Missionnaires d'Afrique


Apollinaire Chishugi, M.Afr.

Formation initiale

Ce qui me tient à cœur

En 1998, j’ai été appelé à quitter ma chère paroisse de Konandugu pour me préparer à la tâche de formateur. Depuis ce temps, ma passion pour ce métier s’est réveillée et je n’épargne aucun effort pour affiner mes outils de travail. Point n’est besoin ici de rappeler les différentes théories relatives à la formation. Notons seulement que ces derniers temps, nous insistons sur le fait que la responsabilité de la formation revient à toute l’équipe des formateurs.

Mes convictions de formateur
J’ai toujours conçu la tâche de formateur comme celle de participer à la construction d’une communauté Missionnaire d’Afrique capable de faciliter la croissance et la maturation des jeunes en état de vocation. Une telle communauté ne devrait pas être différente de celle des apôtres réunis autour du Christ qui vivaient en communion malgré leur différence culturelle, spirituelle, intellectuelle, etc. Avant d’accueillir les jeunes, la communauté des formateurs devrait faire preuve de son attachement au Christ et de sa passion pour l’avenir de notre Société. Il s’avère donc indispensable de soigner les conditions de discernement quand il s’agit de composer les équipes de formateurs, et ne rien laisser au hasard dans leur préparation à cette noble tâche. Dans ce domaine, l’amateurisme et la bonne volonté ne suffisent pas.

Le choix du terme ‘candidats Missionnaires d’Afrique’ pour désigner les jeunes accueillis pour la formation est très significatif. Je conçois alors ma mission comme celle du mentor qui doit veiller à ce que les candidats fassent montre de leur désir de se faire élire par Dieu. Une telle élection suppose des médiations que Dieu utilise pour nous faire connaître son choix. La persévérance des candidats dépend en grande partie de l’intégration de cette nouvelle identité dans leur vie et de l’acceptation des médiations que Dieu utilise pour faire connaître sa volonté.

La joie d’être formateur
Une de mes joies est de sentir que le souci de la formation initiale n’est pas seulement porté par les équipes de formateurs, mais aussi par les confrères de la Province. C’est beau de voir l’enthousiasme avec lequel les candidats, au retour de leur stage ou de leur séjour dans nos communautés, racontent leur admiration devant les confrères sur le terrain. Actuellement, le taux de déperdition vocationnelle a baissé. Le soin apporté à l’animation vocationnelle et au recrutement des formateurs y a certainement contribué. Depuis le Chapitre 2004, la Société ne cesse d’encourager les échanges d’expériences entre formateurs pour harmoniser leurs convictions et faciliter le passage d’une étape à une autre. C’est une joie de savoir que ces échanges s’avèrent efficaces.

Quelques défis de la formation initiale
Un grand nombre de nos maisons de formation se trouvent en Afrique, théâtre de conflits ethniques et géopolitiques. Nos candidats vivent et parfois portent dans leur chair les plaies de cette Afrique meurtrie. Grande est la tentation d’en faire de futurs activistes sociopolitiques. Dans ces conditions, le plus grand défi, à mon avis, est de former des “apôtres et rien que des apôtres”. Il s’agit de former des professionnels de la prière et des hérauts de l’Évangile. Certes, il faudra toujours les former à un “zèle plus qu’ordinaire”, mais il ne s’agit pas de les transformer en zélotes. Dans les zones de fracture, le discours sur la charité est en train de révéler ses limites. L’appel à la justice est en train d’attiser le feu du martyre. Le défi reste celui de lever l’équivoque entre l’héroïsme et le prophétisme ou le martyre. Plus que jamais, les textes du Cardinal à ce propos devraient être revisités.

L’apport des sciences humaines dans la formation au célibat et à la chasteté est considérable. Il reste cependant difficile d’évaluer la maturité affective d’un candidat et de se prononcer sur les garanties de sa fidélité. Certes, le fait d’avoir donné aux candidats la chance de suivre ce genre de sessions tranquillise les formateurs et leur procure un sentiment du devoir accompli. Malheureusement, on peut observer chez l’un ou l’autre jeune missionnaire la même illusion d’avoir tout compris et de se croire capable de gérer par lui-même son affectivité. Ce genre de défi ne peut être relevé que par une vie de prière et par l’épanouissement dans la communauté.

Notre style de vie simple et notre obéissance constituent un autre défi qui n’est pas moindre. La confiance dans la Providence ne rencontre plus d’engouement dans nos maisons de formation, et la tentation de ne pas vivre à la sueur de son front rend malheureux plus d’un confrère. Comment apprendre à nos candidats la joie de vivre librement avec un manque ? Comment partager les valeurs de la démocratie dans nos maisons de formation sans tomber dans le syndicalisme ou le dilettantisme ? Tels sont mes convictions, mes joies et les défis qui se présentent dans mon engagement depuis 2001.

Apollinaire Chishugi, M.Afr.


Tiré du Petit Echo N° 1010 2010/4

 


 

Missionaries of Africa


Apollinaire Chishugi, M.Afr.

Initial Formation

How I see my mission

In 1988, I was called to leave my beloved parish of Konandugu to prepare for the task of becoming a staff member in Formation. Since then, my passion for this profession has awakened and I spare no effort in honing my skills. There is no need whatsoever to recall the various theories relative to Formation. We could just note that in recent times, we insist that all the members of the Formation Team are responsible for the Formation provided.

My Convictions as a Formation Staff Member
I have always understood the task of the Formation Staff Member as someone taking part in the building up of a Missionary of Africa community capable of facilitating the growth and maturation of young men with a vocation quest. Such a community should not be different from the one the Apostles created around Jesus, living in community despite their cultural, spiritual and intellectual divergences, etc. Before receiving young men, the Formation community should demonstrate its attachment to Christ and its enthusiasm for the future of our Society of Missionaries of Africa. It has proved indispensable to refine the conditions of selective judgement when it comes to composing teams of Formation Staff members and to leave nothing to chance in their preparation for this exalted task. Amateurism and good will are not enough in this area.

The choice of vocabulary to designate the young men introduced to Formation is very significant. For the moment, we maintain calling them Missionary of Africa candidates. I then consider my mission as that of a mentor who observes the candidates demonstrating their desire to be chosen by God. Such a selection presupposes the means whereby God informs us of his choice. The perseverance of candidates in our houses largely depends on the integration of this new identity into their lives and in accepting the means whereby God communicates his will.

One of my joys
One of my joys is to feel that the concerns of Initial Formation are borne not only by the Formation Team, but also by the confreres in the Province. It is refreshing to see the enthusiasm with which the candidates, on returning from their shorter or longer stay in our communities, tell of their admiration for the confreres at the cutting edge. Currently, the rate of loss in vocations has dropped. Naturally, the remedies brought to Vocation Promotion and in the recruitment of Formation Staff Members have contributed to this. Since the 2004 Chapter, the Society has continually encouraged an exchange of experience between Formation Staff Members, in order to coordinate their convictions and smooth the passage from one Phase to another. It is consoling to know that those exchanges are proving to be effective.

Some challenges of Initial Formation
A substantial number of our Initial Formation Houses are in Africa, the theatre of ethnic and geopolitical conflicts. Our candidates live through and sometimes bear in their bodies the wounds of a brutalised Africa. It is a great temptation to make of them future socio-political activists. In my opinion, the greatest challenge in these conditions is to train ‘apostles and nothing but apostles’. It is about forming professionals in prayer and heralds of the Gospel. Naturally, we must always shape them towards ‘a more than ordinary zeal’, but not to turn them into zealots. In fault zones, the discourse on charity is in the process of revealing its limitations. The call to justice is dampening the flames of martyrdom. The challenge persists to remove the ambiguity between heroism and the role of prophet or martyr. The Cardinal’s writings should be, more than ever, revisited on this subject.

The contribution of the human sciences in training for celibacy and chastity is considerable. Nevertheless, it is not easy to assess the emotional maturity of a candidate and predict guarantees of his fidelity. Naturally, the fact of having given the opportunity to candidates to follow this kind of session calms the members of the Formation Staff and gives them a satisfying feeling of fulfilling a duty. Unhappily, we can see in one or other young missionary the same illusion of having understood everything and assuming they are able to manage their feelings by themselves. This kind of challenge can only be taken up by a prayer life and by self-development within the community.

Our simple lifestyle and our obedience constitute no less a challenge. Trust in Providence has no attraction in our Formation Houses any more and the temptation of not living by the sweat of one’s brow upsets more than one confrere. How can we teach our candidates the joy of living with a lack or shortage without being labelled strict or behind the times? How can we pass on the values of democracy in our Formation Houses without falling into trade unionism or superficiality? These are the convictions, joys and challenges that have arisen in my commitment to our candidates since 2001.

Apollinaire Chishugi, M.Afr.

From Petit Echo n° 1010 2010/4