Action Batwa
Missionnaires d'Afrique
Centre Lavigerie
B.P. 179
GITEGA - BURUNDI
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Comment se pose la problématique de l'intégration sociale des Batwa au Burundi :

Recherche des voies de libération

REGARD SUR L'ŒUVRE ENTREPRISE
PAR ACTION BATWA


PRESENTATION D'UN PLAN DURABLE EN VUE DE VENIR EN AIDE
A CETTE POPULATION.


Présenté par :

Père Elias MWEBEMBEZI,
Coordinateur d'Action Batwa
Pour ceux qui voudraient ce document en doc: m'écrire



COMMENT SE POSE LA PROBLEMATIQUE DE L'INTEGRATION SOCIALE DES BATWA AU BURUNDI : RECHERCHE DES VOIES DE LIBERATION.

Regard sur l'œuvre entreprise par Action Batwa

Présentation d'un plan d'action durable des projets de l'Action Batwa en vue de venir en aide à cette population.

Préliminaire

L'Action Batwa est une organisation créée en 1999 par les Missionnaires d'Afrique en vue de venir en aide aux Batwa, peuple pauvre et défavorisé, qui évolue en marge de la société burundaise. Elle a été agréée par l'Etat au cours de la même année et son siège se trouve au Centre Lavigerie de Shatanya à Gitega.

Pour connaître l'âme de ce peuple, nous avons choisi de l'accompagner dans ses difficultés quotidiennes. Durant cinq ans, l'Action Batwa s'affronte à la problématique de l'intégration sociale des Batwa. C'est une problématique longtemps oubliée et passée sous silence dans un pays en prise aux difficultés économiques, sociales et politiques.

Ici, nous donnons une vision panoramique de ce que nous avons déjà fait dans ce sens : amélioration de l'habitat, appui à l'agriculture et à l'élevage, scolarisation des enfants, hygiène et santé, lutte contre la pandémie du VIH/Sida, éducation à la paix, aux droits de l'homme, aux valeurs humaines, sociales et civiques.

Nous proposons également un plan d'action durable qui reprend en grande partie ces activités pour les années à venir.


I. Connaître la problématique des Batwa

1. Qui sont les Batwa ?

Les Batwa constituent un des trois groupes sociaux qui composent la société burundaise. Estimés à 2% de la population, ils sont une véritable minorité sociale. Notons que ce chiffre ne résulte pas d'un recensement, mais d'une estimation sur le terrain.

Signalons que les Batwa font également partie des peuples pygmées présents dans la région de l'Afrique Centrale, auxquels ils ont emprunté le mode de vie.

D'une manière générale, le problématique des Batwa se pose en trois termes qui sont la pauvreté, la marginalisation et le mépris. Pauvres, les Batwa n'ont pas de terres, ils trouvent difficilement à manger, à se loger, à se vêtir et à se faire soigner. Par la marginalisation, les Batwa constituent un peuple à part, victime d'une exclusion au niveau de l'organisation de la société et de ses institutions.

Les Batwa sont également méprisés par les autres qui les considèrent comme une classe sociale inférieure : on ne partage pas avec les Batwa et on ne se marie pas avec eux, on n'entre pas chez eux.


2. A l'origine de la problématique des Batwa, l'effondrement de leurs modes de subsistance.

A l'instar de leurs frères les Pygmées, les Batwa avaient toujours vécus en pratiquant la chasse et la collecte des produits de la forêt (la cueillette). En plus, ils pratiquaient la poterie. Ils ne cultivaient pas la terre, ceci explique pourquoi, rares sont les Batwa ayant une terre à exploiter.

Aujourd'hui, la forêt a disparu, le Mutwa ne peut plus chasser, les poteries n'ont plus de valeur et subissent la concurrence des ustensiles issus de l'industrie. En bref, le Mutwa n'a plus rien.

3. Conséquences d'ordre social

Vivant dans des conditions méprisables, les Batwa deviennent vite sujets de mépris de la part des autres Barundi. On ne se marie pas avec les Batwa. Même les ustensiles utilisés par eux sont mis en quarantaine. Les sommes dérisoires tirées de la poterie leur permettent à peine de manger une fois par jour. Ils se voient obligés de mendier ou de commettre des actes non recommandables. Ils deviennent alors les personnes sur lesquelles sont bâties tous les mauvais stéréotypes de la société.

4. Conséquences d'ordre politique

A cause de la misère extrême doublée du mépris social, les Batwa sont exclus et ne participent pas à la chose publique. Souvent mal vêtus, ils sont rarement présents dans les rassemblements politiques et même religieux. Dans les registre d'état civil, le Mutwa brille par son absence. Il n'a pas de carte d'identité.

Le style de vie semi-nomade fait que le Mutwa n'a pas de résidence fixe à mentionner sur la carte d'identité quand bien même il aurait de l'argent pour la payer. Le Mutwa ne fera partie d'aucune institution si traditionnelle soit-elle. C'est à juste titre que le Mutwa n'a pas le courage de se nommer lui-même Murundi.

5. Un mot sur l'habitat du Mutwa

Pour la plupart des Batwa, la maison familiale est une hutte circulaire de trois mètres carrés sur un mètre et demi de haut qui abrite cinq personnes. Elle est souvent faite d'arbustes, de branchages, de paille ou de feuilles de bananier. On y entre en se courbant fort ou en marchant à quatre pattes. Pareille habitat ne protège pas contre les intempéries et il est souvent emporté par le feu.

6. A propos de la scolarisation

L'enfant mutwa, déjà traumatisé par la misère n'a pas de base pour affronter l'école. Il n'a pas de quoi manger, pas de vêtements, pas de matériel scolaire. Il est dominé par les complexes d'infériorité. Déjà dans la conscience, il se voit mal à l'école entouré d'autres enfants le pointant du doigt avec des attitudes imprégnées de mépris et guidées par les stéréotypes. Il préfère alors abandonner que d'affronter ce dur combat.

Tout cela explique pourquoi les Batwa sont analphabètes dans l'ensemble d'une population qui est de plus en plus scolarisée. Les enquêtes faites auprès des Batwa que nous encadrons, nous ont révélés que les Batwa étaient conscients des avantages présentés par la scolarisation mais qu'ils ne pouvaient pas y accéder pour des raisons sociales et économiques.

7. En matière des soins de santé

Quand on arrive dans les villages Batwa, les spectacle inspire la pitié. Des gosses en majorité nus vous accueillent le sourire aux lèvres. Leurs ventres ballonnés, leurs cheveux roux, font penser aux verminoses et à l'insuffisance alimentaire. Aucun parmi ces enfants n'a été vacciné. La plupart meurt en bas âge.

En effet, la femme mutwakazi n'ira jamais au dispensaire pour faire les consultations prénatales, pour accoucher et suivre les vaccins nécessaires. La raison, c'est l'omniprésence de la pauvreté et du mépris.

Conclusion sur la problématique des Batwa

Le Mutwa est une personne traumatisée par la misère, le mépris et l'exclusion. Ce traumatisme est si grand que le Mutwa a perdu le regard sur ses propres capacités humaines pouvant l'aider à se libérer. De là, des préjugés se sont ancrés dans les mentalités comme quoi les Batwa sont des personnes incapables de s'engager sur la voie de leur auto-développement. Il faut abattre de tels préjugés.

La réalité est que, le Mutwa assailli par beaucoup de problèmes qui hypothèquent son épanouissement social et son avenir, a besoin d'être encadré. Il a trop souffert dans des conditions inhumaines en marge de la société. Il faut faire quelque chose, qu'il faut entreprendre avec lui, pour lui redonner la confiance et la dignité.


II. Recherche des voies de libération

Les Batwa doivent survivre dans un pays classé parmi les pays les plus pauvres du monde. Plus de 90% de la population vit de l'agriculture et on a de la peine à trouver un espace vide pour cultiver. Notons aussi que le Burundi est un des pays surpeuplés d'Afrique avec une densité de 270 habitants au km².

Ainsi, la majorité des Barundi mène une lutte quotidienne pour leur subsistance sur un terrain souvent épuisé. Dans ce monde qui est devenu celui de la compétition, les Batwa, peuple défavorisé, ne sont pas en mesure de suivre. Nous devons faire une discrimination positive en leur faveur en matière de terres, de l'éducation, de la santé, de l'habitat, etc. La forêt disparue, la chasse n'est plus possible, et la survie des Batwa réside dans la reconversion en d'autres modes de vie et l'adaptation. Ils ont besoin pour cela d'un encadrement préalable dans des domaines variés.

Une autre chose est aussi le changement d'attitude à l'égard des Batwa. Il doit se faire par une sensibilisation dans toutes les directions pour aboutir à l'émergence de nouveaux rapports sociaux.

1. Reconversion et adaptation : la question de la terre

Cette reconversion exige que les Batwa disposent à l'égal des autres Barundi, de ce qui est le plus important : la terre. Beaucoup de Batwa ont rarement une terre à cultiver. La propriété foncière, si petite soit-elle, devient donc un impératif pour la revalorisation du Mutwa. En tout cas, pour un Murundi, un lopin de terre c'est carrément la citoyenneté. En donnant une terre à chaque citoyen Murundi, on lui trouve une origine, une attache et une identité. Une recherche des terres pour les Batwa est éminemment incontournable quand on sait que la grande majorité des Barundi vivent de la terre, se nourrissent de la terre et ne vivent que pour elle. Première solution pour la stabilité des familles batwa, la terre est également le premier remède prescrit au problème de la marginalisation.

2. De nouveaux moyens de vivre en plus de la poterie et un autre style de vie.

Une fois la propriété foncière acquise, les Batwa peuvent s'adapter au style de vie des autres Barundi par la pratique de l'agriculture et de l'élevage. Ces activités viendraient compléter les revenus insignifiants tirés de la poterie et résoudre les question de la faim et de la mendicité devenues chroniques chez les Batwa. En outre, elles permettraient au Mutwa d'éveiller ses capacités. Ces nouveaux modes de subsistance entraîneraient un changement sur le style de vie.

Avec la propriété foncière, le Mutwa a une résidence fixe. Il est petit à petit amené à améliorer son habitat. La misérable hutte cède la place à un habitat plus ou moins durable où règne la propreté et l'hygiène, c'est la meilleure garantie contre les intempéries de toutes sortes et la meilleure garantie pour une santé relativement bonne. Un tel habitat est aussi une garantie pour l'amélioration des rapports sociaux, le respect mutuel et l'intégration sociale.

3. Changement d'attitude à l'égard des Batwa

De nouveaux rapports sociaux avec les Batwa doivent surgir si nous voulons aider ce peuple à sortir de ses impasses. C'est un travail qui se fera grâce à la scolarisation des jeunes Batwa et la sensibilisation de tout le monde

a. Changement grâce à la scolarisation

L'école devient une voie obligée pour que les nouvelles générations Batwa s'intègrent dans la société. Ils auront la possibilité d'acquérir les outils nécessaires pour affronter l'avenir dans la dignité et l'égalité. Grâce à l'école, nous espérons que petit à petit les Batwa prendront la parole à l'auditoire national. Prendre la parole signifie le procédé par lequel ils pourront étaler leurs problèmes, leurs aspirations , leurs projets ainsi que les réponses à y apporter. Car, seuls les groupes conscients de leurs droits peuvent se lever pour prendre leur vraie place et participer à leur émancipation.

Enfin, l'école permettra aux Batwa de diversifier les façons de se prendre en charge à l'instar des autres Barundi. Ceux qui réussiront la formation élémentaire s'adonneront aux métiers tels que la maçonnerie, la menuiserie, la couture, … Ils essayeront de convertir le travail de l'argile en plusieurs produits plus usuels, plus performants, plus compétitifs. Ceux qui auront la chance d'aller plus loin seront casés dans la fonction publique, l'administration et le secteur privé.

b. Changement grâce à la sensibilisation de tous

D'une part, cette sensibilisation doit commencer par les Batwa eux-mêmes. Elle insisterait sur la nécessité de dominer les complexes d'infériorité, d'envoyer la jeunesse à l'école, de valoriser le travail manuel, d'être conscients de lutter pour leurs droits et de collaborer avec les organisations qui veulent les aider.

D'autre part, nous devons faire comprendre aux autres composantes sociales que les Batwa sont nos concitoyens, avec les mêmes droits et les mêmes capacités que nous. Car la réhabilitation des Batwa implique l'éradication des préjugés, des croyances et pratiques discriminatoires à leur égard. Plutôt que de les mépriser, il faut les accepter tels qu'ils sont, les accueillir dans toutes nos associations et communautés, les aider à surmonter leurs difficultés, à développer leurs talents.

Conclusion : Un accompagnement des populations Batwa est indispensable

Aujourd'hui, les Batwa sont en situation de faiblesse. Ils sont en marge de la société, méprisés et exclus. Ils n'ont pas encore acquis les outils nécessaires pour aller dans les voies qui leur permettront de sortir de cette situation déshumanisante. Beaucoup de gestes doivent être posés en leur faveur. Il est du devoir des organisations de les appuyer, de les soutenir, des les accompagner, de leur fournir ces outils pour que les Batwa amorcent ce mouvement libérateur.

L'organisation Action Batwa a entendu cette interpellation. Depuis 1999, elle vit au rythme de leur vie quotidienne. N'oublions pas cependant que le plus grand effort doit être fourni par les Batwa eux-mêmes.


III. Regard sur l'œuvre entreprise par Action Batwa 1999-2004

Action Batwa s'est donnée la mission d'aider les Batwa à surmonter leur situation problématique liée à la marginalisation sociale. Nous allons parler de son rôle auprès des Batwa, de son approche méthodologique, de ses activités ainsi que de l'espace couvert par elle durant cette période de cinq ans. Une évaluation synthèse sera faite sur ses activités.

1. Rôle de l'organisation auprès des Batwa.

On ne le dira jamais assez, pour le moment, le Mutwa ne peut pas emboîter le pas des autres Barundi. Notre rôle, c'est de lui tenir compagnie tout en refusant de lui imposer le rythme. Action Batwa est à la place de cette personne libérée de tout préjugé, qui n'a pas peur de se lier d'amitié avec les Batwa, malgré leur situation de misère et de mépris, mais qui est en même temps prête à marcher avec ce peuple en quête d'une vie plus humaine, plus digne. Elle se fait la voix de ce peuple sans voix.

2. Approche méthodologique

Nous aimons la définir comme un accompagnement continu. Elle est fondée sur la création des liens par des contacts personnels au village. Souvent une simple visite chez les Batwa suffit pour donner espoir à ce peuple méprisé, tout en accordant cependant une importance primordiale aux activités qui l'aideront à s'émanciper.

Dans chaque village, Action Batwa amène ce peuple à identifier parmi eux des femmes et des hommes qui ont des talents de leaders communautaires, aptes à travailler à leur émancipation. On les invite à se donner volontairement pour améliorer le sort de leurs confrères.

Action Batwa les invite également dans les diverses formations ou séminaires et les implique dans la prise de décisions à propos des activités concernant leurs villages. Dans ces activités, Action Batwa tâche d'amener les Batwa à découvrir leurs propres talents et capacités, ce qui doit leur permettre de recouvrer rapidement la dignité. Ce peuple est ainsi amené à travailler lui-même et à fournir tout ce qu'il peut. On ne fait pas tout pour le Mutwa, mais il est invité à travailler. On l'appuie quand on voit qu'il ne peut pas s'en sortir. Ceci est le but de tout projet et de nos entretiens avec les diverses organisations de la société civile.

Notre organisation accorde aussi beaucoup d'importance au contact continuel avec la société civile, l'administration et les responsables ecclésiaux pour chercher la collaboration dans les divers domaines ce qui permet de trouver des solutions plus adéquates, plus adaptées à chaque situation.

3. Les diverses activités accomplies par Action Batwa jusqu'aujourd'hui.

Durant ces cinq dernières années, Action Batwa a accompli diverses activités pour améliorer la vie de ce peuple, pour rendre sa vie plus digne et l'accompagner dans sa quête des voies de sortie. Ses activités sont les suivantes : amélioration de l'habitat, la scolarisation des enfants, l'appui à l'agriculture et à l'élevage, l'assistance médicale et l'hygiène, la lutte contre la pandémie du Sida, l'éducation à la non-violence active et aux droits de l'homme, aux valeurs sociales et civiques, sans oublier quelques aides ponctuelles au niveau des besoins des ménages.

a. Amélioration de l'habitat

L'habitat a été un instrument très important dans le changement des mentalités et l'amélioration des rapports sociaux entre les Batwa et non-Batwa. Les Batwa sont devenus fiers d'eux-mêmes en tant que personnes humaines. En effet, ils ont vu les autres groupes sociaux venir chez-eux. Les tabous ont été cassés. L'habitat amélioré a influencé positivement la stabilité des familles Batwa, la santé, la scolarisation, la pratique de l'agriculture et de l'élevage etc…

L'habitat est devenu le moteur de toutes les activités d'Action Batwa. En cinq ans 620 habitations ont été construites.

b. Scolarisation des enfants

Compte tenu du rôle incontournable de la scolarisation des enfants batwa, dans la résolution de la problématique de l'intégration sociale des Batwa, les effectifs des enfants scolarisés à la charge de notre organisation sont allés en augmentant : 476 en 2000, 575 en 2001, 753 en 2002, et 1760 en 2003.

Action Batwa doit veiller à ce que ces enfants aient des uniformes, du matériel scolaire, du savon et dans pas mal de cas, disponibiliser les frais de scolarité et même des lunettes pour les enfants qui en ont vraiment besoin.

Action Batwa a tenu à toujours disponibiliser tout le matériel à temps afin d'encourager les enfants à bien travailler. Elle sensibilise les parents, fait des visites à l'école en vue de s'entretenir avec les enseignants.

Il est apparu important d'aider les écoliers batwa à arriver au secondaire. Voilà pourquoi un internat a été créé pour les écoliers de 5ème et 6ème année primaire. Nourriture assurée, lumière le soir, encadrement et leçons de répétition et exercices favorisent grandement le passage de l'examen national à la fin du primaire, condition de l'entrée dans l'enseignement secondaire, une des clés de l'évolution de l'ensemble du peuple mutwa.

Cet internat favorisera à long terme l'émergence d'ouvriers qualifiés et de responsables dans les réunions diverses auxquelles les Batwa sont appelés à participer comme citoyen à part entière.

Voilà pourquoi nous soutenons dans la mesure du possible, l'internat des enfants batwa qui est à Gitega.

c. Appui à l'agriculture et à l'élevage

Quelques familles avaient déjà des lopins de terre pour cultiver. Pour celles qui n'en avaient pas, Action Batwa a essayé d'en acheter dans la mesure où c'était possible.
Nous leur avons octroyé les semences et les plants de quelques cultures de base telles que le maïs, le haricot, le manioc, la patate douce, la banane et les arbres fruitiers comme l'avocatier ou le goyavier pour que chaque famille ait son propre champ.

Chaque famille a également bénéficié de houes pour l'aider à exploiter son terrain.

Quant à l'élevage, nous avons soutenu le petit élevage en donnant des chèvres à certaines familles batwa, pour les aider à fumer leurs jardins et à améliorer leurs revenus.
Action Batwa a aussi appuyé l'élevage des abeilles en vulgarisant les ruches modernes dans quelques villages batwa (237 ruches).

De temps en temps, nous avons encouragé les Batwa à travailler en groupements communautaires.

d. L'assistance médicale et l'hygiène

Les soins médicaux sont devenus hors de prix dans ce pays où les conditions économiques se sont détériorées par la guerre. Cela veut dire que la situation est insupportable pour les Batwa déjà très pauvres. Nous avons décidé de prester ces services alors que les Batwa étaient confrontés au problème du paludisme.

En visitant les villages que nous encadrons, nous nous rendions compte que beaucoup de Batwa étaient décimés par la malaria. Dans les centres de santé publics, les Batwa se heurtaient au manque d'argent, aux barrières sociales séculaires et à l'incompréhension des autres.

Avec l'accord des autorités administratives compétentes, Action Batwa a ouvert au Centre Lavigerie de Shatanya, une infirmerie pour soigner cette population au niveau des maladies couramment rencontrées : paludisme, verminoses, diarrhée, infections pulmonaires, … Cette infirmerie accueille actuellement un effectif de 200 personnes par semaine. Dans les soins médicaux, nous attachons une attention particulière aux enfants et surtout aux écoliers

En plus des soins qui sont donnés au centre Lavigerie de Shatanya, Action Batwa est souvent amenée à payer les soins de santé pour les Batwa dans d'autres centres de santé (Hôpital de Gitega, Centre de Santé de Nyabikere, Centre de Santé de Nyabibuye, Centre de Santé de Mbogora, Centre de Santé de Munanira, Centre de Santé de Murayi et Hôpital de Mutoyi).

Quant à l'hygiène, Action Batwa s'est employée à conscientiser les Batwa sur la nécessité de creuser les latrines : favoriser la propreté et lutter contre les maladies dues aux mains sales. Elle a contribué à cette action en faisant construire 97 latrines dans plusieurs villages.

e. La lutte contre la pandémie du Sida

Le fléau du Sida est devenu un danger pour la société, les familles et la jeunesse. La lutte contre le VIH/Sida est une préoccupation pour l'humanité entière. Or, les Batwa, vivant en marge de la société et à majorité analphabètes, sont moins informés sur ce problème qui préoccupe les nations.

De plus, des comportements à risques sont enregistrés dans leur vie quotidienne, tels l'endogamie, les mariages précoces, les divorces fréquents ... C'est pourquoi Action Batwa a jugé bon d'intégrer dans ses activités la sensibilisation contre le VIH/Sida pour libérer les Batwa de l'ignorance de ce fléau et leur permettre de prendre les dispositions appropriées.

Des sessions de formation sur la lutte contre le VIH/Sida ont été données chez les Batwa au niveau des villages, pour permettre la sensibilisation d'un grand nombre de personnes.

f. Education aux droits de l'homme à la non-violence, aux valeurs sociales et civiques

Par des séminaires et des entretiens, Action Batwa a invité les Batwa a connaître de plus en plus leurs droits, à s'intéresser aux réalités sociales et politiques, à respecter les lois comme première étape qui devra les guider dans la lutte pour le recouvrement de leur dignité.

En outre, quelques villages ont été déjà formés à l'esprit de la non-violence active et des équipes " Nduwamahoro, le non-violent actif " ont été constitués en tenant compte de toutes les catégories des habitants des villages (hommes, femmes, jeunes, enfants).

g. Les aides ponctuelles

Elles sont souvent motivées par la situation de guerre qui prévaut dans le pays, le besoin d'appuyer les écoliers et les familles en état d'extrême pauvreté. Ces aides sont les suivantes : couvertures, bidons, vêtements, savons, bouillie (nourriture de complément pour les enfants atteints de malnutrition)



4. Zones déjà couvertes par les activités d'Action Batwa
Tableau Page word



Evaluation synthèse : Impact de ces activités.

Quoique les Batwa ont posé le premier pas vers leur émancipation, beaucoup reste à faire. Le travail de libération de ce peuple est un travail de longue haleine. Cependant nous pouvons déjà signaler certains points positifs dans les villages batwa que nous encadrons.

Les activités de Action Batwa ont joué un rôle important dans le changement des mentalités en cassant les préjugés et en améliorant les rapports sociaux entre les Batwa et les autres composantes sociales.

= Les Batwa se sont initiés à l'esprit du travail. La prise de consciences des réalités et l'envie de jouer un rôle positif dans la société sont devenus une réalité.
= Les communautés assistées par notre organisation peuvent maintenant rompre avec le cycle infernal de la pauvreté, de la mendicité, de la marginalisation et du mépris. Elles ont aussi compris que la violence ne peut pas résoudre les conflits internes.
= Les enfants s'intègrent petit à petit et s'habituent à aller à l'école régulièrement. Les relations et le respect mutuels s'établissent.
= Les responsables administratifs et ecclésiaux s'éveillent et manifestent leur volonté de contribuer à l'émancipation des Batwa.

En bref, on constate une certaine joie de vivre, une certaine amélioration du niveau de vie et de bien-être chez les populations assistées par Action Batwa.

D'autres part, Action Batwa veille toujours à intégrer certaines personnes voisines des Batwa dans ses programmes et ses activités dans la mesure du possible.
Ainsi quelques familles pauvres vivant à proximité des villages Batwa ont eu une maison décente et leurs enfants sont régulièrement assistés en matériel scolaire. Certains sont invités dans les séances de sensibilisation contre le VIH/Sida et l'éducation à la paix que nous programmons en faveur des populations Batwa. Tous participent dans nos programmes des " Food for work "

Au moment de la construction des maisons, une partie de la main d'œuvre (maçons et aides-maçons) ainsi que les matériaux nécessaires sont fournis par les voisins des Batwa (perches, tuiles, portes, fenêtres). Cela permet à tous, Batwa et leurs voisins les plus proches, de se connaître davantage, de s'estimer mutuellement, d'abattre les préjugés.
Et c'est cela le but, l'intégration sociale visée par notre mission.


IV. Plan d'action pour les années à venir

L'évaluation que nous venons de faire sur les activités d'Action Batwa montre un succès indiscutable par rapport à la mission que l'organisation s'est assignée. C'est pour ce motif que Action Batwa voudrait faire bénéficier ses programmes à la pluralité des familles batwa éparpillées dans toutes les directions du pays à savoir : amélioration de l'habitat, scolarisation des enfants, assistance médicale et hygiène, appui à l'agriculture et à l'élevage, éducation aux droits de l'homme et aux valeurs sociales et la lutte contre la pandémie du Sida.

Nous allons consolider ces activités tout en laissant la possibilité à de nouvelles perspectives comme la création d'emploi axée sur la formation des jeunes déscolarisés ou non-scolarisés aux petits métiers : couture, menuiserie, maçonnerie, …

Faisabilité

Beaucoup d'atouts rendent ce plan opérationnel :

· L'expérience fondamentale d'Action Batwa sur la précédente période de cinq ans avec les Batwa dans les villages.
· Les Batwa qui ont compris qu'ils sont les premiers acteurs de leur pleine intégration dans la société
· Les administratifs et les responsables ecclésiaux qui manifestent la volonté de s'impliquer de plus en plus.
· La collaboration de plusieurs organisations qui ont les mêmes idéaux et la volonté de s'impliquer davantage à aider les Batwa dans leur combat pour une vie plus humaine.


Présenté par :

Père Elias MWEBEMBEZI,
Coordinateur d'Action Batwa


Annexe 1
Répartition annuelle des activités d'Action Batwa

 

Nature de l'activité Jan Fév Mar Avr Mai Juin Juil Aoû Sept Oct Nov Déc
1
Soins de santé                        
2
Suivi des écoliers et des élèves                        
3
Visites dans les villages                        
4
Promotion du petit élevage                        
5
Séminaires et sensibilisations diverses (sur le Sida, hygiène, droits de l'homme, non-violence, démocratie, valeurs sociales et civiques ….)                        
6
Scolarisation des enfants (fourniture du matériel scolaire et des uniformes)                        
7
Activités agricoles (Semences des cultures vivrières et arbres fruitiers)                        
8
Amélioration de l'habitat                        

 


Annexe 2

Organisations qui ont travaillé en partenariat avec Action Batwa
d'une manière ou d'une autre


1. Missionnaires d'Afrique (Présents au Burundi, en Europe, aux Etats-Unis)
2. Catholic Relief Services (C.R.S.)
3. Africare
4. PAM
5. FAO
6. IFES
7. Save the Children
8. Ambassade d'Allemagne
9. Trocaire Irlande
10. Kirche in not/OSTPRIESTERHILFE
11. AKTION DREINKÖNIGSSINGEN
12. Nonciature Apostolique du Burundi
13. Equipe des Volontaires Mobiles : NDUWAMAHORO LE NON-VIOLENT ACTIF
14. Unissons-nous pour la Promotion des Batwa (UNIPROBA)

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