2009-2010 : une année sacerdotale

Lettre de Benoît XVI adressée à tous les prêtres, à la veille de l'ouverture de l'Année sacerdotale, Juin 2009

Messe Chrismale2009 (photo webmaster)


L'Année sacerdotale...veut contribuer à promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres afin de rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d'aujourd'hui.


Le Sacerdoce, c'est l'amour du cœur de Jésus, avait coutume de dire le Saint Curé d'Ars.

Cette expression touchante nous permet avant tout d'évoquer avec tendresse et reconnaissance l'immense don que sont les prêtres non seulement pour l'Eglise, mais aussi pour l'humanité elle-même.

Je pense à tous ces prêtres qui présentent aux fidèles chrétiens et au monde entier l'offrande humble et quotidienne des paroles et des gestes du Christ, s'efforçant de lui donner leur adhésion par leurs pensées, leur volonté, leurs sentiments et le style de toute leur existence. Comment ne pas mettre en évidence leurs labeurs apostoliques, leur service inlassable et caché, leur charité ouverte à l'universel ? Et que dire de la courageuse fidélité de tant de prêtres qui, bien que confrontés à des difficultés et à des incompréhensions, restent fidèles à leur vocation, celle d'amis du Christ, qui ont reçu de lui un appel particulier, ont été choisis et envoyés?.

Je porte moi-même encore vivant dans mon cœur le souvenir du premier curé auprès de qui j'ai exercé mon ministère de jeune prêtre.

Il m'a laissé l'exemple d'un dévouement sans faille à son service pastoral, au point de trouver la mort alors qu'il allait porter le viatique à un malade grave. Me viennent encore à la mémoire les innombrables confrères que j'ai rencontrés et que je continue à rencontrer, même au cours de mes voyages pastoraux en divers pays, tous généreusement engagés dans l'exercice quotidien de leur ministère sacerdotal.

Mais l'expression utilisée" par saint Jean-Marie Vianney "évoque aussi le Cœur transpercé du Christ et la couronne d'épines qui l'entoure. Et notre pensée se tourne alors vers les innombrables situations de souffrance dans lesquelles sont plongés bien des prêtres, soit parce qu'ils participent à l'expérience humaine de la douleur dans ses multiples manifestations, soit parce qu'ils sont incompris par ceux qui bénéficient de leur ministère : comment ne pas nous souvenir de tant de prêtres bafoués dans leur dignité, empêchés d'accomplir leur mission, parfois même persécutés jusqu'au témoignage suprême du sang?".

Il existe aussi malheureusement des situations, jamais assez déplorées, où l'Eglise elle-même souffre de l'infidélité de certains de ses ministres.
Et c'est pour le monde un motif de scandale et de refus.
Ce qui, dans de tels cas peut être surtout profitable pour l'Église, ce n'est pas tant la pointilleuse révélation des faiblesses de ses ministres, mais plutôt une conscience renouvelée et joyeuse de la grandeur du don de Dieu, concrétisé dans les figures splendides de pasteurs généreux, de religieux brûlant d'amour pour Dieu et pour les âmes, de directeurs spirituels éclairés et patients.

A cet égard, les enseignements et les exemples de saint Jean-Marie Vianney peuvent offrir à tous un référence forte: le Curé d'Ars était très humble, mais il avait conscience, comme prêtre, d'être un don immense pour son peuple.
Un bon pasteur -disait-il-, un pasteur selon le cœur de Dieu, c'est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse, et un des plus précieux dons de la miséricorde divine. Il parlait du sacerdoce comme s'il ne réussissait pas à se convaincre de la grandeur du don et de la tâche confiés à une créature humaine: Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand! S'il se comprenait, il mourrait... Dieu lui obéit: Il dit deux mots et Notre Seigneur descend du ciel à sa voix et se renferme dans une petite hostie!
Et, pour expliquer à ses fidèles l'importance des sacrements, il disait: Si nous n'avions pas le sacrement de l'ordre, nous n'aurions pas Notre Seigneur. Qui est-ce qui l'a mis là, dans le tabernacle? Le prêtre.
Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie? Le prêtre.
Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage? Le prêtre.
Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ? Le prêtre, toujours le prêtre.
Et si cette âme vient à mourir à cause du péché, qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix? Encore le prêtre.

Après Dieu, le prêtre c'est tout. Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel.
Ces affirmations, jaillies du cœur sacerdotal du saint curé, peuvent nous sembler excessives. Elles manifestent toutefois en quelle haute considération il tenait le sacrement du sacerdoce. Il semblait submergé par le sentiment d'une responsabilité sans bornes: Si l'on comprenait bien le prêtre sur la terre, on mourrait non de frayeur, mais d'amour. Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre Seigneur ne serviraient de rien.

C'est le prêtre qui continue l'œuvre de rédemption, sur la terre.
A quoi servirait une maison remplie d'or, si vous n'aviez personne pour ouvrir la porte? Le prêtre a la clef des trésors célestes. C'est lui qui ouvre la porte, il est l'économe du Bon Dieu, l'administrateur de ses biens. Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre: on y adorera les bêtes. Le prêtre n'est pas prêtre pour lui, il est pour vous.

Il était arrivé au petit village d'Ars, prévenu par son évêque qu'il y aurait trouvé une situation religieuse précaire: Il n'y a pas beaucoup d'amour de Dieu dans cette paroisse, vous l'y mettrez.
Il était donc pleinement conscient qu'il devait y aller pour y incarner la présence du Christ, témoignant de sa tendresse salvifique: Mon Dieu, accordez-moi la conversion de ma paroisse. Je consens à souffrir ce que vous voulez tout le temps de ma vie!
C'est par cette prière qu'il commença sa mission.

Le Saint Curé se consacra à la conversion de sa paroisse de toutes ses forces, donnant la première place dans ses préoccupations à la formation chrétienne du peuple qui lui était confié.

Chers frères dans le sacerdoce, demandons au Seigneur Jésus la grâce de pouvoir apprendre nous aussi la méthode pastorale de saint Jean-Marie Vianney!
Ce que nous devons apprendre en tout premier lieu c'est sa totale identification à son ministère. En Jésus, Personne et Mission tendent à coïncider car toute son action salvifique était et est expression d'un Moi filial qui, de toute éternité, se tient devant le Père dans une attitude de soumission pleine d'amour à sa volonté. Dans une humble mais réelle analogie, le prêtre lui aussi doit tendre à cette identification. Il ne s'agit pas évidemment d'oublier que l'efficacité substantielle du ministère demeure indépendante de la sainteté du ministre.

Mais on ne peut pas non plus ignorer l'extraordinaire fécondité produite par la rencontre entre la sainteté objective du ministère et celle, subjective, du ministre.

Le Curé d'Ars se livra immédiatement à cet humble et patient travail d'harmonisation entre sa vie de ministre et la sainteté du ministère qui lui était confié, allant jusqu'à décider d'habiter matériellement dans son église paroissiale: A peine arrivé, il choisit l'église pour être sa demeure. Il entrait dans l'église avant l'aube et il n'en sortait qu'après l'angélus du soir. C'est là qu'il fallait le chercher si l'on avait besoin de lui, peut-on lire dans sa première biographie. La pieuse exagération du dévoué hagiographe ne doit pas nous induire à négliger le fait que le Saint Curé sut aussi habiter activement tout le territoire de sa paroisse. Il rendait visite de manière systématique à tous les malades et aux familles, organisait des missions populaires et des fêtes patronales, recueillait et administrait des dons en argent pour ses œuvres charitables et missionnaires, embellissait son église en la dotant d'objets sacrés, s'occupait des Orphelines de la Providence (un Institut qu'il avait fondé) et de leurs éducatrices, s'intéressait à l'éducation des enfants, créait des confréries et invitait les laïcs à collaborer avec lui.

Son exemple me pousse à évoquer les espaces de collaboration que l'on doit ouvrir toujours davantage aux fidèles laïcs, avec lesquels les prêtres forment l'unique peuple sacerdotal et au milieu desquels, en raison du sacerdoce ministériel, ils se trouvent " pour les conduire tous à l'unité dans l'amour s'aimant les uns les autres d'un amour fraternel, rivalisant d'égards entre eux.

Il convient de se souvenir, dans ce contexte, comment le Concile Vatican II encourageait chaleureusement les prêtres à reconnaître sincèrement et à promouvoir la dignité des laïcs et la part propre qu'ils prennent dans la mission de l'Eglise. Ils doivent écouter de bon cœur les laïcs, en prenant fraternellement en considération leurs désirs, et en reconnaissant leur expérience et leur compétence dans les divers domaines de l'activité humaine, afin de pouvoir discerner avec eux les signes des temps.

Le Saint Curé enseignait surtout ses paroissiens par le témoignage de sa vie. A son exemple, les fidèles apprenaient à prier, s'arrêtant volontiers devant le tabernacle pour faire une visite à Jésus Eucharistie.
On n'a pas besoin de tant parler pour bien prier, leur expliquait le Curé. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint Tabernacle. On lui ouvre son cœur, on se complaît en sa présence. C'est la meilleure prière, celle-là. Il les exhortait: Venez à la communion, venez à Jésus, venez vivre de lui, afin de vivre pour lui. C'est vrai, vous n'en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin! Cette éducation des fidèles à la présence eucharistique et à la communion revêtait une efficacité toute particulière, quand les fidèles le voyaient célébrer le saint sacrifice de la messe. Ceux qui y assistaient disaient " qu'il n'était pas possible de voir un visage qui exprime à ce point l'adoration. Il contemplait l'hostie avec tant d'amour. Toutes les bonnes œuvres réunies -disait-il- n'équivalent pas au sacrifice de la messe, parce qu'elles sont les œuvres des hommes, et la sainte messe est l'œuvre de Dieu. Il était convaincu que toute la ferveur de la vie d'un prêtre dépendait de la messe: La cause du relâchement du prêtre, c'est qu'on ne fait pas attention à la messe! Hélas! Mon Dieu! qu'un prêtre est à plaindre quand il fait cela comme une chose ordinaire! Et il avait pris l'habitude, quand il célébrait, d'offrir toujours le sacrifice de sa propre vie: Oh! qu'un prêtre fait bien de s'offrir à Dieu en sacrifice tous les matins.

Cette identification personnelle au sacrifice de la Croix le conduisait d'un seul mouvement de l'autel au confessionnal. Les prêtres ne devraient jamais se résigner à voir les confessionnaux désertés ni se contenter de constater la désaffection des fidèles pour ce sacrement.
Au temps du Curé d'Ars, en France, la confession n'était pas plus facile ni plus fréquente que de nos jours, compte tenu du fait que la tourmente de la Révolution avait étouffé pendant longtemps la pratique religieuse. Mais il s'est efforcé, de toutes les manières, par la prédication, en cherchant à persuader par ses conseils, à faire redécouvrir à ses paroissiens le sens et la beauté de la pénitence sacramentelle, en montrant comment elle est une exigence intime de la présence eucharistique. Il sut ainsi donner vie à un cercle vertueux. Par ses longues permanences à l'église, devant le tabernacle, il fit en sorte que les fidèles commencent à l'imiter, s'y rendant pour rendre visite à Jésus, et qu'ils soient en même temps sûrs d'y trouver leur curé, disponible pour l'écoute et le pardon. Par la suite, la foule croissante des pénitents qui venaient de la France entière, le retint au confessionnal jusqu'à 16 heures par jour.

On disait alors qu'Ars était devenu le grand hôpital des âmes.
La grâce qu'il obtenait pour la conversion des pécheurs était si puissante qu'elle allait à leur recherche sans leur laisser un moment de répit, dit le premier biographe. C'est bien ce que pensait le Saint Curé quand il disait: Ce n'est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon mais c'est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui. Ce bon sauveur est si rempli d'amour pour nous qu'il nous cherche partout!".

Nous tous, prêtres, nous devrions réaliser que les paroles qu'il mettait dans la bouche du Christ nous concernent personnellement:
Je chargerai mes ministres de leur annoncer que je suis toujours prêt à les recevoir, que ma miséricorde est infinie.

Du saint Curé d'Ars, nous pouvons apprendre, nous prêtres, non seulement une inépuisable confiance dans le sacrement de la pénitence au point de nous inciter à le remettre au centre de nos préoccupations pastorales, mais aussi une méthode pour le dialogue de salut qui doit s'établir en lui. Le Curé d'Ars avait une manière différente de se comporter avec les divers pénitents. Celui qui s'approchait de son confessionnal attiré par un besoin intime et humble du pardon de Dieu, trouvait en lui l'encouragement à se plonger dans le torrent de la divine miséricorde qui emporte tout dans son élan. Et si quelqu'un s'affligeait de sa faiblesse et de son inconstance, craignant les rechutes à venir, le Curé lui révélait le secret de Dieu par une expression d'une touchante beauté: Le Bon Dieu sait toutes choses. D'avance, il sait qu'après vous être confessé, vous pécherez de nouveau et cependant il vous pardonne. Quel amour que celui de notre Dieu qui va jusqu'à oublier volontairement l'avenir pour nous pardonner! A celui qui, à l'inverse, s'accusait avec tiédeur et de manière presque indifférente, il offrait, par ses larmes, la preuve de la souffrance et de la gravité que causait cette attitude abominable. Je pleure de ce que vous ne pleurez pas, disait-il. Encore, si le bon Dieu n'était si bon, mais il est si bon. Faut-il que l'homme soit barbare pour un si bon Père. Il faisait naître le repentir dans le cœur des tièdes, en les obligeant à voir, de leurs propres yeux et presque incarnée sur le visage du prêtre qui les confessait, la souffrance de Dieu devant les péchés. Par contre, si quelqu'un se présentait avec un désir déjà éveillé d'une vie spirituelle plus profonde et qu'il en était capable, il l'introduisait dans les profondeurs de l'amour, exposant l'indicible beauté que représente le fait de pouvoir vivre unis à Dieu et en sa présence: Tout sous les yeux de Dieu, tout avec Dieu, tout pour plaire à Dieu. Oh! que c'est beau! A ceux-là, il enseignait à prier: "Mon Dieu, faites-moi la grâce de vous aimer autant qu'il est possible que je vous aime.

Curé d'Ars, en son temps, a su transformer le cœur et la vie de tant de personnes, parce qu'il a réussi à leur faire percevoir l'amour miséricordieux du Seigneur.

Notre temps aussi a un besoin urgent d'une telle annonce et d'un tel témoignage de la vérité de l'Amour: Deus Caritas Est.
Par la Parole et les Sacrements de son Jésus, Jean-Marie Vianney savait édifier son peuple, même si, souvent, il tremblait devant son incapacité personnelle, au point de désirer plus d'une fois être délivré des responsabilités du ministère paroissial dont il se sentait indigne. Toutefois, avec une obéissance exemplaire, il demeura toujours à son poste, parce qu'il était dévoré de la passion apostolique pour le salut des âmes.

Il s'efforçait d'adhérer totalement à sa vocation et à sa mission en pratiquant une ascèse sévère: Ce qui est un grand malheur, pour nous autres curés -déplorait le saint prêtre-, c'est que l'âme s'engourdit. Et il faisait ainsi allusion au danger que court le pasteur de s'habituer à l'état de péché ou d'indifférence dans lequel se trouvent tant de ses brebis. Il maîtrisait son corps par des veilles et des jeûnes, afin d'éviter qu'il n'oppose résistance à son âme sacerdotale. Et il n'hésitait pas à s'infliger des mortifications pour le bien des âmes qui lui étaient confiées et pour contribuer à l'expiation de tant de péchés entendus en confession. A un confrère prêtre, il expliquait: Je vais vous dire ma recette. Je leur donne une petite pénitence et je fais le reste à leur place. Par-delà ces pénitences concrètes auxquelles le Curé d'Ars se livrait, le noyau central de son enseignement demeure toujours valable pour tous. Jésus verse son sang pour les âmes et le prêtre ne peut se consacrer à leur salut s'il refuse de participer personnellement à ce prix élevé de la rédemption".


Dans le monde d'aujourd'hui, comme dans les temps difficiles du Curé d'Ars, il faut que les prêtres, dans leur vie et leur action, se distinguent par la force de leur témoignage évangélique.

Paul VI faisait remarquer avec justesse que l'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou, s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont des témoins.

Pour éviter que ne surgisse en nous un vide existentiel et que ne soit compromise l'efficacité de notre ministère, il faut que nous nous interrogions toujours de nouveau: Sommes-nous vraiment imprégnés de la Parole de Dieu? Est-elle vraiment la nourriture qui nous fait vivre, plus encore que le pain et les choses de ce monde? La connaissons-nous vraiment?
L'aimons-nous? Intérieurement, nous préoccupons-nous de cette parole au point qu'elle façonne réellement notre vie et informe notre pensée? Tout comme Jésus appela les Douze pour qu'ils demeurent avec lui et que, après seulement, il les envoya prêcher, de même, de nos jours, les prêtres sont appelés à assimiler ce nouveau style de vie qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et qui est devenu précisément celui des Apôtres.

C'est cette même adhésion sans réserve aunouveau style de vie qui fut la marque de l'engagement du Curé d'Ars dans tout son ministère. Jean XXIII, dans l'Encyclique Sacerdotii Nostri Primordia, publiée en1959 à l'occasion du premier centenaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney, présentait sa physionomie ascétique sous le signe des trois conseils évangéliques qu'il jugeait nécessaires aussi pour les prêtres: Si pour atteindre à cette sainteté de vie, la pratique des conseils évangéliques n'est pas imposée au prêtre en vertu de son état clérical, elle s'offre néanmoins à lui, comme à tous les disciples du Seigneur, comme la voie royale de la sanctification chrétienne.

Le Curé d'Ars sut vivre les conseils évangéliques selon des modalités adaptées à sa condition de prêtre. Sa pauvreté, en effet, ne fut pas celle d'un religieux ou d'un moine, mais celle qui est demandée à un prêtre: tout en gérant de grosses sommes d'argent (puisque les pèlerins les plus riches ne manquaient pas de s'intéresser à ses œuvres de charité), il savait que tout était donné pour son église, pour les pauvres, pour ses orphelins et pour les enfants de sa Providence, et pour les familles les plus nécessiteuses. Donc, il était riche pour donner aux autres, et bien pauvre pour lui-même. Il expliquait: Mon secret est bien simple, c'est de tout donner et de ne rien garder. Quand il lui arrivait d'avoir les mains vides, content, il disait aux pauvres qui s'adressaient à lui: Je suis pauvre comme vous ; je suis aujourd'hui l'un des vôtres. Ainsi, à la fin de sa vie, il put affirmer dans une totale sérénité: Je n'ai plus rien, le bon Dieu peut m'appeler quand il voudra. Sa chasteté était aussi celle qui était demandée à un prêtre pour son ministère.

On peut dire qu'il s'agissait de la chasteté nécessaire à celui qui doit habituellement toucher l'Eucharistie et qui habituellement la contemple avec toute l'ardeur du cœur et qui, avec la même ferveur, la donne à ses fidèles.
On disait de lui que la chasteté brillait dans son regard, et les fidèles s'en rendaient compte quand il se tournait vers le tabernacle avec le regard d'un amoureux. De même, l'obéissance de saint Jean-Marie Vianney fut entièrement incarnée dans son adhésion à toutes les souffrances liées aux exigences quotidiennes du ministère. On sait combien il était tourmenté par la pensée de son incapacité pour le ministère paroissial et par son désir de fuir pour pleurer dans la solitude sur sa pauvre vie. L'obéissance seule, et sa passion pour les âmes, réussissaient à le convaincre de rester à son poste.
Il montrait à ses fidèles, comme à lui-même qu'il n'y a pas deux bonnes manières de servir Notre Seigneur, il n'y en a qu'une, c'est de le servir comme il veut être servi. Il lui semblait que la règle d'or pour une vie d'obéissance fut celle-ci: Ne faire que ce que l'on peut offrir au bon Dieu.

Dans ce contexte d'une spiritualité nourrie par la pratique des conseils évangéliques, je tiens à adresser aux prêtres, en cette Année qui leur est consacrée, une invitation cordiale, celle de savoir accueillir le nouveau printemps que l'Esprit suscite de nos jours dans l'Eglise, en particulier grâce aux mouvements ecclésiaux et aux nouvelles communautés.

L'Esprit dans ses dons prend de multiples formes. Il souffle où il veut. Il le fait de manière inattendue, dans des lieux inattendus et sous des formes qu'on ne peut imaginer à l'avance. Il nous démontre également qu'il œuvre en vue de l'unique corps et dans l'unité de l'unique corps. Ce que dit à cet égard le Décret Presbyterorum Ordinis est d'actualité: Eprouvant les esprits pour savoir s'ils sont de Dieu, les prêtres chercheront à déceler, avec le sens de la foi, les charismes multiformes des laïcs, qu'ils soient humbles ou éminents, les reconnaîtront avec joie et les développeront avec un zèle empressé. Ces mêmes dons, qui poussent bien des personnes vers une vie spirituelle plus élevée, sont profitables non seulement pour les fidèles laïcs mais pour les ministres eux-mêmes.
C'est de la communion entre ministres ordonnés et charismes que peut naître un élan précieux pour un engagement renouvelé de l'Eglise au service de l'annonce et du témoignage de l'Evangile de l'espérance et de la charité partout à travers le monde.

Je voudrais encore ajouter, dans la ligne de l'Exhortation apostolique Pastores Dabo Vobis de Jean-Paul II, que le ministère ordonné a une forme communautaire radicale et qu'il ne peut être accompli que dans la communion des prêtres avec leur évêque.
Il faut que cette communion des prêtres entre eux et avec leur évêque, enracinée dans le sacrement de l'ordre et manifestée par la concélébration eucharistique, se traduise dans les diverses formes concrètes d'une fraternité effective et affective.
Ainsi seulement, les prêtres pourront-ils vivre en plénitude le don du célibat et seront-ils capables de faire épanouir des communautés chrétiennes au sein desquelles se renouvellent les prodiges de la première prédication de l'Evangile.

L'Année paulinienne qui arrive à sa fin nous invite à considérer encore la figure de l'Apôtre des Gentils dans laquelle brille à nos yeux un modèle splendide de prêtre complètement donné à son ministère. L'amour du Christ nous presse -écrivait-il- à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts. Et il ajoutait: Il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux . Quel meilleur programme pourrait être proposé à un prêtre qui s'efforce de progresser sur le chemin de la perfection chrétienne? Chers prêtres, la célébration du 150 anniversaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney (1859) vient immédiatement après les célébrations achevées il y a peu du 150 anniversaire des apparitions de Lourdes (1858).

Déjà en 1959, le bienheureux Jean XXIII l'avait remarqué: Peu avant que le Curé d'Ars n'achevât sa longue carrière pleine de mérites, la Vierge Immaculée était apparue dans une autre région de France à une enfant humble et pure pour lui communiquer un message de prière et de pénitence, dont on sait l'immense retentissement spirituel depuis un siècle. En vérité, l'existence du saint prêtre dont nous célébrons la mémoire, était à l'avance une vivante illustration des grandes vérités surnaturelles enseignées à la voyante de Massabielle.

Il avait lui-même pour l'Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge une très vive dévotion, lui qui, en 1836, avait consacré sa paroisse à Marie conçue sans péché et devait accueillir avec tant de foi et de joie la définition dogmatique de 1854. Le Saint Curé rappelait toujours à ses fidèles que Jésus-Christ, après nous avoir donné tout ce qu'il pouvait nous donner, veut encore nous faire héritiers de ce qu'il y a de plus précieux, c'est-à-dire sa Sainte Mère. Je confie cette Année sacerdotale à la Vierge, lui demandant de susciter dans l'âme de chaque prêtre un renouveau généreux de ces idéaux de donation totale au Christ et à l'Eglise qui ont inspiré la pensée et l'action du Curé d'Ars. La fervente vie de prière et l'amour passionné de Jésus crucifié ont nourri le don quotidien et sans réserve de Jean-Marie Vianney à Dieu et à l'Eglise. Puisse son exemple susciter parmi les prêtres ce témoignage d'unité avec l'évêque, entre eux et avec les laïcs, qui est si nécessaire aujourd'hui, comme en tout temps. Malgré le mal qui se trouve dans le monde, la parole du Christ à ses Apôtres au Cénacle résonne toujours avec la même force d'actualité: Dans le monde, vous aurez à souffrir, mais gardez courage! J'ai vaincu le monde.

La foi dans le divin Maître nous donne la force de regarder l'avenir avec confiance. Chers prêtres, le Christ compte sur vous. A l'exemple du Saint Curé d'Ars, laissez-vous conquérir par lui et vous serez vous aussi, dans le monde d'aujourd'hui, des messagers d'espérance, de réconciliation et de paix!".

Benoît XVI, le Jeudi 18 Juin 2009

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18/06/2009 14:30
Pris sur le journal La Croix


CITE DU VATICAN, 18 juin 2009 (AFP) - Benoît XVI déplore "l'infidélité de certains" prêtres

Le pape Benoît XVI a déploré jeudi "l'infidélité de certains" prêtres, les appelant à rester "fidèles à leur vocation" malgré "les difficultés et les incompréhensions", dans une lettre adressée aux prêtres du monde entier.

Il "existe des situations, jamais assez déplorées, où l'Église elle-même souffre de l'infidélité de certains de ses ministres. Et c'est pour le monde un motif de scandale et de refus", a déclaré le pape, à la veille du lancement vendredi d'une année consacrée aux prêtres qui a pour thème "Fidélité du Christ, Fidélité du prêtre".

Cette "année sacerdotale" sera placée sous le signe du curé d'Ars (centre de la France), Jean-Marie Vianney, dont le 150e anniversaire de la mort sera célébré en août, et auquel Benoit XVI rend longuement hommage dans cette lettre, affirmant: "la chasteté brillait dans son regard".

Benoît XVI s'est également félicité de "la courageuse fidélité de tant de prêtres qui, bien que confrontés à des difficultés et à des incompréhensions, restent fidèles à leur vocation", appelant l'ensemble de la profession à "vivre en plénitude le don du célibat".

Selon lui, "les prêtres ne devraient jamais se résigner à voir les confessionnaux désertés ni se contenter de constater la désaffection des fidèles pour ce sacrement".

C'est la première fois que Benoît XVI écrit une lettre aux prêtres du monde entier, renouant avec une tradition de son prédécesseur Jean Paul II qui faisait de même chaque année lors du Jeudi saint.

Plusieurs églises catholiques dans le monde, notamment en Afrique et en Amérique latine, sont actuellement confrontées à la violation du voeu de chasteté par des prêtres.

Ces dernières semaines, le président du Paraguay, Fernando Lugo, 57 ans, a reconnu la paternité d'un garçon de deux ans, conçu alors qu'il portait encore l'habit religieux; l'affaire a déclenché un scandale dans ce pays où 90% de la population est catholique.

Jeudi déjà, le pape avait rappelé aux évêques autrichiens - venus en délégation au Vatican - la signification du célibat des prêtres affirmant qu'il était "possible de consacrer entièrement sa vie à Dieu".

Ce rappel à l'ordre de Benoît XVI intervient alors que le président de la Conférence épiscopale autrichienne Christoph Schönborn a remis un mémorandum signé par les laïcs autrichiens, dont d'anciens responsables politiques, demandant l'abolition de l'obligation de célibat, la possibilité pour les prêtres mariés d'être réintégrés, l'ouverture du diaconat aux femmes et l'ordination de certains laïcs dont la foi est attestée.



2009-2010 : Year of Priesthood


Messe Chrismale2009 (photo webmaster)

Benedict XVI' Letter to the priests 18 June 2009

Dear Brother Priests,

On the forthcoming Solemnity of the Most Sacred Heart of Jesus, Friday 19 June 2009 – a day traditionally devoted to prayer for the sanctification of the clergy –, I have decided to inaugurate a "Year for Priests" in celebration of the 150th anniversary of the "dies natalis" of John Mary Vianney, the patron saint of parish priests worldwide.1 This Year, meant to deepen the commitment of all priests to interior renewal for the sake of a more forceful and incisive witness to the Gospel in today’s world, will conclude on the same Solemnity in 2010. The priesthood is the love of the heart of Jesus", the saintly Curé of Ars would often say.2 This touching expression makes us reflect, first of all, with heartfelt gratitude on the immense gift which priests represent, not only for the Church, but also for humanity itself. I think of all those priests who quietly present Christ’s words and actions each day to the faithful and to the whole world, striving to be one with the Lord in their thoughts and their will, their sentiments and their style of life. How can I not pay tribute to their apostolic labours, their tireless and hidden service, their universal charity? And how can I not praise the courageous fidelity of so many priests who, even amid difficulties and incomprehension, remain faithful to their vocation as "friends of Christ", whom he has called by name, chosen and sent?

I still treasure the memory of the first parish priest at whose side I exercised my ministry as a young priest: he left me an example of unreserved devotion to his pastoral duties, even to meeting death in the act of bringing viaticum to a gravely ill person. I also recall the countless confreres whom I have met and continue to meet, not least in my pastoral visits to different countries: men generously dedicated to the daily exercise of their priestly ministry. Yet the expression of Saint John Mary also makes us think of Christ’s pierced Heart and the crown of thorns which surrounds it. I am also led to think, therefore, of the countless situations of suffering endured by many priests, either because they themselves share in the manifold human experience of pain or because they encounter misunderstanding from the very persons to whom they minister. How can we not also think of all those priests who are offended in their dignity, obstructed in their mission and persecuted, even at times to offering the supreme testimony of their own blood?

There are also, sad to say, situations which can never be sufficiently deplored where the Church herself suffers as a consequence of infidelity on the part of some of her ministers. Then it is the world which finds grounds for scandal and rejection. What is most helpful to the Church in such cases is not only a frank and complete acknowledgment of the weaknesses of her ministers, but also a joyful and renewed realization of the greatness of God’s gift, embodied in the splendid example of generous pastors, religious afire with love for God and for souls, and insightful, patient spiritual guides. Here the teaching and example of Saint John Mary Vianney can serve as a significant point of reference for us all. The Curé of Ars was quite humble, yet as a priest he was conscious of being an immense gift to his people: "A good shepherd, a pastor after God’s heart, is the greatest treasure which the good Lord can grant to a parish, and one of the most precious gifts of divine mercy".3 He spoke of the priesthood as if incapable of fathoming the grandeur of the gift and task entrusted to a human creature: "O, how great is the priest! … If he realized what he is, he would die… God obeys him: he utters a few words and the Lord descends from heaven at his voice, to be contained within a small host…".4 Explaining to his parishioners the importance of the sacraments, he would say: "Without the Sacrament of Holy Orders, we would not have the Lord. Who put him there in that tabernacle? The priest. Who welcomed your soul at the beginning of your life? The priest. Who feeds your soul and gives it strength for its journey? The priest. Who will prepare it to appear before God, bathing it one last time in the blood of Jesus Christ? The priest, always the priest. And if this soul should happen to die [as a result of sin], who will raise it up, who will restore its calm and peace? Again, the priest… After God, the priest is everything! … Only in heaven will he fully realize what he is".5 These words, welling up from the priestly heart of the holy pastor, might sound excessive. Yet they reveal the high esteem in which he held the sacrament of the priesthood. He seemed overwhelmed by a boundless sense of responsibility: "Were we to fully realize what a priest is on earth, we would die: not of fright, but of love… Without the priest, the passion and death of our Lord would be of no avail. It is the priest who continues the work of redemption on earth… What use would be a house filled with gold, were there no one to open its door? The priest holds the key to the treasures of heaven: it is he who opens the door: he is the steward of the good Lord; the administrator of his goods … Leave a parish for twenty years without a priest, and they will end by worshiping the beasts there … The priest is not a priest for himself, he is a priest for you".6

He arrived in Ars, a village of 230 souls, warned by his Bishop beforehand that there he would find religious practice in a sorry state: "There is little love of God in that parish; you will be the one to put it there". As a result, he was deeply aware that he needed to go there to embody Christ’s presence and to bear witness to his saving mercy: "[Lord,] grant me the conversion of my parish; I am willing to suffer whatever you wish, for my entire life!": with this prayer he entered upon his mission.7 The Curé devoted himself completely to his parish’s conversion, setting before all else the Christian education of the people in his care. Dear brother priests, let us ask the Lord Jesus for the grace to learn for ourselves something of the pastoral plan of Saint John Mary Vianney! The first thing we need to learn is the complete identification of the man with his ministry. In Jesus, person and mission tend to coincide: all Christ’s saving activity was, and is, an expression of his "filial consciousness" which from all eternity stands before the Father in an attitude of loving submission to his will. In a humble yet genuine way, every priest must aim for a similar identification. Certainly this is not to forget that the efficacy of the ministry is independent of the holiness of the minister; but neither can we overlook the extraordinary fruitfulness of the encounter between the ministry’s objective holiness and the subjective holiness of the minister. The Curé of Ars immediately set about this patient and humble task of harmonizing his life as a minister with the holiness of the ministry he had received, by deciding to "live", physically, in his parish church: As his first biographer tells us: "Upon his arrival, he chose the church as his home. He entered the church before dawn and did not leave it until after the evening Angelus. There he was to be sought whenever needed".8

The pious excess of his devout biographer should not blind us to the fact that the Curé also knew how to "live" actively within the entire territory of his parish: he regularly visited the sick and families, organized popular missions and patronal feasts, collected and managed funds for his charitable and missionary works, embellished and furnished his parish church, cared for the orphans and teachers of the "Providence" (an institute he founded); provided for the education of children; founded confraternities and enlisted lay persons to work at his side.

His example naturally leads me to point out that there are sectors of cooperation which need to be opened ever more fully to the lay faithful. Priests and laity together make up the one priestly people9 and in virtue of their ministry priests live in the midst of the lay faithful, "that they may lead everyone to the unity of charity, ‘loving one another with mutual affection; and outdoing one another in sharing honour’" (Rom 12:10).10 Here we ought to recall the Second Vatican Council’s hearty encouragement to priests "to be sincere in their appreciation and promotion of the dignity of the laity and of the special role they have to play in the Church’s mission. … They should be willing to listen to lay people, give brotherly consideration to their wishes, and acknowledge their experience and competence in the different fields of human activity. In this way they will be able together with them to discern the signs of the times".11

Saint John Mary Vianney taught his parishioners primarily by the witness of his life. It was from his example that they learned to pray, halting frequently before the tabernacle for a visit to Jesus in the Blessed Sacrament.12 "One need not say much to pray well" – the Curé explained to them – "We know that Jesus is there in the tabernacle: let us open our hearts to him, let us rejoice in his sacred presence. That is the best prayer".13 And he would urge them: "Come to communion, my brothers and sisters, come to Jesus. Come to live from him in order to live with him…14 "Of course you are not worthy of him, but you need him!".15 This way of educating the faithful to the Eucharistic presence and to communion proved most effective when they saw him celebrate the Holy Sacrifice of the Mass. Those present said that "it was not possible to find a finer example of worship… He gazed upon the Host with immense love".16 "All good works, taken together, do not equal the sacrifice of the Mass" – he would say – "since they are human works, while the Holy Mass is the work of God".17 He was convinced that the fervour of a priest’s life depended entirely upon the Mass: "The reason why a priest is lax is that he does not pay attention to the Mass! My God, how we ought to pity a priest who celebrates as if he were engaged in something routine!".18 He was accustomed, when celebrating, also to offer his own life in sacrifice: "What a good thing it is for a priest each morning to offer himself to God in sacrifice!".19

This deep personal identification with the Sacrifice of the Cross led him – by a sole inward movement – from the altar to the confessional. Priests ought never to be resigned to empty confessionals or the apparent indifference of the faithful to this sacrament. In France, at the time of the Curé of Ars, confession was no more easy or frequent than in our own day, since the upheaval caused by the revolution had long inhibited the practice of religion. Yet he sought in every way, by his preaching and his powers of persuasion, to help his parishioners to rediscover the meaning and beauty of the sacrament of Penance, presenting it as an inherent demand of the Eucharistic presence. He thus created a "virtuous" circle. By spending long hours in church before the tabernacle, he inspired the faithful to imitate him by coming to visit Jesus with the knowledge that their parish priest would be there, ready to listen and offer forgiveness. Later, the growing numbers of penitents from all over France would keep him in the confessional for up to sixteen hours a day. It was said that Ars had become "a great hospital of souls".20 His first biographer relates that "the grace he obtained [for the conversion of sinners] was so powerful that it would pursue them, not leaving them a moment of peace!".21 The saintly Curé reflected something of the same idea when he said: "It is not the sinner who returns to God to beg his forgiveness, but God himself who runs after the sinner and makes him return to him".22 "This good Saviour is so filled with love that he seeks us everywhere".23

We priests should feel that the following words, which he put on the lips of Christ, are meant for each of us personally: "I will charge my ministers to proclaim to sinners that I am ever ready to welcome them, that my mercy is infinite".24 From Saint John Mary Vianney we can learn to put our unfailing trust in the sacrament of Penance, to set it once more at the centre of our pastoral concerns, and to take up the "dialogue of salvation" which it entails. The Curé of Ars dealt with different penitents in different ways. Those who came to his confessional drawn by a deep and humble longing for God’s forgiveness found in him the encouragement to plunge into the "flood of divine mercy" which sweeps everything away by its vehemence. If someone was troubled by the thought of his own frailty and inconstancy, and fearful of sinning again, the Curé would unveil the mystery of God’s love in these beautiful and touching words: "The good Lord knows everything. Even before you confess, he already knows that you will sin again, yet he still forgives you. How great is the love of our God: he even forces himself to forget the future, so that he can grant us his forgiveness!".25 But to those who made a lukewarm and rather indifferent confession of sin, he clearly demonstrated by his own tears of pain how "abominable" this attitude was: "I weep because you don’t weep",26 he would say. "If only the Lord were not so good! But he is so good! One would have to be a brute to treat so good a Father this way!".27 He awakened repentance in the hearts of the lukewarm by forcing them to see God’s own pain at their sins reflected in the face of the priest who was their confessor. To those who, on the other hand, came to him already desirous of and suited to a deeper spiritual life, he flung open the abyss of God’s love, explaining the untold beauty of living in union with him and dwelling in his presence: "Everything in God’s sight, everything with God, everything to please God… How beautiful it is!".28 And he taught them to pray: "My God, grant me the grace to love you as much as I possibly can".29

In his time the Curé of Ars was able to transform the hearts and the lives of so many people because he enabled them to experience the Lord’s merciful love. Our own time urgently needs a similar proclamation and witness to the truth of Love: Deus caritas est (1 Jn: 4:8). Thanks to the word and the sacraments of Jesus, John Mary Vianney built up his flock, although he often trembled from a conviction of his personal inadequacy, and desired more than once to withdraw from the responsibilities of the parish ministry out of a sense of his unworthiness. Nonetheless, with exemplary obedience he never abandoned his post, consumed as he was by apostolic zeal for the salvation of souls. He sought to remain completely faithful to his own vocation and mission through the practice of an austere asceticism: "The great misfortune for us parish priests – he lamented – is that our souls grow tepid"; meaning by this that a pastor can grow dangerously inured to the state of sin or of indifference in which so many of his flock are living.30 He himself kept a tight rein on his body, with vigils and fasts, lest it rebel against his priestly soul. Nor did he avoid self-mortification for the good of the souls in his care and as a help to expiating the many sins he heard in confession. To a priestly confrere he explained: "I will tell you my recipe: I give sinners a small penance and the rest I do in their place".31 Aside from the actual penances which the Curé of Ars practiced, the core of his teaching remains valid for each of us: souls have been won at the price of Jesus’ own blood, and a priest cannot devote himself to their salvation if he refuses to share personally in the "precious cost" of redemption.

In today’s world, as in the troubled times of the Curé of Ars, the lives and activity of priests need to be distinguished by a forceful witness to the Gospel. As Pope Paul VI rightly noted, "modern man listens more willingly to witnesses than to teachers, and if he does listen to teachers, it is because they are witnesses".32 Lest we experience existential emptiness and the effectiveness of our ministry be compromised, we need to ask ourselves ever anew: "Are we truly pervaded by the word of God? Is that word truly the nourishment we live by, even more than bread and the things of this world? Do we really know that word? Do we love it? Are we deeply engaged with this word to the point that it really leaves a mark on our lives and shapes our thinking?".33 Just as Jesus called the Twelve to be with him (cf. Mk 3:14), and only later sent them forth to preach, so too in our days priests are called to assimilate that "new style of life" which was inaugurated by the Lord Jesus and taken up by the Apostles.34

It was complete commitment to this "new style of life" which marked the priestly ministry of the Curé of Ars. Pope John XXIII, in his Encyclical Letter Sacerdotii nostri primordia, published in 1959 on the first centenary of the death of Saint John Mary Vianney, presented his asceticism with special reference to the "three evangelical counsels" which the Pope considered necessary also for priests: "even though priests are not bound to embrace these evangelical counsels by virtue of the clerical state, these counsels nonetheless offer them, as they do all the faithful, the surest road to the desired goal of Christian perfection".35 The Curé of Ars lived the "evangelical counsels" in a way suited to his priestly state. His poverty was not the poverty of a religious or a monk, but that proper to a priest: while managing much money (since well-to-do pilgrims naturally took an interest in his charitable works), he realized that everything had been donated to his church, his poor, his orphans, the girls of his "Providence",36 his families of modest means. Consequently, he "was rich in giving to others and very poor for himself".37 As he would explain: "My secret is simple: give everything away; hold nothing back".38 When he lacked money, he would say aimiably to the poor who knocked at his door: "Today I’m poor just like you, I’m one of you".39 At the end of his life, he could say with absolute tranquillity: "I no longer have anything. The good Lord can call me whenever he wants!".40 His chastity, too, was that demanded of a priest for his ministry. It could be said that it was a chastity suited to one who must daily touch the Eucharist, who contemplates it blissfully and with that same bliss offers it to his flock. It was said of him that "he radiated chastity"; the faithful would see this when he turned and gazed at the tabernacle with loving eyes".41 Finally, Saint John Mary Vianney’s obedience found full embodiment in his conscientious fidelity to the daily demands of his ministry. We know how he was tormented by the thought of his inadequacy for parish ministry and by a desire to flee "in order to bewail his poor life, in solitude".42 Only obedience and a thirst for souls convinced him to remain at his post. As he explained to himself and his flock: "There are no two good ways of serving God. There is only one: serve him as he desires to be served".43 He considered this the golden rule for a life of obedience: "Do only what can be offered to the good Lord".44

In this context of a spirituality nourished by the practice of the evangelical counsels, I would like to invite all priests, during this Year dedicated to them, to welcome the new springtime which the Spirit is now bringing about in the Church, not least through the ecclesial movements and the new communities. "In his gifts the Spirit is multifaceted… He breathes where he wills. He does so unexpectedly, in unexpected places, and in ways previously unheard of… but he also shows us that he works with a view to the one body and in the unity of the one body".45 In this regard, the statement of the Decree Presbyterorum Ordinis continues to be timely: "While testing the spirits to discover if they be of God, priests must discover with faith, recognize with joy and foster diligently the many and varied charismatic gifts of the laity, whether these be of a humble or more exalted kind".46 These gifts, which awaken in many people the desire for a deeper spiritual life, can benefit not only the lay faithful but the clergy as well. The communion between ordained and charismatic ministries can provide "a helpful impulse to a renewed commitment by the Church in proclaiming and bearing witness to the Gospel of hope and charity in every corner of the world".47 I would also like to add, echoing the Apostolic Exhortation Pastores Dabo Vobis of Pope John Paul II, that the ordained ministry has a radical "communitarian form" and can be exercised only in the communion of priests with their Bishop.48 This communion between priests and their Bishop, grounded in the sacrament of Holy Orders and made manifest in Eucharistic concelebration, needs to be translated into various concrete expressions of an effective and affective priestly fraternity.49 Only thus will priests be able to live fully the gift of celibacy and build thriving Christian communities in which the miracles which accompanied the first preaching of the Gospel can be repeated.

The Pauline Year now coming to its close invites us also to look to the Apostle of the Gentiles, who represents a splendid example of a priest entirely devoted to his ministry. "The love of Christ urges us on" – he wrote – "because we are convinced that one has died for all; therefore all have died" (2 Cor 5:14). And he adds: "He died for all, so that those who live might live no longer for themselves, but for him who died and was raised for them" (2 Cor 5:15). Could a finer programme could be proposed to any priest resolved to advance along the path of Christian perfection?

Dear brother priests, the celebration of the 150th anniversary of the death of Saint John Mary Vianney (1859) follows upon the celebration of the 150th anniversary of the apparitions of Lourdes (1858). In 1959 Blessed Pope John XXIII noted that "shortly before the Curé of Ars completed his long and admirable life, the Immaculate Virgin appeared in another part of France to an innocent and humble girl, and entrusted to her a message of prayer and penance which continues, even a century later, to yield immense spiritual fruits. The life of this holy priest whose centenary we are commemorating in a real way anticipated the great supernatural truths taught to the seer of Massabielle. He was greatly devoted to the Immaculate Conception of the Blessed Virgin; in 1836 he had dedicated his parish church to Our Lady Conceived without Sin and he greeted the dogmatic definition of this truth in 1854 with deep faith and great joy."50 The Curé would always remind his faithful that "after giving us all he could, Jesus Christ wishes in addition to bequeath us his most precious possession, his Blessed Mother".51

To the Most Holy Virgin I entrust this Year for Priests. I ask her to awaken in the heart of every priest a generous and renewed commitment to the ideal of complete self-oblation to Christ and the Church which inspired the thoughts and actions of the saintly Curé of Ars. It was his fervent prayer life and his impassioned love of Christ Crucified that enabled John Mary Vianney to grow daily in his total self-oblation to God and the Church. May his example lead all priests to offer that witness of unity with their Bishop, with one another and with the lay faithful, which today, as ever, is so necessary. Despite all the evil present in our world, the words which Christ spoke to his Apostles in the Upper Room continue to inspire us: "In the world you have tribulation; but take courage, I have overcome the world" (Jn 16:33). Our faith in the Divine Master gives us the strength to look to the future with confidence. Dear priests, Christ is counting on you. In the footsteps of the Curé of Ars, let yourselves be enthralled by him. In this way you too will be, for the world in our time, heralds of hope, reconciliation and peace!

With my blessing.

From the Vatican, 16 June 2009.

BENEDICTUS PP. XVI