Intervention de Sr Maria Weis, Smnda
lors de l'inauguration du Centre Delwende à Ouagadougou au Burkina Faso

 

Ouagadougou, le 15 novembre 2011

Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement

Madame le Ministre de l'Action Sociale et de la Solidarité Nationale

Mesdames, Messieurs

Tout en vous remerciant pour la parole qui m'est donnée, je voudrais vous souhaiter la bienvenue au nom des pensionnaires et de l'administration du Centre Delwendé.

1°Aperçu historique

Je me permets de vous faire part en premier lieu d'un bref rappel historique :

En 1965, le Maire de l'époque reprit un hangar fermé, il le fit séparer en deux, et y fit mettre les mendiants de la ville : les femmes d'un côté, les hommes de l'autre.
En 1968, l'hospice des Sœurs de l'Immaculée Conception de la Cathédrale ayant été démoli, les vieilles femmes qui y vivaient, vinrent rejoindre celles déjà présentes à Tanghin.

En cette même année 1968, une Sœur Missionnaire de Notre Dame d'Afrique commence à visiter ce centre. Elle initie des activités pour les femmes, et surtout les visite régulièrement pour créer entre elles un esprit d'entraide fraternelle qui perdure jusqu'à ce jour.

En 1983, le Maire de la ville de Ouagadougou confie officiellement la gestion du Centre à l'Eglise Catholique. L'Archevêque demande une religieuse à la Congrégation des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique pour prendre cette responsabilité.

En 1989, le Centre prend son nom officiel : " Delwende " ce que signifie : " adosse-toi à Dieu. "

2° Qui sont ces hommes et ces femmes accueillis au Centre ?

Pour les hommes, ce sont des malades mentaux et handicapés physiques.

Pour les femmes, ce sont des femmes pauvres, abandonnées ou chassées de leur milieu, accusées d'être sorcières ou mangeuses d'âmes. En réalité, ce sont des femmes seules, sans défense, sans protection, dont les fils sont partis à l'étranger, ou encore des femmes malades ou infirmes, qui sont à la charge de leur famille. Certaines n'ont jamais eu d'enfants, pour d'autres, les enfants sont morts. D'autres sont chassées pour avoir refusé un second mari imposé à la mort du premier. D'autres sont chassées par jalousie.

Elles ont été chassées de la famille, du village, malmenées, leur case brûlée, ainsi que tout leur avoir. Elles ont marché plusieurs jours en brousse jusqu'en ville où elles ont mendié pour survivre et quand elles ont appris l'existence du Centre, elles sont venues demander l'hospitalité.
Certaines ont laissé leurs enfants encore jeunes à la maison. Que deviendront ces enfants, ces jeunes ? Des délinquants ? Des voleurs ou des enfants de la rue… ? Quel avenir pour eux ? Quel avenir pour la société ? Quel avenir pour le Burkina Faso ?

3° Vie du Centre Delwendé

En ce moment, le Centre est surpeuplé avec ses 321 femmes et 6 hommes. Cette année 6 femmes se sont déjà ajoutées. Les femmes accusées nous arrivent de 9 provinces, les plus nombreuses sont des femmes des provinces du Kourwéogo, de Passoré et d'Oubritenga.
Ces femmes - environ un tiers - sont des femmes très âgées, malades mentales ou physiques, aveugles, etc…

Nous sommes témoins chaque jour de la souffrance de ces femmes, de ce qu'elles ont enduré avant d'arriver au Centre, de leur tristesse de ne pas pouvoir vivre dans leur milieu familial entourées des leurs. Chaque maman est contente de voir et de vivre avec ses enfants, ses petit enfants : elles sont privées de ce bonheur :
En plus, l'environnement familial d'où viennent ces femmes empêche, en raison des menaces, les enfants de venir visiter leur maman.

Trois personnes, 2 religieuses et un secrétaire assurent l'encadrement et la gestion du Centre pour procurer le nécessaire de chaque jour.
Notre action principale consiste à nous rendre proche des femmes pour qu'elles retrouvent leur dignité de femmes, pour qu'elles soient conscientes de leurs droits et devoirs de citoyennes burkinabè
Les soins sont assurés dans le dispensaire du Centre Delwendé ouvert également à la population du quartier.
Les femmes mènent elles-mêmes des activités où elles s'entraident pour la bonne marche du Centre.

4° Remerciements et souhaits

Tout en vous remerciant pour ce nouveau Centre que vous inaugurez aujourd'hui, permettez-moi de vous exprimer ce qui me tient le plus à cœur : cette cérémonie, j'aurai préféré la vivre pour fermer le Centre parce que les femmes seraient rentrées chez elles, dans leurs familles.
Mais en attendant…. Merci pour ce qui a été fait. Merci pour les beaux bâtiments.

Cependant beaucoup reste encore à faire pour rendre le cadre viable, tel que :
De l'eau potable de l'ONEA plus abondante
Un 2ème forage avec château d'eau est nécessaire,
L'électrification,
L'augmentation de la capacité d'accueil

La construction d'une cuisine adaptée au milieu féminin .
- Des petits foyers individuels devant chaque bâtiment
- Un magasin de stockage de vivres
- Un magasin pour les condiments et les ustensiles de cuisine
- Un autre pour le moulin.
- Un bâtiment pour les hommes
-Un bâtiment qui tient lieu de morgue.
Pour les pensionnaires invalides, construire des toilettes à côté de chaque bâtiment est nécessaire.

Vu l'éloignement du nouveau Centre Delwendé de la ville, certaines mesures d'accompagnement sont nécessaires : un véhicule, un chauffeur et aussi 2 vigiles car il faut prendre en compte l'isolement du Centre et la peur qu'ont les femmes d'être agressées, violées, volées...


5° Interrogations et cri du cœur

Pour terminer, je me pose un certain nombre de questions : jusqu'à quand va-t-on continuer à accuser, exclure, chasser les femmes ? Et pourquoi ce sont toujours des femmes pauvres ? Nous n'avons jamais accueilli de femmes de milieu aisé !

Chacun et chacune de nous a une maman…….Je pense que personne de nous ne souhaite que sa mère vienne un jour ici…..!

La vocation de la femme est de donner la vie, de la protéger jour et nuit… C'est cela que nos mamans ont fait pour nous. N'est- ce pas ?
En plus, les femmes dans les villages travaillent beaucoup, d'après mon expérience vécue avec elles.

Les femmes du Centre, ces personnes que nous côtoyons tous les jours sont des êtres humains, ont des droits reconnus par la loi : droit à une protection sûre comme citoyennes burkinabé, droit au respect, droit à être reconnues dans leur dignité humaine, droit à être reconnues dans leur dignité de femmes….
Oui, le Coran et la Bible nous demandent également de respecter nos parents !

Nous estimons qu'il est urgent de prendre conscience de la gravité de ce problème, de travailler à la sensibilisation de la population afin que des mesures soient prises pour éviter tant de souffrances à des personnes dont le seul tort consiste à ne pas pouvoir ou à ne pas savoir se défendre.


6° Propositions d'actions concrètes :

Les femmes des Centres de Tanghin et de Paspanga demandent à chacun de nous ici présents de les aider à retourner dans leurs familles et à empêcher que leurs filles et petites filles ne subissent pas le même sort.

Au nom de l'équipe d'animation du Centre Delwende, au nom de ces mamans et grand- mères ici présentes et séparées définitivement de leur famille et de leur milieu, je vous demande instamment, Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, de prendre des moyens radicaux pour éradiquer ce fléau social.

a) Que soit pris un décret qui interdise de tels actes sous peine de sanctions.
b) Que les cas d'accusation soient vérifiés.
c) Que régulièrement des campagnes de conscientisation soient lancées comme celles contre l'excision et le sida.
d) Qu'un planning de réduction de ce fléau soit fixé.
e) Qu'un suivi après le retour des femmes dans leur milieu soit effectué.

Pour ce faire, nous sommes prêts à travailler avec les départements ministériels concernés par cette lutte. Il est urgent que soit affirmée l'autorité de l'Etat !
En outre, une synergie d'action s'avère nécessaire entre les différents protagonistes : les structures administratives, politiques, judiciaires et la société coutumière et civile.

En conclusion, Excellences Monsieur le Premier Ministre, Madame le Ministre de l'Action sociale et de la Solidarité nationale et chers Invités, votre présence nous est déjà un signe précieux de l'intérêt que vous portez au respect des " Droits de la Femme ", elle qui est à la base de la famille et de la Société, elle sur les genoux de qui ont été formés les hommes et les femmes - libres, intègres - d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

Je vous donne donc rendez-vous pour la prochaine cérémonie : celle de la fermeture du Centre qui n'aura plus de raison d'être si ces femmes sont réhabilitées.

Que Dieu nous bénisse et nous aide !

Je vous remercie.
Sœur Maria Weis
Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique (Sœurs Blanches)
Responsable du Centre Delwende

Voir un article de Soeur Maria Weis sur le site Sœurs Blanches France

 




Speech of Sr Maria Weis, Msola
on the occasion of the opening of a new Centre Delwende for women
in Ouagadougou, Burkina Faso

Ouagadougou, 15 November 2011

Your Excellency, the Prime Minister, Head of Government,

Madame Minister for Social Action and National Solidarity,

Ladies and Gentlemen,

While thanking you for giving me the floor, I would like to welcome you on behalf of the residents and Administration of the Centre Delwendé.

1° Historical Overview

Allow me first to give you a brief history:

In 1965, the Mayor of the time took over a closed-down hangar. He had it divided into two, and made one side for the beggars of the city: women on one side, men on the other.
In 1968, the Hospice of the Sisters of the Immaculate Conception at the Cathedral was demolished and the old women who lived there came to join those already present at Tanghin.

In the same year 1968, a Missionary Sisters of Our Lady of Africa began to visit the centre. She started up activities for women, but especially regularly visited them to create a spirit of friendly mutual support that continues to this day

In 1983, the Mayor of Ouagadougou officially entrusted the management of the Centre to the Catholic Church. The Archbishop asked a Sister of the Congregation of the Missionary Sisters of Our Lady of Africa to take on this responsibility.

In 1989, the Centre took its official name: 'Delwende', which means, 'Rely on God'

2° Who are the men and women received at this Centre?

For the men, they have mental and physical disabilities.

For the women, they are poor women, abandoned or forced from their environment, accused of being witches or 'eating souls'. In fact, they are single women, defenceless, unprotected, whose sons went abroad, or they are sick or infirm women, who have responsibility for their families. Some have never had children; for others, the children have died. Others are driven away for refusing to take a second husband imposed on the death of the first. Others are driven away through envy.

They were driven from the family, from the village, beaten, their huts burned down along with all they had as possessions. They walked for several days in the bush to town, where they were begging to survive and when they learned of the Centre, they came to ask for hospitality.
Some have left their young children still at home. What will happen to these children, these young people? Will they become delinquents, thieves and street children? What future do they have? What future is there for society? What future will there be for Burkina Faso?

3° Life at the Centre Delwendé

Right now, the Centre is overcrowded with its 321 women and 6 men. This year, six women have already been added. Women who have been accused come to us from 9 provinces; the most numerous are women from the provinces of Kourwéogo, Passoré and Oubritenga.
These women - about one third - are very old women, with poor health and mental or physical disabilities, unsighted, etc...

We are witnesses on a daily basis of the suffering of these women, what they endured before arriving at the Centre, their sadness at not being able to live in their home environment surrounded by their own families. Each Mum is happy to see and live with her children, her grandchildren: they are deprived of that happiness.
In addition, the family environment from which these women come prevents, children from visiting their mothers because of threats.

Three people, two Sisters and a Secretary, provide the supervision and management of the Centre and supply its daily needs.
Our main action is to befriend the women so that they may regain their dignity as women, so that they are aware of their rights and duties as citizens of Burkina Faso
Care is provided in the clinic of the Centre Delwende, which is also open to the people of the neighbourhood. Women lead their own activities as they help each other in the smooth running of the Centre.

4° Thanksgiving and Hopes

While thanking you for this new Centre that you are inaugurating today, allow me to express what I feel most at heart. As for the ceremony, I would have preferred attending the closure of the Centre, because women would have returned home to their families!
However, in the meantime.... Thank you for what has been done. Thank you for the beautiful buildings.

Nevertheless, much remains to be done to make the context viable, such as:
more abundant National Office of Water and Health (ONEA) drinking water
A second drilling with a water tower is needed,
Electrification
An increase in capacity for reception facilities

The construction of a kitchen adapted to women's environment
- Small individual households to each building
- A store for food
- A store for condiments and kitchen utensils
- Another store for the mill.
- A building for the men
- A building to serve as a mortuary.
For disabled residents, the building of toilets next to each building is required.

Given the distance of the new Centre Delwende from the city, some accompanying measures are needed: a vehicle, a driver and two guards also because we have to take into account the isolation of the Centre and the fear of women being assaulted, raped, robbed...

5° Questions and cry from the heart

Finally, I ask myself a number of questions: how long will we continue to acknowledge, exclude, and drive women away? In addition, why it is always poor women? We have never received well-off women!

Each one of us has a mother ... I think none of us wants his/her mother to come here one day..!

The vocation of women is to give life and to protect it day and night ... That's what our mothers did for us. Is it not?
In addition, women in the villages work hard, in my experience with them.

The Women at the Centre, these people we see every day are human beings; they have rights under the law: the right to a safe protection as citizens of Burkina Faso, entitled to respect, entitled to be recognised in their human dignity, they have a right to be recognised in their dignity as women.
Yes, the Koran and the Bible also ask us to respect our parents!

We believe it is imperative to be aware of the seriousness of this problem, to work on public awareness so that steps are taken to prevent so much suffering to people whose only crime is that they cannot or do not know how to defend themselves.

6° Proposals for concrete actions:

The Women of the Centres of Tanghin and Paspanga ask all of us here to help them to return to their families and to prevent their daughters and granddaughters from suffering the same fate.

On behalf of the leadership team Delwende Centre, on behalf of mothers and grandmothers in this room and permanently separated from their families and their communities, I urge you, Your Excellency, the Prime Minister and Head of Government, to take radical means to eradicate this social evil.

a) That a decree be published that prohibits such acts under pain of sanctions.
b) That the charges are verified in accusation cases.
c) That regular awareness campaigns are launched, such as those against excision and AIDS.
d) That a schedule for reducing this scourge is fixed.
e) That a follow-up after the return of women back into the community is made.

To do this, we are ready to work with the ministerial departments involved in this struggle. The authority of the state has to be asserted urgently!
In addition, a joint action is necessary between the various protagonists: the administrative, political, judicial and civil structures and local/national customs organisations.

In conclusion, Excellencies Prime Minister, Honourable Minister of Social Action and National Solidarity and distinguished guests, your presence is already a valuable sign of your interest in respecting the 'Rights of Women'. It is the foundation of the family and society,; it is at the mother's knee that men and women were trained - to be free, honest - yesterday, today and tomorrow.

May I give you an appointment for the next ceremony: the closing of the Centre that will have no more reason to exist when these women are rehabilitated.

May God bless us and help us!

I thank you.
Sister Maria Weis
Missionary Sisters of Our Lady of Africa (White Sisters)
In charge, Centre Delwende

Translated from the French by Donald MacLeod M.Afr

See the article of Sr Maria Weis on the website Sœurs Blanches France (In French)