DIOCESE DE LAGHOUAT - GHARDAIA .
BILLET MENSUEL.
Mars 2011

(Cliché GB)

Bien chers amis,

Il suffit, dit-on, d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres. L’immolation par le feu du jeune Mohammed Bouazizi en Tunisie, a été une étincelle. Et elle a fait exploser la masse des frustrations et des injustices accumulées dans son pays et dans un certain nombre de contrées environnantes. Les soulèvements se sont succédés comme une « traînée de poudre » pour garder cette image, même si aucun pays ne suit en fait la même trajectoire. L’Algérie a déjà connu ces soulèvements qui ont entraîné la terrible « décennie noire ». Celle-ci reste inscrite dans les esprits, et l’on comprend la crainte de voir ressurgir le déchaînement de la violence ; l’Algérie n’en est pas pour autant atteinte d’immobilisme.

Dans la réaction en chaîne qui a gagné nombre de pays arabes, plusieurs éléments sont la marque d’une sorte de basculement même s’il serait hasardeux d’en prévoir l’issue.

* Tout d’abord, ce sont des jeunes qui ont été à l’avant-garde de ce sursaut. Leur mobilisation a été étonnante. Premières victimes d’un avenir confisqué, ils ont su utiliser les moyens modernes qui permettent une communication rapide et qui ne peuvent être maîtrisés par aucun pouvoir : face-book, téléphone portable, mis au service d’un véritable réseau de solidarité et de concertation. Mais aussi, plus largement, la révolution de l'information dans le monde arabe, initiée par la chaîne d'information Al-Jazira à partir du milieu des années 1990 a fragilisé les vérités officielles avec la multiplication des chaînes de télévision arabes pluralistes et concurrentielles.

* Par ailleurs, ces mouvements ont fait preuve d’une étonnante maturité. Souvent les phénomènes sociaux sont violents, destructeurs et aveugles, voire anarchiques. Mis à part les inévitables débordements locaux et le cas plus particulier de la Libye, une sorte d’intelligence collective, de parti pris de non-violence accompagne cette protestation généralisée et exige des changements profonds dans la gouvernance et la justice sociale.

* D’autre part, ces déchaînements populaires ont pris au dépourvu aussi bien les dirigeants des pays concernés que ceux du monde occidental qui courtisaient les dirigeants déchus ; ils ne savent comment réagir devant cet élan qui leur échappe. Il en est de même pour les médias occidentaux qui tombent souvent dans le simplisme et une vision caricaturale de l’Islam.

* Et enfin, même si ces révoltes ont lieu dans des pays arabes, la pression religieuse islamiste n’est pas à l’origine de cette explosion. Celle-ci semble surgir du plus profond de la conscience humaine, avide de dignité, de respect, de justice et de démocratie. Elle est aussi le fait d’une sorte de lucidité collective qui ne manque ni d’intelligence ni de sagesse. Nous avons vu, sur la place Ettahrir du Caire, musulmans et chrétiens unis dans le même élan.

Certes, les peuples concernés doivent maintenant « gérer » ce mouvement et le conduire vers l’avenir sans qu’il soit détourné de son but, mais comment ne pas espérer voir le cours de l’histoire se dérouler dans le sens des aspirations profondes de la personne et des sociétés humaines ? N’est-ce pas dans ce sens que souffle
l’Esprit ?

Cela nous ramène, nous, chrétiens, à beaucoup d’humilité. Nous ne faisons pas l’Histoire, mais nous pouvons être des éveilleurs de sens ! Si nous voulons être « ferment dans la pâte » et « sel de la terre », ce ne peut être que dans une faiblesse choisie et une résistance non violente aux forces du mal, à la manière de Jésus.

Christian Chessel, ce jeune Père Blanc assassiné avec ses trois confrères à Tizi Ouzou en décembre 94, l’exprimait ainsi peu de temps avant sa mort :

"...La faiblesse de l'apôtre doit être à l'imitation de celle du Christ, enracinée dans la force du mystère pascal et dans la force de l'Esprit. Loin d'être une attitude de passivité ou de résignation, elle suppose beaucoup de courage et pousse à un engagement pour la justice et la vérité en dénonçant l'illusoire séduction de la force et de pouvoir".

Nous avons tout le temps du Carême pour méditer ces propos.

 

+ Claude, votre frère évêque.

 


Nouvelles… Pour rester proches

 

* Après un bon séjour dans son Océanie natale, Sr Patricia est revenue à Adrar, accompagnée de l'une de ses cousines. Nous lui souhaitons un bon retour. Et aussi un bon séjour à sa cousine qui va découvrir d'autres espaces que l'Océan Pacifique.

* Les nouvelles d’Odette Viguier sont bonnes. Elle songe à nous faire une visite amicale et à aller voir ses nombreux amis de Ghardaïa, d’ici l’été. Nous nous réjouissons d’avance de sa venue.

* Le Service diocésain de la Caritas Algérie a reçu la visite du Père Cesare Baldi, président de la Caritas Algérie, accompagné de son Secrétaire Général, Jean-François Debargue ainsi que de Rosette Héchaime de la Caritas MONA et d’Alexis Adam du Secours catholique français. Nous avons été touchés de leur passage à Ghardaïa et eux sont repartis très satisfaits d’avoir vu les réalisations concrètes des projets en cours. Une visite prometteuse pour l’avenir.

* Le Secrétariat de l'évêché va connaître un temps de "vacation", faute de présence au bureau. Anne va en effet se rendre avec Patrick au pèlerinage des "nouveaux" (et anciens...) arrivants à Tamanrasset - Assekrem. Notre évêque et Emmanuel vont faire une tournée des communautés . Donc... prenez note qu'entre le 17 et le 25 mars, il est mieux de vous en référer au P. Felix (Vicaire Général), mais notre évêque sera toujours joignable sur son téléphone portable et à son adresse e-mail.

* L’Assemblée diocésaine des 5-9 mai se prépare : Les réunions inter-secteurs ont commencé ; à Ghardaïa, fin février, nous étions une quarantaine pour réfléchir ensemble et avec Jean Toussaint sur l’hospitalité et la compassion. Les autres auront lieu au cours de ce moi-ci. Nous souhaitons bon travail à tous. D’autre part un groupe a été constitué pour la préparation de l'Assemblée Diocésaine : Marie Christine (Responsable de la Formation permanente), Emmanuel (Econome Diocésain et Responsable du Service culturel) Norbert (Responsable du Secteur Centre), Anselme (Responsable du Secteur Est), et à Anne (Secrétaire de l’Evêché), Apolline (SMNDA de Ghardaïa), et notre évêque Claude. Une réunion de préparation à cette Assemblée aura lieu à Ghardaïa le 2 avril. Jean Toussaint ne pourra y être présent, mais il suivra de près notre travail.

* Il y a quelques semaines déjà, le P. Norbert a perdu un de ses oncles maternels, Bruno Twibunge, mort trois jours après la mort de sa femme Bione. Nous l’assurons de notre amitié et de nos prières.

* Voici le message que nous avons reçu le 23 février du Fr. Paul François, responsable régional des Petits Frères de Jésus au sujet du décès du Fr. Arn (Haroun), à Marseille. "La mère Nicole de la maison des Chartreux nous a téléphoné tout à l'heure pour nous apprendre le décès subit d'Arn, un simple arrêt cardiaque alors qu'il terminait son repas de midi au réfectoire. Il paraissait plutôt content ces jours-ci de son transfert et pas trop mal physiquement et moralement. Et il est parti apparemment sans souffrir. J'y suis allé avec Alain, Hervé est à Paris avec la plupart des frères d'ici pour le début ce soir de la réunion de France. On a quand même décidé de faire la célébration mardi à 14h30, à la maison des Chartreux, et l'inhumation à Ste Marthe comme Abdallah. J'ai pu prévenir sa belle-sœur d'Eupen, mais pas encore son frère José. En communion avec vous tous, comme avec notre frère. Paul-François.

* À Béni Abbés, la fête du "Mouloud", qui y est particulièrement célébrée, a été bien appréciée par les touristes algériens qui sont venus pour l'occasion. L'équipe de la paroisse de Batna, avec Michel Guillaud était des nôtres.

Nous avons toujours des visiteurs qui passent voir la fraternité de Charles de Foucauld. Nos deux frères qui ont obtenu leur visa sont actuellement avec nous et ils partiront juste avant l'arrivé des participants à notre réunion inter-secteur. La période des vents de sable commence timidement, et avec elle la naissance des fleurs mâles et des régimes de dattes de nos palmiers.

* Terminons par ce message d’espoir de Mgr Martellini, évêque de Tripoli, notre voisin : « A Tripoli règne un calme absolu. La ville semble tranquille et silencieuse. Il n’y a pas de voitures dans les rues » indique-t-il à l’Agence Fides. Il poursuit : « Je ne sais quoi penser. J’ose espérer que derrière le silence de ces heures se trouve une négociation en vue d’une sortie de crise pacifique. Je suis confiant dans le fait que quelque chose bouge. Je pense que la pression morale et certaines pressions à différents niveaux peuvent débloquer la situation ». (Agence Fides 09/03/2011)

* * *


9 mars 2011: entrée en Carême,
imposition des cendres:

"Tu es poussière,
En prenant de la cendre mélangée de sable sur un site préhistorique,
nous exprimons notre solidarité avec tous ceux qui sont passés avant nous !

Nous communions au mystère de l'homme et du cosmos.
Nous sommes partie intégrante du monde matériel,
et notre corps retournera à ce monde dont nous sommes solidaires
et qui nous a donné cette partie de nous-mêmes.
Nous faisons un acte de foi dans le mystère de la Transfiguration au-delà de notre mort :
Transfiguration de l'humanité

Transfiguration du Cosmos.
Réalisme devant la mort et la perte de notre signe visible,
Réalisme devant notre destinée, le Royaume.
Semence d'éternité "

texte du Père René Le Clerc (+2010),
entre autres, "chercheur de pierres
."
longtemps curé d'El Goléa

Marche dans le désert


 

Pour plus :

http://amisdiocesesahara.free.fr/index.html