Cérémonie de congé à l’aéroport international Nsimalen de Yaoundé (20 mars 2009)
DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Mesdames, Messieurs qui représentez les Autorités civiles,
Monsieur le Cardinal,
Chers frères dans l'Episcopat,
Chers frères et soeurs,

Alors que je m'apprête à quitter le Cameroun, au terme de la première étape de mon voyage apostolique en Afrique, je désire vous remercier tous du généreux accueil que vous m'avez réservé durant ces journées. La chaleur du soleil africain s'est comme reflétée dans la chaleur de l'hospitalité dont vous m'avez gratifiée. Je remercie en premier lieu Monsieur le Président et les membres du Gouvernement pour leur aimable accueil. Je remercie mes frères évêques et l'ensemble des fidèles catholiques qui ont offert l'exemple si stimulant d'un culte joyeux et vivant durant les liturgies que nous avons vécues ensemble. Je suis heureux également que les membres d'autres communautés ecclésiales chrÉtiennes aient pu être présents à certains de nos rassemblements, et je leur renouvelle mes souhaits respectueux, ainsi qu'à leurs responsables. Je tiens À dire combien j'ai apprécié le travail important accompli par les Autorités civiles afin d'assurer le bon déroulement de ma visite. Mais par-dessus tout, je veux exprimer ma gratitude à tous ceux qui ont prié ardemment pour que cette visite pastorale porte des fruits pour la vie de l'Eglise en Afrique. Et je vous demande de continuer à prier pour que la Seconde Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des À‰vÀªques soit un temps de grâce pour l'Eglise À travers tout le continent, un temps de renouvellement et de nouvelle consÉcration À la mission de porter le message bienfaisant de l'évangile à un monde blessé.

Beaucoup de réalités dont j'ai été le témoin ici resteront profondément gravées dans ma mémoire. Au Centre Cardinal Léger, ilétait trè sémouvant de constater l'attention dont font l'objet les malades et les handicapés, qui sont parmi les membres les plus vulnérables de notre société. Cette compassion, qui est celle du Christ, est un signe assuré d'espérance pour l'avenir de l'Eglise et de l'Afrique. Ma rencontre avec les membres de la Communauté musulmane ici au Cameroun a été également un autre moment fort dont je garderai le souvenir. Tandis que nous poursuivons notre route vers une plus grande compréhension mutuelle, je prie pour que grandisse aussi notre respect et notre estime réciproque, et pour que se fortifie notre détermination à travailler ensemble pour proclamer la dignité que Dieu a donnée à la personne humaine, message que notre monde toujours plus sécularisé a besoin d'entendre.

Mon but principal, en venant au Cameroun, était bien sûr de visiter la communauté catholique qui s'y trouve. J'ai eu ainsi la grande joie de vivre quelques moments fraternels avec les évêques, et de célébrer la liturgie de l'Eglise avec de très nombreux fidèles. Je suis spécialement venu ici pour partager avec vous ce moment historique que constitue la promulgation de l'Instrumentum laboris pour la Deuxième Assemblée spéciale du Synode des évêques. C'est véritablement un moment de grande espérance pour l'Afrique et pour le monde entier. Habitants du Cameroun, je vous exhorte à saisir l'instant que Dieu vous a donné ! Répondez à Son appel à porter la réconciliation, la guérison et la paix À vos communautés et à votre société ! Travaillez À éliminer l'injustice, la pauvreté et la faim partout où vous les rencontrez ! Et que Dieu bÉnisse ce merveilleux pays qui est " une Afrique en miniature ", qui est une terre de promesse et une terre d'une rayonnante beauté. Que Dieu vous bénisse tous !

* * *

RENCONTRE AVEC LES MEMBRES DU CONSEIL SPÉCIAL
POUR L'AFRIQUE DU SYNODE DES ÉVÊQUES

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Nonciature apostolique de Yaoundé
Jeudi 19 mars 2009

Messieurs les Cardinaux,
chers frères dans l’Épiscopat,

C’est avec une joie profonde que je vous salue tous, en cette terre d’Afrique. Pour elle, en 1994, une Première Assemblée Spéciale du Synode des Évêques a été convoquée par mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, en signe de sollicitude pastorale pour ce continent aussi riche de promesses que de besoins humains, culturels et spirituels pressants. Je l’ai appelé ce matin « le continent de l’espérance ». Je me souviens avec gratitude de la signature de l’Exhortation Apostolique post-synodale Ecclesia in Africa, qui eut lieu ici même voici 14 ans, en la Fête de l’Exaltation de la Croix, le 14 septembre1995.

Ma reconnaissance va à Monseigneur Nikola Eterovic, Secrétaire Général du Synode des Evêques, pour les paroles qu’il m’a adressées en votre nom, en introduisant cette rencontre en terre africaine avec vous, chers membres du Conseil Spécial pour l’Afrique. Toute l’Église prête attention à notre rencontre en vue de la Seconde Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, qui, si telle est la volonté de Dieu, sera célébrée en octobre prochain. Le thème en est : « L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Vous êtes le sel de la terre…Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13.14).

Je remercie vivement les Cardinaux, les Archevêques et les Evêques, membres du Conseil Spécial pour l’Afrique, pour leur collaboration experte à la rédaction des Lineamenta et de l’Instumentum laboris. Je vous suis reconnaissant, chers confrères dans l’Épiscopat, d’avoir présenté également dans vos contributions des aspects importants de la situation ecclésiale et sociale actuelle de vos pays d’origine et de la région. Vous avez souligné ainsi le grand dynamisme de l’Église en Afrique, mais vous avez également évoqué les défis que le Synode devra examiner, afin que dans l’Eglise en Afrique la croissance ne soit pas seulement quantitative mais aussi qualitative.

Chers frères, pour ouvrir mon propos, il me semble important de souligner que votre continent a été sanctifié par Notre Seigneur Jésus lui-même. A l’aube de sa vie terrestre, de tristes circonstances lui ont fait fouler le sol d’Afrique. Dieu a choisi votre continent pour devenir la demeure de Son Fils. A travers Jésus, Dieu est venu au-devant de tous les hommes, certes, mais aussi d’une façon particulière au-devant de l’homme africain. L’Afrique a offert au Fils de Dieu une terre nourricière et une protection efficace. A travers Jésus, il y a deux mille ans déjà, Dieu a apporté lui-même le sel et la lumière à l’Afrique. Depuis lors, la semence de sa présence est enfouie dans les profondeurs des cœurs de ce cher continent et elle germe peu à peu au-delà et à travers les aléas de l’ histoire humaine de votre continent. A cause de la venue du Christ qui l'a sanctifiée par sa présence physique, l'Afrique a reçu un appel particulier à connaître le Christ. Que les Africains en soient fiers! En méditant et en approfondissant spirituellement et théologiquement cette première étape de la kénose, l'Africain pourra trouver les forces suffisantes pour affronter son quotidien parfois très dur, et il pourra découvrir alors d'immenses espaces de foi et d'espérance qui l'aideront à grandir en Dieu.

Quelques moments significatifs de l'histoire chrétienne de ce continent peuvent nous rappeler le lien intime qui existe depuis ses origines entre l’Afrique et le christianisme.

Selon la vénérable tradition patristique, l’évangéliste saint Marc, qui a « transmis par écrit ce qui a été prêché par Pierre » (Irénée, Adversus Haereses III, I, 1) vient à Alexandrie ranimer la semence plantée par le Seigneur. Cet évangéliste a témoigné en Afrique de la mort sur la croix du Fils de Dieu – ultime moment de la kénose –, et de son élévation souveraine, afin que « toute langue proclame : ‘Jésus Christ est le Seigneur’ pour la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 11). La Bonne Nouvelle de la venue du Règne de Dieu s’est répandue rapidement dans le nord de votre continent, où elle a eu d’illustres martyrs et saints, et d’où elle a engendré d’insignes théologiens.

Après avoir été mise à l’épreuve par des vicissitudes historiques, la chrétienté n’a subsisté durant presque un millénaire que dans la partie nord-orientale de votre continent. Avec l’arrivée des Européens qui cherchaient la route des Indes, aux XVe et XVIe siècles, les populations sub-sahariennes ont rencontré le Christ. Ce sont les populations côtières qui, en premier, reçurent le baptême. Aux XIXe et au XXe siècle, l’Afrique sub-saharienne a vu arriver des missionnaires, hommes et femmes provenant de tout l’Occident, d’Amérique latine et même d’Asie. Je désire rendre hommage à la générosité de leur réponse inconditionnelle à l’appel du Seigneur et à leur ardent zèle apostolique. Ici, je voudrais aller plus avant et parler des catéchistes africains, compagnons inséparables des missionnaires dans l’évangélisation. Dieu avait préparé le cœur de certains laïcs africains, hommes et femmes, jeunes et plus âgés, pour recevoir Ses dons et pour porter la lumière de Sa Parole à leurs frères et sœurs. Laïcs avec les laïcs, ils ont su trouver dans la langue de leurs pères les mots de Dieu qui touchèrent le cœur de leurs frères et sœurs. Ils ont su partager la saveur du sel de la Parole et donner splendeur à la lumière des Sacrements qu’ils annonçaient. Ils ont accompagné les familles dans leur croissance spirituelle, ils ont encouragé les vocations sacerdotales et religieuses, et ils ont servi de lien entre leurs communautés et les prêtres et les évêques. Avec naturel, ils ont opéré une inculturation réussie qui a porté de merveilleux fruits (cf. Mc 4, 20). Ce sont les catéchistes qui ont permis que la « lumière brille devant les hommes » (Mt 5, 16), car en voyant le bien qu’ils faisaient, des populations entières ont pu rendre gloire à Notre Père qui est aux cieux. Ce sont des Africains qui ont évangélisé des Africains. En évoquant leur souvenir glorieux, je salue et j’encourage leurs dignes successeurs qui œuvrent aujourd’hui avec la même abnégation, le même courage apostolique et la même foi que leurs devanciers. Que Dieu les bénisse généreusement ! Durant cette période, la terre africaine a aussi été bénie par de nombreux saints. Je me contente de nommer les martyrs de l'Ouganda, les grands missionnaires Anne-Marie Javouhey et Daniele Comboni, ainsi que Sœur Anuarite Nengapeta et le catéchiste Isidore Bakanja, sans oublier l'humble Joséphine Bakhita.

Nous sommes actuellement dans un moment historique qui coïncide du point de vue civil avec l’indépendance retrouvée et du point de vue ecclésial avec le Second Concile du Vatican. L’Église en Afrique a préparé et accompagné durant cette période la construction des nouvelles identités nationales et, parallèlement, elle a cherché à traduire l’identité du Christ selon des voies propres. Alors que la Hiérarchie s’était peu à peu africanisée depuis l’ordination par le Pape Pie XII des évêques de votre continent, la réflexion théologique a commencé à prendre essor. Il serait bon aujourd’hui que vos théologiens continuent d’explorer la profondeur du mystère trinitaire et sa signification pour le quotidien africain. Ce siècle permettra peut-être, avec la grâce de Dieu, la renaissance, sur votre continent, mais certainement sous une forme différente et nouvelle, de la prestigieuse Ecole d’Alexandrie. Pourquoi ne pas espérer qu’elle puisse fournir aux Africains d’aujourd’hui et à l’Église universelle de grands théologiens et des maîtres spirituels qui contribueraient à la sanctification des habitants de ce continent et de l’Église entière ? La Première Assemblée Spéciale du Synode des Évêques a permis d’indiquer les directions à prendre et a mis en évidence, entre autres, la nécessité d’approfondir et d’incarner le mystère d’une Église-Famille.

Je voudrais maintenant suggérer quelques réflexions sur le thème proprement dit de la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, relatif à la réconciliation, à la justice et à la paix.

Selon le Concile Œcuménique Vatican II, « l’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium 1). Pour bien remplir sa mission, l’Église doit être une communauté de personnes réconciliées avec Dieu et entre elles. De cette manière, elle peut annoncer la Bonne Nouvelle de la réconciliation à la société actuelle, qui connaît malheureusement en de nombreux lieux des conflits, des violences, des guerres, et de la haine. Votre continent n’a pas été épargné, hélas, et il a été et est encore le triste théâtre de graves tragédies qui appellent à une vraie réconciliation entre les peuples, les ethnies et les hommes. Pour nous chrétiens, cette réconciliation s’enracine dans l’amour miséricordieux de Dieu le Père et elle se réalise à travers la personne du Christ-Jésus, qui, dans l’Esprit Saint, a offert à tous la grâce de la réconciliation. Les conséquences se manifesteront alors par la justice et la paix, indispensables pour construire un monde meilleur.

En réalité, qu’y a-t-il de plus dramatique, dans le contexte sociopolitique et économique actuel du continent africain, que le combat souvent sanglant entre groupes ethniques ou peuples frères ? Et si le Synode de 1994 a insisté sur l’Église-Famille de Dieu, quel peut être l’apport de celui de cette année à la construction de l’Afrique, assoiffée de réconciliation et à la recherche de la justice et de la paix ? Les guerres locales ou régionales, les massacres et les génocides qui se déroulent sur le continent doivent nous interpeller de manière toute particulière : s’il est vrai qu’en Jésus Christ, nous appartenons à la même famille et partageons la même vie, puisque dans nos veines circule le même Sang du Christ, qui fait de nous les fils de Dieu, membres de la Famille de Dieu, il ne devrait donc plus y avoir de haines, d’injustices et de guerres entre frères.

Constatant le développement de la violence et l'émergence de l'égoïsme en Afrique, le Cardinal Bernardin Gantin, de vénérée mémoire, appelait, dès 1988, à une théologie de la Fraternité, comme réponse aux appels pressants des pauvres et des plus petits (Osservatore Romano, éd. française, 12 avril 1988, pp.4-5). Il lui venait peut-être en mémoire ce qu’écrivait l'Africain Lactance à l'aube du IVe siècle : « Le premier devoir de la justice est de reconnaître l'homme comme un frère. De fait, si le même Dieu nous a faits et nous a tous engendrés dans la même condition, en vue de la justice et de la vie éternelle, nous sommes assurément unis par des liens de fraternité : celui qui ne les reconnaît pas est injuste » (Epitomé des Institutions Divines, 54, 4-5 ; SC 335, p. 210). L’Église-Famille de Dieu qui est en Afrique, a réalisé une option préférentielle pour les pauvres, depuis la Première Assemblée Spéciale du Synode des Évêques. Elle manifeste ainsi que la situation de déshumanisation et d’oppression qui afflige les peuples africains n’est pas irréversible ; au contraire, elle met chacun face à un défi, celui de la conversion, de la sainteté et de l’intégrité.

Le Fils, à travers lequel Dieu nous parle, est lui-même Parole devenue chair. Cela a été l’objet des réflexions de la récente douzième Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques. Devenue chair, cette Parole est à l’origine de ce que nous sommes et faisons ; elle est le fondement de toute vie. C’est donc à partir de cette Parole qu’il faut valoriser les traditions africaines, corriger et perfectionner leur conception de la vie, de l’homme et de la famille. Le Christ Jésus, Parole de vie, est source et accomplissement de toutes nos vies, car le Seigneur Jésus est l’unique médiateur et rédempteur.

Il est urgent que les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage des lieux d’écoute profonde de la Parole de Dieu, et de lecture méditative de l’Écriture Sainte. C’est par cette lecture méditative et communautaire en Église que le chrétien rencontre le Christ ressuscité qui lui parle et lui redonne l’espérance en la plénitude de vie qu’Il donne au monde.

Quant à l’Eucharistie, elle rend le Seigneur réellement présent dans l’histoire. À travers la réalité de son Corps et de son Sang, le Christ tout entier se rend substantiellement présent dans nos vies. Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20) et Il nous renvoie à nos réalités quotidiennes afin que nous puissions les remplir de sa présence. Dans l’Eucharistie, il est mis clairement en évidence que la vie est une relation de communion avec Dieu, avec nos frères et nos sœurs, et avec la création tout entière. L’Eucharistie est source d’unité réconciliée dans la paix.

La Parole de vie et le Pain de la vie offrent lumière et nourriture, comme antidote et viatique dans la fidélité au Maître et Pasteur de nos âmes, afin que l’Église en Afrique réalise le service de la réconciliation, de la justice et de la paix, selon le programme de vie donné par le Seigneur lui-même : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13.14). Pour l’être vraiment, les fidèles doivent se convertir et suivre Jésus Christ, devenir ses disciples, pour être témoins de son pouvoir salvifique. Durant sa vie terrestre, Jésus était « puissant par ses actions et ses paroles » (Lc 24, 19). Par sa résurrection, il a soumis toute autorité et pouvoir (cf. Col 2, 15), toute puissance du mal pour rendre libres ceux qui ont été baptisés en son nom. « Si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres » (Ga 5, 1). La vocation chrétienne consiste à se laisser libérer par Jésus Christ. Il a vaincu le péché et la mort et il offre à tous la plénitude de la vie. Dans le Seigneur Jésus, il n’y a plus ni juif ni païen, ni homme, ni femme (cf. Ga 3, 28). Dans sa chair, il a réconcilié tous les peuples. Avec la force de l’Esprit Saint, j’adresse à tous cet appel : « Laissez-vous réconcilier ! » (2 Co 5, 20). Aucune différence ethnique ou culturelle, de race, de sexe ou de religion ne doit devenir entre vous un motif d’affrontement. Vous êtes tous fils de l’unique Dieu, notre Père, qui est aux cieux. Avec cette conviction, il sera alors possible de construire une Afrique plus juste et pacifique, à la hauteur des attentes légitimes de tous ses fils.

Enfin, je vous invite à encourager la préparation de l’événement synodal, en récitant également avec les fidèles la prière qui conclut l’Instumentum laboris que j’ai remis ce matin, et ce, pour la bonne réussite de l’Assemblée Synodale. Prions ensemble maintenant, chers frères :

« Sainte Marie, Mère de Dieu, Protectrice de l'Afrique, tu as donné au monde la vraie lumière, Jésus-Christ. Par ton obéissance au Père et par la grâce de l'Esprit Saint tu nous a donné la source de notre réconciliation et de notre justice, Jésus-Christ, notre paix et notre joie.

Mère de tendresse et de sagesse montre-nous Jésus, ton Fils et Fils de Dieu, soutiens notre chemin de conversion afin que Jésus fasse briller sur nous sa Gloire dans tous les lieux de notre vie personnelle, familiale et sociale.

Mère, pleine de Miséricorde et de Justice, par ta docilité à l'Esprit Consolateur, obtiens pour nous la grâce d'être les témoins du Seigneur Ressuscité, pour que nous devenions toujours plus le sel de la terre et la lumière du monde.

Mère du Perpétuel Secours, à ton intercession maternelle nous confions la préparation et les fruits du Deuxième Synode pour l'Afrique. Reine de la Paix, prie pour nous ! Notre-Dame d'Afrique, prie pour nous ! »

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RENCONTRE AVEC LE MONDE DE LA SOUFFRANCE

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Centre Card. Paul Emile Léger - CNRH de Yaoundé
Jeudi 19 mars 2009

Messieurs les Cardinaux,
Madame le Ministre des Affaires Sociales,
Monsieur le Ministre de la Santé,
Chers frères dans l’Episcopat et cher Monseigneur Joseph Djida,
Monsieur le Directeur du Centre Cardinal Léger,
Cher personnel soignant, chers malades,

J’ai vivement souhaité passer ces moments avec vous et je suis heureux de pouvoir vous saluer chers frères et sœurs qui portez le poids de la maladie et de la souffrance. Dans cette douleur, vous n’êtes pas seuls, car le Christ lui-même est solidaire de tous ceux qui souffrent. Il révèle aux malades et aux infirmes la place qu’ils ont dans le cœur de Dieu et dans la société. L’évangéliste Marc nous donne en exemple la guérison de la belle-mère de Pierre : « Sans plus attendre, on parle à Jésus de la malade, est-il écrit. Jésus s’approcha d’elle, la prit par la main, et la fit lever » (Mc 1, 30-31). Dans ce passage de l’Évangile, nous voyons Jésus vivre une journée auprès des malades pour les soulager. Il nous montre ainsi, par des gestes concrets, sa tendresse et sa bienveillance fraternelles pour tous ceux qui ont le cœur brisé et le corps blessé.

Depuis ce Centre qui porte le nom du Cardinal Paul-Émile Léger, fils du Canada, qui était venu chez vous pour soulager les corps et les âmes, je n’oublie pas ceux qui, chez eux, dans les hôpitaux, dans des établissements spécialisés ou des dispensaires, sont porteurs d’un handicap, qu’il soit moteur ou mental, ni ceux qui portent dans leur chair la trace de violences et de guerres. Je pense aussi à tous les malades et, spécialement ici, en Afrique, à ceux qui sont victimes de maladies comme le sida, le paludisme et la tuberculose. Je sais combien chez vous l’Église catholique est fortement engagée dans une lutte efficace contre ces terribles fléaux, je l’encourage à poursuivre avec détermination cette œuvre si urgente. À vous qui êtes éprouvés par la maladie et la souffrance, à toutes vos familles, je souhaite apporter de la part du Seigneur un peu de réconfort, vous redire mon soutien, et vous inviter à vous tourner vers le Christ et vers Marie qu’il nous a donnée pour Mère. Elle a connu la douleur, et elle a suivi son Fils sur le chemin du Calvaire, en conservant dans son cœur l’amour même que Jésus est venu apporter à tous les hommes.

Devant la souffrance, la maladie et la mort, l’homme est tenté de crier sous l’effet de la douleur, comme le fit Job, dont le nom signifie ‘ souffrant ’ (cf. Grégoire le Grand, Moralia in Job, I, 1, 15). Jésus lui-même a crié, peu avant de mourir (cf. Mc 15, 37 ; He 5, 7). Quand notre condition se dégrade, l’angoisse augmente ; certains sont tentés de douter de la présence de Dieu dans leur existence. Job, au contraire, est conscient de la présence de Dieu dans sa vie ; son cri ne se fait pas révolte, mais, du plus profond de son malheur, il fait monter sa confiance (cf. Job 19 ; 42, 2-6). Ses amis, comme chacun de nous face à la souffrance d’un être cher, s’efforcent de le consoler, mais ils emploient des mots creux et vides.

Face aux tourments, nous nous sentons démunis et nous ne trouvons pas les mots justes. Devant un frère ou une sœur plongé dans le mystère de la Croix, le silence respectueux et compatissant, notre présence habitée par la prière, un geste de tendresse et de réconfort, un regard, un sourire, en font plus parfois que bien des discours. Cette expérience a été vécue par un petit groupe d’hommes et de femmes, dont la Vierge Marie et l’Apôtre Jean, qui ont suivi Jésus au cœur de sa souffrance lors de sa passion et de sa mort sur la Croix. Parmi eux, nous rapporte l’Évangile, se trouvait un Africain, Simon de Cyrène. Il fut chargé d’aider Jésus à porter sa Croix sur le chemin du Golgotha. Cet homme, bien involontairement, est venu en aide à l’Homme des douleurs, abandonné par tous les siens et livré à une violence aveugle. L’histoire rapporte donc qu’un Africain, un fils de votre continent, a participé, au prix de sa propre souffrance, à la peine infinie de Celui qui rachetait tous les hommes, y compris ses bourreaux. Simon de Cyrène ne pouvait pas savoir qu’il avait son Sauveur devant les yeux. Il a été « réquisitionné » pour l’aider (cf. Mc 15, 21) ; il a été contraint, forcé à le faire. Il est difficile d’accepter de porter la croix d’un autre. Ce n’est qu’après la résurrection qu’il a pu comprendre ce qu’il avait fait. Ainsi en va-t-il de chacun de nous, frères et sœurs : au cœur de la détresse, de la révolte, le Christ nous propose sa présence aimante même si nous avons du mal à comprendre qu’Il est à nos côtés. Seule la victoire finale du Seigneur nous dévoilera le sens définitif de nos épreuves.

Ne peut-on pas dire que tout Africain est en quelque sorte membre de la famille de Simon de Cyrène ? Tout Africain et tout homme qui souffrent, aident le Christ à porter sa Croix et montent avec lui au Golgotha pour ressusciter un jour avec lui. En voyant l’infamie dont Jésus est l’objet, en contemplant son visage sur la Croix, et en reconnaissant l’atrocité de sa douleur, nous pouvons entrevoir, par la foi, le visage rayonnant du Ressuscité qui nous dit que la souffrance et la maladie n’auront pas le dernier mot dans nos vies humaines. Je prie, chers frères et sœurs, pour que vous sachiez vous reconnaître dans ce ‘ Simon de Cyrène ’. Je prie, chers frères et sœurs malades, pour que beaucoup de ‘ Simon de Cyrène ’ viennent aussi à votre chevet.

Depuis la résurrection et jusqu’à nos jours, nombreux sont les témoins qui se sont tournés, avec foi et espérance, vers le Sauveur des hommes, en reconnaissant sa présence au cœur de leur épreuve. Le Père de toutes les miséricordes accueille toujours avec bienveillance la prière de celui qui se tourne vers Lui. Il répond à notre appel et à notre prière, comme Il le veut et quand Il veut, pour notre bien et non pas suivant nos désirs. A nous de discerner sa réponse et d’accueillir les dons qu’Il nous offre comme une grâce. Fixons notre regard sur le Crucifié, avec foi et courage, car de Lui nous viennent la Vie, le réconfort, les guérisons. Sachons regarder Celui qui veut notre bien et sait essuyer les larmes de nos yeux. Sachons nous abandonner dans ses bras, comme un petit enfant dans les bras de sa mère !

Les saints nous en ont donné un bel exemple par leur vie entièrement remise à Dieu, notre Père. Sainte Thérèse d’Avila, qui avait placé son monastère sous le patronage de saint Joseph, a été guérie d’une souffrance le jour même de sa fête. Elle disait qu’elle ne l’avait jamais prié en vain et le recommandait à tous ceux qui prétendaient ne pas savoir prier : « Je ne comprends pas, écrivait-elle, comment on peut penser à la Reine des anges et à tout ce qu’elle essuya de tribulations, durant le bas âge du divin Enfant Jésus, sans remercier saint Joseph du dévouement si parfait avec lequel il vint au secours de l’un et de l’autre. Que celui qui ne trouve personne pour lui enseigner l’oraison choisisse cet admirable saint pour maître, il n’aura pas à craindre de s’égarer sous sa conduite » (Vie, 6). D’intercesseur pour la santé du corps, la sainte voyait en saint Joseph un intercesseur pour la santé de l’âme, un maître d’oraison, de prière.

Choisissons-le, nous-aussi, comme maître de prière ! Non seulement nous qui sommes en bonne santé, mais vous aussi, chers malades, et toutes les familles. Je pense tout particulièrement à vous qui faites partie du personnel hospitalier, et à tous ceux qui travaillent dans le monde de la santé. En accompagnant ceux qui souffrent, par votre attention et par les soins que vous leur accordez, vous accomplissez un acte de charité et d’amour que Dieu reconnaît : « J’étais malade, et vous m’avez visité » (Mt 25, 36). À vous, chercheurs et médecins, il revient de mettre en œuvre tout ce qui est légitime pour soulager la douleur ; il vous appartient en premier lieu de protéger la vie humaine, en étant les défenseurs de la vie, depuis sa conception jusqu’à son terme naturel. Pour tout homme, le respect de la vie est un droit et en même temps un devoir, car toute vie est un don de Dieu. Je veux, avec vous, rendre grâce au Seigneur pour tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, œuvrent au service des personnes qui souffrent. J’encourage les prêtres et les visiteurs de malades à s’engager par leur présence active et amicale au sein d’une aumônerie dans les hôpitaux ou à assurer une présence ecclésiale à domicile, pour le réconfort et le soutien spirituel des malades. Conformément à sa promesse, Dieu vous donnera le juste salaire et vous récompensera au ciel.

Avant de vous saluer plus personnellement, puis de vous quitter, je veux assurer chacun de vous de ma proximité affectueuse et de ma prière. Je souhaite aussi vous exprimer mon désir qu’aucun de vous ne se sente jamais seul. C’est en effet à tout homme, créé à l’image du Christ, qu’il revient de se faire proche de son prochain. Je vous confie tous et toutes à l’intercession de la Vierge Marie, notre Mère, et à celle de saint Joseph. Que Dieu nous accorde d’être les uns pour les autres, des porteurs de la miséricorde, de la tendresse et de l’amour de notre Dieu et qu’Il vous bénisse !

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PUBLICATION DE L'INSTRUMENTUM LABORIS

PAROLES DU PAPE BENOÎT XVI

Stade Amadou Ahidjo de Yaoundé
Jeudi 19 mars 2009

Chers Frères dans l’Épiscopat,
Présidents des Conférences épiscopales nationales
et régionales d’Afrique et de Madagascar,

Voici quatorze ans, le 14 septembre 1995, mon vénéré prédécesseur le Pape Jean-Paul II signait ici même à Yaoundé, l’exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa. Aujourd’hui, c’est une grande joie pour moi de vous remettre le texte de l’Instrumentum laboris de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, qui se tiendra à Rome en octobre prochain. Le thème de cette Assemblée “ L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix”, qui se situe dans la continuité d’Ecclesia in Africa, est d’une grande importance pour la vie de votre continent, mais aussi pour la vie de l’Église universelle. L’Instrumentum laboris est le fruit de votre réflexion, à partir des aspects importants de la situation ecclésiale et sociale de vos pays d’origine. Il reflète le grand dynamisme de l’Église en Afrique, mais aussi les défis auxquels elle est affrontée et que le Synode devra examiner. Ce soir, j’aurai l’occasion de m’entretenir plus longuement sur ce thème avec les membres du Conseil spécial pour l’Afrique du Synode des Évêques. Je souhaite donc vivement que les travaux de l’Assemblée synodale contribuent à faire grandir l’espérance pour vos peuples et pour le continent tout entier ; qu’ils contribuent à insuffler à chacune de vos Églises locales un nouvel élan évangélique et missionnaire au service de la réconciliation, de la justice et de la paix, selon le programme donné par Seigneur lui-même : "Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde" (Mt 5, 13.14). Que la joie de l’Église en Afrique de célébrer ce Synode soit aussi la joie de l’Église universelle !

Et vous chers frères et sœurs, qui entourez ici vos Évêques, représentant en quelque sorte l’Église présente parmi tous les peuples de l’Afrique, je vous invite à porter dans la prière la préparation et le déroulement de ce grand événement ecclésial. Que la Reine de la Paix, soutienne les efforts de tous les artisans de réconciliation, de justice et de paix ! Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous !

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CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE
À L'OCCASION DE LA PUBLICATION
DE L’INSTRUMENTUM LABORIS (document)

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Stade Amadou Ahidjo de Yaoundé
Jeudi 19 mars 2009

Chers Frères dans l’Episcopat,
Chers frères et sœurs,
Loué soit Jésus-Christ qui nous réunit aujourd’hui sur ce stade, afin de nous faire pénétrer plus profondément dans sa vie !

Jésus-Christ nous rassemble en ce jour où l’Église, ici au Cameroun, comme sur toute la terre, célèbre la fête de saint Joseph, époux de la Vierge Marie. Je commence par souhaiter une très bonne fête à tous ceux qui, comme moi, ont reçu la grâce de porter ce beau nom, et je demande à saint Joseph de leur accorder une protection spéciale en les guidant vers le Seigneur Jésus Christ tous les jours de leur vie. Je salue aussi les paroisses, les écoles et les collèges, les institutions qui portent le nom de saint Joseph. Je remercie Mgr Tonyé Bakot, Archevêque de Yaoundé, pour ses aimables paroles et j’adresse un salut chaleureux aux représentants des Conférences épiscopales d’Afrique venus à Yaoundé à l’occasion de la publication de l’Instrumentum laboris de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques.

Comment pouvons-nous entrer dans la grâce spécifique de ce jour ? Tout à l’heure, à la fin de la messe, la liturgie nous dévoilera le point culminant de notre méditation, quand elle nous fera dire : « Par cette nourriture reçue à ton autel, Seigneur, tu as rassasié ta famille, heureuse de fêter saint Joseph ; garde-la toujours sous ta protection et veille sur les dons que tu lui as faits ». Vous le voyez, nous demandons au Seigneur de garder toujours l’Église sous sa constante protection – et Il le fait ! – exactement comme Joseph a protégé sa famille et a veillé sur les premières années de Jésus enfant.

L’Évangile vient de nous le rappeler. L’Ange lui avait dit : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse » (Mt 1, 20) et c’est exactement ce qu’il a fait : « Il fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt 1, 24). Pourquoi saint Matthieu a-t-il tenu à noter cette fidélité aux paroles reçues du messager de Dieu, sinon pour nous inviter à imiter cette fidélité pleine d’amour ?

La première lecture que nous venons d’entendre ne parle pas explicitement de saint Joseph, mais elle nous apprend beaucoup de choses sur lui. Le prophète Nathan va dire à David, sur l'ordre de Dieu lui-même : « Je te donnerai un successeur dans ta descendance » (2 S 7, 12). David doit accepter de mourir sans voir la réalisation de cette promesse, qui s’accomplira « quand [sa] vie sera achevée » et qu’il reposera « auprès de [ses] pères ». Ainsi, nous voyons qu’un des vœux les plus chers de l’homme, celui d'être le témoin de la fécondité de son action, n’est pas toujours exaucé par Dieu. Je pense à ceux parmi vous qui sont pères et mères de famille : ils ont très légitimement le désir de donner le meilleur d’eux-mêmes à leurs enfants et ils veulent les voir parvenir à une véritable réussite. Pourtant, il ne faut pas se tromper sur cette réussite : ce que Dieu demande à David, c’est de Lui faire confiance. David ne verra pas lui-même son successeur, celui qui aura un trône « stable pour toujours » (2 S 7, 16), car ce successeur annoncé sous le voile de la prophétie, c’est Jésus. David fait confiance à Dieu. De même, Joseph fait confiance à Dieu, quand il écoute son messager, son Ange, lui dire : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint » (Mt 1, 20). Joseph est, dans l’histoire, l’homme qui a donné à Dieu la plus grande preuve de confiance, même devant une annonce aussi stupéfiante.

Et vous, chers pères et chères mères de famille qui m’écoutez, avez-vous confiance en Dieu qui fait de vous les pères et les mères de ses enfants d’adoption ? Acceptez-vous qu’Il compte sur vous pour transmettre à vos enfants les valeurs humaines et spirituelles que vous avez reçues et qui les feront vivre dans l’amour et le respect de son saint Nom ? Aujourd’hui où tant de personnes sans scrupule cherchent à imposer le règne de l’argent au mépris des plus démunis, il vous faut être très attentifs. L’Afrique en général, et le Cameroun, en particulier, sont en danger s’ils ne reconnaissent pas le Véritable Auteur de la Vie ! Frères et sœurs du Cameroun et de l’Afrique, vous qui avez reçu de Dieu tant de qualités humaines, ayez soin de vos âmes ! Ne vous laissez pas fasciner par de fausses gloires et de faux idéaux ! Croyez, oui, continuez à croire que Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, est le Seul qui vous aime vraiment comme vous l’attendez, qu’Il est le seul à pouvoir vous combler, à pouvoir donner la stabilité à vos vies. Le Christ est l’unique chemin de Vie.

Seul Dieu pouvait donner à Joseph la force de faire confiance à l’Ange. Seul Dieu vous donnera, chers frères et sœurs qui êtes mariés, la force d’élever votre famille comme Il le veut. Demandez-le Lui ! Dieu aime qu’on Lui demande ce qu’Il veut donner. Demandez-Lui la grâce d’un amour véritable et toujours plus fidèle, à l’image de son propre amour. Comme le dit magnifiquement le psaume : son « amour est bâti pour toujours, [sa] fidélité est plus stable que les cieux » (Ps 88, 3).

Comme sur d’autres continents, aujourd’hui, la famille connaît effectivement, dans votre pays et dans le reste de l’Afrique, une période difficile que sa fidélité à Dieu l’aidera à traverser. Certaines valeurs de la vie traditionnelle ont été bouleversées. Les rapports entre générations ont évolué de telle manière qu'ils ne favorisent plus comme avant la transmission des connaissances antiques et de la sagesse héritée des aïeux. Trop souvent, on assiste à un exode rural comparable à celui que de très nombreuses périodes humaines ont connues elles aussi. La qualité des liens familiaux s’en trouve profondément affectée. Déracinés et fragilisés, les membres des jeunes générations, souvent - hélas ! - sans véritable travail, cherchent des remèdes à leur mal de vivre dans des paradis éphémères et artificiels importés dont on sait qu’ils ne parviennent jamais à assurer à l’homme un bonheur profond et durable. Parfois aussi l’homme africain est contraint à fuir hors de lui-même et à abandonner tout ce qui faisait sa richesse intérieure. Confronté au phénomène d’une urbanisation galopante, il quitte sa terre, physiquement et moralement, non pas comme Abraham pour répondre à l’appel du Seigneur, mais pour une sorte d’exil intérieur qui l'écarte de son être même, de ses frères et sœurs de sang et de Dieu lui-même.

Y a-t-il là une fatalité, une évolution inévitable ? Certes non ! Plus que jamais, nous devons « espérer contre toute espérance » (Rm 4, 18). Je veux saluer ici avec admiration et reconnaissance le travail remarquable réalisé par d’innombrables associations qui encouragent la vie de foi et la pratique de la charité. Qu’elles en soient chaleureusement remerciées ! Qu’elles trouvent dans la Parole de Dieu un regain de force pour mener à bien tous leurs projets au service d’un développement intégral de la personne humaine en Afrique, et notamment au Cameroun !

La première priorité consistera à redonner sens à l’accueil de la vie comme don de Dieu. Pour l’Ecriture Sainte comme pour la meilleure sagesse de votre continent, l’arrivée d’un enfant est une grâce, une bénédiction de Dieu. L’humanité est aujourd’hui conviée à modifier son regard : en effet, tout être humain, tout petit d’homme, aussi pauvre soit-il, est créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (Gn 1, 27). Il doit vivre ! La mort ne doit pas l’emporter sur la vie ! La mort n’aura jamais le dernier mot !

Fils et filles d'Afrique, n’ayez pas peur de croire, d’espérer et d’aimer, n’ayez pas peur de dire que Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie, et que par Lui seulement nous pouvons être sauvés. Saint Paul est bien l’auteur inspiré que l’Esprit Saint a donné à l’Église pour y être le « docteur des nations » (1 Tm 2, 7), lorsqu’il nous dit qu’Abraham « espérant contre toute espérance, a cru et est ainsi devenu le père d’un grand nombre de peuples, selon la Parole du Seigneur : Vois quelle descendance tu auras ! » (Rm 4, 18).

« Espérant contre toute espérance » : n’est-ce pas une magnifique définition du chrétien ? L’Afrique est appelée à l’espérance à travers vous et en vous ! Avec le Christ Jésus, qui a foulé le sol africain, l’Afrique peut devenir le continent de l’espérance ! Nous sommes tous membres des peuples que Dieu a donnés comme descendance à Abraham. Chacun et chacune d’entre nous est pensé, voulu et aimé par Dieu. Chacun et chacune d’entre nous a son rôle à jouer dans le plan de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. Si le découragement vous envahit, pensez à la foi de Joseph ; si l’inquiétude vous prend, pensez à l’espérance de Joseph, descendant d’Abraham qui espérait contre toute espérance ; si le dégoût ou la haine vous saisit, pensez à l’amour de Joseph, qui fut le premier homme à découvrir le visage humain de Dieu, en la personne de l’Enfant conçu par l’Esprit Saint dans le sein de la Vierge Marie. Bénissons le Christ de s’être fait aussi proche de nous et rendons-Lui grâce de nous avoir donné Joseph comme exemple et modèle de l'amour à son égard.

Chers frères et sœurs, je vous le dis à nouveau de tout cœur : comme Joseph, ne craignez pas de prendre Marie chez vous, c’est-à-dire ne craignez pas d’aimer l’Église. Marie, Mère de l’Eglise, vous apprendra à suivre ses pasteurs, à aimer vos évêques, vos prêtres, vos diacres et vos catéchistes, et à suivre ce qu’ils vous enseignent, à prier aussi à leurs intentions. Vous qui êtes mariés, regardez l’amour de Joseph pour Marie et pour Jésus ; vous qui vous préparez au mariage, respectez votre futur conjoint ou conjointe comme le fit Joseph ; vous qui vous êtes donnés à Dieu dans le célibat, repensez à l’enseignement de l’Église notre Mère : « La virginité et le célibat pour le Royaume de Dieu ne diminuent en rien la dignité du mariage ; au contraire ils la présupposent et la confirment. Le mariage et la virginité sont les deux manières d’exprimer et de vivre l’unique mystère de l'Alliance de Dieu avec son peuple » (Redemptoris custos, 20).

Je voudrais encore adresser une exhortation particulière aux pères de famille puisque saint Joseph est leur modèle. C’est lui qui peut leur enseigner le secret de leur propre paternité, lui qui a veillé sur le Fils de l’Homme. De même, chaque père reçoit de Dieu ses enfants créés à sa ressemblance et à son image. Saint Joseph a été l’époux de Marie. De même, chaque père de famille se voit confier le mystère de la femme à travers sa propre épouse. Comme saint Joseph, chers pères de famille, respectez et aimez votre épouse, et conduisez vos enfants, avec amour et par votre présence avisée, vers Dieu où ils doivent être (cf. Lc 2, 49).

Enfin, à tous les jeunes qui sont ici, j’adresse des paroles d’amitié et d’encouragement : devant les difficultés de la vie, gardez courage ! Votre existence a un prix infini aux yeux de Dieu. Laissez-vous saisir par le Christ, acceptez de Lui donner votre amour et, pourquoi pas, dans le sacerdoce ou la vie consacrée ! C’est le plus haut service. Aux enfants qui n'ont plus de père ou qui vivent abandonnés dans la misère de la rue, à ceux qui sont séparés violemment de leurs parents, maltraités et abusés, et incorporés de force dans des groupes paramilitaires sévissant dans certains pays, je voudrais dire : Dieu vous aime, Il ne vous oublie pas et saint Joseph vous protège ! Invoquez-le avec confiance.

Que Dieu vous bénisse et vous garde tous ! Qu’Il vous donne la grâce d’avancer vers Lui avec fidélité ! Qu’Il donne à vos vies la stabilité pour recueillir le fruit qu’Il attend de vous ! Qu’Il fasse de vous les témoins de son amour, ici, au Cameroun et jusqu’aux extrémités de la terre ! Je Le prie avec ferveur de vous faire goûter la joie de Lui appartenir, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

* * *

RENCONTRE AVEC LES REPRÉSENTANTS
DE LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE DU CAMEROUN

SALUTATION DU PAPE BENOÎT XVI

Nonciature apostolique de Yaoundé
Jeudi 19 mars 2009

Chers amis,

Heureux de l’occasion qui m’est donnée de rencontrer les Représentants de la communauté musulmane du Cameroun, j’exprime mes sincères remerciements à Monsieur Amadou Bello pour les aimables mots d’accueil qu’il m’a adressés en votre nom. Notre rencontre est un signe concret du désir que nous partageons avec tous les hommes de bonne volonté – au Cameroun, dans toute l’Afrique et dans le monde entier – de chercher des occasions d’échanger nos idées sur la contribution essentielle qu’apporte la religion à notre compréhension de la culture et du monde ainsi qu’à une coexistence pacifique de tous les membres de la famille humaine. Au Cameroun, des groupes comme l’Association Camerounaise pour le Dialogue Interreligieux, montrent combien un tel dialogue accroît la compréhension mutuelle et contribue à la construction d’un ordre politique stable et juste.

Le Cameroun abrite des milliers de Chrétiens et de Musulmans qui, souvent, vivent, travaillent et accomplissent leurs pratiques religieuses dans un même voisinage. Tous croient au Dieu unique, miséricordieux, qui jugera les hommes au dernier jour (cf. Lumen Gentium, n. 16). Ensemble, ils témoignent des valeurs fondamentales de la famille, de la responsabilité sociale, de l’obéissance à la loi de Dieu et de la sollicitude bienveillante envers les personnes malades et souffrantes. En fondant leurs vies sur ces vertus et en les enseignant aux jeunes, les Chrétiens et les Musulmans ne montrent pas seulement qu’ils promeuvent le plein développement de la personne humaine, mais aussi qu’ils forgent des liens de solidarité avec leur prochain et font progresser le bien commun.

Mes amis, je crois qu’aujourd’hui une tâche particulièrement urgente de la religion est de dévoiler l’immense potentiel de la raison humaine, qui est elle-même un don de Dieu et que la révélation et la foi fortifient. Loin de réprimer notre capacité de nous comprendre nous-mêmes et de comprendre le monde, la foi dans le Dieu unique l’élargit. Loin de nous dresser contre le monde, elle nous lie à lui. Nous sommes appelés à aider les autres à voir les indices subtils et mystérieux de la présence de Dieu dans le monde qu’il a créé d’une manière merveilleuse et qu’il continue de soutenir par son amour ineffable et universel. Bien qu’en cette vie, nos pensées finies ne puissent jamais saisir directement sa gloire infinie, nous discernons néanmoins des aperçus de celle-ci dans la beauté de ce qui nous entoure. Lorsque des hommes et des femmes laissent le magnifique ordre du monde et la splendeur de la dignité humaine éclairer leurs pensées, ils découvrent que ce qui est « raisonnable » va bien au-delà de ce que les mathématiques peuvent calculer, de ce que la logique peut déduire et de ce que l’expérimentation scientifique peut démontrer ; ce qui est « raisonnable » comprend aussi la bonté et l’attrait inné pour une vie morale droite qui nous est donnée à connaître à travers le langage même de la création.

Cette perception nous incite à chercher tout ce qui est droit et juste, à sortir de la sphère étroite de notre propre intérêt personnel et à agir pour le bien des autres. C’est ainsi qu’une religion authentique élargit l’horizon de la compréhension humaine et est à la base de toute culture humaine authentique. Elle rejette toute forme de violence et de totalitarisme : non seulement à cause des principes de la foi mais aussi d’une raison droite. En effet, religion et raison se renforcent mutuellement car, d’une part, la religion est purifiée et structurée par la raison et, d’autre part, tout le potentiel de la raison est libéré par la révélation et par la foi.

Je vous encourage donc, chers amis Musulmans, à faire pénétrer dans la société les valeurs qui ressortent de cette perspective et qui élèvent la culture humaine, et aussi à inviter d’autres personnes à participer à la construction d’une civilisation de l’amour. Puisse la coopération enthousiaste des Musulmans, des Catholiques et des autres Chrétiens, au Cameroun, être pour les autres Nations africaines un indicateur lumineux de l’énorme potentiel de l’engagement interreligieux pour la paix, la justice et le bien commun !

Avec ces sentiments, je vous exprime encore une fois ma gratitude pour cette heureuse occasion qui m’est donnée de vous rencontrer durant ma visite au Cameroun. Je remercie Dieu Tout-Puissant des grâces qu’il a fait descendre sur vous et sur vos concitoyens, et je prie pour que les liens qui unissent les Chrétiens et les Musulmans dans leur profond respect pour le Dieu unique continuent à se renforcer, afin qu’ils reflètent plus clairement la Sagesse du Tout-Puissant, qui illumine les cœurs de tous les hommes.

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CÉLÉBRATION DES VÊPRES

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Marie Reine des Apôtres au quartier de Mvolyé - Yaoundé
Mercredi 18 mars 2009

Chers Frères Cardinaux et Évêques,
Chers prêtres et diacres, chers frères et sœurs consacrés,
Chers amis membres des autres Confessions chrétiennes,
Chers frères et sœurs!

Nous avons la joie de nous retrouver ensemble pour rendre grâce à Dieu dans cette basilique Marie Reine des Apôtres de Mvolyé qui a été construite à l’endroit où fut édifiée la première église bâtie par les missionnaires spiritains venus porter la Bonne Nouvelle au Cameroun. À l’image de l’ardeur apostolique de ces hommes qui embrassait dans leurs cœurs votre pays tout entier, ce lieu porte en lui symboliquement chaque parcelle de votre terre. C’est donc dans une grande proximité spirituelle avec toutes les communautés chrétiennes où vous exercez votre service, chers frères et sœurs, que nous adressons ce soir notre louange au Père des lumières.

En présence des représentants des autres Confessions chrétiennes, à qui j’adresse mon salut respectueux et fraternel, je vous propose de contempler les traits de saint Joseph à travers les paroles de l’Écriture que nous offre cette liturgie vespérale.

À la foule et à ses disciples, Jésus déclare : « Vous n’avez qu’un seul Père » (Mt 23, 9). Il n’est en effet de paternité que celle de Dieu le Père, l’unique Créateur « du monde visible et invisible ». Il a cependant été donné à l’homme, créé à l’image de Dieu, de participer à l’unique paternité de Dieu (cf. Ep 3, 15). Saint Joseph illustre cela d’une façon saisissante, lui qui est père sans avoir exercé une paternité charnelle. Il n’est pas le père biologique de Jésus dont Dieu seul est le Père, et pourtant il va exercer une paternité pleine et entière. Être père, c’est avant tout être serviteur de la vie et de la croissance. Saint Joseph a fait preuve, en ce sens, d’un grand dévouement. Pour le Christ, il a connu la persécution, l’exil et la pauvreté qui en découle. Il a dû s’installer ailleurs que dans son village. Sa seule récompense fut celle d’être avec le Christ. Cette disponibilité illustre les paroles de saint Paul : « Le maître, c’est le Christ, et vous êtes à son service » (Col 3, 24).

Il s’agit de ne pas être un serviteur médiocre, mais d’être, un serviteur « fidèle et avisé ». La rencontre des deux adjectifs n’est pas fortuite : elle suggère que l’intelligence sans la fidélité comme la fidélité sans la sagesse sont des qualités insuffisantes. L’une dépourvue de l’autre ne permet pas d’assumer pleinement la responsabilité que Dieu nous confie.

Chers frères prêtres, cette paternité, vous avez à la vivre dans le quotidien de votre ministère. En effet, comme le souligne la Constitution conciliaire Lumen Gentium, « de leurs fidèles, qu’ils ont engendrés spirituellement par le baptême et l’enseignement, les prêtres doivent avoir, dans le Christ, un souci paternel » (n. 28). Comment donc alors ne pas revenir sans cesse à la racine de notre sacerdoce, le Seigneur Jésus Christ ? La relation à sa personne est constitutive de ce que nous voulons vivre, lui qui nous appelle ses amis, car tout ce qu’il a appris de son Père, il nous l’a fait connaître (cf. Jn 15, 15). En vivant cette amitié profonde avec le Christ, vous trouverez la vraie liberté et la joie de votre cœur. Le sacerdoce ministériel comporte un lien profond avec le Christ qui nous est donné dans l’Eucharistie. Que la célébration de l’Eucharistie soit vraiment le centre de votre vie sacerdotale, alors elle sera aussi le centre de votre mission ecclésiale. En effet, à travers toute notre vie, le Christ nous appelle à participer à sa mission, à être ses témoins, afin que sa Parole puisse être annoncée à tous. En célébrant ce sacrement au nom et en la personne du Seigneur, ce n’est donc pas la personne du prêtre qui doit être mise au premier plan ; celui-ci est un serviteur, un humble instrument qui renvoie au Christ lui-même s’offrant en sacrifice pour le salut du monde. « Que celui qui commande soit comme celui qui sert » (Lc 22, 26) dit Jésus. Et Origène écrivait : « Joseph comprenait que Jésus lui était supérieur tout en lui étant soumis, et, connaissant la supériorité de son inférieur, Joseph lui commandait avec crainte et mesure. Que chacun y réfléchisse : souvent un homme de moindre valeur est placé au-dessus des gens meilleurs que lui, et il arrive quelquefois que l’inférieur a plus de valeur que celui qui semble lui commander. Lorsque celui qui est élevé en dignité aura compris cela, il ne s’enflera pas d’orgueil à cause de son rang plus élevé, mais il saura que son inférieur peut être meilleur que lui, tout comme Jésus fut soumis à Joseph » (Homélie sur St Luc XX, 5, S.C. p. 287).

Chers frères dans le sacerdoce, votre ministère pastoral demande beaucoup de renoncements, mais il est aussi source de joie. Dans une relation confiante avec vos Évêques, fraternellement unis à l’ensemble du presbytérium, et soutenus par la portion du Peuple de Dieu qui vous est confiée, vous saurez répondre avec fidélité à l’appel que le Seigneur vous a fait un jour, comme il a appelé Joseph à veiller sur Marie et sur l’Enfant-Jésus ! Puissiez-vous demeurer fidèles, chers prêtres, aux promesses que vous avez faites à Dieu devant votre Evêque et devant l’ensemble de la communauté ! Le Successeur de Pierre vous remercie pour votre engagement généreux au service de l’Église, et il vous encourage à ne pas vous laisser troubler par les difficultés du chemin. Aux jeunes qui se préparent à vous rejoindre, comme à ceux qui se posent encore des questions, je voudrais redire ce soir la joie qu’il y a à se donner totalement pour le service de Dieu et de l’Église. Ayez le courage de donner un oui généreux au Christ !

Vous aussi, frères et sœurs qui vous êtes engagés dans la vie consacrée ou dans des mouvements ecclésiaux, je vous invite à tourner votre regard vers saint Joseph. Lorsque Marie reçoit la visite de l’ange lors de l’Annonciation, elle est déjà promise en mariage à Joseph. En s’adressant personnellement à Marie, le Seigneur associe donc déjà intimement Joseph au mystère de l’Incarnation. Celui-ci a consenti à se lier à cette histoire que Dieu avait commencé d’écrire dans le sein de son épouse. Il a alors pris chez lui Marie. Il a accueilli le mystère qui était en elle et le mystère qu’elle était elle-même. Il l’aima avec ce grand respect qui est le sceau des amours authentiques. Saint Joseph nous apprend que l’on peut aimer sans posséder. En le contemplant, tout homme, ou toute femme, peut, avec la grâce de Dieu, être conduit à la guérison de ses blessures affectives à condition d’entrer dans le projet que Dieu a déjà commencé à réaliser dans les êtres qui sont auprès de lui, tout comme Joseph est entré dans l’œuvre de la rédemption à travers la figure de Marie et grâce à ce que Dieu avait déjà fait en elle. Puissiez-vous, chers frères et sœurs engagés dans des mouvements ecclésiaux, être attentifs à ceux qui vous entourent et manifester le visage aimant de Dieu pour les plus humbles, notamment à travers l’exercice des œuvres de miséricorde, l’éducation humaine et chrétienne des jeunes, le service de la promotion de la femme et de tant d’autres manières !

La contribution spirituelle apportée par les personnes consacrées est aussi significative et indispensable à la vie de l’Église. Cet appel à suivre le Christ est un don pour l’ensemble du Peuple de Dieu. Selon votre vocation, en imitant le Christ chaste, pauvre et obéissant, totalement consacré à la gloire de son Père et à l’amour de ses frères et sœurs, vous avez pour mission de témoigner devant notre monde qui en a tant besoin, du primat de Dieu et des biens à venir (cf. Vita consecrata, n. 85). Par votre fidélité sans réserve à vos engagements vous êtes dans l’Église un germe de vie qui grandit au service de la venue du Royaume de Dieu. À tout moment, mais d’une façon particulière lorsque la fidélité est éprouvée, saint Joseph vous rappelle le sens et la valeur de vos engagements. La vie consacrée est une imitation radicale du Christ. Il est donc nécessaire que votre style de vie exprime avec justesse ce qui vous fait vivre et que votre activité ne cache pas votre identité profonde. N’ayez pas peur de vivre pleinement l’offrande de vous-mêmes que vous avez faite à Dieu et d’en témoigner avec authenticité autour de vous . Un exemple vous stimule particulièrement à rechercher cette sainteté de vie, celui du Père Simon Mpeke, dit Baba Simon. Vous savez combien « le missionnaire aux pieds nus » dépensa toutes les forces de son être dans une humilité désintéressée, ayant à cœur de secourir les âmes, sans s’épargner les soucis et les peines du service matériel de ses frères.

Chers frères et sœurs, notre méditation sur le parcours humain et spirituel de saint Joseph, nous invite à prendre la mesure de toute la richesse de sa vocation et du modèle qu’il demeure pour tous ceux et toutes celles qui ont voulu vouer leur existence au Christ, dans le sacerdoce comme dans la vie consacrée ou dans divers engagements du laïcat. Joseph a en effet vécu dans le rayonnement du mystère de l’Incarnation. Non seulement dans une proximité physique, mais aussi dans l’attention du cœur. Joseph nous livre le secret d’une humanité qui vit en présence du mystère, ouverte à lui à travers les détails les plus concrets de l’existence. Chez lui, il n’y a pas de séparation entre la foi et l’action. Sa foi oriente de façon décisive ses actions. Paradoxalement, c’est en agissant, en prenant donc ses responsabilités, qu’il s’efface le mieux pour laisser à Dieu la liberté de réaliser son œuvre, sans y faire obstacle. Joseph est un « homme juste » (Mt 1, 19) parce que son existence est ajustée à la Parole de Dieu.

La vie de saint Joseph, vécue dans l’obéissance à la Parole, est un signe éloquent pour tous les disciples de Jésus qui aspirent à l’unité de l’Église. Son exemple nous incite à comprendre que c’est en se livrant pleinement à la volonté de Dieu que l’homme devient un ouvrier efficace du dessein de Dieu qui désire réunir les hommes en une seule famille, une seule assemblée, une seule ‘ecclesia’. Chers amis membres des autres Confessions chrétiennes, cette recherche de l’unité des disciples du Christ est pour nous un défi majeur. Elle nous conduit d’abord à nous convertir à la personne du Christ, à nous laisser toujours plus attirer par Lui. C’est en lui que nous sommes appelés à nous reconnaître frères, enfants d’un même Père. En cette année consacrée à l’Apôtre Paul, le grand annonciateur de Jésus-Christ, l’Apôtre des Nations, tournons-nous ensemble vers lui, pour écouter et pour apprendre « la foi et la vérité » dans lesquelles sont enracinées les raisons de l’unité parmi les disciples du Christ.

En terminant, tournons-nous vers l’épouse de saint Joseph, la Vierge Marie, « Reine des Apôtres » puisque tel est le vocable sous lequel elle est invoquée comme patronne du Cameroun. Je lui confie la consécration de chacun et de chacune de vous, votre désir de répondre plus fidèlement à l’appel qui vous est adressé et à la mission qui vous est confiée. J’invoque enfin son intercession pour votre beau pays. Amen .

* * *

RENCONTRE AVEC LES ÉVÊQUES DU CAMEROUN

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Eglise Christ-Roi à Tsinga - Yaoundé
Mercredi 18 mars 2009

Monsieur le Cardinal,
Chers Frères dans l’Épiscopat,

Cette rencontre avec les Pasteurs de l’Église catholique au Cameroun est pour moi une grande joie. Je remercie le Président de votre Conférence épiscopale, Mgr Simon-Victor Tonyé Bakot, Archevêque de Yaoundé, pour les aimables paroles qu’il a prononcées en votre nom. C’est la troisième fois que votre pays accueille le Successeur de Pierre et, comme vous le savez, le motif de mon voyage est d’abord une occasion de venir à la rencontre des peuples du bien-aimé continent africain et aussi de remettre aux Présidents des Conférences épiscopales l’Instrumentum laboris de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques. Et ce matin, à travers vous, je voudrais saluer affectueusement tous les fidèles dont vous avez la charge pastorale. Que la grâce et la paix du Seigneur Jésus soient avec chacun de vous, avec toutes les familles de votre grand et beau pays, avec les prêtres, les religieux et les religieuses, les catéchistes et les personnes engagées avec vous dans l’annonce de l’Évangile !

En cette année consacrée à saint Paul, il est particulièrement opportun de nous rappeler l’urgente nécessité d’annoncer l’Évangile à tous. Ce mandat, que l’Église a reçu du Christ, demeure une priorité, car nombreuses sont encore les personnes qui attendent le message d’espérance et d’amour qui leur permettra de « connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8, 21). Avec vous, chers Frères, ce sont donc vos communautés diocésaines tout entières qui sont envoyées pour être des témoins de l’Évangile. Le Concile Vatican II a rappelé avec force que « l’activité missionnaire découle profondément de la nature même de l’Église » (Ad gentes, n. 6). Pour guider et stimuler le Peuple de Dieu dans cette tâche, les Pasteurs doivent être eux-mêmes, avant tout, des prédicateurs de la foi afin d’amener au Christ de nouveaux disciples. L’annonce de l’Évangile est le propre de l’Évêque qui, comme saint Paul, peut lui aussi proclamer : « Annoncer l’Évangile, ce n’est pas là mon motif d’orgueil, c’est une nécessité qui s’impose à moi ; malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile » (1 Co 9, 16). Pour confirmer et purifier leur foi, les fidèles ont besoin de la parole de leur Évêque, qui est le catéchiste par excellence.

Pour assumer cette mission d’évangélisation et répondre aux multiples défis de la vie du monde d’aujourd’hui, au-delà des rencontres institutionnelles, qui sont en soi nécessaires, une profonde communion doit unir les Pasteurs de l’Église. La qualité des travaux de votre Conférence épiscopale, qui reflètent bien la vie de l’Église et de la société camerounaise, vous permet de chercher ensemble des réponses aux multiples défis auxquels l’Église est affrontée et, par vos lettres pastorales, de donner des directives communes pour aider les fidèles dans leur vie ecclésiale et sociale. La vive conscience de la dimension collégiale de votre ministère doit vous pousser à réaliser entre vous les multiples expressions de la fraternité sacramentelle, qui vont de l’accueil et de l’estime réciproque aux diverses attentions de charité et de collaboration concrète (cf. Pastores gregis, n. 59). Une coopération effective entre les diocèses, notamment pour une meilleure répartition des prêtres dans votre pays, ne peut que favoriser les relations de solidarité fraternelle avec les Églises diocésaines plus pauvres afin que l’annonce de l’Évangile ne souffre pas du manque de ministres. Cette solidarité apostolique s’étendra avec générosité aux besoins des autres Églises locales, et en particulier à celles de votre continent. Ainsi il apparaîtra clairement que vos communautés chrétiennes, à l’exemple de celles qui vous ont apporté le message évangélique, sont, elles aussi, une Église missionnaire.

Chers Frères dans l’Épiscopat, l’Évêque et ses prêtres sont appelés à entretenir des relations de communion particulières, fondées sur leur participation à l’unique sacerdoce du Christ, même si c’est à des degrés divers. La qualité des liens avec les prêtres qui sont vos collaborateurs principaux et irremplaçables, est d’une grande importance. En voyant dans leur Évêque un père et un frère qui les aime, qui les écoute et les réconforte dans leurs épreuves, qui porte une attention privilégiée à leur bien-être humain et matériel, ils sont encouragés à assumer pleinement leur ministère de manière digne et efficace. L’exemple et la parole de leur Évêque est pour eux une aide précieuse pour qu’ils accordent à leur vie spirituelle et sacramentelle une place centrale dans leur ministère, les incitant à découvrir et à vivre toujours plus profondément que le propre du pasteur c’est d’être d’abord un homme de prière et que la vie spirituelle et sacramentelle est une richesse extraordinaire qui nous est donnée pour nous-mêmes et pour le bien du peuple qui nous est confié. Je vous invite enfin à veiller avec un soin particulier à la fidélité des prêtres et des personnes consacrées aux engagements pris lors de leur ordination ou de leur entrée dans la vie religieuse, afin qu’ils persévèrent dans leur vocation, pour une plus grande sainteté de l’Église et pour la gloire de Dieu. L’authenticité de leur témoignage exige qu’il n’y ait pas d’écart entre ce qu’ils enseignent et ce qu’ils vivent chaque jour.

Dans vos diocèses, de nombreux jeunes se présentent comme candidats au sacerdoce. Nous ne pouvons qu’en remercier le Seigneur. Il est indispensable qu’un discernement sérieux soit fait. Dans ce but, je vous encourage, malgré les difficultés d’organisation au niveau pastoral qui peuvent parfois en résulter, à donner une priorité au choix et à la formation de formateurs et de directeurs spirituels. Ils doivent avoir une connaissance personnelle et approfondie des candidats au sacerdoce et être en mesure de leur assurer une formation humaine, spirituelle et pastorale solide qui fasse d’eux des hommes mûrs et équilibrés, bien préparés à la vie sacerdotale. Votre soutien fraternel constant aidera les formateurs à accomplir leur tâche dans l’amour de l’Église et de sa mission.

Depuis les origines de la foi chrétienne au Cameroun, les religieux et les religieuses ont apporté une contribution essentielle à la vie de l’Église. Avec vous j’en rends grâce à Dieu et je me réjouis du développement de la vie consacrée parmi les fils et les filles de votre pays, permettant aussi l’expression de charismes propres à l’Afrique dans des communautés nées dans votre pays. En effet, la profession des conseils évangéliques est comme « un signe qui peut et doit exercer une influence efficace sur tous les membres de l’Église dans l’accomplissement courageux des devoirs de leur vocation chrétienne » (Lumen Gentium, n. 44)

Dans votre ministère d’annonce de l’Évangile, vous êtes aussi aidés par d’autres agents pastoraux, notamment par les catéchistes. Dans l’évangélisation de votre pays, ils ont tenu et ils tiennent encore une place déterminante. Je les remercie de leur générosité et de leur fidélité dans le service de l’Église. Par eux se réalise une authentique inculturation de la foi. Leur formation humaine, spirituelle et doctrinale est donc indispensable. Le soutien matériel, moral et spirituel que les pasteurs leur apportent pour accomplir leur mission dans de bonnes conditions de vie et de travail, est aussi pour eux une expression de la reconnaissance par l’Église de l’importance de leur engagement pour l’annonce et le développement de la foi.

Parmi les nombreux défis auxquels vous êtes affrontés dans votre responsabilité de Pasteurs, la situation de la famille vous préoccupe particulièrement. Les difficultés dues notamment à l’impact de la modernité et de la sécularisation sur la société traditionnelle, vous incitent à préserver avec vigueur les valeurs essentielles de la famille africaine et à faire de son évangélisation en profondeur une priorité majeure. En développant la pastorale familiale, vous avez à cœur de favoriser une meilleure compréhension de la nature, de la dignité et du rôle du mariage qui suppose une union indissoluble et stable.

La liturgie tient une place importante dans l’expression de la foi de vos communautés. Généralement ces célébrations ecclésiales sont festives et joyeuses, manifestant la ferveur des fidèles heureux d’être ensemble, en Église, pour louer le Seigneur. Il est donc essentiel que la joie ainsi exprimée ne soit pas un obstacle, mais un moyen pour entrer en dialogue et en communion avec Dieu, par une réelle intériorisation des structures et des paroles de la liturgie, afin que celle-ci traduise ce qui se passe dans le cœur des croyants, en union véritable avec tous les participants. La dignité des célébrations, notamment lorsqu’elles se déroulent avec une grande affluence de participants, en est un signe éloquent.

Le développement des sectes et des mouvements ésotériques ainsi que l’influence de plus en plus grande d’une religiosité superstitieuse et aussi du relativisme, sont une invitation pressante à donner une impulsion nouvelle à la formation des jeunes et des adultes, particulièrement dans les milieux universitaires et intellectuels. Dans cette perspective, je voudrais ici saluer et encourager les efforts de l’Institut catholique de Yaoundé et de toutes les institutions ecclésiales qui ont pour mission de rendre accessibles et compréhensibles à tous la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Église.

Je me réjouis de savoir que, dans votre pays, les fidèles laïcs sont de plus en plus engagés dans la vie de l’Église et de la société. Les nombreuses associations de laïcs qui fleurissent dans vos diocèses, sont le signe de l’œuvre de l’Esprit au cœur des fidèles et elles contribuent à une annonce renouvelée de l’Évangile. J’ai plaisir à souligner et à encourager la participation active des associations féminines dans les différents secteurs de la mission de l’Église, montrant par là une prise de conscience réelle de la dignité de la femme et de sa vocation particulière dans la communauté ecclésiale et dans la société. Je rends grâce à Dieu pour la volonté que les laïcs manifestent de contribuer à l’avenir de l’Église et à l’annonce de l’Évangile chez vous. Par les sacrements de l’initiation chrétienne et par les dons du Saint-Esprit, ils sont habilités et engagés à annoncer l’Evangile en servant la personne et la société. Je vous encourage donc vivement à poursuivre vos efforts pour leur donner une formation chrétienne solide qui leur permette de « jouer pleinement leur rôle d’animation chrétienne de l’ordre temporel (politique, culturel, économique, social), qui est une caractéristique de la vocation séculière du laïcat » (Ecclesia in Africa, n. 75).

Dans le contexte de mondialisation que nous connaissons, l’Église porte un intérêt particulier aux personnes les plus démunies. La mission de l’Évêque le conduit à être le défenseur des droits des pauvres, à susciter et à encourager l’exercice de la charité, manifestation de l’amour du Seigneur pour les petits. De cette manière, les fidèles sont amenés à saisir concrètement que l’Église est une véritable famille de Dieu, réunie dans l’amour fraternel, ce qui exclut tout ethnocentrisme et tout particularisme excessif et contribue à la réconciliation et à la collaboration entre les ethnies pour le bien de tous. Par ailleurs, l’Église, par sa doctrine sociale, veut éveiller l’espérance dans les cœurs des laissés-pour-compte. Aussi est-il du devoir des chrétiens, particulièrement des laïcs qui ont des responsabilités sociales, économiques, politiques, de se laisser guider par la doctrine sociale de l’Église, afin de contribuer à l’édification d’un monde plus juste où chacun pourra vivre dans la dignité.

Monsieur le Cardinal, chers Frères dans l’Épiscopat, au terme de notre rencontre, je voudrais vous redire encore ma joie de me trouver dans votre pays et de rencontrer le peuple camerounais. Je vous remercie de votre accueil chaleureux, signe de la généreuse hospitalité africaine. Que la Vierge Marie, Notre Dame d’Afrique, veille sur toutes vos communautés diocésaines. Je lui confie le peuple camerounais tout entier et, de grand cœur je vous donne une affectueuse Bénédiction apostolique, ainsi qu’aux prêtres, aux religieux et aux religieuses, aux catéchistes et à tous les fidèles de vos diocèses.


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CÉRÉMONIE DE BIENVENUE

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Aéroport international Nsimalen de Yaoundé
Mardi 17 mars 2009


Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs qui représentez ici les Autorités civiles,
Monsieur le Cardinal,
Chers Frères dans l’Épiscopat,
Chers Frères et Sœurs,

Je vous remercie de votre accueil. Et merci à vous, Monsieur le Président, pour les paroles aimables que vous venez de m’adresser. J’apprécie vivement l’invitation qui m’a été faite de venir ici, au Cameroun, et je veux, Excellence, vous en exprimer ma gratitude, ainsi qu’au Président de la Conférence épiscopale nationale, Monseigneur Tonyé Bakot. Je vous salue tous, vous qui m’honorez de votre présence en cette occasion, et je désire vous dire combien je suis heureux de me trouver ici, avec vous, sur la terre d’Afrique pour la première fois depuis mon élection au Siège de Pierre. Je salue chaleureusement mes Frères dans l’Épiscopat ainsi que les prêtres et les fidèles laïcs qui sont ici réunis. Mes salutations respectueuses vont aussi aux Représentants du Gouvernement, aux Autorités civiles et aux membres du Corps diplomatique. Alors que votre pays, comme beaucoup d’autres en Afrique, approche du cinquantième anniversaire de son indépendance, je veux unir ma voix au chœur des félicitations et des vœux fervents que vos amis de par le monde entier vous offriront en cette heureuse circonstance. Dans cette assemblée, je salue aussi avec reconnaissance les membres des autres Confessions chrétiennes et les fidèles des autres religions. En vous joignant à nous aujourd’hui, vous donnez un signe éloquent de la bonne volonté et de l’harmonie qui existent dans ce pays entre les personnes appartenant aux différentes traditions religieuses.

Je viens parmi vous comme un Pasteur, je viens pour confirmer mes frères et sœurs dans la foi. C’est la mission que le Christ a confiée à Pierre à la dernière Cène, et c’est la mission des Successeurs de Pierre. Quand Pierre prêchait aux foules venues à Jérusalem pour la Pentecôte, il y avait, présents parmi eux, des pèlerins provenant d’Afrique. Et, aux premiers siècles du christianisme, le témoignage de nombreux grands saints de ce continent – saint Cyprien, sainte Monique, saint Augustin, saint Athanase, pour n’en nommer que quelques-uns – montre la place remarquable de l’Afrique dans les Annales de l’histoire de l'Église. Depuis lors et jusqu’à nos jours, d’innombrables missionnaires et de nombreux martyrs ont continué de rendre témoignage au Christ dans toute l’Afrique, et aujourd’hui l’Église est bénie par la présence d’environ cent cinquante millions de membres. Comment dès lors, le Successeur de Pierre ne serait-il pas venu en Afrique pour célébrer avec vous la foi au Christ, qui donne la vie ; foi qui soutient et nourrit de si nombreux fils et filles de ce grand continent !

C’est ici, à Yaoundé, qu’en 1995 mon vénéré prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, a promulgué l’Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa, fruit de la Première Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, qui s’était tenue à Rome l’année précédente. Vous avez d’ailleurs voulu célébrer solennellement le dixième anniversaire de ce moment historique dans cette ville même il y a peu. Et maintenant, je viens moi-même pour remettre l’Instrumentum laboris de la Deuxième Assemblée spéciale, qui se tiendra à Rome en octobre prochain. Les Pères du Synode réfléchiront ensemble sur le thème : « L'Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix : "Vous êtes le sel de la terre… vous êtes la lumière du monde" (Mt 5, 13-14) ». A presque dix ans de l’entrée dans le nouveau millénaire, ce moment de grâce est un appel pour l’ensemble des Évêques, des prêtres, des religieux et des religieuses ainsi que des fidèles laïcs de ce continent, à se consacrer avec un élan nouveau à la mission de l'Église : apporter l’espérance au cœur des peuples de l’Afrique et des peuples du monde entier.

Même au sein de grandes souffrances, le message chrétien est toujours porteur d’espérance. La vie de sainte Joséphine Bakhita nous montre de manière lumineuse la transformation que la rencontre avec le Dieu vivant peut apporter à une situation d’injustice et de grande épreuve. Devant la souffrance ou la violence, devant la pauvreté ou la faim, devant la corruption ou l’abus de pouvoir, un chrétien ne peut jamais garder le silence. Le message de salut de l’Évangile doit être proclamé de manière forte et claire, afin que la lumière du Christ puisse briller dans les ténèbres où les gens sont plongés. Ici, en Afrique, tout comme en de si nombreuses régions du monde, des foules innombrables d’hommes et de femmes attendent de recevoir une parole d’espérance et de réconfort. Des conflits régionaux laissent des milliers d’orphelins et de veuves, de sans abri et de démunis. Sur un continent qui, par le passé, a vu tant de ses enfants cruellement déracinés et vendus par delà les mers pour devenir des esclaves, aujourd’hui le trafic des êtres humains, en particulier de femmes et d’enfants sans défense, est devenu une forme nouvelle d’esclavage. Alors que nous connaissons en ce moment une insuffisance de la production alimentaire, des troubles financiers, et des perturbations liées au changement climatique, l’Afrique souffre de façon disproportionnée : de plus en plus d’habitants s’enfoncent dans la pauvreté, victimes de la faim et des maladies. Ils crient leur besoin de réconciliation, de justice et de paix, et c’est ce que l'Église leur offre. Non pas de nouvelles formes d’oppression économique ou politique, mais la glorieuse liberté des enfants de Dieu (cf. Rm 8, 21). Non pas l’imposition de modèles culturels qui ignorent les droits de l’enfant à naître, mais l’eau pure et vivifiante de l’Évangile de la vie. Non pas les amères rivalités interethniques ou interreligieuses, mais le bon droit, la paix et la joie du Royaume de Dieu, si bien décrit par le Pape Paul VI comme civilisation de l’amour (cf. Regina Coeli du dimanche de Pentecôte 1970).

Alors qu’au Cameroun plus d’un quart de la population est catholique, l'Église est en mesure de mener à bien sa mission de réconfort et de réconciliation. Au Centre Cardinal Léger je pourrai constater par moi-même la sollicitude pastorale de cette Église locale envers les personnes malades et souffrantes ; et il est particulièrement souhaitable que les malades du sida puissent recevoir dans ce pays un traitement gratuit. L’éducation est un autre aspect essentiel du ministère de l'Église : maintenant nous pouvons voir les efforts de générations de missionnaires enseignants porter des fruits quand nous contemplons l’œuvre accomplie par l’Université catholique d’Afrique centrale, qui est un signe de grande espérance pour l’avenir de cette région.

Car le Cameroun est bien une terre d’espérance pour beaucoup d’hommes et de femmes de cette région centrale de l’Afrique. Des milliers de réfugiés, fuyant des pays dévastés par la guerre, ont été accueillis ici. C’est une terre de la vie où le gouvernement parle clairement pour la défense des droits des enfants à naître. C’est une terre de paix : à travers le dialogue qu’ils ont mené, le Cameroun et le Nigeria ont résolu leur différend concernant la péninsule de Bakassi et montré au monde ce qu’une diplomatie patiente peut produire de bon. C’est un pays jeune, un pays béni parce que la population y est jeune, pleine de vitalité et décidée à construire un monde plus juste et plus paisible. A juste titre, le Cameroun est décrit comme une « Afrique en miniature » qui abrite en son sein plus de deux cents groupes ethniques différents capables de vivre en harmonie les uns avec les autres. Voilà bien des motifs pour rendre grâce et louer Dieu !

Venant parmi vous aujourd’hui, je prie pour que l'Église, ici et dans toute l’Afrique, puisse continuer à croître en sainteté, dans le service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Je prie pour que les travaux de la Deuxième Assemblée spéciale du Synode des Évêques fassent briller d’une vive flamme les dons que l’Esprit a répandus sur l'Église en Afrique. Je prie pour chacun d’entre vous, pour vos familles et ceux qui vous sont proches, et je vous demande de vous unir à ma prière pour tous les peuples de ce vaste continent. Que Dieu bénisse le Cameroun ! Et que Dieu bénisse l’Afrique !