Missionnaires d'Afrique


Jean Chrysostome Kamango M.Afr.

Nigeria

Aumônier des jeunes du doyenné d’Osogbo

L’Église du Nigeria est très charismatique et pieuse. Les gens sont très religieux et pleins de dévotions. Chaque paroisse compte au moins une dizaine de groupes, si pas plus, où les gens se rassemblent pour nourrir leur foi par la prière, le partage de la Parole de Dieu, les récollections, les réflexions, les exposés, les veillées nocturnes, l’adoration, les sacrements. L’un de ces groupes est le groupe des jeunes, en abrégé C.Y.O.N. (Catholic Youth Organization of Nigeria). C’est principalement avec ce groupe que je travaille comme aumônier depuis mon arrivée au Nigeria en février 2005. Cet apostolat a pris une nouvelle dimension depuis que l’évêque du diocèse d’Osogbo, Mgr Gabriel ‘Leke Abegunrin, m’a nommé aumônier des jeunes du doyenné d’Osogbo qui compte six paroisses.

Chapelle catholique du collège universitaire d’Ibadan. L’objectif principal de ce groupe est d’aider au développement spirituel, moral, intellectuel, culturel, social et physique du jeune catholique. Cette organisation sert également à encourager les vocations à la vie consacrée ou au mariage, à promouvoir les échanges entre les membres ainsi qu’à mettre le jeune en face de ses responsabilités vis-à-vis de l’Église, de la société, de sa famille ainsi que de son futur à la lumière de l’Évangile.

Le groupe des jeunes est d’abord et avant tout une association chrétienne. Le Christ est donc le centre de tout. On se réunit régulièrement pour prier ensemble. Cela me frappe de voir comment les jeunes savent prier ici. Sans hésitation ni timidité, ils se lancent dans la prière et cela de manière charismatique. C’est parfois long, mais vraiment touchant et profond. Ceci révèle que prier est un exercice auquel ils sont habitués depuis leur petite enfance dans le cercle familial. C’est une grâce et une valeur. Combien je souhaite que ceci soit une pratique courante dans toutes les familles chrétiennes d’autres pays. Je me rends moi-même compte que ma façon de prier n’est plus la même qu’auparavant. Je suis très influencé par cette façon très charismatique de prier.

Les jeunes ont cependant besoin d’être aidés à prier en tant que chrétiens catholiques pour éviter d’invoquer un Dieu qui serait pour les uns et contre les autres, un Dieu vengeur et prêt à jeter la honte sur ceux qui ne nous aiment pas, pour ne pas prier un Esprit Saint au feu exterminateur de nos ennemis. Nous organisons des espaces de partage de la Parole de Dieu, des retraites, des exposés et des séminaires pour les aider à bien comprendre leur foi et les Écritures.

Mon groupe de danseurs hip hop.Les jeunes connaissent la Bible et cela est un grand défi pour moi. Je n’ai jamais tant lu la Bible que depuis que je suis ici. Le prêtre doit tout connaître et avoir le dernier mot pour ces jeunes dont la plupart sont sur le point de terminer l’école secondaire ou l’université. Je ne dois jamais faire ou dire quelque chose au hasard. Je passe des heures et des heures à lire, à faire des recherches, à m’informer, à préparer et à prier afin d’offrir le meilleur de moi-même. Une chose est claire : c’est en annonçant le Christ que je le découvre davantage, que je renouvelle mon oui et que je nourris ma foi.

L’esprit d’ouverture à la mission universelle de l’Église guide mes actions. Dans leurs prières, il n’y a pas seulement eux, le Nigeria et son lot de problèmes, mais aussi les autres qui sont plus loin, qui souffrent davantage et qui ont besoin de leurs prières. Il n’y a pas que leur salut qui compte, mais également celui des autres. Cela est devenu une habitude dans cette organisation que d’inviter d’autres jeunes de différentes dénominations à n’importe quel programme et ils leur donnent toujours l’occasion de présenter leur numéro, que ce soit pour les programmes à caractère social, pour des veillées nocturnes ou un autre programme. L’esprit d’ouverture à l’autre, bien que différent, s’accentue de plus en plus, ce qui est source de cohésion, d’acceptation et d’écoute mutuelle dans un Nigeria où pullulent les sectes, hanté de temps en temps par les conflits interreligieux.

J’apprends beaucoup des forums au cours desquels on débat de différents sujets d’intérêt général. Les jeunes le font avec passion. L’esprit d’écoute est très important avant d’agir ou de réagir. Les jeunes sont très fiers de ce pays qu’ils appellent “le géant d’Afrique”, mais en même temps ils peuvent paraître très pessimistes et négatifs concernant ce même pays. Certains rêvent de quitter le Nigeria le plus tôt possible. Sans nier les problèmes dont ils parlent avec des preuves à l’appui, je les aide à voir la face positive de la médaille, à réaliser qu’il y a beaucoup de bonnes choses qui se passent dans ce pays. Je n’avais pas demandé le Nigeria, mais je remercie le ciel de m’y avoir envoyé et je ne suis pas du tout prêt à le quitter. Mon désir profond est d’être source d’espoir et d’encouragement pour ces jeunes et de les aider à garder leur foi, leur morale ainsi que leur moral au milieu de tous ces problèmes qui ne sont pas l’apanage du Nigeria. À Kinshasa, à Nairobi tout comme ailleurs, c’est la même réalité, si elle n’est pas pire. Je veux qu’ils apprennent à positiver et à marquer la différence. L’Église du Nigeria est un modèle de générosité, de piété, d’auto-prise en charge et de respect pour le clergé. Les jeunes l’ont compris ; ils en emboitent déjà le pas.

Les programmes à caractère social, comme le sport, les pique-niques, la danse, les sorties, les journées culturelles, les compétitions, sont là pour aider les jeunes à se rassembler, à se connaître et surtout à découvrir et à développer les talents que Dieu leur a donnés. Les structures nous font défaut à ce propos. Cela n’est pas chose facile pour moi d’expérimenter mes limites au niveau financier, malgré les bonnes intentions et les projets utiles et nécessaires que je peux avoir pour ces jeunes. J’apprends à faire avec malgré moi.

J’essaie d’associer ces jeunes à ce que je fais. Ils sont avec moi au jardin, ils viennent avec moi quand je vais visiter les malades ou donner la communion aux personnes âgées, ils m’accompagnent durant les visites aux familles, ils prennent aussi le chemin de l’hôpital avec moi (j’en suis aussi l’aumônier), ils m’accompagnent en succursale et donnent toujours un coup de main dans la communauté. Je dois dire qu’ils n’y a pas que des catholiques parmi eux et mon apostolat ne se limite pas qu’aux catholiques.

L’apostolat auprès des jeunes m’ouvre à l’apostolat des familles. La collaboration et la proximité avec les parents apportent un développement très positif dans la vie de ces jeunes. C’est le moyen par excellence de gagner ceux qui sont durs et difficiles et de les ramener sur la bonne voie en leur inculquant la discipline, le sérieux, l’engagement et le respect. Dès que l’on pénètre la vie d’une famille, on découvre qui sont vraiment les gens et quelle est leur vie, leurs joies et leurs peines. Une fois cela fait, on devient l’ami, le confident, l’accompagnateur spirituel, le confesseur, le réconciliateur, le conseiller de toute la famille.

Danse d’action de grâce avec les jeunes.Ce qui compte le plus, c’est d’être là pour ces jeunes, avoir du temps pour eux, les écouter, prier pour eux, les conseiller, les aimer et le leur montrer. Quand ils se sentent écoutés, ils s’ouvrent et révèlent qui ils sont réellement. Comme tout jeune, ils rencontrent beaucoup de problèmes comme la corruption, la drogue, la prostitution, le crime, l’avortement, le vol, les sociétés secrètes, les crises familiales, les gangs, l’échec dans la vie, la trahison, l’incertitude du lendemain. La confidentialité est hyper importante. Il faut avoir du temps pour les écouter et les accompagner sans juger. Il est vrai qu’il m’arrive parfois de manquer de temps pour moi-même. Ils appellent et viennent me voir en chaîne : l’un après l’autre, un groupe après un autre, mais je ne me plains pas.

Un apostolat auprès des jeunes sans les aimer d’un amour profond est vide de sens. Il faut faire de ces jeunes des amis, malgré la différence d’âge. Je les aime et me laisse aimer par eux. Il faut avoir de la place pour tout le monde dans son cœur, même pour les récalcitrants. Faut-il éviter ces derniers ? Non. Les rejeter ? Non plus. Les étiqueter ? Jamais. Il faut les accepter et faire avec. Bien sûr que tout ceci n’est pas facile tous les jours. Je me retrouve parfois énervé, en train de jurer, de prononcer de gros mots ou de crier, mais on finit toujours par se réconcilier et se donner une seconde chance.

L’apostolat auprès des jeunes me fait arriver à cette conclusion : si l’on aspire à une Afrique meilleure et si l’on veut que l’Église de demain continue à jouer son rôle prophétique au milieu de tous les problèmes que ce continent connaît, nous devons faire de la pastorale des jeunes notre priorité. C’est plus réaliste, plus pratique, plus tangible. En tout cas, il y a du pain sur la planche dans cet apostolat et je n’ai pas l’impression de perdre ou de tuer le temps dans une sorte “d’apostolat de présence passive”. S’intéresser aux jeunes, c’est construire une nation et offrir un avenir. Ces jeunes, ainsi que leurs mamans très généreuses, me font aimer ce pays et m’y attachent positivement. Que Dieu bénisse le Nigeria ainsi que ses habitants au nom de Jésus Christ ! Amen !

Jean Chrysostome Kamango M.Afr.


Tiré du Petit Echo N° 1011 2010/5

 


 

Missionaries of Africa


Jean Chrysostome Kamango M.Afr.

Nigeria

Youth ministry in Nigeria

The Church of Nigeria is very charismatic and devout. The people are very religious and full of devotional piety. Every parish has at least a dozen groups, if not more, where people gather to foster their faith in prayer, sharing the Word of God, recollections, reflections, exposés, night vigils, adoration, Sacraments and so on. One of these groups is for youth, the Catholic Youth Organization of Nigeria, or CYON. I have been working primarily with this group as their chaplain since I came to Nigeria in February 2005. This apostolate has intensified even more since Bishop Gabriel Abegunrin of Osogbo appointed me Youth Chaplain for Osogbo Deanery, comprising six parishes.

Ibadan University College Catholic Chapel.The prime objective of this group is to help in the spiritual, moral, intellectual, cultural, social and physical development of the young Catholic. This organisation also serves to encourage vocations to consecrated life or marriage, to promote discussion between members, including getting the young person to face up to his or her responsibilities vis-à-vis the Church, society and family, as well as for his or her future in the light of the Gospel.

The youth group is first and foremost a Christian association. Christ is therefore the centre of it all. We gather at regular intervals to pray together. It is striking for me to see how young people here pray. Without hesitation or shyness, they launch right into prayer and in a charismatic way. It is sometimes lengthy, but really touching and profound. This shows that praying is an exercise to which they are used from their early childhood in the family circle. It is a grace and a quality. How I wish it were also current practice in all Christian families in other countries. I realise that my own way of praying is not the same as before. I am very influenced by this very charismatic way of praying. However, they need to be helped to pray as Catholic Christians and to avoid invoking God who would be in favour of one and against others, a vengeful God, ready to shame those who do not like us, or praying to the Holy Spirit to exterminate our enemies in flames…

We arrange opportunities for sharing in depth on the Word of God, retreats and organised exposés as well as seminars to help them to understand their faith and the Scriptures properly. The young people here know the Bible and it is a great challenge for me. I have never read the Bible in such depth before coming here. The priest knows everything and has the last word for these young people, the majority of whom are on the point of finishing secondary school or are at university. This high expectation helps me never to take a chance in anything. I spend hours on end reading and researching, gathering information, preparing and praying so as to offer the best of myself. One thing is clear for me: in proclaiming Christ, I discover more about him and I renew my positive commitment to him while nurturing my faith.

A spirit of openness to the Church’s universal mission guides my actions. In their prayers, there are more than just them, more than just Nigeria that has its share of problems. Others far away suffer more and need their prayers. There is more at stake than just their own salvation; others also have needs. It has become a custom in this organisation to invite young people from other denominations to any programme. They always give them the opportunity to present their contribution, either in the programmes of a social nature, at night vigils or another programme. Openness to others, although different, is increasingly accentuated, becoming a source of mutual cohesion, acceptance and listening in a Nigeria where sects abound occasionally prey to interreligious conflict.

I learn a great deal from the open forums during which there are different topics of interest discussed. The youth do so with passion. A listening ear is very important before acting or reacting. The young people take pride in this country they call the ‘African Giant’. At the same time, they can seem very pessimistic and negative with regard to this same country. Some dream of leaving Nigeria as soon as possible. Without denying the problems they speak of with supporting evidence, I help them to see the positive side of the coin, to get them to realise that there are many good things that are happening in the country. I did not request Nigeria, but now I thank heaven for having sent me here. Moreover, I am not at all ready to leave it.

As a missionary, I believe that the day I have more negative things to say about my country of mission than positive will be the ideal time to leave it. If one stays on regardless, it causes more harm than good. My deepest desire is to try to be a source of hope and encouragement for these young people and help them to preserve their faith, their morale, as well as their morals, in the midst of all these problems that are not just peculiar to Nigeria. At Kinshasa, Nairobi or elsewhere, it is the same reality, if not worse. I would like them to learn how to be more positive and mark the difference.

My group of hip hop dancers.The Church of Nigeria is one of the role-models of generosity, piety, self-reliance and respect for the clergy among African countries. Young people have understood this and have already fallen into step behind their forebears.
Programmes of a social nature such as sports, picnics, dancing, outings, cultural days and competitions are there to help young people to gather, get to know one another and above all to discover and develop the talents God gave them. Indeed, there are many who are hyper-endowed and talented among them. They develop themselves and form their characters, enhancing a positive pride. Structures fail us on this issue. It is not easy for me to experience my financial limitations in spite of good intentions and useful and necessary projects that I could have for these young people. I learn to manage in spite of myself.

I try to associate these young people with what I do. They are with me in the garden, when I visit the sick or give Communion to the elderly. They come with me on family visits, taking the road to the hospital with me, (since I am also the chaplain there). They come with me to outstations and always help out in the community. I must say that there are not just Catholics among them and my apostolate is not limited to Catholics.

Thanksgiving Dance with youth. Youth ministry opens me onto the family apostolate. Cooperation and the nearness of parents contribute to a very positive development in the lives of these young people. It is the best way to win over those who are tough or difficult and to bring them back to the right track, instilling discipline, seriousness, commitment and respect into them. As soon as we enter family life, we discover who people really are, as well as their lives, their joys and sorrows. Once this is done, we become the friend, the confidant, the spiritual mentor, the confessor, the conciliator and advisor of the whole family. What matters more is that we are there for the youngsters, take time for them, listen to them, pray for them, counsel them, love them and demonstrate it to them. When they feel heard, they open up and reveal who they really are.

Like all of youth, they meet lots of problems such as corruption, drugs, prostitution, crime, abortion, theft, secret societies, family crises, gangs, setbacks in life, betrayal, the uncertain future… Confidentiality is hyper-important. We need time to listen and accompany them without judging. It is true that sometimes I don’t have time for myself. They call and come to see me in quick succession, one after another, one group after another; I am not complaining.
Finally, experience shows me that youth ministry without deep love does not make sense. These young people have to become friends, despite the age difference. I love them and allow myself to be loved by them. We have to have room in our hearts for everyone, even the wayward. These last-mentioned – we should not avoid them; we should reject them even less; neither should we ever label them. We have to accept them and work with them. Naturally, all this is not easy every day. There are times I find myself overstretched, ready to yell and blaspheme, but we end up reconciling and giving one another a second chance.

Youth ministry has led me to this conclusion: if we aspire to a better Africa and that tomorrow’s Church continues to play its prophetic role in the midst of all the problems this continent undergoes, we must make youth ministry our priority. It is more realistic, practical and tangible. In any case, there is work to be done in this apostolate and I do not have the impression of wasting or killing time in a sort of ‘passive presence’ apostolate. Interest in young people is nation-building and offering a future. These young people, as well as their very generous mothers, help me to love this country to become positively attached to it. May God bless Nigeria and all its inhabitants in the name of Jesus Christ! Amen!

Jean Chrysostome Kamango M.Afr.

From Petit Echo n° 1011 2010/5