DIOCESE DE LAGHOUAT - GHARDAIA .
BILLET MENSUEL. Novembre 2007

assekremermitagemg.jpg Messe à Lourdes
Durant les séances

 

Bien chers sœurs, frères et amis.

Notre monde change à grande vitesse. Comment le vivons-nous ?
       
Voici quelques jours, me trouvant dans le Hoggar pour une retraite itinérante avec un groupe de prêtres, j’ai pu passer quelques heures avec nos frères de l’Assekrem. Evénement : ils ont maintenant un téléphone portable !
De là-haut, les visiteurs peuvent désormais envoyer en direct une photo du  coucher ou du lever du soleil à l’autre bout du monde. Certains pensent que  cela va polluer le désert comme les sacs en plastique multicolore qui s’accrochent aux épineux…mais ils ne vivent pas là-haut !

            A Lourdes, dans l’hémicycle de l’Assemblée des évêques de France,  j’ai eu la surprise de voir qu’un évêque priait l’office sur son ordinateur ! Je rêve : nous pourrons bientôt nous dispenser de nos livres de prières et de chants ! Un écran suffira. Les moyens de communication ne sont pas en soi une innovation : les disciples de Jésus ont utilisé l’écriture sur parchemins pour communiquer entre eux et répandre la Bonne Nouvelle : ils ont utilisé les ressources techniques en pointe de leur temps.
          Presque toutes nos communautés sont reliées par Internet, utilisent le téléphone portable ou le skype qui permettent aux plus éloigné(e)s de communiquer et d’échanger des nouvelles. Voilà autant de moyens à notre portée pour faire grandir entre nous la communication et la communion. Qu’en faisons-nous ? Il serait dommage que cela amoindrisse notre convivialité communautaire et les relations avec nos plus proches.

            Toujours à Lourdes, j’ai eu aussi la surprise de partager un repas avec les Responsables du CCFD et du Secours Catholique. Un nombre impressionnant de chrétiens à travers le monde expriment la solidarité ou en bénéficient à travers ces organismes. Non, nous ne vivons pas grâce aux subsides des Grandes Puissances de ce monde, comme certains peuvent le croire, mais grâce à la générosité de centaines de milliers de chrétiens vivant le partage à travers cette solidarité qui se veut sans frontière ni discrimination religieuse. La Charité du Christ se fait désormais planétaire, grâce aux multiples relais mis en œuvre par ces organismes.

Dans notre diocèse, un point mérite toute notre attention : c’est notre extrême diversité internationale, interculturelle, générationnelle. Elle marque notre façon de vivre ensemble, de communiquer, de célébrer et de prier. Dés la Pentecôte, l’Eglise a été marquée par un grand courant d’universalité. Et ce courant ne s’est jamais interrompu.

Notre diversité est à la fois une richesse et un très sérieux défi. Il y a certes le contraste de nos personnalités, mais prenons-nous vraiment en compte les écarts culturels qui existent entre nous ? Comment devenir toujours plus universels ? Nous pouvons apprendre les un(e)s des autres nos diverses pratiques culturelles et cultuelles…mais la meilleure façon de renforcer notre communion n’est-elle pas d’aimer toujours davantage  cette terre où nous sommes appelés à vivre pour mieux nous y enraciner ? Aussi je reviens sur l’effort de langue, de connaissance plus intérieure de l’Islam, d’une prise en compte plus sérieuse de la société dans laquelle nous vivons. Il y a dans cette démarche le mouvement même de Dieu venant habiter au milieu des siens " Et le Verbe s’est fait chair, et il a demeuré parmi nous. " Par toute notre vie, au sein de ce monde qui change à grande vitesse, nous exprimons à travers notre diversité, et par tous nos moyens l’Amour d’un Dieu qui s’est toujours voulu sans frontières.


+ Claude, votre frère évêque.


Nouvelles… pour rester proches

* Au cours d’une eucharistie de style très familial, notre évêque Claude a transmis la charge de curé à Daniel Archambaud.
Cela s’est fait à travers deux signes : Antoine a transmis le livre de la Parole de Dieu à Daniel, et ils ont échangé leurs étoles. Il y a eu plus, puisque Antoine a quitté le presbytère qu’il occupait depuis 30 ans. Il est parti en France pour des soins médicaux, et à son retour il ira loger dans une maison proche de la Fraternité des Petits Frères, de l’autre côté de l’Oued. Daniel a déjà pris place dans le presbytère !

* A Ghardaia, l’animation de la Paroisse a été confiée à Sr Marie Christine. Elle sera assistée du P. Krzysztof et d’Emmanuel. Krzysztof, quant à lui, a été choisi comme responsable du Secteur Centre.

Sr Marie-Claude (de la communauté des ses maristes d’Adrar) qui avait dû prolonger son séjour d’été en France pour subir une double intervention de la cataracte, ne reviendra parmi nous qu’à la mi Janvier 2008 car sa Congrégation l’a choisie pour être secrétaire de leur prochain chapitre. Ce temps  " supplémentaire " en France lui permet d’être proche de plusieurs membres de sa famille, sérieusement malades.
Sr Colette est rentrée à Adrar en bonne forme et a repris toutes ses activités.

* Les Pères Marek (prêtre fidei donum polonais) et Davide (de Touggourt) ont rejoint Beni Abbes pour une période de deux mois d’apprentissage intensif de l’arabe sous la " houlette " de Xavier Habig. Bon courage à tous les trois et que le " don des langues " soit au rendez-vous !

* Le Père John Mac William (Ghardaïa) va être prochainement opéré de son genou.Heureusement, on ne lui a pas encore proposé de pose de prothèse……Bonne chance John ! Nos prières t’accompagnent

Benoît Blin va nous quitter le 25 Novembre. Venu dans le cadre de la DCC, il a accompli un service bien apprécié de l’ensemble de notre communauté diocésaine dont il était le " pompier informatique " de permanence ! Il a été au milieu de nous beaucoup plus que cela. Un véritable frère disponible, travailleur, partageant la vie de notre communauté chrétienne à Ghardaia. Ses talents d’informaticien ont été mis au service de la bibliothèque et aussi des bureaux de l’évêché où les choses sont maintenant bien fonctionnelles.
     Comment lui dire merci ? Sinon en espérant qu’il reviendra parmi nous… cette fois-ci pour des vacances. Et chez nous, il continuera d’être chez lui !


Calendrier de notre évêque.


14 novembre : Retour à Ghardaia (après la Conférence des Evêques de France et un passage à Luçon ) .

15-16 novembre : réunion du Bureau de la SIMO à Ghardaia.

17-18 novembre : visite à Ghardaia de Sr Judith Moore, Supérieure Générale des Sœurs Maristes d’Adrar.

20 novembre : départ pour l’extrême Sud Ouest du diocèse avec Sr Speciosa. Retour à Alger puis Ghardaia le 28.  In shâ Allah !

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INTERVIEW de Mgr RAULT, évêque du Sahara,
délégué au titre de la Conférence des Evêques d'Afrique du Nord (CERNA)

L’itinéraire qui vous a conduit à devenir évêque de Laghouat mérite attention. Pourquoi êtes-vous devenu prêtre et qu’est-ce qui vous a amené à vivre en Algérie?

Mon itinéraire a été celui d’un jeune séminariste au départ. Pendant mes études de philosophie au séminaire de Coutances, je pensais déjà à devenir missionnaire. J’ai rêvé un moment de partir en Amérique latine. Un Père Blanc du Burkina Faso est venu nous parler au séminaire de Coutances du choc de la culture Mossi et de l’Evangile. J’ai été séduit par son témoignage et j’ai «basculé» après mon service militaire chez les Pères blancs : noviciat à Gap, puis, première expérience de « déculturation » au Canada anglophone (Ottawa) pour mes études de théologie. Pendant ces études, un confrère, venant d’Afrique du Nord, m’a communiqué sa passion pour la relation avec l’islam et les Musulmans.

J’ai été nommé en Algérie en 1970 comme directeur adjoint d’ un centre professionnel regroupant 70 jeunes Algériens. Je suis ensuite parti à Rome où j’ai appris l’arabe classique, puis je suis revenu comme moniteur de jeunes en échec scolaire à Ghardaïa. Le centre où je travaillais a été fermé au moment de la nationalisation en 1976 . J’ai alors fait ma valise pour Touggourt (Est saharien) pour enseigner l’anglais dans un collège de l’Enseignement public algérien. Plus tard, j’ai pris une année sabbatique à Sainte Anne de Jérusalem. J’ai découvert la vie des communautés chrétiennes palestiniennes puis celles du Liban lors d’un séjour dans la Bekaa. Revenu en Algérie en 1980, j’ai retrouvé un poste de professeur vacataire d’anglais à Ouargla, puis, revenu à Ghardaia en 1983, je me suis engagé comme apprenti dans atelier de fabrication de plateaux en cuivre chez un artisan où je suis resté trois ans. Ce fut une belle expérience d’humanité. En 1987, Mgr Jean-Marie Raimbaud (diocèse de Laghouat) m’a nommé vicaire général, chargé de la formation permanente. Son successeur, Mgr Michel Gagnon m’a reconduit dans cette charge en 1991. Nous étions entrés dans « les années noires » (celles du terrorisme) et en 1994, J’ai été appelé en Suisse pour devenir responsable du noviciat des pères Blancs à Fribourg, qui a été transféré à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) en 97.

J’ai dû quitter le Burkina en 99, ayant été nommé Provincial des Pères Blancs pour l’Algérie et la Tunisie. C’est au cours de ce mandat que j’ai été appelé comme évêque de Laghouat-Ghardaia (Sahara Algérien) et ordonné par Mgr Michael Fitzgerald le 16 décembre 2004. Je suis évêque d’un diocèse dont la superficie couvre quatre fois la France.

Nous avons onze points de présence sur cette immense étendue. Le diocèse compte entre 20 et 25 prêtres et religieux, 40 religieuses. Les Religieuses sont surtout engagées dans la promotion féminine, la petite enfance et les personnes handicapées, souvent avec l’aide de partenaires algériens. Nous tenons à soutenir et à favoriser ce partenariat, notamment dans le cadre d’associations. Dans le domaine parascolaire, nous sommes sollicités pour les cours de soutien scolaire, l’animation de bibliothèques, et un Centre culturel de documentation saharienne. Nous faisons aussi de notre mieux pour venir au secours des personnes migrantes en détresse venant du Sub-Sahara, avec une aide à leur retour au pays, en lien très étroit avec l’ Association, « Rencontre et Développement », fondée par la CIMADE.

Qu’aimeriez-vous partager d’important sur la vie en Algérie aujourd’hui ?

Mon attachement au peuple algérien. Les algériens m’ont apporté leurs qualités d’accueil, les richesses de leur différence et de leur diversité. Je leur apporte aussi les miennes. Il est possible de s’accueillir et de vivre ensemble différents grâce à l’ouverture de son cœur et de sa maison : la convivialité renforce les liens de la fraternité, et prépare un dialogue plus profond. Les Algériens aujourd’hui veulent tourner la page sur les difficultés du passé et vivre une nouvelle page avec les Français. Le peuple algérien nous fait découvrir ce qu’est la grandeur de la Transcendance. Le fait que des assassinats aient été faits au nom de Dieu a interrogé profondément l’Islam ambiant et la conscience de nos amis musulmans. Il y a aujourd’hui un grand désir de rencontre, et nos échanges portent davantage sur des questions existentielles que sur des problèmes théologiques : le sens de la vie, de la mort, de la naissance, de la souffrance.

Malgré la fragilité de notre présence et de nos petits moyens, nous collaborons à l’avènement d’une société plus humaine, plus à l’image de celle du désir de Dieu. Je retrouve là des aspects de la religion populaire de nos familles chrétiennes. Des gestes simples traduisent la grandeur de Dieu. Le réveil de l’Islam en France est une saine provocation pour notre Eglise et pour la société occidentale en quête de sens. Nous sommes tous en quête de sens. L’autre est important, que cet autre soit Dieu ou mon prochain. L’Autre est Dieu. Bien recevoir de l’Autre, l’accueillir, est un acte religieux.

Ce que m’apprennent aussi les Algériens , c’est la patience, savoir attendre ! J’admire la patience de mes amis musulmans, une patience élevée à la dimension d’une vertu religieuse. Notre manière d’être chrétien c’est de comprendre l’Autre différent dans la gratuité, au nom de l’Amour de Dieu, sans que cet Amour aboutisse à une tentative de récupération. C’est l’attitude de Jésus dans l’Evangile. Jésus a rencontré sans récupérer. Il a parlé en laissant les gens repartir. Etre présent en ayant les mains nues. Nous vivons avec tous au nom de la gratuité de l’Amour de Jésus. Notre vocation est de vivre cette fraternité. Beaucoup de Musulmans manifestent un grand Amour pour nous. Si pendant les années difficiles les chrétiens ont pu rester en Algérie, c’est grâce à ces Musulmans qui eux ont subi beaucoup de violence, et ont beaucoup souffert.

Malheureusement, aujourd’hui l’Algérie, tout en étant riche de ressources n’a peut-être jamais eu autant de pauvres. La presse algérienne en parle abondamment. C’est pourquoi il y a toujours ce rêve de jeunes Algériens de vouloir partir en France. Comment peut-on aider à créer des emplois en Algérie ? Un état peut être riche et pauvre. Le pétrole n’est pas actuellement assez créateur d’emplois. Il est certain que les Responsables politiques sont alertés sur ce point. Espérons toujours des temps meilleurs !

Qu’avez-vous découvert de cette Assemblée plénière ?

C’est la troisième Assemblée plénière à laquelle je participe.. C’est plus passionnant pour moi que la première, où j’avais tout à découvrir. Je m’exprime librement soi dans l’hémicycle soit plus largement avec les autres évêques et je peux ainsi partager leurs soucis de pasteurs et leurs questions. C’est un lieu de communion et de vraie fraternité épiscopale. J’ai l’impression que l’ensemble de l’épiscopat s’ouvre aux problèmes de société et de relations interreligieuses que pose l’Islam. C’est un regard serein, une bonne vision réaliste pour aller de l’avant. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais cette attitude positive a une répercussion sur l’Eglise Universelle, et aussi sur notre Eglise du Maghreb. Nous sommes voisins : beaucoup de Maghrébins ont franchi la Méditerranée et sont maintenant citoyens français, et cela nous engage à un plus grand souci de dialogue et entre Eglises et entre partenaires chrétiens et musulmans

En savoir plus sur le diocèse de Laghouat

''Créé en 1868, d’abord comme « Vicariat Apostolique du Sahara et du Soudan » par le Cardinal Lavigerie, le diocèse de Laghouat-Ghardaia s’étend sur une superficie de plus de deux millions de Km². Il recouvre la partie Sud de l’Algérie (le Sahara). La population est surtout présente dans les oasis, devenues maintenant de véritables villes (Djelfa, Laghouat, Ghardaïa, Ouargla, Bechar, Tamanrasset …)

Elle s’élève à un peu plus de 3.000.000 d’habitants, soit 10% de la population algérienne pour 90 % du territoire national. Au cœur de ce monde musulman, les services et les membres du Diocèse sont animés par l’évêque, Mgr Claude Rault. La communauté diocésaine est essentiellement formée de prêtres, religieux et religieuses et de quelques laïcs, tous engagés dans la pastorale de la rencontre avec nos frères et sœurs musulmans. La communauté chrétienne totale peut être évaluée à environ 1000 personnes, prenant en compte les chrétiens engagés dans les différentes sociétés pétrolières présentes dans la région.

C’est dans ce diocèse qu’a vécu Charles de Foucauld, il a résidé successivement à Beni Abbès et à Tamanrasset où il est mort dans les conditions tragiques que l’on sait. Son tombeau se trouve à El Goléa depuis 1929. Mgr Hippolyte Simon (nouveau vice-président de la Conférence épiscopale de France), Mgr Michel Santier, ancien évêque de Luçon et nouvellement nommé à Créteil, deux de ses anciens compagnons de collège, sont allés lui rendre visite au cours de l’année passée. Mgr Stanislas Lalanne, nouvel évêque de Coutances et Mgr Michel Dubost, sont allés aussi le visiter cet été en Algérie''



Pour plus :

http://amisdiocesesahara.free.fr/index.html