DIOCESE DE LAGHOUAT - GHARDAIA .
BILLET MENSUEL.
Février 2011

 

 

Bien chers amis,

Il n'échappe à personne que nous vivons une situation inédite et cruciale dans le Nord de l'Afrique. Ce qui a d'abord bouleversé, c'est la succession d’immolations par le feu, qui n'est malheureusement pas sûre de s'éteindre en dehors des pays parvenus à leurs revendications légitimes. Ces actes sont le fait de personnes sans avenir, criant publiquement leur désespérance et qui reflètent bien leur propre société. Ce fut le cas du jeune Mohammed Bouazizi le 17 décembre à Sidi Bouzid en Tunisie.Habituellement, les suicides sont accomplis dans la clandestinité, loin des regards, et ils ne produisent pas l'onde de choc d'une immolation par le feu, dont nous avons pu mesurer l'impact. Le plus dramatique serait de voir ces actes de désespoir se généraliser et se banaliser, comme c'est hélas le cas des kamikazes et des hécatombes humaines qu’ils provoquent.

        Je lisais récemment dans un hebdomadaire bien connu une chronique « S'immoler pour le dire » : « Considéré comme un suicide, l'immolation par le feu est rigoureusement interdite dans l’islam. Toutefois, au lendemain de la fuite de Ben Ali, le Qatari Youcef al Qadarawi, prédicateur sunnite fort influent au Maghreb, a demandé au milliard de musulmans de prier pour Bouazizi afin que Dieu lui fasse miséricorde : "par son acte, il a déclenché la colère d'un peuple contre son dirigeant impie’’ » (Jeune Afrique du 23 janvier). Il ne s'agit pas de nous demander si cet acte est répréhensible ou non au regard de quelque loi religieuse. Il est beaucoup plus important d'essayer d'en déchiffrer le sens et l'interpellation qu'il nous laisse.

        Car la répercussion de ces actes de désespoir est aussi inédite puisqu'elle a mis en branle des foules entières, qui d'ailleurs ont fait preuve d'une étonnante maturité, et qu'elle a déjà fait exploser deux régimes oppresseurs. Lors de leur dernière Conférence, les évêques de la CERNA ont déclaré reconnaître  « dans les événements qui bouleversent actuellement la Tunisie, l'Egypte... une revendication de liberté et de dignité, notamment de la part des jeunes générations de la région, qui se traduit en volonté que tous soient reconnus comme citoyens, et citoyens responsables. »

        Nous vivons dans des sociétés qui deviennent de plus en plus des abîmes de solitude face à des administrations qui ne voient plus les personnes qu'à travers des numéros anonymes, à des pouvoirs renfermés dans leur bulle confortable, à la croissance du fossé entre pauvres et nantis. La religion elle-même ne semble plus répondre aux aspirations fondamentales de la personne. La seule sécurité du pauvre est son lien social et familial et, lorsqu'il vient à manquer, tous les actes de désespoir sont possibles.

        Quel monde est donc en train de se construire ? Quel message et quels liens de solidarité réels nos Eglises viennent-elles apporter à ceux qui vivent au bord de la désespérance ? Un renfermement sur l'unique sphère du religieux trahirait leur mission fondamentale : répondre aux aspirations les plus profondes de la personne et des sociétés humaines. Et la dignité en est une. Les immolations par le feu sont des gestes symboliques et provocants que nous ne pouvons considérer comme étrangers à Celui qui a été « livré aux mains des hommes » pour le salut et la dignité de toute personne. Quelle invitation pressante pour nous, chrétiens ! « J'aurais beau livrer mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien » (1 Co 13,3). Nous sommes invités à surpasser nos mesquineries, nos revendications intestines, nos aspirations de pouvoir et d'influence pour nous livrer au feu de cet Amour que Jésus est venu allumer sur la terre (Lc 12, 49).

        Qui que nous soyons et où que nous soyons, c'est ce feu là qui doit nous brûler, nous consommer, dans une passion sans cesse renouvelée pour le monde dans lequel nous vivons et nous agissons.

 

+ Claude, votre frère évêque.

 


Nouvelles… Pour rester proches

 

* Mille excuses pour le retard de ce billet ! L'actualité brûlante de ces derniers jours et un calendrier chargé en sont la cause. Merci pour votre indulgence.

* Il y a 8 inscrits au pèlerinage à L'Assekrem appelé traditionnellement « nouveaux arrivants » et devenu annuel. Il aura lieu du 13 au 21 mars. Merci à Sr Martine et au P. Marek d'en être les organisateurs chevronnés. Une belle occasion de découvrir de nouveaux espaces et de vivre ensemble un temps de désert dans un cadre inédit tandis qu'à cause de l'actualité les groupes de pèlerins et de touristes se désistent.

* Le P. Anselme (revenu d'une visite au Burkina natal) organise, comme aumônier diocésain des étudiants africains une marche au désert « Dans le désert je cherche ta face » qui se déroulera dans la quatrième semaine de mars (du 20 au 27 Mars 2011), dans les mêmes conditions que l'an dernier. Ce fut pour une trentaine d'étudiants et d'étudiantes une expérience spirituelle forte et assez singulière. Les fruits portés nous ont incités à encourager et à renouveler cette expérience que nous accompagnons dans la prière et la solidarité fraternelle.
Contactez le Père Anselme Tarpage : retraite_au_desert@gmail.com

Voir celle de l'an dernier

* Une nouvelle session intensive d’arabe algérien a commencé début février. Trois participantes assidues se sont mises au travail, sous la guidance non moins assidue du P. Ludo. Qu'il soit remercié de consacrer temps et énergie pour la prise en charge de cette session fort appréciée. De son côté, le P. Felix consacre quelques heures par semaine pour la même cause, mais à un rythme plus adapté aux débutants.

* Nos étudiants du Caire nous ont laissé quelques messages. Le P. Bonaventura (Tanzanien) et le P. Krzysztof ont dû partir provisoirement pour leur pays natal. Le P. Davide est resté dans sa communauté d'accueil. Il aura pu vivre en direct les événements que nous connaissons et nous en donnera sans doute quelques échos.

* Nous venons de vivre trois journées de suite de conseils (Caritas, financier, Conseil épiscopal dit « rapproché »). Notre évêque Claude remercie chacun et chacune des membres de ces différents conseils qui se dévouent souvent dans l’ombre pour la vie des communautés diocésaines et du diocèse lui-même. La préoccupation dominante reste la communion fraternelle, base de notre témoignage évangélique ainsi que les moyens que nous nous donnons pour concrétiser ce témoignage (engagements caritatifs et culturels). Elle est aussi dans le souci constant d’appeler d’autres chrétiens à nous rejoindre pour vivre cette aventure. Et vous savez l’énergie qu’il faut déployer pour obtenir les fameux visas !

* La retraite « Jésus, l’Homme de la Rencontre » dans l’Evangile de Jean sera donnée à la maison Ben Smen (Alger) du samedi 18 juin (soir) au dimanche 26 juin (matin). Vous remarquerez le changement de date. Elle se terminera donc le 26 au matin et non le 27 comme prévu, pour des questions de calendrier. Elle sera donc de 7 jours pleins et non de 8. Elle est maintenant ouverte aux personnes extérieures au Diocèse de Laghouat-Ghardaia. Vous pouvez continuer à vous inscrire au Secrétariat de l’évêché auprès d’Anne de Boissieu : sec.evghadaia@yahoo.fr<

* A Béni Abbès où il y avait eu des incidents avec les jeunes sahraouis, la municipalité a été repeinte pour la fête de Mouloud, le 15 février ; tout est en ordre !

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Interview de Mgr Claude RAULT
sur le site du diocèse de Coutances et Avranches
(10mn)

 

Pour plus :

http://amisdiocesesahara.free.fr/index.html