Par Mario Bard de LAide à lEglise en Détresse (AED)
Interview du P. Roger Tessier M.Afr. pour la radio du 18 janvier, radiodiffuse sur Radio-Ville-Marie, radio oecumenique du Quebec le lundi 21
Étincelles au paradis
(Kenya)
Devenue lune des principales destinations touristiques de lAfrique, le Kenya, idyllique du moins du point de vue occidental, sest transformé en terre de violences ces dernières semaines.
Ce fut une surprise pour plusieurs observateurs, comme pour les Kenyans eux-mêmes. « Personne navait vu venir cela », affirme sans hésiter le père Roger Tessier, Père Blanc dAfrique, présent sur le continent africain depuis les années 70 et au Kenya depuis les années 80. Selon lui, sil ny avait pas eu de « tricherie » dans le décompte des votes, « ça ne serait pas arrivé ». LAED la interviewé pour en savoir davantage sur la situation dans ce pays de lest de lAfrique.
Problème ethnique?
Oui, il y aurait effectivement un problème ethnique, selon le père Tessier. Chaque année lÉglise catholique revient sur cet élément dans ses campagnes organisées pour le Carême. Une question ethnique qui est souvent exploitée par le milieu politique pour soutenir ses idées. Les Églises et de nombreuses organisations non gouvernementales se battent contre cela depuis des années. Par le biais de nombreuses campagnes et des sessions organisées pour essayer « dinciter à la réconciliation mais aussi avoir une façon positive de voir lautre de lautre tribu. » Par ailleurs, un journaliste kényan avait écrit durant les élections : « Les Kényans ne sont pas tribalistes mais les politiciens utilisent le tribalisme à leurs fins. » Le Kenya est composé de plusieurs ethnies (ou tribus) mais trois dentre-elles dominent le paysage; les Kikuyus (ethnie du président Kibaki); les Luyah et les Luo (ethnie du principal chef de lopposition, Raila Odinga). Le pays compte en tout plus de quarante tribus de diverses importances. Lors de la dernière élection, deux provinces ont voté en masse pour le président sortant et les six autres ont, dans lensemble, voté pour lopposition.
Si le problème ethnique joue, il nest pas le seul élément déclencheur, affirme le prêtre qui est originaire dHochelaga-Maisonneuve (Montréal, Québec). « Lélément économique joue si vous incluez dans les villes les gens des bidonvilles qui sont sans emploi, du moins sans emploi régulier, et lexode massif par manque de terre », indique-t-il. Les populations montent vers les villes pour y trouver un emploi. Le pays ne compte que 18 pour cent de terres fertiles, une donnée qui a son importance dans les dernières violences. « Dans les campagnes où il y a eu des nettoyages ethniques, (le père parle même de mini-Rwanda), cela est souvent causé par des problèmes de terres, de fermes. Il y a eu un certain nombre de gens qui ont acquis des terres normalement mais, dune certaine façon, les gens de la région se sentent dépossédés », indique le missionnaire québécois. Ils tentent alors de reprendre des terres quils considèrent comme leurs.
Les violences sont aussi le fruit de la pauvreté et de lespoir de changement suscité par les élections législatives. « Des gens, qui espéraient quavec un nouveau régime ils auraient une chance daccéder à une meilleure situation de vie, ont été très déçus à ce sujet », estime le Père Tessier.
Que font les Églises?
Face à cette violence, les Églises se mobilisent. Dimanche, le 20 janvier dernier, les catholiques étaient invités à prier pour la paix. Déclarations épiscopales et aide aux personnes vivant la tragédie du déplacement ou la perte dun être cher sont autant davenues empruntées par les chrétiens afin de répondre à lurgence.
« Je pense à Eldoret (à 350 km au nord de Nairobi) où il y a environ 10 000 réfugiés » sur le terrain de léglise, témoigne le père Tessier. Un confrère allemand, médecin de formation, a organisé une équipe denviron 40 personnes pour aider ces gens qui souffrent et qui sont traumatisés par les événements. Une aide psychologique mais également matérielle leur est offerte.
Le père Tessier espère beaucoup en la médiation internationale qui se met en place et que les Églises appellent de tous leurs vux. Une médiation formée danciennes têtes dirigeantes : lex-président de la Tanzanie, Benjamin Mkapa et Koffi Annan, ex-secrétaire général de lONU. Graça Machel, lactuelle épouse de Nelson Mandela, ex-président de lAfrique du Sud, fait également partie du groupe.
Un mot-clé : prier
Le Père Tessier met également son espérance dans la prière. « Le mot clé, avec toutes les autres activités daide directe aux victimes de violence, cest le mot prier. » Il insiste : « Il faut prier, prier encore plus fort. Il faut avoir foi en la prière. »
Un appel quil lance aux chrétiens dici pour que cette force multipliée permette de trouver une solution à limpasse politique actuelle qui crée de si graves problèmes dans ce pays dont la devise est « Harambee », mot swahili qui veut dire : travaillons ensemble.
Le père Roger Tessier, à gauche, et une équipe de missionnaires (ACN-AED) (Crédit photos: Ludwig Peschen M.Afr.)
Le père Roger Tessier
Source : Mario Bard, Journaliste
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