DIOCESE DE LAGHOUAT - GHARDAIA .
BILLET MENSUEL.
Septembre 2011



Bien chers amis,

Le mois de septembre prend inévitablement un parfum de rentrée ! Ce parfum n’est pas toujours rempli d’enthousiasme devant une « météo internationale » bien tourmentée, des « cyclones sociaux » ambiants, et des difficultés locales (encore les visas…) qui viennent bloquer les rouages d’une reprise sans histoire.

Je pense à ces enfants qui traînent derrière eux leur lourd cartable avec une ardeur loin d’être encourageante, et je me dis parfois que je ne suis pas loin de leur ressembler ! Mais n’en restons pas là ! C’est en revenant à la source de la vie que nous pouvons retrouver un enthousiasme tranquille même s’il est un peu émoussé par ce qu’évoque cette rentrée.

Cette force de la vie, j’en ai été le témoin voici quelques jours, et je l’ai reçue en pleine figure, comme un coup de vent frais après un été de feu. Un ami de longue date, atteint d’un handicap - ce qui ne l’a pas empêché de trouver un emploi et de se marier - m’a fait part de son intention, en accord avec son épouse, d’adopter un enfant. Ils ne sont ni l’un ni l’autre de la première jeunesse. J’ai été fortement impressionné par une telle décision qui allait bouleverser leur existence. Ce n’est pas rien d’accueillir la Vie !

Et je me suis trouvé être le « témoin » de cette nouveauté puisque mon ami m’a demandé si je pouvais les conduire à l’hôpital pour voir une première fois le petit enfant. Cette visite préalable permettait au couple de réfléchir et de faire ensuite les démarches administratives finales. Et ils m’ont aussi invité à les accompagner pour aller recueillir le bébé. Moment de joie discrète : premier sourire de la nouvelle maman qui était jusqu’ici marquée d’un voile d’inquiétude, et aussi, satisfaction non dissimulée de mon ami qui désirait fortement que cet enfant ne soit plus à l’abandon et soit accueilli pour l’Aïd ! J’ai découvert peu à peu tout un réseau d’amitiés qui s’était mis en branle pour cet événement : les personnes chargées du service des enfants abandonnés, les infirmières de l’hôpital, les voisins et voisines, les membres de la famille. Adopter un enfant que l’on considère encore parfois comme « fruit du péché » dans certaines sociétés ne va pas nécessairement de soi. Ici, j’ai vu tous les tabous mis par terre, même celui de la couleur : le petit enfant est noir !

Rien n’a arrêté la force de la vie : ni les préjugés, ni les complications possibles d’avenir, ni la condition modeste des parents, ni la perspective des nuits sans sommeil et les inévitables sacrifices financiers !

Ce n’est qu’une anecdote mais qui vient comme une parabole pour les temps que nous vivons. Les médias nous parlent beaucoup des morts et des blessés, des affrontements que l’actualité étale sur nos écrans et nos journaux. Il ne s’agit pas de les ignorer. Mais dans le même moment, combien de vies sauvées par des gestes quotidiens et discrets, quelle somme de dévouement, de sacrifice, d’oubli de soi déployés, même au sein de situations apparemment sans issue ? Les infirmières philippines de Tripoli restées dans la tourmente pour soigner les blessés en sont une belle illustration. Vous trouverez en annexe ce beau témoignage tiré du journal « La Croix ».

Au cours d’une homélie, il y a quelques jours, le célébrant nous invitait à changer notre regard. Cela ne veut pas dire faire comme l’autruche et se mettre la tête dans le sable quand le danger menace. Bien sûr, il y a en arrière fond de notre actualité les mouvements de guerre civile, un climat social plutôt morose, une bourse internationale qui a le mal de mer… et quoi donc encore… Mais… ajustons notre regard au quotidien. Nous y rencontrerons des héros qui ne le savent pas, des artisans de paix, des cœurs purs, des créateurs de vie. C’est la force de ces anonymes qui fait tourner la terre.

Je charge sur mon épaule mon petit sac d’écolier et avec une ardeur renouvelée, je reprends le chemin de l’école. Bonne et joyeuse rentrée !

+ Claude, votre frère évêque.

 


Nouvelles… Pour rester proches

Après treize années de service à Ghardaïa (où il avait ré-ouvert la maison après des mois de mise en veille), le P. Felix a été nommé par son Provincial à Ouargla. Il y a rejoint le P. Jean Gaignard, en attendant la venue de deux autres compagnons. Le P. Felix continue cependant d’assumer la charge de Vicaire Général.


* L’équipe diocésaine est maintenant au complet, et de nouveau la ruche de l’évêché a retrouvé son activité habituelle !

* Déjà au cours du dernier semestre, le P. Norbert, de Ghardaïa souffrait de douleurs sur le côté et avait dû subir une petite intervention chirurgicale. Parti en congés au Congo (RDC), il a dû assez vite se rendre en Afrique du Sud pour un suivi médical plus sérieux. Aux dernières nouvelles, il était encore en examens. Nous lui souhaitons prompte guérison, et retour parmi nous lorsqu’il aura pu revoir sa famille, son séjour ayant été abrégé par ses soucis de santé.


* La plupart de ceux qui ont déserté le désert pendant l’été sont de retour. Manque à l’appel le P. Philippe d’Adrar qui doit rester encore en France pour quelques mois pour des examens de santé et peut-être une opération. Nous lui souhaitons de tenir bon dans la patience et la confiance et souhaitons son retour dès que possible.

* Odette Viguier, maintenant en France, vient d’envoyer de bonnes nouvelles du pays natal. Voici ce qu’elle écrit à notre évêque : « …Même si je repense aux amis avec tristesse, je suis heureuse de suivre les nouvelles, les billets que tu nous envoies et qui me permettent de vivre avec vous. Je dois dire aussi que la vie ici n'est pas forcément triste tous les jours. Après demain, avec un club d'ainés du village, nous projetons une longue promenade via Micropoli la cité des insectes et puis le viaduc de Millau avec une promenade en gabare sur le Tarn ; je ne veux pas vous donner envie car vous avez de si belles promenades au désert ! »

* Nous vous annoncions en juillet le départ du P. Anselme de Ouargla pour Le Caire pour parfaire sa formation en arabe. Il y est bien arrivé et ses cours commencent la semaine prochaine. Nous lui souhaitons bon courage.

* Un autre départ affecte le diocèse, celui du P. Emanuele qui était à Hassi Messaoud. Il va passer quelques mois en Italie pour raison de santé puis reviendra, In châ Allah, pour une autre affectation. Nous le remercions vivement pour sa présence active parmi les ouvriers des chantiers et pour les travaux qu’il a menés à bien, avec le soutien de nombreux amis de la paroisse de Hassi Messaoud.

* Le P. Davide va continuer son séjour linguistique au Caire jusqu’au début de novembre. Il restera quelques semaines ensuite dans le nord de l’Italie pour visiter sa famille (qu’il n’a pas revu depuis son départ !) et pour prendre un plus long contact avec les PIME.

* Les SMNDA (Sœurs Blanches) du Sud vont se retrouver à Ghardaia avec Sr Marie-Christine les 14 et 15 septembre pour s’informer du suivi de leur Chapitre Général. Une bonne occasion de se rencontrer avant la reprise des activités.

* Et nous sommes en communion avec les Petites Sœurs du Sacré Cœur qui sont en chapitre du 5 au 25 septembre, chapitre auquel participe Martine.

Les Petites Sœurs de Jésus sont également en Chapitre Général à Tre Fontane, à Rome.

Que l’Esprit dirige leurs pas !

* Grâce aux soins vigilants de Gérard Chanron, nous allons accueillir une petite délégation des Sœurs de Notre Dame de La Salette pour une visite dans le Diocèse à partir du 15 septembre. D’avance, nous leur souhaitons la bienvenue. Espérons simplement que la température deviendra plus clémente.

Calendrier de Mgr Rault pour le mois de septembre :

- rencontre autour du suivi pastorale de Hassi Messaoud,
- accueil d'une petite délégation des soeurs de la Salette,
- visite des communautés



* * *


ANNEXE DU BILLET DE SEPT. 2011

( du journal « La Croix ». Transmis par Daniel Nourissat, secrétaire de la CERNA, le 7 sept.)

Les Philippines, modestes héroïnes de la bataille de Tripoli

Depuis près de 30 ans, la Libye recrutait du personnel médical aux Philippines. Les infirmières philippines, qui n’ont pas fui le pays, ont été presque seules aux commandes de l’hôpital pendant la bataille de Tripoli. Elles forment l’essentiel de la petite communauté catholique du pays.

« Sans les Philippines, l’hôpital aurait “collapsé” ». Le docteur Nabil Alageli voue une reconnaissance sans bornes aux deux cents infirmières, techniciennes, laborantines et aides-soignantes philippines qui ont fait tourner le centre médical de Tripoli, le plus gros hôpital de Libye, pendant la bataille pour la prise de la capitale il y a deux semaines. À compter du 19 août, les médecins avaient été appelés au front pour soigner les blessés, et le personnel libyen de l’hôpital avait déserté les lieux. « Tout le monde était effrayé, il n’y avait plus d’essence pour se déplacer et la grande majorité des infirmières étaient hostiles à la révolution », explique le docteur Alageli, qui est, lui, clairement du côté des rebelles.

Les étrangères (les hommes forment à peine 10 % des bataillons) sont en revanche venues, en groupe, en se serrant les coudes pour braver la peur depuis leur logement situé non loin de l’hôpital : environ 200 Philippines, une trentaine d’Indiennes et une poignée de Roumaines et d’Ukrainiennes, ainsi que de nombreux étudiants qui se sont portés volontaires. L’hôpital affichait clairement sa préférence pour le personnel étranger, sélectionné pour que l’établissement atteigne le meilleur standard international.

LES PETITES « BUTINEUSES DU CORPS MÉDICAL »

« Les bombardements étaient très proches, mais l’hôpital était totalement silencieux, les malades avaient si peur. » Katherine, du département d’oncologie, raconte avec une pointe de fierté dans la voix comment elles ont pris les choses en main, fermé deux ailes du bâtiment, rassemblé les malades, géré les soins, fait face à l’absence de cuisine et de lingerie…Les Philippines sont ici les petites butineuses du corps médical. Elles étaient 500 avant la révolution, parmi les 3?000 employés de l’hôpital de 1?500 lits. « Les infirmières philippines sont expérimentées », fait valoir le docteur Walid Dikna. « On ne peut rien faire sans elles à l’hôpital », insiste le docteur Alageli. « Les Libyennes apprennent sur le tas, parfois ne veulent pas s’occuper des hommes et souvent abandonnent ce métier mal coté quand elles se marient », ajoute-t-il. La Libye ne s’y est pas trompée. Depuis 1982, un accord avec l’État philippin l’autorise à venir puiser directement sur l’archipel ses ressources en personnel médical.

Petit modèle de femme raffinée, avec une poigne de fer, Cesaria Mendoza a encore le film dans la tête, ses trajets en stop pour rejoindre l’hôpital municipal dans la province de Kalinga, dans le nord des Philippines, où elle exerçait comme médecin, les routes bloquées pendant les pluies, les malades amenés en hamac. Et, surtout, ses quatre enfants à charge depuis la séparation d’avec son mari. « Un jour, des Libyens sont venus dans l’hôpital, je devais absolument gagner plus d’argent pour les études de mes enfants, alors je les ai confiés à leur oncle et tante et j’ai signé. »

Ses deux fils sont venus deux ans achever leurs années de lycée à Tripoli?; une de ses filles, devenue infirmière, est venue exercer pendant quatre ans. Tous sont repartis. Son plus jeune fils de 20 ans, qui l’implore de rentrer, l’a fait un temps vaciller. Mais elle reste, alors même qu’elle a un emploi sous-qualifié par rapport à ses compétences, pour achever sa mission, l’éducation de ses enfants. « Les deux garçons, les deux plus jeunes, veulent faire des études de médecine et d’informatique, c’est très coûteux. »

ELLES REVIENDRONT DANS LA PROCHAINE LIBYE

Elle non plus, la cinquantaine passée, Bibing Manabat n’est pas du genre à pleurer sur son sort : la Libye est sa terre d’accueil et les Libyens ses amis. « Ils sont reconnaissants pour notre travail et très respectueux de notre religion » souligne-t-elle. Rentrer au pays comme l’ont fait des centaines de milliers de migrants depuis le début de l’insurrection ? « Cette idée n’a pas le droit de me traverser l’esprit, ma famille dépend de moi ! » s’exclame-t-elle. Elle aussi s’est battue comme une diablesse, a fait en 1996 le chemin jusqu’à la capitale, Manille, où elle a croisé… des Libyens. Elle confie alors ses trois jeunes enfants de 6, 4 et 2 ans à leur grand-mère pour se rendre à l’autre bout de la planète.

Selon leur contrat, le retour au pays n’est prévu que tous les deux ans, mais elles patientent depuis des mois en raison de la guerre. Elles attendent l’ouverture de l’aéroport et la levée de l’embargo philippin sur l’envoi de travailleurs en Libye. Et elles reviendront, c’est sûr, dans la nouvelle Libye. Rosalie, laborantine de 32 ans, est restée « dans l’espoir d’un meilleur système pour les Libyens et pour nous ». Leurs revendications : un droit au retour tous les ans et un meilleur salaire (actuellement 800 dinars mensuels pour démarrer, moins de 500 €).

PRIER POUR LES LIBYENS

Et, tout compte fait, il valait mieux qu’elles restent. À les entendre, celles et ceux qui sont retournés, les travailleurs médicaux et les employés des compagnies pétrolières dans le désert n’ont pas trouvé de travail aux Philippines et s’en sont vite mordu les doigts.

Pour tenir, supporter la guerre, les privations et l’éloignement familial, en ferventes catholiques, elles se ressourcent à l’unique église de la capitale, Saint-Francis. « Avant guerre, j’y allais trois fois par semaine », raconte Cesaria Mendoza, qui continue à s’y rendre tous les vendredis, le jour de prière des musulmans. Elle dispense des consultations médicales gratuites à l’église, destinée notamment à la petite communauté noire catholique souvent très démunie, au moment de la grande prière à la mosquée. Mais pas du tout pour se cacher.

« Des chauffeurs libyens nous y emmènent », argumente Bibing Manabat. « Les Libyens nous demandent parfois de prier pour eux », ajoute-t-elle. Et le P.?Allan Jose Arcebuche, lui aussi philippin, vient régulièrement dire la messe à l’hôpital.


Marie VERDIER, à Tripoli


Pour plus :

http://amisdiocesesahara.free.fr/index.html