Missionnaires d'Afrique
Spiritualité
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Herman Bastijns M.Afr.
Récollection Carême 2011
1. Le sacrifice voulu par Dieu, c'est un esprit brisé et broyé. Ps 51, 19
Quand je me prépare à entrer dans le carême, je pense spontanément à l'effort spécial que je veux faire durant ce temps de conversion. En général cela revient à l'une ou l'autre variante des trois uvres de piété: la prière, le jeûne et l'aumône ou le partage.
Or Jésus nous met en garde contre l'ambiguïté de ces pratiques louables en elles-mêmes: je peux prier pour être vu par les hommes (Mt 6,5), je peux jeûner pour me donner en spectacle (Mt 6, 16) ou faire l'aumône afin d'être glorifié par les hommes (Mt 6,2)
L'essentiel du carême se trouve donc dans l'intention profonde du cur. Le Psalmiste dit: "Le sacrifice voulu par Dieu, c'est un esprit brisé et broyé." Ps 51, 19
Un cur brisé et broyé, qu'est-ce que cela signifie? En ai-je fait l'expérience ?
J'ai certainement expérimenté le remords ou la déception par rapport à moi-même. Je connais même le repentir qui déplore le mal que j'ai pu faire à quelqu'un d'autre. Mais le remords et le repentir ne brisent et ne broient pas encore totalement mon cur car ils laissent intact le contrôle que j'ai sur ma propre faute et sa réparation. Je continue à m'approprier la responsabilité de mon erreur et la capacité de la corriger.
Lorsque ma faute et sa réparation m'échappent c'est alors que je perds pied, que je me sens perdu et fais l'expérience d'une totale désolation. Une telle expérience est plutôt difficile et rare au milieu des activités, des projets et des ambitions qui m'absorbent. Mais dans des moments de crise existentielle et surtout quand arrive le temps où j'entrevois la fin de ma vie et où je la vois dans son ensemble, je peux éprouver une lucidité douloureuse et un désenchantement profond. Ce que je croyais le meilleur en moi s'avère entaché d'égoïsme et d'orgueil, et je ne le voyais pas, j'étais aveugle.
Pour décrire cette expérience il n'y a peut-être pas de meilleure référence que l'expérience foudroyante de Paul désarçonné sur le chemin de Damas. Or l'élément le plus significatif de cette expérience, c'est l'aveuglement. La rencontre soudaine et bouleversante avec Jésus ressuscité rend Paul aveugle et lui fait perdre tous ses repères. Tous ses efforts pour être fidèle à la Loi lui paraissent désormais vains. (Ga 1, 14). Bien plus, la loi instaure dans l'homme une schizophrénie destructrice : "Je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas." (Rm 7, 15-19).
Et puis, la loi contribue à la rupture de la fraternité humaine. "Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? " (Ac 9,4) Comment ne pas penser ici au roi tragique dipe qui découvre qu'en voulant faire le meilleur il a commis l'abominable ? En se crevant les yeux, il ne fait qu'affirmer ce qu'il avait été depuis le début : un aveugle.
Qu'est-ce que le péché ? Qu'est-ce qu'un pécheur ? Dans son récit très élaboré de la guérison de l'aveugle-né, Jean nous montre que Jésus ne voit pas le péché comme une faute mais comme un malheur, et le pécheur non pas comme un coupable mais comme un aveugle en attente de la lumière. "Ni lui ni ses parents n'ont péché, mais pour que les uvres de Dieu se manifestent en lui." Jn 9, 3.
Nous touchons ici le paradoxe qui est au cur de l'Évangile. La grâce ne peut pas être comprise à partir du péché, mais le péché à partir de la grâce. Ce n'est qu'en découvrant le Christ que nous découvrons la vraie nature du mal dont il nous sauve. Autrement dit, la lumière du Christ ne fait pas de moi un juste, mais un pécheur qui ne peut qu'attendre un salut offert librement et gracieusement. C'est le paradoxe du pharisien et du publicain au temple, c'est le paradoxe des voyants qui sont les vrais aveugles. La grande révolution évangélique ne consiste pas en un réveil moral, mais dans l'humilité devant la grâce qui n'est autre que la foi. "Va, ta foi t'a sauvé." Lc 18, 42
Une telle expérience provoque une transformation totale de notre cur et de notre vision du monde. C'est encore chez Paul que nous reconnaissons le plus clairement les conséquences de ce bouleversement pour notre façon de concevoir la justice, nos uvres et nos faiblesses.
La justice que nous cherchons si passionnément, c'est le Christ et rien d'autre. La mort et la résurrection du Christ établissent un salut objectif, une condition radicalement nouvelle de la création et de l'homme. Pour comprendre l'immensité inimaginable de cette nouveauté il suffit de la considérer à la lumière des plus anciennes et fondamentales intuitions de l'esprit humain: le cercle de fer de la fatalité symbolisée par dipe, Prométhée et Sisyphe, est brisé, le voile du sanctuaire s'est déchiré Mt 27,51 et toutes les calamités de l'histoire sont transformées en douleurs d'enfantement d'un monde nouveau. Ap 12, 2
Il en résulte aussi une dépossession de nos propres uvres et même une dépossession de notre propre vie. "Pour moi, vivre, c'est le Christ" Ph 1, 21, dit Paul qui suit l'exemple de Jésus. En effet, au désert, le tentateur avait voulu pousser Jésus à s'approprier les uvres du Royaume, - donner du pain, conquérir le monde et se confier entièrement à Dieu -, pour son propre intérêt et sa propre gloire. Lc 4, 1-13. La réponse de Jésus "Tu adoreras le Seigneur Dieu seul " le conduira jusqu'à sa Pâque.
Enfin, il en résulte un nouveau regard sur la faiblesse et la force. Loin de considérer sa pauvreté personnelle comme un obstacle à sa mission, Paul la considère comme un atout majeur de son apostolat afin, dit-il, "que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. 1 Co 2,3-5. "Quand je suis faible, c'est alors que je suis fort. 2 Co 12, 10. Si je pouvais relire ma vie dans cette lumière, le bilan serait autrement positif et encourageant.
Revenons alors à la question " Qu'est-ce qu'un cur brisé et broyé ? " Nous pourrions y répondre en posant une autre question : Dans l'Évangile, qui sont ceux accueillent Jésus et entrent dans le Royaume ? Ce ne sont pas les justes qui comptent sur leurs propres mérites, mais ceux qui sont perdus et à bout de ressources, et n'ont d'autre recours que le salut que Jésus leur offre par pure grâce.
Pour terminer cette réflexion, je voudrais ajouter une note d'espérance. Quand je prends conscience des impuretés inévitables et des compulsions qui ont compromis mes plus belles intentions et actions, je risque de tomber dans un défaitisme total et de noircir entièrement le tableau. Mais quand j'entends Jésus dire qu'il ne faut pas arracher l'ivraie de peur de déraciner le blé avec elle Mt 13, 24-30, je comprends que le Seigneur se sert aussi de mes erreurs et de mes fautes. Rien n'est perdu pour le Royaume. Dieu écrit droit sur des lignes courbes. Ainsi mon cur brisé se remplit de reconnaissance, de réconciliation et d'espérance.
2. Si tu connaissais le don de Dieu Jn 4,10
Comment pouvons-nous vivre cela concrètement en ce temps de carême?
Je voudrais appliquer ce qui précède à trois domaines: celui de notre vie personnelle, celui du monde actuel et celui de l'Église d'aujourd'hui.
Un cur sincère
Les anciens maîtres spirituels qui accueillaient dans le désert des disciples en quête de Dieu, savaient bien que l'ennemi principal n'était pas le mal, mais l'illusion. Personne ne veut le mal, mais le mal se présente souvent comme un bien. Le pécheur est avant tout quelqu'un qui est trompé, à la suite d'Ève trompée par celui qui était le grand menteur depuis les origines.Les mystiques chrétiens et musulmans savent que celui qui vient au désert, le cur chargé des dépouilles de l'Égypte et plein de désirs cachés, y adorera tôt ou tard le veau d'or: la richesse et la puissance. L'idolâtrie est l'archétype du péché et la source de tous les péchés moralement reconnaissables et condamnables. Mais leur source n'est pas d'ordre moral mais mystique. Aussi la conversion fondamentale n'est pas d'ordre moral mais spirituel ; elle concerne la relation personnelle directe avec Dieu qui se joue au niveau du cur profond.
La connaissance de soi est une condition essentielle pour le discernement spirituel et la croissance spirituelle. Je ne pense pas ici à une connaissance de soi psychologique, mais à une connaissance de son propre cur, de ses aspirations et désirs les plus profonds. Jésus dit : " Là où est ton trésor, c'est la qu'est ton cur." Ces paroles reflètent le fond du cur de Jésus pour qui son Père était l'unique trésor. Toute sa vie et jusqu'à sa mort, il sera fidèle au choix fondamental qu'il a fait au désert de ne faire que la volonté de son Père, de laisser Dieu être Dieu.
Pour répondre à la question capitale " Où est mon cur ? " je peux consulter trois sources : moi-même, les autres et Dieu lui-même.
Écouter mon cur
Silence et intériorité sont indispensables pour entrer en contact avec mes désirs les plus profonds qui pourraient prendre la place de Dieu et devenir des idoles. Les symptômes de ce danger sont, parmi d'autres, idées fixes, fanatisme, jugement des autres de mon seul point de vue. Quand je m'en aperçois, je peux me crisper et m'énerver. En réalité, rien qu'en les démasquant, je les neutralise déjà en grande partie et les empêche de me posséder entièrement. Mais elles seront toujours là, même jusqu'à un quart d'heure après ma mort. C'est pourquoi il vaut peut-être mieux en rire doucement en faisant un clin d'il au Bon Dieu. L'humour est un ingrédient important de la vraie humilité.
Écouter les autres
Ceux qui vivent avec moi me connaissent mieux que moi-même. Ils me tiendront parfois un miroir de mes attitudes et comportements. Ma réaction naturelle serait de les repousser comme des ennemis et des agresseurs. Une réponse dans l'esprit de Jésus sera de les écouter avec un cur ouvert et de les considérer comme des amis et des alliés. Une part importante de direction spirituelle m'est offerte gratuitement tous les jours dans la vie ordinaire. Il suffit de pouvoir et de vouloir écouter.
Écouter Dieu
Saint Ignace était très exigeant pour ses compagnons en matière de prière. Mais il savait aussi être souple et admettre des adaptations dans des circonstances spéciales. Pourtant, il y avait un exercice qu'il ne voulait voir omis pour n'importe quelle raison. Il s'agit de l'examen de conscience ou plutôt l'examen du conscient. La différence est importante. Dans l'examen de conscience je considère le bien ou le mal que j'ai pu faire durant la journée. L'examen du conscient consiste à regarder Dieu et lui demandant ce qu'il veut faire et est en train de faire en moi en ce moment. Un tel exercice est excellent pour apprendre à voir Dieu en toutes choses.
Redécouvrir le mystère
Ici je voudrais appliquer nos réflexions générales à la situation du monde actuel.
On dit que le monde d'aujourd'hui a perdu le sens de Dieu, le sens de l'autorité et le sens de la solidarité. Mais peut-être ces trois ont une racine plus profonde: la perte du sens du mystère.
L'humanisme classique grec reposait sur la conscience de la fatalité inexplicable et inéluctable du mal et de la souffrance, autrement dit sur le sens tragique de la condition humaine. Pour Aristote, cette prise de conscience par le spectacle de la tragédie provoque un double sentiment: une catharsis ou libération des passions vaines et inutiles et une compassion universelle entre les humains qui sont tous des compagnons de destin et de souffrance. Sens du mystère, sérénité et solidarité étaient les trois piliers de l'humanisme classique sur lequel s'est construite la civilisation occidentale.
Or l'homme moderne né de la Renaissance était marqué par une volonté de puissance, par un individualisme radical et par un esprit de concurrence. Telles sont les fondations cachées du monde dans lequel nous vivons encore aujourd'hui et de la crise que nous traversons. Dans les années 1930, Emmanuel Mounier lança son cri prophétique " Refaire la Renaissance".
Entre-temps cette crise n'a fait que s'amplifier et aujourd'hui le monde moderne est en train d'agoniser. Le rêve d'un paradis terrestre créé par la science et la technique est bien mort de sa belle mort. Car toutes les conquêtes admirables de la science et de la technique entraînent de nouveaux problèmes de plus en plus insolubles et angoissants. La conscience postmoderne redécouvre avec douleur l'ambiguïté et l'antinomie de l'existence. Devant l'absence de solutions, beaucoup cherchent aujourd'hui l'une ou l'autre forme de salut. Par le biais du Bouddhisme qui est lui-même un avatar de la sagesse stoïcienne, ils se tournent à nouveau vers l'admirable sagesse de la sérénité et de la solidarité. Mais c'est une sagesse pratique qui élude l'ultime question de Dieu. Notre monde n'est pas sans spiritualité, mais sans Dieu.
Dans cette perspective, comment ne pas voir dans l'évolution actuelle des consciences un signe des temps ? N'est-ce pas dans un contexte pareil que le message chrétien a pris racine et s'est épanoui d'une façon étonnante ? Le monde d'aujourd'hui n'est-il pas en train de se disposer à recevoir le message incroyable et nouveau que le grand Dieu inconnu s'est fait notre compagnon de souffrance ? Étienne Borne écrit : " Au soir de la Passion, la nuit et le désordre envahissent le monde et, à en croire Dante, les architectures infernales elles-mêmes, ces piliers de la justice absolue, s'en trouvent ébranlées. Or, de ce non-sens ultime, provocation au désespoir et à l'athéisme, le christianisme fait le sens suprême. La Passion s'appelle Rédemption. Le Dieu innocent du mal, que cherchait Platon dans les ombres d'une mythologie redressée par l'esprit, est le Dieu sauveur qui a pris le mal sur lui. (Étienne BORNE, Le Problème du Mal, NUF 1956, p. 116)
Une Église pécheresse ou une Église composée de pécheurs
Une tendance aussi naturelle que non évangélique est de nous considérer comme meilleurs parce que choisis par le Christ. Cette tendance est universelle et se trouve non seulement chez les "bons catholiques", mais dans toutes les religions et groupes de personnes qui poursuivent la perfection et se sentent appelés par elle ou par Dieu. Les pharisiens en sont l'exemple par excellence et ils ont donné leur nom à toutes les formes de la présomption, de l'hypocrisie ou même de l'imposture.
En réalité, nous avons été choisis par le Christ parce que nous sommes des pécheurs. Le peuple que Jésus rassemble autour de lui durant son ministère est composé de gens moralement condamnables "des publicains et des pécheurs". Et en vue de sa mort, il choisit des apôtres qui sont loin d'être parfaits. Mais s'il nous choisit parce ce que nous sommes des Pécheurs, il nous rassemble pour faire de nous des saints. Des saints, non pas des "purs", mais des pécheurs pardonnés. Ici je ne résiste pas à l'envie de citer cette parole pleine d'humour et de réalisme d'Érasme de Rotterdam à Luther en 1526 : "Je sais que dans cette Église, que vous autres appelez papiste, il y en a beaucoup qui me déplaisent, mais de pareils j'en vois aussi chez vous. On supporte plus aisément les défauts auxquels on est habitué. Par conséquent, je supporte cette Église jusqu'à ce que j'en aperçoive une qui soit meilleure, et elle est bien obligée, elle, de me supporter jusqu'à ce que je devienne moi-même meilleur".
En des jours calamiteux comme ceux que nous vivons actuellement, pleins d'accusations qui tendent à contester justement la sainteté de l'Église, voilà une vérité à ne pas oublier.
On a discuté sur la question de savoir s'il faut parler d'une Église pécheresse ou d'une Église composée de pécheurs". Mais n'est-ce pas justement parce qu'elle est sainte - de l'indéfectible sainteté qui lui vient du Christ - que l'Église peut accueillir en elle les pécheurs, souffrir avec eux de leurs maux et les soigner?
Et maintenant, en route pour Pâques ! Oui, faisons un sérieux effort de prière, un courageux effort de sobriété, et un généreux geste de partage. Mais perdons, dans l'effort même que nous faisons, la confiance que nous mettons en nos mérites pour ne plus nous reposer qu'en Dieu du résultat de nos efforts.
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Spirituality
Herman Bastijns M.Afr.
Lent 20111. My sacrifice is this broken spirit; you will not scorn this crushed and broken heart. Ps 51:19
When I prepare to enter into Lent, I immediately think of the special effort I wish to make during this time of conversion. In general, it comes back to one or other variant of the three works of piety: prayer, fasting and almsgiving or sharing.
Now, Jesus puts us on guard against the ambiguity of these practices commendable in themselves: I can pray to be seen by others (Mt 6:5), I can fast to make an exhibition of myself (Mt 6: 16) or give alms in order to be praised by others (Mt 6:2).
The essential feature of Lent is therefore in the profound intention of my heart. The Psalmist says, 'My sacrifice is this broken spirit; you will not scorn this crushed and broken heart.' (Ps 51:19)
What does a crushed and broken heart mean? Have I experience of this?
I have certainly experienced remorse or disappointment in relation to myself. I am even aware of repentance, deploring the evil I could have done to another. However, remorse and repentance do not crush or break my heart completely as they leave intact the control I have on my own defect and its rectification. I continue to be responsible for my error and the ability to correct it.
When my defect and its rectification escape me, it is then I lose my footing, that I feel lost and experience complete desolation. Such an experience is rather difficult and rare amid the activities, plans and ambitions that absorb me. However, in moments of existential crisis and especially when I glimpse the end of my life and when I see it as a whole, I can suffer painful clarity and deep dissatisfaction. What I thought best in me proves to be tarnished with selfishness and pride, and I did not see it, I was blind.
To describe this experience, there is perhaps no better reference than the blindingly sudden experience of Paul thrown from his mount on the road to Damascus. The most meaningful aspect of this experience is the blinding. The sudden and shattering meeting with the Risen Jesus blinds Paul and makes him lose his bearings. All his efforts to be faithful to the Law now seem to him futile, (Ga 1:14). Moreover, the Law imposes on humanity a destructive schizophrenia: 'I fail to carry out the things I want to do, and I find myself doing the very things I hate' (Rm 7: 15-19). In addition, the Law contributes to splitting the cohesion of the human family. 'Saul, Saul, why are you persecuting me?' (Ac 9:4) How could we fail to think of the tragic King Oedipus who discovered that in trying to do for the best, he committed the abominable? In gouging out his own eyes, he only confirmed what he had been since the beginning: blind.
What is sin? What is a sinner? In his very detailed account of the healing of the man born blind, John shows us that Jesus sees sin not as a fault but as a misfortune and the sinner not as someone guilty but as a blind person waiting for light. 'Neither he nor his parents sinned; he was born blind so that the works of God might be displayed in him.' Jn 9: 3.
Here, we are in the presence of the paradox at the heart of the Gospel. Grace cannot be understood from sin, but sin can be understood from grace. It is only in discovering Christ that we discover the true nature of evil from which he saves us. In other words, the light of Christ does not make me righteous, but rather a sinner who can only await salvation offered freely and graciously. It is the paradox of the Pharisee and the Publican in the Temple; the paradox of 'none so blind as those that will not see'. The great Gospel revolution does not consist in a moral reawakening, but in humility before the grace that is none other than faith. 'Your faith has saved you,' (Lk 18:42).
Such an experience prompts a total transformation of our heart and our vision of the world. It is again in Paul that we recognise most clearly the consequences of this upheaval in our manner of conceiving justice, our undertakings and our weaknesses.
The justice we are seeking so passionately is Christ and none other. The death and resurrection of Christ establish an objective salvation, a radically new condition of creation and humanity. To understand the unimaginable immensity of this newness, it would be enough to consider it in the light of the earliest and most fundamental intuitions of the human spirit: the iron wheel of fate symbolised by Oedipus, Prometheus and Sisyphus has been broken, the veil of the temple has been torn asunder (Mt 27:51) and all the calamities of history have been transformed into the birth pangs of a new world, (Rev 12:2).
Results also include a dispossession of our own enterprises and even dispossessing our own lives. 'Life to me, of course, is Christ', Ph 1:21, says Paul, who follows Christ's example. Indeed, in the desert the tempter tried to push Jesus to take possession of the works of the Kingdom: give bread, conquer the world and entrust himself entirely to God for his own sake and glory, (Lk 4: 1-13). Jesus' reply, 'You must worship the Lord your God' will lead him to become the Pasch.
Finally, a new aspect emerges in relation to weakness and strength. Far from considering his personal powerlessness as an obstacle to his mission, Paul considers it as a major asset for his apostolate, in order, he says, that 'Your faith should not depend on human philosophy but on the power of God, (1Co 2:3-5). 'It is when I am weak that I am strong,' (2 Co 12: 10). If I could review my life in this light, the outcome would be otherwise, positive and encouraging.
Let us return to the question, 'What is a crushed and broken heart?' We could reply by asking another question: In the Gospel, who are those who welcome Jesus and enter the Kingdom? It is not the just who count on their own merits, but those who are lost, at the end of their tether, and have no other recourse but to the salvation Jesus offers them out of pure grace.
To conclude this reflection, I would like to add a note of hope. When I realise the inevitable impurities and compulsions that have compromised my finest intentions and actions, I risk falling into complete defeatism and darkening the whole picture. However, when I hear Jesus say that the darnel should not be ripped out for fear of also uprooting the wheat, (Mt 13:24-30), I appreciate that the Lord uses my errors and defects too. Nothing is lost when it concerns the Kingdom. God writes in crooked lines. Thus, my contrite heart is full of gratitude, reconciliation and hope.
2. If you only knew what God is offering Jn 4:10
How can we live this in practice during our Lent?
I would like to apply what has gone before to three areas: our personal lives; the present world and the Church today.
A sincere heart
The spiritual masters of antiquity who received disciples in the desert in search of God knew very well that the foremost enemy is not evil but illusion. No one wants evil, but evil is often presented as a good. The sinner is above all someone who is mistaken, in the footsteps of Eve who was deceived by the greatest of liars since the beginning. Christian and Muslim mystics know that the ones coming into the desert, their hearts burdened with the spoils of Egypt and full of hidden desires, will sooner or later adore the golden calf: riches and power. Idolatry is the archetypal sin and the source of all morally recognisable and reprehensible transgressions. However, their source is not moral but mystical. Thus, conversion in depth is not moral but spiritual; it is about the personal direct relation with God that is enacted at the heart's deepest level.
Self-knowledge is an essential condition for spiritual discernment and spiritual growth. I am not referring here to a psychological self-knowledge but an awareness of one's own heart and its deepest aspirations and desires. Jesus said, 'There where your heart is will be your treasure also.' These words reflect the depth of Jesus' heart for whom his Father was the only treasure. All his life and until death, he would be faithful to the fundamental option that he took in the desert to do only the will of his Father, to let God be God.
To reply to the overriding question, 'Where does my heart lie,' I can consult three sources: myself, others and God.
Listening to my heart
Silence and interiority are indispensable to enter into contact with the deepest desires in me that could take the place of God and become idols. The symptoms of this danger are, amongst others, fixations, fanaticism, judging others from my point of view alone. When I realise this, I can become tense and angry. In reality, merely by unmasking them, I largely neutralise them and prevent them from taking me over completely. However, they will always be there, even a quarter of an hour after I am dead. For this reason, we should perhaps quietly laugh at them while giving a wink to the Good Lord. Humour is an important ingredient of humility.
Listen to others
Those who live with me know me better than I do myself. They sometimes hold the mirror of my attitudes and behaviour up to me. My natural reaction would be to repel them as enemies and aggressors. A proper response in the spirit of Jesus would be to listen to them with an open mind and consider them friends and allies. An important slice of spiritual direction is offered to me freely every day of my life. It just takes being able and willing to listen.
Listening to God
Saint Ignatius was very demanding for his companions in matters of prayer. However, he also knew how to be flexible and to allow adaptations for special circumstances. Nevertheless, there was an exercise he did not want to see omitted for any reason whatsoever. This was the examination of conscience, or rather the check on conscious awareness. The difference is extremely important. In the examination of conscience, I consider the good or evil I could have done during the day. The check on conscious awareness consists of looking at God and asking him what he wishes to do and is in the process of doing in me at this time. Such an exercise is an excellent way of learning to see God in all things.
Rediscovering the mystery
Here, I would like to apply our general reflections to the situation of the world today. It is said that the world today has lost its sense of God, the sense of authority and the sense of solidarity. Now, perhaps those three have a deeper common root: the loss of the sense of mystery.
Classical Greek humanism was based on awareness of inexplicable fate and the unavoidability of evil and suffering; in other words, on the tragedy of our human condition. For Aristotle, this awareness through the lens of tragedy gave rise to a dual sentiment: a catharsis or liberation of vain and useless passions and a universal compassion among human beings, who are all fellow travellers in destiny and suffering. The sense of mystery, serenity and solidarity were the three pillars of classical humanism on which western civilisation was built.
Now, modern man born at the Renaissance was marked by a will to power, by a radical individualism and a spirit of competition. Of such are the hidden foundations of the world in which we still live today and of the crisis we are experiencing. In the 1930s, Emmanuel Mounier launched his prophetic cry, 'Redo the Renaissance'.
In the meantime, this crisis has only amplified and today the modern world is going through agony. The dream of an earthly paradise created by science and technology is well and truly defunct. All the admirable conquests of science and technology brought new increasingly insoluble and tormenting problems. The post-modern awareness is rediscovering with dismay the ambiguity and aimlessness of existence. In the absence of solutions, many today seek one or other form of salvation. Through Buddhism, which is itself an expression of Stoic wisdom, they turn once again towards the admirable perception of serenity and solidarity. However, it is a practical wisdom which avoids the ultimate question of God. Our world is not without spirituality; it is without God.
In this light, why not see in the current evolution of consciences a sign of the times? Is it not in such a context that the Christian message took root and blossomed astonishingly? Is not the world today in the process of positioning itself to receive the incredible novel message that the great unknown God became our companion in suffering? Etienne Borne writes, 'On the eve of the Passion, night and disorder invaded the world and if Dante is to be believed, the very structures of hell, those pillars of absolute justice, were shaken. Now, out of this ultimate non-sense, provocation to despair and atheism, Christianity makes supreme sense. The Passion is called Redemption. The God, innocent of evil, which Plato sought in the shadows of a mythology recomposed by the mind, is the Saviour God who took evil upon himself.'
(Etienne BORNE, Le Problème du Mal, NUF 1956, p.116)
A sinful Church or a Church composed of sinners
A tendency as natural as it is anti-Gospel is to consider ourselves as superior because we are chosen by Christ. This tendency is universal and is found not only among 'good Catholics', but in all religions and groups of people who pursue perfection and feel called by it or by God. The Pharisees are examples of it par excellence and they have given their name to all forms of presumption, hypocrisy or even hollowness.
In reality, we have been chosen by Christ because we are sinners. The people Jesus gathered around himself during his ministry were people who were morally reprehensible, 'publicans and sinners'. Moreover, if we see his death, he chose apostles who were far from perfect. However, if he chooses us because we are sinners, he gathers us together to make us into saints. We are saints, not 'pure and virtuous', but sinners forgiven. Here, I cannot resist the temptation to quote a phrase full of humour and realism from Erasmus of Rotterdam to Luther in 1526: 'I know that in this Church, which you people call 'papist', that there is much that displeases me, but I see similar things at your place. We more easily tolerate defects to which we have become accustomed. Consequently, I put up with this Church until I find one that is better; and it is obliged, as far as it is concerned, to put up with me until I myself become better!'
In these appalling days, such as those we are presently experiencing, full of accusations that tend to contest the holiness of the Church, this is a truth to bear in mind. We discussed the matter of knowing whether we should speak of a sinful Church or a Church composed of sinners. However, is it not precisely because it is holy - the indefectible holiness coming from Christ - that the Church can welcome sinners in its ranks, suffering with them and treating their evils?
Now, let us take the road to Easter! Yes, let us make a serious attempt at prayer, a brave shot at sober living and a generous gesture in sharing. However, in the efforts that we make, let us let go of the confidence that we place in our own merits, so that we may depend only on God for the results of these efforts expended.
Translated into English by Fr. Donald MacLeod, M.Afr