DIOCESE DE LAGHOUAT - GHARDAIA .
BILLET MENSUEL.
Avril 2011

Bien chers amis,

Nous voici donc en plein Carême !

Je vous écris ce billet en visite dans la communauté des Sœurs d’Ain Sefra.

Il y a quelques jours, lors de ma longue randonnée, je m’arrêtais chez une veuve qui m’offrit le repas de midi. L’un de ses fils m’accompagnait dans ce repas et la télévision nous transmettait presqu’en direct les événements tragiques du Yémen. Comme dessert nous avions sous les yeux des visages ensanglantés et défigurés par les balles des snipers de service, des corps déchiquetés amenés dans un hôpital de fortune. Mais où donc est Dieu ? Je n’avais d’autre référence que le cri de Jésus dans son souffle ultime « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Et hier, un de nos amis maintenant retraité, nous a conduits dans une famille nomade. Trop pauvre pour avoir son troupeau, cette famille s’est vu confier la garde des animaux d’anciens nomades qui ont quitté cette vie trop rude pour aller vivre en ville. Déjà, alors qu’il était jeune berger pendant la guerre d’indépendance, le père a été atteint par une mine qui lui a arraché le bras. Il est à la tête d’une famille de onze enfants (issus de deux épouses) dont les trois plus jeunes sont gravement handicapés. On vient de découvrir que l’aîné, qui lui prêtait main forte, est atteint de leucémie… Comment venir en aide à cette famille tellement démunie et éprouvée ?

Cet homme nous a reçus comme Abraham a accueilli ses visiteurs. Bien sûr, pas d’animal à offrir mais nous avons été touchés par la qualité de l’hospitalité. Thé et crêpes arrosées de miel sauvage. Les pauvres donnent toujours ce qu’ils ont de meilleur. Pendant la conversation, la plus jeune des enfants est venue se blottir contre son père, dans le creux de sa djellaba. Image touchante mais aussi tellement parlante dans ce contexte de détresse humaine. Au sujet de ses enfants, le père nous a confié : « Que faire ? Cela ne nous vient-il pas de Dieu ? » Cette parole m’a révélé la profondeur de l’abandon de cet homme et m’a profondément choqué en même temps ! Mais Dieu, où est-il donc ? La même question qui me taraude me revenait, incessante. Je n’avais rien d’autre comme réponse que l’immense affection de ce papa, refuge de sa toute petite fille. Comme si la confiance qui émanait de son petit corps blotti contre son père était la meilleure réponse à mon interrogation.

Je puis vous confesser qu’il m’arrive parfois d’être… athée, sans Dieu ! Muet et dans la nuit devant de telles scènes. Il n’est sans doute pas fortuit que cette question « Mais où donc est Dieu ? » vienne se poser en plein carême. Le plus grand des jeûnes aux yeux de Dieu n’est-il pas de vivre Son absence ? Il n’est pas tant dans des privations fortuites que dans ce manque qui nous creuse et nous ramène à l’Essentiel…

« Moi qui tout le jour entends dire : mais où est-il ton Dieu ? » (Ps. 42,4)

Revenant sur ces deux épisodes de ma transhumance saharienne, celui des visages défigurés et celui de l’enfant blottie contre son père, je me dis, sans avoir la prétention de répondre à la question, que c’est sans doute de ce côté-là qu’il nous faut Le chercher. Comme si Dieu avait déserté le Ciel pour venir partager nos joies et nos misères.

Bon chemin vers Pâques.

+ Claude, votre frère évêque.

 


Nouvelles… Pour rester proches

 

* Après s’être fait soigner en France, la Petite Sr Hayat est de retour à Touggourt. Elle va bien, elle a repris les visites aux familles. Avec elle, nous nous réjouissons !

* La Petite Sœur Louisa a perdu son beau-frère et a passé quelques jours auprès de sa sœur en France. Nous venons aussi d’apprendre le décès de Roger, l’oncle de Catherine Vincent. Nous sommes de tout cœur avec elles.

* Un autre décès récent nous affecte aussi, celui de Sr Cécile Henry, SMNDA. Sœur Blanche. Elle avait surtout travaillé dans le cadre de l'Artisanat à Laghouat, dans un atelier de tissage, puis était venue se joindre à la communauté des Sœurs d'El Goléa. Elle était très attachée à la promotion des femmes algériennes à travers l'artisanat. Beaucoup pourraient en témoigner. Atteinte d'une longue maladie, elle avait rejoint la France, au service de l'accueil de sa communauté. C'était une femme de grande foi, discrète, fidèle dans ses amitiés, très attachée à l'Algérie et au diocèse, qu'elle gardait dans son cœur et dans sa prière. Elle nous est devenue encore plus proche, dans ce Royaume des humbles et des petits qu'elle vient de rejoindre.

* A Ghardaïa, en cette fin mars, avec les vacances, les visites ont été nombreuses, à Dar Keltoum, mais aussi chez les Sœurs, les Pères Blancs, et à l’évêché ; des personnes venues, entre autres, d’Alger, d’Oran et de Sidi Bel Abbès. La communauté a été particulièrement heureuse de recevoir le P. Thierry Becker venu donner une conférence le 26 mars sur « Enjeux et engagements de la rencontre interreligieuse d’Assise en 2002 », rencontre dont il parlait avec enthousiasme pour y avoir lui-même participé.

* Elle a aussi accueilli le P. Dominique Fontaine, vicaire général de la Mission de Pontigny, venu en visite pastorale avec Danièle Courtois, faire le point avec le P. Philippe Dupont ainsi que Anne et Patrick de Boissieu. Ils ont tous deux beaucoup apprécié ce premier passage à Ghardaïa.

* Tandis que les « nouveaux arrivants » marchaient vers l’Assekrem, avec Marek et Martine, une trentaine d’étudiants subsahariens, bien accompagnés en particulier par Norbert et Anselme, cherchaient ‘la face du Seigneur’ dans le désert du côté de Timimoun. Des ressourcements de Carême fort appréciés de tous. Un grand merci aux organisateurs. Des échos plus fournis vous seront donnés dans Pax et Concordia !

* Et à Ouargla se sont réunis pendant trois jours les étudiants et étudiantes du Burundi ; ils étaient 72 ! La chapelle était trop petite pour les accueillir tous pour une eucharistie très belle par ses chants.

* Sœur Patricia et sa cousine ont sillonné le diocèse, faisant la joie de celles et ceux qui les ont reçues.

* Le P. Henri Chasseriau a accompagné, dans la maison de Ben Smen à Alger, les participants de la semaine de Nazareth, retraite dans l’esprit de Charles de Foucauld. Ils étaient 16 venus des quatre diocèses dont une bonne moitié d’étudiants.

* La formation des Jardinières d’enfants démarrée en novembre 2008 par Catherine Vincent sur un projet Caritas, innovant pour le Sud, s’est terminée dans l’euphorie le jeudi 31 mars par la remise des diplômes à 14 des 16 femmes qui l’avaient commencée. L’originalité de cette formation vient de la place donnée à la formation pratique et à la réalisation de matériel éducatif par les éducatrices. Merci à Catherine pour l’énergie qu’elle y a mise.

* Le 2 avril, s’est tenue la première réunion de préparation de l’Assemblée Diocésaine qui aura lieu cette année les 6, 7 et 8 mai. Les communautés viennent de recevoir le programme.

* Ce mois-ci il a plu dans l’Ouest !!! Ce n’était pas arrivé depuis deux ans. Une vraie bénédiction.


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Dans le calendrier de Mgr Rault, pour le mois d'avril, entre autres,

préparation de l'assemblée diocésaine; Tunis ; à Rome, visites de responsables de congrégation, participation à la rencontre de l' Association de la famille spirituelle de Charles de Foucauld à Foligno; Tamanrasset et l'Assekrem


Pour plus :

http://amisdiocesesahara.free.fr/index.html