Kenya Nairobi: 28 janvier 2008.

Dr. Ludwig Peschen M.Afr. MD
P.O.Box 60310
00200 Nairobi
Kenya

Chers amis,

 

Plusieurs d'entre vous m'ont demandé comment nous pouvons survivre ici à Nairobi. D'autres me disent, 'reviens dans ton pays', parce que les nouvelles que les médias en Europe donnent sur le Kenya sont franchement mauvaises.

Une chose est claire: nous sommes témoins d'une injustice évidente mais le désastre qui l'a suivie nous donne à nous, missionnaires, une vigueur nouvelle. Quelques-uns de nos missionnaires ont atteint leur 'vitesse maximale'. Les résultats qu'on a donnés de l'élection présidentielle étaient totalement faux. Jusqu'ici, les Kenyans pensaient qu'ils avaient une démocratie modèle, mais maintenant tous se sentent trompés. Jamais auparavant ne me suis-je senti si proche et compatissant vis-à-vis de la population du Kenya. Dans nos conversations pendant les repas et en communauté, le premier sujet de conversation est la tragédie qui s'est abattue sur le pays. Chaque jour encore des Kenyans sont blessés ou tués, et en même temps, un ministre du nouveau gouvernement déclare en première page du 'Daily Nation' que 'tout est normal dans le pays'. Mensonges, mensonges, mensonges. Il est difficile de ne pas laisser libre cours à la colère et à l'amertume. Nous devons êtres très attentifs à nos sentiments. Pour beaucoup d'entre nous la situation est encore incroyable, et le sentiment prédominant chez beaucoup de Kenyans est la honte.

Dans les jours qui ont suivi l'annonce des résultats des élections, le pays fut choqué. Parce que missionnaires nous préférions rester chez nous; des heurts violents entre supporters des deux principaux partis politiques eurent lieu immédiatement devant notre maison sur la Ngong Road. Il n'était pas nécessaire de sortir pour voir ce qui se passait; nous pouvions le voir de nos fenêtres.'Pas de Raila (Odinga), pas de paix', était le slogan. Des nouvelles de pillages, de maisons, de magasins, et même de quelques églises incendiées, de gens tués ou obligés d'abandonner leurs maisons, nous parvenaient de différentes régions du Kenya. À Nairobi, les bidonvilles surtout étaient affectés. Avec mon équipe de 'Healing of Healers' ( 'Guérison des Guérisseurs'), je travaille normalement avec la conférence des Evêques du Soudan, notre bureau central étant à Nairobi. Très rapidement, notre évêque responsable nous donna le feu vert pour que nous puissions nous engager pendant un mois à nous occuper des besoins les plus urgents de la population du Kenya. Il fallait organiser une aide en nourriture pour des personnes déplacées et la distribuer. Quelques missionnaires d'Afrique offrirent de nous aider, renforçant ainsi notre équipe. Les Soeurs Missionnaires de Notre-Dame D'Afrique et les Missionnaires d'Afrique offrirent leur aide financière à l'Equipe pour lui permettre d'offrir nos services pour faire face à la situation d'urgence qui se développait.

Nous apprîmes qu'un nombre important de femmes et d'enfants s'enfuyaient du bidonville de Kibera dans la direction du Parc Jamhuri, un Parc derrière les bidonvilles. Quand nous arrivâmes là, nous découvriment qu'aucune aide n'était encore arrivée. La Croix Rouge Kenyane était pleinement occupée dans l'ouest du Kenya, et n'était pas capable de faire face au début. Nous organisâmes donc une collecte de nourriture, et une première distribution de nourriture pour femmes et enfants fut organisée (photos). Pour les enfants, quelques biscuits et des bonbons (photos), pour les femmes de la farine de Maïs, du sucre et du savon. À ma surprise, cela se passa bien, et les femmes étaient vraiment heureuses et reconnaissantes.

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P. Riny van Broekhoven. M.Afr. avec des réfugiés (photos M.Afr)

C'était la première fois qu'elles recevaient de l'aide. Cependant, le plus important, c'était que nous étions là avec elles, écoutant leurs terribles histoires, leurs anxiétés; et simplement, nous étions là. Histoires d'enfants disparus, de viols, de violence, de destruction, d'argent perdu, de misère de toutes sortes. Une histoire après l'autre. Mais il y avait aussi parfois une occasion pour quelques blagues. Riny Van Broekhoven en était le spécialiste (photo). Nous devenions conscients que d'une façon toute simple et humble, sans fanfare, nous étions porteurs de l'espoir au nom du Christ. C'était pour nous un merveilleux matin, mais ce n'était que le commencement.

Pendant ce temps, en différents endroits, et dans les paroisses autour de la ville des conseillers volontaires étaient invités à offrir leur aide à la population souffrante. Un nombre important d'entre eux se présentèrent très rapidement. Depuis l'attaque à la bombe de l'ambassade Américaine ici, à Nairobi, en 1998, on est familier avec les conseillers prêts à aider dans les grandes difficultés.; il s'agissait d'écouter et de donner une aide pratique. Le monde Anglophone est beaucoup plus habitué à cette façon d'aider les gens dans des situations des désastres.

Dans la paroisse de 'Notre Dame de Guadeloupe', un groupe de 27 travailleurs sociaux, tous volontaires, visita les bidonvilles de Kibera, allant, en petits groupes de deux ou trois conseillers, de maison en maison, d'une ruine à l'autre. Ils entendirent des histoires horribles: au début, les heurts étaient intertribaux et beaucoup de Kikuyus furent tués et chassés de leurs maisons. Plus tard, ce fut une colère aveugle et une violence insensée qui éclata et qui aboutit à énormément de pillage et de destruction de propriété. Nos travailleurs sociaux revenaient le soir avec toutes ces histoires, profondément attristées par ce qu'ils avaient vu et entendu. Notre équipe de Missionnaires d'Afrique et le staff du projet de 'la Guérison des Guérisseurs' ('Healing the Healers') essayèrent de les soutenir autant qu'ils le purent. Ces volontaires organisèrent aussi la distribution de nourriture. Des bons furent donnés pour obtenir de la nourriture dans les supermarchés. Ce système semble avoir bien fonctionné jusqu'ici. Cependant, il y a un besoin grandissant d'aide pour les gens qui ont souffert un traumatisme mental sérieux à cause des évènements récents.

Dans les jours qui suivirent, le nombre de personnes déplacées arrivant au Parc Jamhuri augmenta dramatiquement. Le Parc est devenu un énorme camp de réfugiés. Le jeudi 16, 6000 personnes y étaient enregistrées. D'autres sont attendus venant de l'ouest du Kenya. Il y a quelque deux ou trois très grandes constructions en bois, avec environ trois cents mamans avec leurs enfants dans chacune. Nous efforçons de découvrir quels sont les besoins essentiels. Ces femmes avec leurs enfants reçoivent leur nourriture de base de la Croix Rouge Kenyane; de notre côté, nous achetons des articles supplémentaires tels que le savon, les serviettes hygiéniques pour les femmes et du lait pour les enfants qui ont moins d'un an. Cependant la chose la plus importante semble bien être d'être là d'assurer toutes ces femmes qu'elles ne sont pas seules.

Il est étonnant de voir le nombre considérable de volontaires et de personnes de bonne volonté qui offrent leurs services à différents niveaux. Des Religieuses et Religieux viennent partout comme conseillers, distributeurs de nourriture, s'occupant des enfants ou simplement écoutant les histoires de souffrance et de destruction. Nous remercions nos soeurs, nos frères, nos amis qui nous ont aidés financièrement ou matériellement. Et nous remercions les personnes qui ont encore l'intention de le faire. Cela nous a permis d'aider les personnes qui souffrent.

J'ai bien peur que la pire soit encore à venir. Nous sommes déjà au milieu d'une guerre civile. Jusqu'ici, il n'y a pas de signe de solution. Les leaders politiques sont entêtés et ne sont pas vraiment intéressés par le sort des Kenyans. C'est une question de pouvoir. Nous pouvons seulement prier pour que la paix finisse par l'emporter. Cela veut dire, chers amis que nous sommes reconnaissants pour votre soutien continu, votre intérêt, votre prière, pour que nous puissions continuer à offrir notre aide aux innocents qui souffrent, surtout les femmes et les enfants.

Un grand merci, et que le Seigneur vous bénisse tous.

Ludwig Peschen, M.Afr. MD.


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Kenya Nairobi: 28 January 2008.

Dr. Ludwig Peschen M.Afr MD
P.O.Box 60310
00200 Nairobi
Kenya
peschen@wananchi.com


Dear friends,

Some of you have asked me how are we surviving here in Nairobi. Others tell us "to come home", because of all the bad news in the European media about Kenya. One thing is clear: we are witnesses of an obvious injustice but the disaster that followed gave us, missionaries, renewed vigour! Some of our missionaries are reaching "full speed".

The results of the presidential election were totally false. Up to now the Kenyans thought they had a model democracy but now everybody feels cheated. Never before have had I felt so near and so compassionate with the Kenyan population. We share the disappointment and the increasing anger of the local population. In our conversations during meals and in our community, the sole topic of conversation is the tragedy that has befallen the nation. Kenyans are still being killed and injured on a daily basis, it is even becoming worse day by day, and yet at the same time, a minister of the new government tells you on the front-page of the "Daily Nation" that "everything is normal in the country". Lies and lies and lies. It is difficult not to let anger and bitterness boil over. We have to be careful regarding our own feelings. For a lot of us the situation is still unbelievable, and the predominant feeling among many Kenyans is often that of shame.

In the days after the results of the elections were announced, the country was shocked; and violent demonstrations began to take place very quickly. As missionaries we preferred to stay at home, violent clashes between supporters of the two main political parties and the police took place immediately in front of our house in the Ngong Road. No need to get out to see what happened; we witnessed it from our windows. "No Raila, no peace" was the slogan. Reports on looting, burning houses and shops, some churches and people being murdered or forced to leave their homes came from different regions and areas in Kenya. In Nairobi, slum areas were mainly affected. With my team of "Healing the Healers" I'm normally working for the Sudanese Bishops Conference in Sudan, with our central office in Nairobi. Very quickly we got the green light from our Bishop to engage ourselves for one month in the most urgent needs of the suffering Kenyan population. Emergency aid had to be organised and distributed. Some Missionaries of Africa offered their help, thus reinforcing the "Healing the Healers" team. The MSOLA sisters and the Missionaries of Africa offered financial support to allow "Healing the Healers" to offer our services in the emerging emergency situation.

We learnt that an important number of women with children were fleeing the Kibera slums into the direction of the "Jamhuri" Park, a showground behind the slums. When we arrived there, we found that no help had arrived. The Kenyan Red Cross was fully occupied in Western Kenya, and was not able to cope initially. So we organised some food, and started a first food distribution for women and children (photos). For the kids some biscuits and sweets (photos), for the women maize flower, some sugar and soap. Everybody had to sit down on the ground of the "arena", in order to avoid disorder. To my surprise, it functioned very well, and those ladies were really happy and grateful.

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Fr. Riny van Broekhoven. M.Afr. among refugees (photos M.Afr)

It was the first time that they received some help. However the most important thing was that we were there together with them, listening to their unfortunate stories, listening to their worries and just being present. Stories about missing children, rape, violence, and destruction, lost income, misery of any kind. One story after another. But there was nevertheless sometimes occasion for some jokes as well, Riny Van Broekhoven was the specialist in that field. (photo). We became aware that in a simple and humble form we were bearers of hope in Christ's name, without any fanfare. It was a wonderful morning, but only the beginning.

Meanwhile, in different places and in parishes around the city voluntary counsellors were invited to offer their help to the suffering population. Surprisingly, an important number of them showed up very quickly. Since the bomb attack at the American Embassy here in Nairobi in 98 counselling in trauma is well known. In the first days it was not a question of counselling; it was a question of listening and giving practical help.

In the parish of "Our Lady of Guadeloupe" a group of 27 social workers, all of them volunteers, visited the slums of Kibera, going in small groups of two or three, from house to house, going from one destruction to another. They heard horrific stories: Initially the clashes were tribally motivated and many Kikuyu were killed and driven from their homes. Later on it seemed to be just blind anger and mindless violence which took hold and resulted in a great deel of looting and destruction of property. Our social workers came home in the evening with those stories deeply saddened by what they saw and heard. Our team of M.Afr. and the staff of the "Healing the Healers" project tried to support them in any way they could. These volunteers also organised the distribution of essential food items through vouchers that could be redeemed in nearby supermarkets. This system seems to have worked quite well so far. However, there is a growing need to help people who have suffered serious mental trauma because of these recent events.

In the days that followed the number of displaced people arriving in "Jamhuri" Park increased dramatically. The park is becoming a big refugee camp. On Thursday 16th 6000 persons were registered. Others are expected to be brought from Western Kenya to this more central and safe place. There are some 2 or 3 huge wooden houses, with about 300 mothers and children each. We try to find out what are their essential needs. Meanwhile those women with their children get basic food from the Kenyan Red Cross, we from HTH are buying supplemental items such as soap, sanitary towels for the ladies and some milk for children in the age under one. However the most important thing seems to be just to be there and reassure them that they are not alone.

All together, it is amazing to see the huge number of volunteers and people of good will who offer their services at different levels. Religious sisters and brothers are showing up everywhere, as counsellors, food distributors, looking after children or just listening to the stories of suffering and destruction. It is a privilege for us to be here and present in these days, near to people who are suffering so much, and who will suffer perhaps still much more. We take the opportunity to thank our sisters, brothers and friends who helped us so far financially or materially. And we thank those who still intend to do so. That enabled us to help those suffering people.

I'm afraid to say that the worst might still come. It is already a real Civil War. So far, there is not sign of any solution. The political leaders are stubborn and really not interested in the fate of the Kenyans. It is a question of power. We can only pray for a peaceful outcome. That means, dear friends, we are grateful for your ongoing support, interest and prayer, so that we can continue to offer our help for those suffering innocent persons, mainly children and women.

Thanks a lot, and may God bless you all.
Ludwig Peschen, M.Afr., MD



 

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