Missionnaires d'Afrique
Jacques Charron M.Afr
Burkina Faso
Catéchistes dhier
et daujourdhuiJai eu la joie de travailler dans un Centre de formation des catéchistes durant six ans. Cétait au Burkina Faso, dans le diocèse de Ouahigouya, dans la paroisse de Bam, de 1985 à 1991. À ce moment, ce diocèse comptait déjà de belles communautés chrétiennes, mais il demeurait un diocèse de première évangélisation.
À mon arrivée, ce Centre existait depuis un peu plus de vingt ans. Je me suis retrouvé au milieu dune équipe de trois religieux et dune religieuse burkinabè, de deux couples catéchistes et dun jeune coopérant français. Nous formions léquipe danimation et nous travaillions bien ensemble.
La première année, jai trouvé quarante couples et près dune centaine denfants. Ils étaient envoyés par leurs paroisses respectives. Nous atteindrons cinquante couples au moment du vingt-cinquième anniversaire de sa fondation.
La formation sétendait sur quatre années dont les deux dernières se passaient au Centre. Elle se terminait par la célébration de lenvoi en mission. Les couples catéchistes étaient alors nommés dans un village de leur paroisse dorigine autre que le leur ou encore, pour ceux qui en avaient manifesté le désir, ils pouvaient être envoyés par lévêque dans des paroisses plus pauvres en personnel ou encore dans dautres diocèses.
Formateurs et élèves, nous formions un véritable village où nous cherchions ensemble à faire lexpérience concrète du Royaume. Avant dapprendre des choses, nous cherchions à vivre une vie commune à saveur dévangile et à nous découvrir frères et surs dans la famille du Seigneur.
Nous nous efforcions de leur offrir la formation la plus complète possible pour en faire des animateurs de communautés chrétiennes, des initiateurs de catéchumènes en vue du baptême et des conseillers tant dans le domaine de lagriculture que dans celui de la vie conjugale.
Tant les hommes que les femmes recevaient une formation adaptée. Tantôt ils étaient ensemble pour les cours de Bible, de catéchèse et de liturgie. Tantôt ils recevaient des cours plus spécialisés selon leur situation concrète.
Nous cherchions aussi à améliorer le français de ceux et celles qui avaient fait lécole primaire. Pour les autres, nous les initiions à la langue française pour quils puissent arriver à sexprimer dans cette langue. Nous leur apportions aussi un ensemble de connaissances sur la vie de leur pays, de lAfrique et même du monde.
Une fois établis dans un village, ces couples rayonnaient dabord par le témoignage de leur vie et de leur engagement concret au service de cette population. Ils devenaient de véritables foyers qui attiraient les villageois, en particulier les jeunes, et formaient vite le noyau dune nouvelle communauté chrétienne.
Une belle évolution dans la formation
Et aujourdhui ? Quen est-il de ce Centre de formation ? Lors de mes récentes visites, jai pu constater une belle évolution dans la formation.
Dorénavant, il ny a plus que des couples mariés. Les candidats font les quatre années au Centre sans retourner chez eux pour les cultures. Dès le départ de leur formation, on leur remet les outils pour lagriculture et des bêtes pour lélevage. On leur prête aussi des champs à cultiver. En un mot, dès le début, on les habitue à se prendre en main et à devenir des hommes et des femmes debout.
Mais malgré ces améliorations de conditions matérielles, jai constaté que le nombre des couples a sérieusement diminué. Il est descendu à trente. Et jai constaté cette même tendance dans dautres Centres.
La scolarisation ne cesse de sétendre. Laccès aux études secondaires devient plus facile. Les jeunes qui ont du talent cherchent à obtenir un diplôme. La vocation de catéchiste était conçue pour le milieu rural et paysan. Lui-même était agriculteur et éleveur parmi les agriculteurs et les éleveurs. Les jeunes daujourdhui aspirent à sortir de leur milieu paysan pour venir à la ville et se procurer un travail rémunérateur.
Une autre forme de formation de catéchistes
Je crois que cette vocation de catéchistes ruraux est encore très valable pour une bonne partie du Burkina Faso, quitte à élever le niveau de la formation des candidats. Mais il faut, à côté de ce type de catéchistes, développer une autre forme de formation de catéchistes pour des jeunes qui ont fait des études secondaires et qui se retrouvent en milieu urbain. Certains parmi eux seront appelés à avoir des responsabilités importantes dans lanimation des communautés chrétiennes et seront catéchistes à temps plein. Dautres, à la suite dune formation adaptée, deviendront catéchistes à temps partiel, à côté de leur travail professionnel.
Au sein des communautés chrétiennes de gros villages ou de quartiers, ces catéchistes auront un rôle majeur à jouer dans la naissance et la croissance de la vie chrétienne et de lanimation des communautés chrétiennes de base. Ce seront des témoins, des rassembleurs, des formateurs. Ils partageront avec les prêtres de la paroisse la responsabilité de ces communautés. Ils deviendront les premiers collaborateurs laïcs de ces équipes presbytérales.
Le grand défi à relever aujourdhui se situe du côté des prêtres engagés dans la pastorale paroissiale. Cest à eux quil incombe de susciter une nouvelle génération de laïcs, femmes et hommes, compétents et engagés, de les former adéquatement et de partager leurs responsabilités avec eux. LÉglise poursuivra alors sa mission dévangélisation dans notre monde daujourdhui si différent de celui des années quatre-vingts.
Jacques Charron M.Afr
Tiré du Petit Echo N° 1027 2012/1
Missionaries of Africa
Jacques Charron M.Afr
Burkina FasoCatechists
yesterday and today
It was my great pleasure to work for six years at the Catechists Training Centre in the parish of Bam, Ouahigouya Diocese, Burkina Faso from1985 to 1991. At that time, this diocese already numbered some admirable Christian communities, but it remained a diocese of primary evangelisation.
This Centre was in existence for over twenty years before my arrival. I found myself in the midst of a team of three Religious, one Burkinabe Sister, two catechist couples and a young French volunteer on cooperation. We made up the leadership team and worked well together.
In the first year, I found forty couples and nearly a hundred children. They had been sent by their respective parishes. At the twenty-fifth anniversary of its foundation, this figure was to reach fifty couples.
The training was spread over four years, the last two being spent at the Centre. It was concluded with the sending-out-on-mission celebration. The catechist couples were then appointed to a village of their home parish other than their own, or else, at their request, be sent by the bishop to the least staffed parishes or again into other dioceses.
As trainers and pupils, we formed a real village where together we sought to create a genuine experience of the Reign of God. Before learning anything, we sought to live a life in common, to appreciate the Gospel and discover one another as sisters and brothers in the Lords family.
We tried to provide them with the most complete training possible to enable them to become Christian community leaders, initiating catechumens for Baptism and to become advisors in the area of agriculture as well as in married life.
Both men and women received adapted training. On occasion, they were together for Bible, Catechesis and Liturgy. At other times, they were in specialised courses according to their specific practical situations.
We also sought to improve the French of those men and women who had been in primary school. For others, we gave them an introduction to French so that they could have a working knowledge of this language. We also gave them a general understanding of the life of their country, of Africa and even of the wider world.
Once established in a village, these couples spread their influence firstly by the example of their lives and their practical involvements in the service of the people. They became genuine homes which attracted villagers - in particular young people - and soon formed the hub of a new Christian community.
It was a fitting development to the formative training programme
What can we say of today? What has become of the Training Centre? I was able to see progress in the training during my recent visits there.
From now on, there are only married couples. Candidates spend four years at the Centre without returning home for cultivation. From the beginning of their training, they are given farming implements and stock to raise. They are also given fields on loan to cultivate. In a word, from the outset, they are given the opportunity to become used to taking charge of their lives and becoming self-supporting.
However, despite these improvements in material conditions, I noted that the number of couples had visibly diminished. They have been reduced to thirty. I also noted this tendency in other Centres.
Schooling continues to expand. Access to secondary schooling is becoming easier. Talented young people are looking for diplomas.
The vocation of catechist was conceived for the rural and farming context. He himself was a farmer and cattle herder among other farmers and cattlemen. Young people today aspire to leaving their farming milieu and going to the towns to earn a wage.
It is another form of training for catechists
I believe that the rural catechist vocation is still very valid today for a good part of Burkina Faso, contingent on raising the level of training for candidates. Nevertheless, besides this type of catechist, another form of catechist training needs to be developed for young people who have completed secondary schooling and find themselves in an urban setting. Some of them will be called upon to take on important responsibilities in the running of Christian communities and will be full-time catechists. Others, after an adapted training, will become part-time catechists, in addition to their professions.
These catechists will have a major role to play in the awakening and growth of Christian life and the running of basic Christian communities at the heart of Christian communities in key villages and neighbourhoods. They will be examples, gathering people around them and able to teach. They will share responsibility for these communities with parish priests. They will become the leading lay collaborators of these priest-led pastoral teams.
The chief challenge being raised today is on the side of priests committed to parish pastoral work. It is up to them to raise up a new generation of competent and committed laypersons, to train them adequately and to share with them their responsibilities. Then the Church will pursue its evangelising mission in our world of today, so different to the one of the 1980s.
Jacques Charron M.Afr
From Petit Echo n° 1027 2012/1