il y aménagea la maison et fit construire le Centre de langue (CELA) qui fut achevé en 1963.
Les confrères de ces régions gardent du Père Van Hoof le souvenir d'un homme jovial, cordial, très fraternel, qui savait faire ressortir tous les aspects positifs des confrères. Le nouveau régional amena une bouffée d'air frais après le passage de son prédécesseur. Son optimisme indescriptible est encore présent à la mémoire de beaucoup, tout comme son fameux : " ça ira, mon Père " qui accompagnait les nominations les plus difficiles Il a aidé les confrères au cours des années difficiles qui ont suivit la proclamation de l'Indépendance, encourageant, stimulant, conseillant, payant de sa personne Pendant la révolution, quant les huttes brûlaient autour de Nyakibanda, tout ému, on le voyait pleurer. Par souci des personnes, il essayait de ménager les confrères et d'éviter les changements de poste trop fréquents. Au Rwanda, il a été le premier à suggérer d'établir un roulement dans les fonctions de curé et de vicaire ; auparavant il était impensable qu'un curé puisse redevenir vicaire.
En 1964, Fons est à la fin de son terme; il a été Régional pendant 10 ans. Il demanda de pouvoir retourner auprès de ses Banyarwanda de Goma. Il fit ses valises comme pour partir en succursale, n'estimant pas nécessaire d'aller d'abord prendre quelques repos en Europe. Tout fut entassé dans un VW et en route vers le Zaïre. Mgr Busimba, évêque de Goma, le nomma curé de Matanda. Il y resta jusqu'à son départ définitif en 1973.
C'était l'époque post-conciliaire où l'Eglise ayant repris une conscience plus aiguë d'être peuple de Dieu, reconnaissait pleinement le rôle et l'action propre des laïcs en son sein et dans le monde. Durant cette période également, on lançait une nouvelle méthode pour l'enseignement catéchétique dans tout le diocèse. En Landrover Fons se rendit dans les nombreuses succursales de sa paroisse très étendue. Il choisissait ses nouveaux catéchistes et les différents responsables des communautés de base. Il restait sur place tout le temps nécessaire pour pouvoir organiser et installer les nouveaux conseils des succursales. Il organisa tout un réseau des coopératives pour aider la population. La pastorale et le développement allaient toujours de pair dans son activité. Pour l'instruction des filles et des femmes, il voulait avoir des religieuses. Les Carmélites espagnoles de Masisi lui avaient promis du personnel. Fons dressa les plans pour la maison, le dispensaire, le foyer et tâcha d'obtenir des fonds nécessaires. Avant son départ de Matanda, tout ce programme était réalisé.
La vie de communauté lui était devenue un peu plus difficile que par le par le passé. Il avait son style de vie, de travail et de prières traditionnelles, dans lequel il se sentait à l'aise. L'enthousiasme ne manquait pas, ni le rendement. Il voulait une communauté vivante où, tous participent activement au conseil et à l'organisation du travail. Mais ses confrères se sentaient étouffées par la grande personnalité de Fons et les plus jeunes ne se sentaient pas sur la même longueur d'ondes. Ils se fermaient assez rapidement de peur de l'offusquer et par respect pour son zèle et sa personne. Fons s'en rendait compte en en souffrait beaucoup.
Avant de partir en congé en 1973, il avait demandé de ne plus être curé et avait proposé de s'occuper de l'hôpital de Kirotshe après son retour. En fait l'usure était plus profonde qu'il n'en paraissait. De temps en temps, une crise de foie l'obligeait à rester un ou deux jours au lit. En 1972, le cur lui causa des douleurs et des inquiétudes. Les médecins conseillèrent un retour en Europe. Son plus grand désir était de retourner au Kivu, mais le Provincial de Belgique lui demanda d'accepter la responsabilité de la maison de repos à Varsenare. C'était l'homme qu'il fallait. Selon son habitude, il s'efforça de mettre en valeur le côté positif des autres et son tact favorisa l'union. Il visitait souvent les confrères retenus en chambre et ceux qui étaient à l'hôpital pour des soins. Ils étaient sûrs de le voir arriver chaque jour pour prendre de leurs nouvelles. Son optimisme communicatif soutenait les autres.
Fons quitta Varsenare en 1976, pour aller s'établir à Morsel chez sa sur, âgée de 84 ans. Cette dernière avait toujours Été comme une seconde mère pour lui et il ne voulait pas la laisser seule pour soigner son frère gravement malade. Selon les possibilités, il aidait à la paroisse St. Joseph, sans aucune nomination officielle ; prêtres et fidèles ont apprécié son dévouement. Après le décès de son frère, à la fin de 1976, il aurait souhaité retourner en communauté, mais il ne pouvait laisser sa sur seule à la maison. Sa santé était d'ailleurs de plus en plus précaire; il se sentait faiblir.
Au mois de décembre 1978, il eut de graves ennuis cardiaques. Un mois avant sa mort, il écrivait spontanément à un confrère : " Je n'aurai plus souvent l'occasion de t'écrire, car mon cur m'abandonne. Ce n'est que grâce aux pilules que je tiens encore debout. Mais cela n'a aucune importance : du moment que je ne peux plus guérir " n'umulimo w'Imana ". (C'est l'affaire de Dieu).
Le 23 janvier 1979, pendant qu'il parlait avec sa sur tout en écoutant la radio, Fons s'écroula d'un coup. Le médecin ne put que constater le décès.
Fons est une belle figure de Père Blanc. Nature intrépide, qui s'était donnée au Christ sans partage. Il est resté fidèle toute sa vie à ce premier élan. Missionnaire d'une époque comme tant d'autres il a semé à pleines mains pour préparer les moissons des jeunes Églises d'Afrique Centrale.
Fons était un homme de Dieu, un homme de foi, un confrère plein d'enthousiasme rayonnant. Il laisse, chez ceux qui l'ont connu le souvenir et l'image d'un prêtre actif, dynamique, d'un confrère qui a su mettre au service de tous ses grandes qualités humaines et spirituelles.
(Extrait du Petit Echo N.704 année 1979 (9)
Des photos du Jublié de la paroisse (cette année) seront rajoutées plus tard
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Par Père Innocent Maganya, M. Afr originaire de Jomba