DIOCESE DE LAGHOUAT - GHARDAIA .
BILLET MENSUEL.
Octobre 2011


(G.B.)

Bien chers amis,

Cette année encore, la date du 27 octobre va marquer la vie de l’Eglise et d’un certain nombre de Religions du monde : c’est la commémoration de la journée d’Assise d’octobre 1986. Cette rencontre, annoncée par Jean-Paul II le 25 janvier 1986 à l'occasion de l’année internationale de la paix proclamée par l’ONU, avait créé la surprise par son caractère inédit : 130 responsables religieux venus du monde entier investissaient la ville d’Assise, lieu de naissance de St François. Voulue par le Pape comme « journée mondiale de prière », elle n’avait pas fait l’unanimité au sein même des instances romaines. La crainte avait marqué certains théologiens et hommes d’Eglise de voir celle-ci « rabaissée » au rang des autres religions et « relativisée » dans sa mission universelle. Comme si l’Eglise n’avait pas à vivre de façon permanente l’humilité de Celui dont elle tient cette mission !

Pour dissiper tout malentendu, le jour même, Jean Paul II déclarait : « Le fait que nous soyons venus ici n'implique aucune intention de chercher un consensus religieux entre nous, ou de mener une négociation sur nos convictions de foi. Il ne signifie pas non plus que les religions peuvent être réconciliées sur le plan d'un engagement commun, dans une concession au relativisme en matière de croyances religieuses, car tout être humain doit suivre honnêtement sa conscience droite avec l'intention de rechercher la vérité et de lui obéir. Notre rencontre atteste seulement, et c'est là sa grande signification pour les hommes de notre temps, que, dans la grande bataille pour la paix, l'humanité, avec sa diversité même, doit puiser aux sources les plus profondes et les plus vivifiantes où la conscience se forme et sur lesquelles se fonde l'agir moral des hommes ».

Le hasard ( ?) avait voulu que je sois à Rome à cette date. Je participais au Chapitre Général des Pères Blancs, et j’avais réussi à obtenir une dérogation pour « sécher » le Chapitre et participer à la journée. J’étais invité à accompagner l’une des personnalités musulmanes venues à cette rencontre. Une aubaine ? Plus que cela : un moment de grâce. Parmi les événements importants qui ont marqué ma vie, cette date du 27 octobre 86 à Assise est incontournable. J’en retiens une atmosphère intense de silence, de prière, de recueillement, et d’humilité de la part de tous les participants (notamment de Jean Paul II mis au même rang que tous… sans estrade !) et aussi la conscience que nous vivions un moment historique. D’autres journées semblables ont suivi, dans ce même souffle que l’on appelle désormais « l’esprit d’Assise ».

Benoît XVI a tenu à renouveler l’événement, en indiquant deux motifs : « … faire mémoire de ce geste historique… et renouveler solennellement l’engagement des croyants de toute religion à vivre leur foi religieuse comme un service de la cause de la paix ». Et il ajoutait « Qui est en marche vers Dieu ne peut pas ne pas transmettre la paix, qui construit la paix ne peut pas ne pas se rapprocher de Dieu. Je vous invite à accompagner dès maintenant cette initiative par votre prière »1.

Faisons de cette journée du 27 octobre une journée de prière et d’engagement plus intenses pour la paix, là où nous serons, avec les moyens qui nous seront donnés : rencontre avec nos amis, prière, jeûne… ou repas avec nos invités2. Nous savons combien les religions sont souvent dévoyées et détournées de leur mission de paix, instrumentalisées même pour justifier la guerre ! Nous devons nous le redire : au regard de l’Evangile, il n’y a pas de guerre juste ! La date du 27 octobre peut être une belle occasion de raviver en nous le sens de notre présence et de notre vocation : « Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9). Cette déclaration du Christ, encore plus forte et plus pressante que celle de tous les Papes, demeure pour chaque jour un difficile mais combien nécessaire chemin à suivre.

+ Claude, votre frère évêque.

 


Nouvelles… Pour rester proches

* Après examen médical, le P. Philippe d’Adrar sera opéré à Toulouse le 10 novembre. Il restera quelques jours hospitalisé. Nous prions pour lui qui se sent un peu en « exil » afin qu’il nous revienne au plus vite en belle forme et en bonne santé.

* Pour ne pas perdre le bénéfice de son dépôt de carte de séjour, le P. Norbert a dû revenir pour quelques jours à Ghardaïa. Il est reparti en Afrique du Sud afin d’y poursuivre ses examens médicaux. Rien de sûr n’a encore été diagnostiqué mais il semble en de bonnes mains. Lui aussi se sent un peu exilé et nous reste bien proche. Les anciens participants au soutien d’anglais le réclament…

* Nous avons eu, durant la seconde quinzaine de septembre, la visite d’une délégation de la famille spirituelle des Sœurs de Notre Dame de La Salette. Emmanuel, Marie-Christine et Claude faisaient partie de la petite caravane « pilotée » par Gérard Chanron. La chaleur n’a pas arrêté les pèlerins, pourtant ils ont été bien servis ! De Ghardaïa, en passant à El Goléa, ils ont fait étape à Timimoun, puis Adrar, pour terminer par Beni Abbès et ils ont conduit nos visiteurs à l’avion de Béchar. Merci à toutes les communautés (et à l’Agence qui prenait en charge les visiteurs) pour leur accueil, encore plus chaleureux que la température ambiante ! Nous espérons que cette visite portera des fruits pour l’avenir que nous confions à Notre Dame.

* Le P. Denys (pages 2 à 4) est de nouveau parmi nous pour quelques jours. Il va pouvoir prendre le temps de faire ses adieux aux amis de Laghouat, Ghardaia et Ouargla, où il est attendu.

* Le P. Anselme de Ouargla est maintenant au Caire et a commencé ses cours d’arabe littéraire. Aux dernières nouvelles, il se porte bien mais garde un peu la nostalgie de Ouargla où il s’est bien dépensé aussi bien dans le service de la bibliothèque que dans celui du groupe des étudiants subsahariens. Tous ceux et celles qui ont participé aux sessions « Dans le désert je cherche ta face » garderont longtemps le souvenir des randonnées entreprises grâce à sa sollicitude

* Le P. Emanuele nous a quittés un peu plus tôt que prévu. Il souffre en effet de ses hanches et ses rendez-vous médicaux l’ont contraint à hâter ce départ. Il va nous manquer, et encore plus à tous ceux qui ont contribué à la restauration de notre église de Hassi Messaoud. Les lieux sont maintenant prêts pour accueillir son successeur. Pour le moment, les pères de Ouargla assurent l’intérim. Qu’Emanuele soit remercié pour son engagement (il lui est même arrivé de prendre le marteau piqueur !), pour les liens fraternels noués avec ceux qui se sont succédés pour les travaux… et aussi pour son ardeur pastorale à l’égard de tous les expatriés qui viennent chaque vendredi et chaque dimanche prier dans notre église.

* Bonnes nouvelles du P. Davide qui continue son séjour au Caire jusqu’au début de novembre. Il pense nous rejoindre dans le courant de janvier et rejoindra Touggourt, lieu de ses premiers amours de l’Algérie.

* Après plusieurs mois d’absence, la P.S. Marie Jo revient à Tamanrasset, en bonne forme. Heureuse de retrouver ses sœurs.

* Sr Sini, des Sœurs de L'Immacolata, prévue pour le Diocèse va, après de longs mois d'attente en Inde et de nombreuses démarches, accueillir une autre affectation. Elle nous a redit son attachement à l'Algérie... qu'elle ne connaît pas et où elle espère être accueillie un jour. Nous la remercions pour sa patience et pour sa ténacité, ainsi que Sr Rosilla, sa supérieure Générale, qui l'a soutenue pendant cette longue attente.

Calendrier de Mgr Rault pour le mois d'Octobre :

Bureau Caritas et Conseil financier. & Conseil épiscopal

puis Visite des communautés


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EN VUE DE LA JOURNEE DE PRIERE POUR LA PAIX DU 27 OCTOBRE

Bien sûr, libre à vous d’organiser cette journée comme bon vous semblera, et en fonction des situations dans lesquelles vous vous trouvez.

Pour certaines communautés, cette journée pourra être marquée par une invitation à un repas d’amis proches pour leur exprimer le sens de cette journée du 27. Si cela est possible, il pourra y avoir un temps de prière (dou’a) ensemble pour la paix dans le monde et entre les communautés de croyants.

Cela pourra aussi, là où des invitations ne sont pas possibles, prendre la forme d’un temps de jeûne et de prière (adoration, eucharistie marquée par l’une des prières eucharistiques pour la Réconciliation) ; mais également, d’un temps de partage sur ce à quoi cette journée nous invite pour aller plus loin dans ce sens, au niveau de nos communautés et de nos relations.

Le moment est venu de libérer notre esprit d’invention, non seulement pour prier, mais aussi pour être autour de nous des instruments de paix.

Voici quelques textes qui nous aideront, peut-être, à mieux vivre cette journée comme un nouvel élan pour le futur ; sans oublier bien sûr la prière de Saint François !

Hillesum Etty. Extraits de son journal.

« Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y a de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans le monde en ébullition. » (Etty Hillesum. Une vie bouleversée).

« Mon Dieu, prenez-moi par la main, je vous suivrai bravement, sans beaucoup de résistance. Je ne me déroberai à aucun des orages qui fondront sur moi dans cette vie, je soutiendrai le choc avec le meilleur de mes forces. Mais donnez-moi de temps en temps un court instant de paix. Et je n’irai pas croire, dans mon innocence, que la paix qui descendra sur moi sera éternelle, j’accepterai l’inquiétude et le combat qui suivront. J’aime m’attarder dans la chaleur et la sécurité, mais je ne me révolterai pas lorsqu’il faudra affronter le froid, pourvu que vous me guidiez par la main. Je vous suivrai partout et je tâcherai de ne pas avoir peur. Où que je sois, j’essaierai d’irradier un peu d’amour, de ce véritable amour du prochain qui est en moi (mais ne va pas te targuer de cet «amour du prochain. Tu ignores si tu le possèdes vraiment). Je ne veux rien être de spécial. Je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi, mais cherche encore son plein épanouissement. Il m’arrive de croire que j’aspire à la retraite du couvent, mais c’est dans le monde et parmi les hommes que j’aurai à me trouver… » (Etty Hillesum. VB p. 78-79)

Patriarche Athénagoras (1989)

« La guerre la plus dure est la guerre contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer. J’ai mené cette guerre pendant des années… elle a été terrible.

Mais maintenant je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.

Je suis désarmé de ma volonté d’avoir raison, de ma justifier en disqualifiant les autres.

Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses. J’accueille et je partage.

Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets. Si l’on m’en présente de meilleurs, mais plutôt non pas meilleurs mais bons, j’accepte sans regrets.

J’ai renoncé au comparatif. Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.

C’est pourquoi je n’ai pas peur, quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.

Si l’on se désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre au Dieu-Homme qui fait toutes choses nouvelles, alors Lui efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible »

Une prière musulmane (extraite de la prière prononcée à Assise en 1986) 

Une prière de l’Eglise réformée de France

Seigneur, tu nous commandes d’aimer de ton amour,
Pour triompher de tout ce qui nous divise
Afin que, nous pardonnant les uns aux autres,
Nous t’adressions d’un même cœur notre prière.
Toi qui aimes les plus petits de nos frères et sœurs,
Nous te prions pour les pauvres, les affligés,
Les malades, les mourants, les prisonniers, les isolés,
Les victimes de la guerre, de l’injustice et du désordre
Et pour tous ceux qui souffrent.

Nous te prions pour notre pays et pour toutes les nations,
Pour les responsables des peuples,
Afin qu’ils procurent à tous la paix,
La justice et la liberté.

Veille sur ton Eglise, fortifie sa foi,
Son espérance et son amour pour toute l’humanité.
Libère-la de ses compromissions,
Donne-lui la volonté
De chanter tes louanges,
De chercher son unité,
De combattre pour la justice.

Veuille te servir de nous, Seigneur;
Nous voici pour faire ta volonté.

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Pour sa longue présence au Sahara, la rédaction du site ADS est heureuse d'offrir au Père Pillet, comme cadeau ,  de la cathédrale de REIMS, ces quelques photos,
mise en scène pour le 800ème anniversaire de la pose de sa première pierre, en 1211:
les travaux ne furent achevés qu'en 1480, par l'édification des tours.
(cliquez sur une photo pour l'agrandir)

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