DIOCESE DE LAGHOUAT - GHARDAIA .
BILLET MENSUEL.
Novembre 2010


Chant de Robert Lebel

Bien chers amis,

       
Alors que s’est achevé le Synode des Evêques du Moyen Orient, un débat se poursuit au niveau des Sociétés et des Nations, qui n’est pas étranger à ce Synode : c’est celui de la coexistence en une même Nation des différences culturelles, ethniques,  et religieuses.

Cette fête de la « Toussaint » que nous venons de vivre peut nous aider à jeter un « autre regard », plus évangélique (et même plus humain !) sur ce phénomène aussi vieux que le monde. Si la Sainteté n’a pas de frontières, pourquoi en mettre à l’Humanité ? Dans l’Apocalypse (un Livre qui ne parle pas que de catastrophes à venir, mais simplement du sens de l’Histoire), l’auteur est émerveillé dans sa Vision par « une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes les nations, races, peuples et langues ». Et cette foule se tenait devant la Face de Dieu. La Jérusalem qu’il décrit, le « Monde  A-Venir », n’est pas une ville fortifiée, blindée, entourée de murs et de barbelés, mais ouverte aux quatre coins de l’horizon. Ainsi voit-il non seulement le Royaume futur, mais aussi ce monde présent dans le projet de Dieu, un monde qui ne connaît pas de frontières.

Le pluralisme de nos appartenances éclate à nos yeux, et il s’accompagne trop souvent de réactions de peur, de méfiance et de replis identitaires. Certes, nous admettons que nous avons  besoin des autres, si différents soient-ils… mais à condition qu’ils ne soient pas chez nous !

Les propos de la Chancelière allemande, jusqu’ici non suspecte de fermeture, nous prouvent bien que « l’autre » n’entre pas facilement dans un cadre prédéfini. Mais faut-il que les « valeurs chrétiennes » soient la seule et unique mesure de la citoyenneté ?

La polémique suscitée par le Gouvernement français au sujet des Roms est aussi une alerte significative. Des personnes résidant en France depuis si longtemps seraient-elles indésirables par le seul fait qu’elles n’entrent pas dans un costume qui leur a été taillé à l’avance ?

La poursuite judiciaire de non-jeûneurs (qui pourtant n’avaient pas troublé l’ordre public !) pendant le Ramadan, la gêne et les mêmes poursuites judiciaires que provoquent quelques conversions à la foi chrétienne dans ce pays (qui reconnaît la liberté de conscience) est aussi le fait d’une société qui n’est pas encore parvenue à l’intégration des différences.

Je ne  voudrais pas ici entrer dans une sorte de parti-pris aveugle et naïf qui ignore les graves questions et les difficultés posées par cette série de situations et de faits sociaux. Je me sens assez « étranger » moi-même pour ne pas en être conscient. Je ne puis – avec beaucoup d’autres – que constater que nos Nations ont encore beaucoup de chemin à faire pour intégrer, dans leur sein, les différences !

L’Humanité n’a pas encore fini sa Croissance. Et je persiste à croire que les Religions du Monde ont toute leur place dans ce Grand Débat… à condition bien sûr que leur aspiration à l’Universalité ne les entraîne pas vers les exclusions que l’on connaît trop souvent. 


+ Claude, votre frère évêque.


Nouvelles… Pour rester proches

* Sr Serena, en attendant l’arrivée de Sr Sini (nous y croyons toujours !) a accepté de s’occuper de Dar Keltoum, la maison diocésaine de Ghardaia. Qu’elle soit remerciée pour ce service qui nous permet de la rendre de nouveau accessible, en attendant la venue de Patrick et d’Anne de Boissieu (nous y croyons toujours !). La maison d’accueil de Béthanie à Tam est toujours opérationnelle malgré l’attente de Catherine Chapelle (nous y croyons toujours !).

* Sr Patricia est partie en congés dans sa famille en Nouvelle Zélande. Peut-être y rencontrera-t-elle Grégoire, le fils d’Emmanuel qui va partir prochainement avec sa compagne pour y ouvrir un restaurant. Nul doute que le menu sera soigné !

* La communauté des Srs d’Ain Sefra a connu une belle agitation à la fin d’octobre. S’y tenait une session-rencontre des Sœurs engagées auprès de personnes handicapées. Voilà une initiative qui mériterait d’être suivie dans d’autres domaines d’engagements. Merci à Marie Christine et à celles qui se sont dévouées pour la préparation et le déroulement.

* Le P. Anselme Tarpaga a été nommé curé de Ouargla. Le P. Jean Gaignard, nouvellement arrivé, a préféré ne pas prendre cette charge dans l’immédiat.

* Le Fr. Antoine de Tamanrasset a dû aller en France pour des problèmes de santé, sans gravité. Il sera peut-être de retour à la fin de l’année.
   
*Sr Marcella de Ghardaia est venue faire une petite apparition… juste pour des raisons administratives. Elle est retournée en Espagne pour des soins médicaux qui de devraient pas durer. Elle est attendue à Ghardaia !

* Les Sœurs de ND d’Afrique vont tenir, à Nairobi, leur réunion de préparation à leur prochain Chapitre à la fin de ce mois. Sr Marie Christine va y participer. Bon et fructueux voyage en Afrique de l’Est !

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Calendrier de notre évêque cet automne (rappel)

Conseil épiscopal , visite des communautés, Bureaux Pax et Concordia,  ADS, &
séjour au Rwanda, au Congo (visites à Goma, Bunia, Bukavu, visite du Centre de Formation dse Missionnaires d'Afrique, pour une retraite aux Sœurs Missionnaires Xavériennes.)


RETRAITE DIOCESAINE.

Notre évêque Claude propose une retraite de 8 jours en priorité pour les membres du Diocèse, à la maison Ben Smen (Alger). Le thème en sera :
« Jésus, l’Homme de la Rencontre » dans l’Evangile de Jean.
La date est déjà fixée : du 18 juin  (soir) au 27 juin (matin). Vous pouvez déjà vous inscrire. La fermeture des inscriptions pour le Diocèse sera le 1er mars. Ensuite, elles seront ouvertes aux membres extérieurs au Diocèse.
La capacité d’accueil de la maison de Ben Smen est d’une vingtaine de personnes.

Vous pouvez vous inscrire soit auprès de notre évêque soit à l’évêché.

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ANNEXE AU BILLET DE NOVEMBRE


             TEMOIGNAGE DE DANIEL ARCHAMBAUD.    
   (« Ancien curé » de Tamanrasset)

Hoggar

N.B. Ce témoignage est en fait extrait de  l’homélie du 1er Août 2010 qu’il a donnée à Poilley dans la paroisse natale de notre Evêque. Daniel  est maintenant Doyen des Herbiers, en Vendée.

                   « C'est Claude qui m'a demandé de prendre la parole aujourd'hui. Comme je suis encore curé de Tamanrasset et que c'est mon évêque, je lui dois encore obéissance. Il m'a demandé de parler de ce que j'ai pu vivre pendant trois années dans la plus grande paroisse du monde (peut-être) avec ses 550 000 km2 et ses 200 000 habitants. Mais l'exercice est difficile, pour ne pas vous imposer deux bonnes heures d'écoute, mais aussi pour trouver les mots qui expriment une expérience aussi intense.
               Témoigner, c'est le même mot que martyr. Ce n'est donc pas parler de soi, mais plutôt dire ce que l'on a vu et entendu.
Si vous voulez en savoir plus, lisez un bon livre "écrit par un certain C. Rault " : "Désert, ma cathédrale" et vous saurez mieux ce que quelques chrétiens vivent en Algérie, au Sahara.

Voilà quelques points de ce que j'ai vu, et aimé, à Tamanrasset durant 3 années.

               Il y a, dans cette ville estimée à 120 000 habitants, presque tous musulmans, une toute petite communauté chrétienne. 3 petits frères habitent sur l'Assekrem, en plein désert. Les autres sont dans la ville même : 3 autres petits frères, 3 petites sœurs, une coopérante, un prêtre, et quelques personnes plus ou moins régulières : subsahariens, à une époque quelques Egyptiens coptes, des migrants et quelques Algériens Kabyles. La seule paroisse je crois, où, en moins de 20 mn, je connaissais les prénoms de tous mes paroissiens.

                Ce n'est pas une évidence de quitter un pays pour aller vivre dans un autre, même par vocation. Ceux qui sont venus à Tam, à la suite du Père de Foucauld, l'ont fait, comme d'autres dans les autres communautés du Sahara, pour mettre en pratique ce que disait St Paul : "Recherchez les réalités d'en haut", ou l'Evangile : "La vie d'un homme, fut-il dans l'abondance, ne dépend pas de ses richesses"... Ce que je peux dire d'eux, particulièrement des religieux, c'est qu'ils aiment ce pays, tel qu'il est. Et qu'ils passent tout leur temps à trouver les moyens manifester cet amour. Même quand on leur enlève tous les moyens. Les mains nues. C'est tout petit en apparence. Mais leurs amis sont si nombreux. Un simple tour du village de Tazrouk en compagnie de Taher, un Petit Frère de Jésus, en est l'un des meilleurs exemples. Ce qui fait la force de l'Eglise du Sahara, ce n'est pas le nombre, mais sa présence : être là, présents... et présents comme cadeaux de Dieu.

                 Etre curé à Tamanrasset, c'est aussi, accueillir des pèlerins. J'ai aimé voir les regards égarés des arrivants près de l'ermitage du Père de Foucauld, après une nuit souvent brève de voyage en avion, et les revoir une semaine après et percevoir l'étincelle brillant dans leur regard, cette lumière née des rencontres du désert, des liens noués avec ceux qui les ont accompagnés, du silence, des paysages, des nuits étoilées, née aussi de la (re)-découverte du frère Charles, de son message : grandir en amitié avec un peuple. Une action de grâce entendue à la messe du samedi qui était la messe d'envoi des pèlerins à leur retour du désert : Je dirai du bien de l'Algérie ! C'est une bénédiction.

               Tamanrasset est devenue une grande ville, cosmopolite, composée presque exclusivement de musulmans. J'y ai vécu la rencontre de l'Islam de près. Bien loin des clichés qu'on nous impose volontairement ou pas. Des hommes et des femmes de prière, des croyants, où la religion fait tout simplement partie de la vie. Avec les mêmes travers qu'on peut retrouver chez des chrétiens qui laissent parler leur excès !

               Vivre 3 ans à Tam, c'est aussi entrer soi même en amitié… Particulièrement avec les Touaregs, malgré mes difficultés à assimiler les langues.
On n'aime pas un pays pour sa géographie, aussi belle soit-elle, sa politique, mais pour les personnes dont l'hospitalité légendaire n'est pas une légende.
Il faut y aller, les visiter, c'est important pour les Algériens eux même, qui ont si souvent des difficultés à s'aimer.

               Le dernier volet, c'est la question des migrants. Nombreux à passer. Difficiles à aider, pour  ne pas entrer dans le système des trafiquants. Alors on offre un peu d'écoute, et les soeurs quelques soins infirmiers. Je peux dire aussi comment le système médical d'Algérie accueille et soigne les étrangers, parfois pour des soins très lourds...

               Pour terminer, deux citations de Foucauld qui me tiennent à cœur :

- « Que notre seul trésor soit Dieu, que notre cœur soit tout à Dieu, tout en Dieu, tout pour Dieu, lui seul... »

- « Dieu nous mène par des chemins si inattendus... Nous sommes la feuille sèche, le grain de poussière, le flocon d'écume.
Soyons fidèles et laissons-nous porter avec grand amour et grande obéissance là où nous pousse la volonté de Dieu ».

Pour plus :

http://amisdiocesesahara.free.fr/index.html