DIOCESE DE LAGHOUAT - GHARDAIA .
BILLET MENSUEL Mars 2014

(cliché G.B.)

Bien chers amis,

« Avoir une figure de carême » est une expression peu élogieuse pour la période dans laquelle nous sommes entrés ! Ce temps de quarante jours n’évoque parfois que privation, rigueur, ascèse et autres attitudes qui n’invitent guère à la joie… Pourtant, selon la recommandation de Jésus, ce pourrait être le temps où les parfumeries font leur meilleur chiffre d’affaire ! « Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête » ! (Mt 6,17+). Ce qui est nouveau dans cette recommandation, comme dans celles qui concernent la prière et l’aumône, c’est son insistance sur l’intériorité. Il ne s’agit nullement de reléguer ces pratiques dans la seule sphère de la vie privée. Jésus ne « privatise » pas, il nous demande seulement de nous placer sous le seul regard du Dieu Père qui « voit dans le secret »… et nous le rendra : à sa manière bien sûr, nous ne le percevons pas de suite.

Comme chaque année notre Pape ouvre le Carême, par une lettre. Il nous y invite à nous tourner vers le Christ : « Il s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté » (cf. 2Co 8,9). Il aborde le Carême sous cet angle. La pauvreté n’a pas bonne presse, et cela se comprend dans un monde où un milliard de personnes sont sous-alimentées et vivent « en dessous du seuil de pauvreté ». Sous cet aspect, ce n’est pas un idéal de vie ! Le sens que lui donne Jésus est tout autre. Il procède d’une attitude du cœur qui nous invite au partage, mais en donnant de nous-mêmes. D’ailleurs, le Pape met une distance entre la misère et la pauvreté : « La misère ne coïncide pas avec la pauvreté ». Et il écrit juste avant cette affirmation : «… à l’exemple de notre Maître, nous, les Chrétiens, nous sommes appelés à regarder la misère de nos frères, à la toucher, à la prendre sur nous et à œuvrer concrètement pour la soulager ». Voilà une invitation à donner de la consistance à notre intériorité. Et il nous oriente vers trois formes de misère : la misère matérielle, la misère morale et la misère spirituelle. Chacune d’entre elles nous touche, nous provoque, qui que nous soyons, quelle que soit notre condition de vie. Y faire face ? C’est à notre portée. « Yes, we can ! »… « Oui, nous pouvons ! » Je saisis au vol la célèbre expression d’Obama. Si nous sommes en panne d’imagination pour ce temps de Carême, puisons dans ces conseils très pratiques, cela peut nous aider à mieux vivre ce temps.

La misère matérielle nous provoque. C’est celle qui nous saute d’abord aux yeux. « Les pauvres, disait Jésus, vous les aurez toujours parmi vous » (Jn 12,8). Et servir les pauvres, c’est servir Jésus lui-même. Il n’est pas besoin de chercher loin pour les rencontrer. Ils sont à notre porte. Nous les croisons tous les jours, et malheureusement, nous finissons par nous y habituer ! Nous aussi nous sommes touchés par la « mondialisation de l’indifférence » ! Là où nous sommes, dans nos communautés chrétiennes, cernons ensemble une action collective qui nous soutiendra dans cette attention aux plus démunis. L’expérience montre que ce n’est pas un exercice facile !

La misère morale est aussi préoccupante. Combien de personnes ont perdu le sens de la vie, sont exploitées, vivent dans des conditions humiliantes ou sont tout simplement ignorées, vivant dans une solitude presque suicidaire ? Cherchons bien ! Elles sont à notre porte ! Un regard, une parole, un sourire peuvent être un acte de résurrection. Faire exister l’autre, c’est lui redonner vie !

La misère spirituelle ne se guérit pas en transmettant un pieux message publicitaire ou des formules toutes faites. C’est à nous d’être une page d’évangile, une bonne nouvelle pour les personnes qui vivent dans le sentiment d’être abandonnées de Dieu lui-même ! Le pire des jeûnes n’est-il pas l’absence de Dieu ? Qui ne le vit pas à un moment ou l’autre de sa vie, sans que personne ne le sache ? Cela peut arriver au sein même de nos communautés ! Notre vocation est de Le rendre présent.

Voilà quelques lignes tracées. «… Il serait bon de nous demander de quoi nous pouvons nous priver afin d’aider et d’enrichir les autres avec notre pauvreté ». Au travail ! Le champ est vaste mais Dieu ne nous demande pas l’impossible. Il nous le donne. Bon et joyeux Carême !


+ Claude, votre frère évêque.

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A tous nos amis de la Vallée du M’Zab.
(traduction arabe en cours) le 18 mars 2014

Bien chers amis,

Devant les épreuves et les divisions que traverse la vallée du M’Zab, je me permets de vous faire parvenir ce message de profonde amitié et de Paix.

Depuis trois mois la Vallée est éprouvée par des événements dramatiques dont souffrent la plupart d’entre vous. Quelle que soit la communauté à laquelle vous appartenez, vous êtes durement éprouvés. Les uns pleurent des morts, victimes de violences. D’autres souffrent de blessures, d’incendies de maisons, de boutiques ou de lieux de travail, voire même de profanation de lieux sacrés. C’est une souffrance qui vous atteint tous, c’est une souffrance qui nous atteint.

Mais ce qui fait aussi fortement souffrir, c’est la division qui traverse les deux communautés. Depuis plusieurs siècles vous viviez en paix, malgré des affrontements passagers qui ont touché vos communautés et parfois vos familles. La sagesse a toujours été victorieuse, avec l’aide de Dieu.

Aujourd’hui, les blessures sont profondes, et elles sont alimentées par des fausses rumeurs qui ne font qu’augmenter la violence des agresseurs, quels qu’ils soient, et que rien ne semble contrôler.

Il ne s’agit pas ici de rechercher les causes multiples qui ont provoqué ces actes de violence et qui sont venues briser l’unité fragile qui s’est construite entre vous. Beaucoup se sont côtoyés et ont collaboré dans les lieux de travail et le bon voisinage, et ils désirent que cela continue. Les artisans de paix ne manquent pas mais ils ont du mal à se faire entendre. Nous sommes témoins des gestes de réconciliation et d’amitié.

Ce que je voudrais vous dire, c’est que nous, petite communauté chrétienne du M’Zab, nous souffrons avec vous tous.

Notre amitié veut aller au-delà des différences qui peuvent vous séparer. La différence peut être une miséricorde de Dieu. Nous-mêmes nous sommes très touchés par l’accueil et l’hospitalité que vous nous avez toujours manifestés. Nous sommes là, au milieu de vous et pour être des artisans de paix et de réconciliation.

Avec vous, nous pleurons les victimes de ces violences, morts, blessés, familles éprouvées par les incendies de maisons et lieux de travail.

La Paix est un don de Dieu. De tout notre cœur, chaque jour nous prions le Dieu Unique et Miséricordieux pour qu’Il sème la paix dans les cœurs et dans les communautés. Car notre Dieu à tous est un Dieu de Paix, de concorde et de pardon.

Frères et sœurs de la vallée du M’Zab, nous désirons continuer à collaborer avec vous pour que cette Paix qui vient de Dieu vous enveloppe tous de Sa Miséricorde.

Qu’Il accueille en son Paradis les morts tombés sous la violence, qu’Il apaise les esprits et les cœurs. Qu’Il nous conduise tous sur la voie de la réconciliation et du pardon.

Que le Dieu qui a pour nom « La Paix » vous bénisse et que de nouveau la Vallée du M’Zab devienne un lieu de fraternité et de bon voisinage.

Vers Dieu nous faisons monter notre humble prière pour chacun d’entre vous, pour vos familles et vos communautés.


Ghardaïa, le 18 mars 2014

Mgr Claude Rault

Évêque de la communauté catholique du Sud Algérien.

 


Nouvelles… Pour rester proches

* A Ouargla, Sr Marguerite est heureuse d’accueillir Sr Odile et Sr Martine, Sœurs de l’Immaculée Conception venues du Burkina Faso pour quelques semaines découvrir les réalités locales. Elles sont heureuses de vivre avec elle ce temps de fraternité partagée. Nous leur souhaitons une bonne visite avec de belles rencontres.

* Les Soeurs de Notre Dame du Lac, Sr Bernadette, Sr Pauline et Sr Delewinde ont obtenu leurs visas. El hamdu lillah ! Elles vont, in shâ Allah, arriver bientôt à Timimoun. Nous nous réjouissons tous de leur arrivée et leur disons de tout cœur « Marhabba bikum ! ». Elles sont attendues. Emmanuel et Sr Renée sont allés préparer la maison pour que tout soit prêt pour les accueillir. A défaut de tapis rouge, le tapis de sable est déjà déployé.

* Le P. Alberto d’Hassi Messaoud est de retour après quelques semaines passées auprès des siens en Italie, suite au décès de son frère. Nous lui souhaitons une bonne reprise.

* Une session d’initiation à l’islam est prévue à Ghardaïa les 13,14 et 15 mars pour ceux qui sont assez récemment arrivés dans le diocèse et qui n’ont pas vécu en contexte musulman. Avec pour intervenant principal, Michel Guillaud que d’avance nous remercions vivement.

* Au Mzab où la présence des policiers et des gendarmes reste importante pour assurer la sécurité, la vie reprend mais l’on sent bien que « ce n’est plus comme avant » comme l’on entend dire. Les bonnes volontés ne manquent pas pour renouer des liens rompus. De timides initiatives et des pas en avant sont prometteurs. Espérons que le temps de la raison va faire place à celui de la passion…

* Malgré l’éloignement, les sessions organisées à Ben Smen attirent les membres du diocèse : Catherine Vincent est revenue très satisfaite de la session sur « la communication interpersonnelle et la gestion des conflits » ; Sr Zawadi a participé à l’animation de la session organisée pour la génération arrivée depuis le début de ce nouveau millénaire (hormis les « nouveaux arrivés » qui ont eu leur session). Et le P. Marek s’est inscrit à celle sur l’accompagnement spirituel.

* Suite à une opération délicate, la convalescence de Jean Gernigon, un grand ami de Béni Abbès, se déroule bien, avons-nous appris par sa femme Thérèse. Nous lui souhaitons un bon rétablissement.

* Mgr Paul Desfarges invite les chrétiens de son diocèse et tous leurs amis les 2 et 3 mai à Hippone, pour la célébration du centenaire de la basilique Saint Augustin, maintenant restaurée.

La fête du 2 mai sera présidée par le Cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux et se voudrait un pèlerinage pour renforcer notre foi à la lumière des enseignements de l’illustre patron de ce diocèse.

Les manifestations culturelles du 3 mai rappelleront que les lieux qui nous sont chers sont un patrimoine commun à l’humanité.

« Bonne préparation ! » à tous ceux qui ont en charge l’organisation de ces festivités.


Calendrier de Mgr Rault Mars 2014

Ouargla , puis Alger ( Ribât) puis accueil des Soeurs de ND du lac, et en fin de mois " Dieu seul est le Savant"

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(Clichés et liens sont de la rédaction du site ADS)

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Pour plus :

http://amisdiocesesahara.free.fr/index.html