DIOCESE DE LAGHOUAT - GHARDAIA .
BILLET MENSUEL.
Novembre 2011



Conférences de Mgr Claude Rault en novembre 2011
Fribourg, Genève, Lyon, Verviers, Le Mans

Bien chers amis,

Voici quelques jours, la veille même du 27 octobre marquée par la rencontre d’Assise, je suis allé visiter, avec un Frère de la communauté de Tam, un responsable musulman de la Wilaya. C’est une visite d’amitié que j’essaie de renouveler chaque fois que cela m’est possible. Il nous attendait et nous a reçus de façon plus que courtoise. Je dirais que cet entretien s’est déroulé « dans l’esprit d’Assise », c'est-à-dire dans le profond respect de nos convictions respectives. Notre ami s’exprimait dans un arabe classique parfait que j’avais parfois du mal à suivre, mais que je comprenais suffisamment pour saisir l’essentiel. Cet entretien sortait des propos stéréotypés où il est si facile de s’ensabler !

Très vite, face aux remous qui secouent la planète, notamment les pays arabes, la question du rôle des religions dans cette actualité est venue dans la conversation. « Que nous soyons musulmans, chrétiens ou juifs, si nous sommes vraiment fidèles au message de nos religions, nous ne pouvons que travailler pour la paix », dit-il en substance. Il poursuivait : « La guerre est une transgression de la religion trop souvent instrumentalisée par la politique. » Je n’avais aucune raison de mettre en doute la sincérité de mon interlocuteur, et nous étions bien là sur un terrain commun d’accord ! Nous avons aussi échangé sur les relations réciproques à promouvoir, notamment en ce qui touche le respect mutuel de nos professions de foi. Une de ses paroles m’a fortement impressionné : « Nous ne demandons pas aux chrétiens et aux juifs qu’ils reconnaissent Mohammed comme prophète, mais qu’ils aient pour lui le plus grand respect ». Cette affirmation tranchait par rapport à un Islam souvent présenté comme clé et terme des « religions du Livre », auquel il ne nous resterait plus qu’à adhérer ! Le point de départ de tout dialogue, c’est bien l’absolu respect de la foi de l’autre et de ses symboles, et le refus de toute généralisation réductrice.

Trop de caricatures ou de propos irrespectueux et injurieux fleurissent pour que le respect de l’autre ne soit pas pris au sérieux ! J’approuve, bien sûr, « Liberté, Egalité, Fraternité ». Mais que dire d’une liberté qui tue la fraternité ? Le titre du journal d’un célèbre quotidien satirique français a malheureusement fait peu de cas de cette fraternité républicaine. Et l’acte de violence qui a suivi en réponse à cette insulte ne peut qu’être réprouvé, il ne souffre aucune justification ! J’arrête là cette digression tirée d’une actualité toute récente.

Pendant que nous échangions avec notre hôte, déjà le cortège des invités d’Assise se préparait à rejoindre la ville de la rencontre… Le lendemain, accompagné d’un ami chauffeur touareg, je montais visiter la petite Fraternité de l’Assekrem située là où Charles de Foucauld avait établi un ermitage pour rejoindre ses amis touaregs là où ils étaient. J’avais tout le temps de méditer les propos de la veille. Je savais que ce jour même les communautés du Diocèse, comme beaucoup d’autres à travers le monde, allaient marquer cette journée par un temps de prière pour la paix.

A mon retour, j’ai trouvé sur mon ordinateur le discours de Benoît XVI à Assise. J’en retiens cet extrait, tiré de sa conclusion, où je retrouve l’esprit de la rencontre avec notre ami musulman :

«… J’ai dit qu’il existe une conception et un usage de la religion par lesquels elle devient source de violence, alors que l’orientation de l’homme vers Dieu, vécue avec droiture, est une force de paix. Dans ce contexte, j’ai renvoyé à la nécessité du dialogue, et j’ai parlé de la purification, toujours nécessaire, de la religion vécue. »

La vie de Jésus a été un tissu de rencontres inlassables et de dialogues serrés avec ses contemporains, qu’ils partagent ou non ses convictions les plus intimes. Seul le dialogue est capable d’établir des ponts entre personnes, religions, pays et sociétés. Il faut le maintenir coûte que coûte, face aux sceptiques de tout bord, y compris dans notre propre Eglise. Seules des mains nues et des rencontres « visage à visage » peuvent porter la paix là où échouent les frappes guerrières, fussent-elles provoquées pour des motifs… humanitaires !

+ Claude, votre frère évêque.

 


Nouvelles… Pour rester proches


* Nous avons reçu des nouvelles plutôt rassurantes du P. Norbert qui sait enfin l’origine de ses douleurs et que les traitements soulagent enfin. Il projette de repasser par le Congo avant de revenir à Ghardaïa où il est très attendu.

* C’est le 10 novembre que le P. Philippe d’Adrar doit être opéré à Toulouse. Tous nos vœux l’accompagnent pour que ça se passe bien et qu’il se rétablisse au plus vite et retrouve Adrar en bonne forme.

* Le P. Denys a eu beaucoup de joie à revenir en Algérie. Il a eu un programme bien rempli. Même si ses projets, présenter l’exposition « Ouargla à travers l’histoire » à Ghardaïa et faire un documentaire avec Beur-télé, n’ont pas abouti, son séjour a été riche de retrouvailles : d’abord à Ben Smen, pour une rencontre du Ribat, ensuite à Ouargla, bien sûr, et même à Laghouat qu’il avait quitté… en 1978 !

L’ensemble de l’exposition a pu être numérisé et les « Cahiers de Ouargla » avancent doucement, dit-il. Le 4e sur la préhistoire de Ouargla est sorti et le 5e sur la santé à Ouargla est prêt à être imprimer.

A Alger, il a aussi pris le temps de faire de la théologie en travaillant le livre « L’estime de la foi des autres » d’Henri de la Hougue.

* Augustin est de retour à Ghardaïa jusqu’au début décembre pour travailler sa thèse. Nous l’assurons de nos encouragements !

* Anne et Patrick sont heureux de partager leur joie d’être grands-parents d’une petite-fille, Chloé, née le 19 octobre à Grenoble. Ils ont même fait une escapade en France pour faire sa connaissance et rêvent déjà de lui faire découvrir Ghardaïa et le sud algérien !

* Malheureusement, les stagiaires Pères Blancs attendus à Ouargla et Ghardaïa ne viendront finalement pas. Nous sommes dans l’attente de deux Pères Blancs, l’un pour Ghardaïa, l’autre pour Ouargla… Espérons que les visas vont suivre…

* Tous les pèlerins sont redescendus très heureux de l’Assekrem, même s’ils ont eu beaucoup de vent et des nuits très fraîches et si la marche a été éprouvante pour certains ! Nous remercions Martine et Marek pour leur organisation et leur accompagnement.

* Le P. Marek est en partance pour Le Caire pour une session d’arabe intensif d’un mois. Il nous reviendra en décembre et nous lui souhaitons un bon séjour. Il donnera des nouvelles du diocèse au P. Anselme qui a commencé son année à Dar Comboni.

* A Tamanrasset, le P. Antoine est de retour de son séjour en France qu’il a combiné avec un voyage en Pologne où il a eu la joie de donner une conférence sur Charles de Foucauld.

* Le P. Daniel Archambaud est heureux d’avoir retrouvé Tam pour un temps d’une visite et de retraite à l’Assekrem.

* Bonne nouvelle à Tamanrasset : pas de vol ce mois-ci ! Par contre à Ghardaïa, la maison d’Emmanuela été visitée une fois encore.

* La Pte Sr Hayat nous a fait la surprise d’un petit séjour très apprécié à Touggourt. Elle va retourner en France pour poursuivre son traitement.

* A Béni Abbès, la Pte Sr Henia vient de prendre le relais de Bernadette-Chantal, retenue en France pour un suivi médical. Bien sûr, elle aurait préféré ne pas revenir à Béni Abbès pour cette raison ; mais cette Fraternité a besoin de renfort, d’autant plus que la Pte Sr Rosine est maintenant à Alger. Nous apprenons aussi le départ d’Anne-Pierre qui va poursuivre sa seconde année de noviciat en France.

Calendrier de Mgr Rault pour le mois de Novembre :

CERNA Tunis , puis
Session Jesus Caritas à Montbarry (Suisse), conférence à Genève et Fribourg;
Conférences : à Lyon, le 24 novembre ,
puis du 26 au 29, Récollection de la fraternité Sacerdotale Charles de à Viviers, le 29 , à la maison diocésaine, messe pontificale avec Mgr Blondel, évêque de Viviers pour le 95 ème anniversaire de la mort de Charles de Foucauld,
Nouvelle Conférence au Mans le jeudi 1er décembre,
réunion ADS sur Paris


* * *

Visite du Père Denys Pillet dans le diocèse du Sahara, automne 2011

Alger, le 5 novembre 2011

Bien chers parents et amis,

J’avais pensé à un petit journal de voyage. Je l’avais même amorcé. L’expérience m’a vite montré que je devais y renoncer. Quelques points forts ou significatifs suffiront à dire un peu ce que fut ce mois d’octobre à Ouargla.

Le voyage s’est amorcé au départ de Paris avec un confrère que je ne connaissais pas mais qui m’a mis au train avec beaucoup d’attention fraternelle.

A Lyon, même chose, après de belles retrouvailles d’une Algérienne devenue religieuse. Nous avions commencé le chemin en 1954.

A Marseille, une fois de plus, la joie de la famille d’une nièce et d’une eucharistie matinale à Notre Dame de la Garde ; et la conduite à l’avion. Dans la salle d’attente de l’aéroport presque déserte, une personne seule me salue de loin : c’est le frère d’une amie ouarglie. A peine installé dans l’avion parmi les tout premiers, on vient me saluer en arabe : c’est un précieux ami français serviable comme pas deux.

Nos échanges de nouvelles n’échappent pas au voisin ; professeur en médecine à Alger et qui me donne de lui-même de précieuses adresses.

Et voilà que l’avion arrive à Alger tellement à l’heure que le confrère qui vient me chercher nous trouve à la sortie avec nos bagages, sans qu’il ait une minute à attendre.

C’est dire que tout commence bien.

Le soir même, long échange avec les prêtres du doyenné d’Alger-est réunis chez les PB. Je ne pouvais pas souhaiter meilleure occasion. Et ce n’était pas seulement un bon dîner d’ecclésiastiques en goguette !

Les 6, 7 et 8 octobre à Ben Smen . Nous nous retrouvons d’abord le 6 au soir une bonne quinzaine de membres du Ribat-es-salam avec une quinzaine d’amis musulmans des Jésuites, pour une veillée d’échange et de prière.

Les 7 et 8, une bien bonne rencontre du Ribat qui nous tourne à la fois vers le 27 octobre

et la réunion à Assise pour le 25e anniversaire de la rencontre interreligieuse suscitée par
Jean-Paul ll. Mais aussi vers le 50e anniversaire de l’indépendance, à l’écoute des jeunes d’aujourd’hui.

Dès le 9 matin, route vers Ghardaïa avec notre évêque et un confrère qui découvre l’Algérie avant de repartir au Congo. C’est le 12 que nous arrivons ensemble à Ouargla.

Pourtant, ce qui devait être un des points essentiels de ce voyage est annulé : le déménagement (aller-retour) de l’exposition « Ouargla à travers l’histoire » n’aura pas lieu. Les travaux d’agrandissement de la bibliothèque de Ghardaïa ne le permettent pas.

Déception ? Non, soulagement.

Quant au projet de documentaire offert par Beur-télé ; l’absence de visas annule (ou reporte à plus tard ?) cette opération. Déception ? Non !

Durant trois jours ainsi moins bousculés, un ami ouargli venu exprès de France a pu numériser l’ensemble de l’exposition. Cela exigeait le démontage de tous les tableaux vitrés et leur remise en place. A partir de là, catalogue, diaporamas partiels ou non et mise sur internet sont en perspective.

Pendant ce temps, retrouvailles bien sûr, de bien des amis sauf de l’un ou l’autre décédé.

Retrouvailles avec nos deux confrères qui sont nouveaux à Ouargla, même si l’un d’entre eux y a passé 10 ans mais c’était de 1968 à 1978. Des services comptables sur Algérie et Tunisie lui incombent encore pour un an. Il sera absent 3 semaines (6-26 novembre).

L’autre comme vicaire-général de notre évêque va s’absenter une semaine au moins pour la conférence épiscopale à Tunis. Il n’y aura personne à la communauté puisque les deux jeunes prévus sont toujours en attente d’un visa pour l’Algérie. Ils risquent fort d’être orientés ailleurs. C’est dire notre précarité qui est aussi celle de Ghardaïa avec en plus un jeune confrère congolais en soin en Afrique du Sud.

Joie cependant de célébrer l’eucharistie avec la petite communauté chrétienne où les étudiants burundais ne manquent pas de dynamisme.

Joie de marquer l’anniversaire d’Assise avec quelques amis chrétiens et musulmans en priant et échangeant ensemble. Une première qui fait désirer d’autres rencontres semblables. Voilà encore une bonne surprise.

Parmi bien des rencontres plus ou moins significatives, je veux souligner celles de ces mères-courage algériennes ou non qui se dévouent pour les leurs, mais aussi pour les autres, spécialement les handicapés ou femmes et jeunes filles des villages éloignés. Une très bonne nouvelle pour ces battantes est qu’enfin les enfants abandonnés ont une belle pouponnière avec un personnel nouveau et en nombre suffisant. C’est vraiment la très bonne nouvelle de cette année.

Pendant ce temps, les « Cahiers de Ouargla » avancent doucement. Le 4e sur la préhistoire de Ouargla est sorti grâce à l’aide des amis d’Alger qui travaillent aussi auprès du Ministère de la Culture pour la réédition de l’album « Une oasis saharienne à travers l’histoire » (200 photos).

Le 5e cahier sur la santé à Ouargla est prêt à imprimer. L’eau, le pétrole, le palmier etc. sont amorcés par des amis algériens. A eux de jouer !

C’est bien ce qui donne son vrai sens à toutes ces relations multiformes d’amitié et de service où nous partageons tant d’estime profonde pour nos communautés humaines et religieuses respectives. J’en ai la confirmation éloquente le 3 novembre à Laghouat pourtant quitté par moi en 1978. Notre évêque tenait à une rencontre d’adieu aux amis laghouatis. Une bonne quinzaine d’entre eux sont venus avec beaucoup d’émotion partager leur reconnaissance pour tous les chrétiens religieux ou non qu’ils ont connu, avec qui ils ont travaillé et appris à servir les autres. Sans hésiter, l’un d’entre eux a employé le mot de communion entre nous, au sens religieux.

Surprise aussi d’entendre l’un deux citer la finale de l’évangile selon st-Mathieu : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles. » Ce n’est pas moi qui lui ai soufflé cela mais un Autre.

Très bonne surprise pour moi que cette profondeur affirmée ensemble avec force. Quelle bonne introduction pour moi à ces quelques jours que je dois encore passer à Alger, précisément pour me faire lire « L’estime de la foi des autres »

de Henri de la Hougue (DDB 2011) et de travailler avec le responsable à Alger du groupe de réflexion théologique.

J’écris cela le 5, jour le plus important du pèlerinage à la Mecque : Ouquof Arafat, une journée de « station » du croyant devant Dieu dans le dépouillement du désert et le partage avec ses frères croyants venus de partout.

« L’estime de la foi des autres » n’est autre que l’estime des dons de Dieu faits à chacun pour qu’il Le cherche et Le serve en ces frères et sœurs en humanité. C’est bien l’œuvre de l’Esprit de Dieu en chacun de nous, chrétiens ou non.

Oui, ce voyage est pour moi une bénédiction dont je suis heureux de vous partager ce petit écho.

Pour autant, à cette heure, je ne sais pas encore quand je vais repartir d’Alger vers la France.

De tout cœur avec vous tous,

Denys

Pour plus :

http://amisdiocesesahara.free.fr/index.html