En route vers la pleine communionDe Frans Bouwen, m.afr.
Jérusalem
Les premiers contacts cuméniques entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes datent du temps du pape Jean XXIII, en lien avec l'annonce du Concile Vatican II en 1959. Toutefois, c'est surtout la rencontre, à Jérusalem en janvier 1964, entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier de Constantinople qui a marqué le début d'une nouvelle époque. Cette rencontre a soulevé de grands espoirs et est devenue comme une icône vivante de la marche vers la pleine communion entre catholiques et orthodoxes, marche qui s'appuie sur les orientations du concile Vatican II, reconnaissant pleinement le caractère propre et la richesse de l'Orient chrétien.
Avec l'Église orthodoxe de tradition byzantine
Le rapprochement dynamique entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe de tradition byzantine, appelé " dialogue de charité ", a mené à une redécouverte progressive de la communion réelle quoique imparfaite qui existait toujours entre ces deux Églises, malgré neuf siècles de séparation. Ainsi peu à peu ont été posées les fondations pour le " dialogue théologique ", annoncé en 1979 et engagé de fait en 1980. Ce dialogue a voulu débuter par l'étude de tout ce que les deux Églises ont déjà en commun, avant d'affronter les différends ; ainsi a été retenu en premier lieu le thème des sacrements et de la nature sacramentelle de l'Église, à la lumière de l'Eucharistie et de la Trinité. Des textes d'une grande richesse ont été publiés. Malheureusement, après l'effondrement des régimes communistes et la réapparition des Églises orientales catholiques en Europe centrale et orientale, le dialogue s'est heurté à de graves problèmes qui ne sont pas d'abord de nature théologique. Cependant les contacts entre personnes et Églises locales catholiques et orthodoxes continuent et gardent vive l'attente de nouveaux progrès visibles vers la pleine communion.
Avec les Églises orientales orthodoxes
Pour le Moyen-Orient, au moins aussi importants sont les développements des relations avec les Églises orientales orthodoxes, c.-à-d. les Églises qui n'ont pas reconnu le concile de Chalcédoine (451) et étaient dans le passé appelées " monophysites ". Ces développements ont débuté entre ces Églises et l'Église orthodoxe byzantine, d'abord par des rencontres non officielles entre théologiens (1964-1971) puis par des commissions officielles (1985-1993), et ont abouti a un accord christologique, reconnaissant que les divisions qui ont suivi Chalcédoine reposaient sur des malentendus et que les deux familles d'Églises avaient conservé la même foi apostolique. Ces Églises rencontrent cependant de grandes difficultés à adopter officiellement cet accord dogmatique et à entreprendre des démarches concrètes vers la réunion. Elles constatent combien il est difficile de surmonter quinze siècles de séparation, même si les problèmes théologiques sont en principe résolus.
Entre l'Église catholique et ces Églises orientales orthodoxes, des déclarations d'accord christologique ont été signées par le pape et les patriarches de ces Églises, à l'occasion d'une visite de ces derniers à Rome : avec le patriarche syriaque orthodoxe en 1971, le patriarche copte orthodoxe en 1973, le catholicos arménien orthodoxe en 1996. Un accord avec l'Église orthodoxe de l'Inde a été signé en 1990 ; l'Église éthiopienne orthodoxe reste la seule à ne pas avoir signé un tel accord.
Parallèlement, en novembre 1994, le pape Jean-Paul II a signé une déclaration christologique commune avec le patriarche de l'Église assyrienne, qui n'a pas reconnu le concile d'Éphèse de 431 et pour cela était appelée injustement " nestorienne ".
Une collaboration grandissante
Il est extrêmement significatif que désormais toutes les Églises puissent confesser la même foi au Christ dans un milieu majoritairement musulman. En certains endroits cela a conduit à une collaboration dans le domaine pastoral : participation des fidèles aux sacrements des autres Églises dans l'absence de prêtres de leur propre Église, coopération dans la formation des futurs prêtres et dans la catéchèse, etc. Toutefois, on constate aussi des résistances ou des lenteurs. Ces Églises ont survécu, dans des circonstances souvent difficiles, grâce à une fidélité absolue à leurs traditions ; tout changement brusque risque d'être ressenti comme une trahison.
Le Conseil des Églises du Moyen-Orient
Depuis 1990, le Conseil des Églises du Moyen-Orient (CEMO) réunit toutes les Églises orthodoxes et catholiques, ainsi que les Communautés protestantes plus importantes de la région. De ce fait, il est devenu le lieu par excellence où ces Églises se rencontrent, entreprennent ensemble une réflexion théologique et s'engagent pour un témoignage et un service communs. Peu à peu grandit ainsi la prise de conscience qu'elles forment une seule communauté chrétienne, par delà les divisions confessionnelles, surtout face à une majorité non chrétienne, ainsi que la volonté de parler d'une seule voix et d'adopter une position commune au milieu d'une société moyen-orientale vivant depuis plusieurs décennies dans une instabilité presque continuelle. Le souci prédominant de tous concerne la présence et l'avenir des chrétiens au Moyen-Orient. Sous ce titre général sont abordées les questions des relations avec l'islam, de l'émigration des chrétiens, de l'intégration culturelle et politique dans le monde arabe, etc. Dans cette même perspective, le CEMO a réuni plusieurs fois les chefs de toutes les Églises de la région. L'impact de ces initiatives sur la vie quotidienne n'est pas toujours visible immédiatement, mais une telle coordination grandissante est d'une importance vitale pour l'avenir des petites communautés chrétiennes dans le monde arabe musulman.
Rapprochements au plan local
Lors de leurs congrès annuels, les sept patriarches catholiques du Moyen-Orient consacrent la première journée à une réunion de travail avec les patriarches orthodoxes du lieu. Cette collaboration a pu aboutir à des accords précis, dans le domaine des mariages mixtes et de la rédaction d'un manuel commun pour l'enseignement de la religion chrétienne dans les écoles du gouvernement, par exemple.
Dans différents pays, diverses initiatives locales de rencontre et de collaboration sont prises. C'est dans le territoire traditionnel du patriarcat d'Antioche (Liban et Syrie) que ces initiatives sont les plus courageuses et les plus prometteuses, à l'origine d'un enrichissement mutuel réel. En Iraq, la collaboration cuménique grandit remarquablement ces dernières années, face à la situation de détresse que ce pays connaît ; la collaboration est particulièrement significative dans la formation des futurs prêtres. A Jérusalem et en Terre Sainte, les chefs des Églises ont pris l'habitude de se rencontrer régulièrement pour se consulter, adresser des messages communs à leurs fidèles et adopter des positions communes en faveur de la justice et de la paix.
Poursuivre la route
Il importe de se réjouir et de rendre grâce au Seigneur de ce que les Églises disséminées dans les sociétés musulmanes du Moyen-Orient prennent de plus en plus conscience du fait qu'ensemble elles forment une seule famille chrétienne et découvrent le besoin de se rencontrer et de collaborer pour affermir leur présence et leur témoignage dans cette région. Certes, quelques lenteurs se font aussi sentir, parfois douloureusement, mais une marche confiante est engagée et elle est fortement soutenue par le peuple chrétien dans son ensemble.
Frans Bouwen, m.afr.
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