Missionnaires d'Afrique


Anselm Mahwera, M.Afr.

Mali

Aumônier des migrants

Un confrère ne cesse jamais de me rappeler “qu’il ne faut pas faire, c’est de l’activisme, qu’il ne faut pas avoir des choses, c’est du matérialisme, et que l’activisme et le matérialisme ne sont pas bons pour la mission : cela donne un sentiment de pouvoir et encourage la recherche de résultats. Pour être un bon missionnaire, il faut être avec les gens ! Juste être présent.”

Souvent, avant que je sorte pour rencontrer des migrants, je pense à ces paroles de mon sage confrère, et je me dis qu’il a raison, que je ne dois pas chercher à faire ni à donner, mais à être présent auprès d’eux, car cet apostolat n’est pas seulement dans la ligne de justice et paix ni un geste de charité comme on le présente souvent, mais aussi dans la ligne de la présence !

Être là, présent
Être là, c’est comme un puits au bord de la route pour que les gens qui passent puissent y puiser un peu de Parole de Dieu, trouver un objet de prières et de dévotions populaires, un peu de solidarité et d’amour fraternel.
Être là, c’est être prêt à prêter sa voix aux gens qui sont sans voix, prêt à partager son temps, à partager son savoir faire, son expérience et ses connaissances. Être là, c’est partager la joie, les peines et les rêves des gens qui passent, c’est vivre avec eux, faire de leur problème notre problème, de leur joie notre joie, bref c’est être simplement là avec eux !

Quand on vit dans un pays que les gens, à cause de situations climatiques, politiques et économiques, sont obligés de quitter pour aller s’installer ailleurs, en laissant leurs familles derrière eux... Quand on vit dans un pays où les universités et autres grands instituts d’éducation sont centralisés à la capitale où tout le monde est obligé d’aller, alors qu’en même temps les structures d’accueil ne suivent pas le mouvement...

Anselm lors d’un enterrement.Quand on vit dans un pays où il y a une grande différence de niveau de vie entre les villes et les villages et où les gens se sentent obligés d’aller en ville pour mieux vivre...
Quand on vit dans un pays que les gens traversent pour aller ailleurs et qu’il arrive que ces gens soient victimes de maltraitance et de corruption... Quand on vit dans un pays où les gens viennent pour s’installer et gagner leur vie... Et surtout quand on vit dans un pays, et particulièrement dans une paroisse, où les gens sont refoulés, la présence auprès des gens qui “passent”, les migrants, nous est imposée : nous ne pouvons pas ne pas être présents auprès des migrants.

Je crois sincèrement que l’aumônerie des migrants est une nécessité au Mali. Un missionnaire qui décide de travailler pour et avec les migrants ne fait que répondre à une manière de vivre sa vocation missionnaire, surtout en faisant sienne les paroles de notre fondateur : “Je suis homme, l’injustice envers d’autres hommes révolte mon cœur.” Nous ne pouvons pas non plus oublier cette parole de Jésus : “J’étais un étranger et vous m’avez accueilli.” Un missionnaire doit pouvoir lire les signes des temps, et je suis convaincu que, vu le mouvement migratoire des gens en Afrique avec toutes les conséquences qui en ressortent, être présent auprès des migrants c’est répondre à un des signes de notre temps !

La Maison du migrant, à Gao, pour l’accueil, l’écoute, l’accompagnement et la sensibilisation de tous les migrants.Voyant les catégories de migration qui existent ici au Mali, une manière pour un missionnaire d’être présent auprès des migrants est de les accompagner, qu’ils soient dans un processus de migration externe ou interne. Accompagnement des Maliens qui se trouvent loin de leur région d’origine, (dans les grandes villes comme Bamako), par exemple les étudiants, les filles de ménages (petites bonnes) ou les travailleurs saisonniers. Il faut aussi savoir accompagner les étrangers dans nos pays et les ressortissants de nos pays qui se trouvent à l’étranger.

Pour le moment, la communauté anglophone, qui est composée majoritairement de ressortissants du Nigeria et du Ghana, a une équipe de prêtres qui les accompagnent à Bamako. Il y a la migration Sud Nord, mais aussi Nord Sud. Mais on constate que souvent rien n’est proposé aux étrangers européens qui se trouvent dans notre pays.

Des migrants potentiels
Beaucoup de gens, surtout des jeunes, sont des migrants potentiels. L’Église peut les accompagner en leur donnant des informations, en les préparant à faire face à ce qui les attend, pour leur éviter le choc culturel et des abus comme l’escroquerie.

Il y a aussi ceux qui ont échoué. Beaucoup ne réussissent pas à atteindre le but de leur migration. Ils se trouvent refoulés ou dans la rue parce qu’ils n’ont pas pu s’intégrer ou trouver du travail dans leur voyage.
Être présent ou accompagner des migrants, c’est d’abord être à leur écoute, accueillant et à la recherche d’une solution dans le cas où il y a un problème ou un besoin. Être présent, c’est aussi donner une adresse, devenir une famille d’accueil pour ces gens-là, simplement être là pour le pire et pour le meilleur ; être là, tout comme on le ferait pour un membre de notre famille biologique.

Comme nous l’avons déjà écrit dans Petit Écho 2009/2 N° 998, à Gao, nous prêtons une attention spéciale aux immigrés de passage, surtout aux refoulés des pays maghrébins, car, comme dans toute famille, on prête une attention spéciale aux membres souffrants.

J’avoue que cet apostolat de présence auprès des migrants m’a beaucoup apporté et m’a évangélisé. Spirituellement, je suis toujours frappé par la confiance que ces migrants ont en Dieu, surtout en la providence de Dieu. La dévotion populaire qui les habite me surprend toujours : combien de chapelets et de bibles j’ai eu à donner, même aux non chrétiens ! Étonné par leur recherche d’approfondissement de la foi, à combien de questions sur la foi j’ai eu à répondre. Cela m’oblige parfois d’aller fouiller dans mes cantines pour retrouver mes livres de théologie.

Des migrants dans le “No man’s land” dans le désert entre le Mali et l’Algérie.Humainement, je suis impressionné par la solidarité entre eux (on partage tout quand on n’a rien), et par la solidarité de tous ces gens et associations qui m’ont soutenu financièrement, moralement et spirituellement pour que je puisse être présent d’une manière efficace ; je suis frappé par leur courage et leur détermination à aller jusqu’au bout de leur “mission”.

À travers mes rencontres avec les migrants, j’ai appris comment il faut écouter les autres et surtout comment il ne faut pas proposer mes solutions, surtout quand je ne les connais pas assez. Je peux affirmer que je suis devenu plus sensible aux injustices, à la corruption et surtout à la pauvreté qui sont, selon moi, l’origine de la souffrance de beaucoup de ces immigrants. J’ai appris comment plaidoyer, comment négocier, comment défendre les droits des migrants.

Au moment d’évaluer tout ce que j’ai fait, un sentiment d’humilité m’envahit. Je me rends compte que, malgré tout le temps, tous les moyens financiers qu’on a mis, on ne peut pas montrer un résultat de travail fait. Les migrants ont continué leur voyage et ma vie missionnaire continue et je me dis que mon confrère a raison : dans cet apostolat auprès des gens qui passent, il vaut mieux compter sur ma présence et pas sur ce que j’ai ou sur ce que j’ai fait. Il faut juste chercher à être là et à faire siennes les paroles de Jésus : “Je suis un serviteur inutile, je n’ai fait que ce qu’il fallait faire.”

La meilleure manière de faire ce qu’il faut faire, c’est d’être toujours prêt à répondre à un autre signe des temps, car la mission est la même, mais elle change de visage dépendant du temps et du lieu.

Anselm Mahwera, M.Afr.


Tiré du Petit Echo N° 1011 2010/5

 


 

Missionaries of Africa


Anselm Mahwera, M.Afr.

Mali

Chaplaincy to migrants: our presence is our apostolate

One of my confreres is always reminding me that we must not do things, which would be activism; we must not have things, which would be materialism. Activism and materialism are not good for mission as it gives the impression of power and productivity. To be a good missionary, we have to be with the people, just be present to them.
Often, when I go out to meet migrants, I think on my confrere’s wise words and I tell myself he is right. I should not seek to do or give, but rather be present to them, since this apostolate is not only in line with justice and peace or charity as it is often depicted, but also in line with our presence. Our presence is our apostolate, simply being there with the people.

It is to be present
It is to be present like a well by the roadside so that passers-by can refresh themselves with the Word of God, find an object of popular devotion or prayer, a little solidarity and brotherly love and naturally, the liberty to continue on their way.
It is to be present, ready to lend one’s voice to a voiceless people; ready to sacrifice one’s time sharing one’s know-how, experience and knowledge. It is to be present to share joys and sorrows, and the dreams of the people in transit; to be there to live with them, to make their problems ours, their joy our joy; in a word, to be present to them!

This happens when we live in a country where people are obliged to leave and settle elsewhere, leaving their families behind because of climatic, political and economic circumstances. When we live in a country where the universities and major educational institutions are centralised in the capital and thus everyone is obliged to go there, reception facilities do not follow the move.

Anselm at a burial.When we live in a country where there are major differences in the standard of living between town and village, people feel obliged to move to the towns to live better.
When we live in a country where the people are passing through to go elsewhere, it happens that these same people are victims of maltreatment and corruption. It happens when we live in a country where the people come to settle and earn their living. Above all, it occurs when we live in a country and particularly in a parish where the people are sent back.

Our presence to the migrant people that pass through is incumbent upon us; we cannot not be present to migrants.
I sincerely believe that in Mali, the chaplaincy to migrants is essential. Moreover, a missionary who decided to work for and with migrants is only responding in one among many ways to live his missionary vocation, making his own the words of our Founder, ‘I am a human being and I am a stranger to nothing that affects humanity.’ In addition, we are not going to forget Jesus’ words, ‘I was a stranger and you made me welcome,’ (Mt 25:35). A missionary has to be in the forefront to respond to the signs of the times and I am convinced that given the migratory movement of the peoples in Africa, with all the consequences it entails, being present to migrants is responding to one of the signs of our times!

Seeing the categories of migrations that exist here in Mali, one of several ways for a missionary to be present to migrants is by accompaniment. This provides a continual presence to migrants in all the stated categories: internal or external migration.

It is accompaniment for Malians who find themselves far from their home region (in the major towns like Bamako); for students; for domestics (maids) and limited seasonal traders in our towns. It is for foreigners in our countries and for citizens of our countries abroad.

For the time being, the Anglophone community is mainly composed of citizens from Nigeria and Ghana; a team of priests at Bamako look after them. There is South-north and even North-south migration and often nothing is offered for European foreigners who are in our country.

Potential migrants
Many people, especially youth, are potential migrants. The Church can accompany them by giving information and preparing them for what lies ahead. All this can prevent cultural clashes and abuses such as fraud.
There are also those who have failed. Many do not succeed in their migratory aims. They often find themselves sent back or on the street because they could not integrate or find a job on their journey.

Maison du Migrant, Gao, for reception, interviewing, accompanying and awareness-raising programmes for all migrants. When speaking of ensuring a presence and accompaniment towards migrants, we mean being listeners, welcoming and desirous of seeking solutions in cases of problems and needs. Being present is also providing an address and becoming a welcoming family for those people; just to be there for better or worse, to do the same for them as for any member of our own families.


However, as we already wrote in the PE 2009/2 N° 998, there is special emphasis for immigrants passing through - especially those turned back from Maghreb countries. As in every family, we pay more particular attention to the suffering members.

I will conclude in reference to my presence towards these ones by admitting how much this apostolate of our presence to this group of immigrants has brought me and evangelised me. Spiritually speaking, I am always impressed by the trust which these migrants place in God, especially in God’s providence. Continually struck by the popular devotions they practice from within, how many Rosaries and Bibles I have given out, even to non-Christians! Captivated by their quest to deepen their faith, how many questions on faith I have had to respond to, obliging me to look into my tin trunks for my theology books I had begun to forget.

Migrants in no-man’s-land in the desert between Mali and Algeria.Humanly speaking, I am fascinated by their solidarity among themselves (sharing everything when one or other has nothing), as well as the solidarity of all those people and associations that have supported me financially, psychologically and spiritually, in order to provide an effective presence. I am awed by their courage and determination to reach the objective of their ‘mission’.

Through meeting with them, I learned how to listen to others and above all how not to offer our solutions; when we do not know one another enough, often our solutions do not correspond to their problems. I can state that I have become more sensitive to injustices, corruption and above all poverty, all which, according to me, are at the source of the suffering of many of these immigrants and I have learned how to plead, how to negotiate, how to defend migrants’ rights.

At this point in assessing all I have done, a feeling of humility invades me, because I realise that in spite of all the time and financial means we have put into it, we cannot show a result of task accomplished. Migrants have continued on their journey and my missionary life continues. I tell myself my confrere is right; in this apostolate towards people in transit, it is better to count on one’s presence and not on what one has or what one does. It is enough to just be there and make our own the words of Jesus, ‘We are merely servants: we have done no more than our duty’, (Lk 17:10).

The best way to do it is to be always ready to respond to another sign of the times, for the mission is the same, but it changes its features depending on the time and place.

Anselm Mahwera M.Afr

From Petit Echo n° 1011 2010/5