Missionnaires d'Afrique


Daniel P. Nana, M.Afr

RDCongo Kinshasa

Formation initiale : expériences, joies et défis

La Société des Missionnaires d’Afrique organise la formation initiale de ses candidats en quatre étapes. Celles-ci visent une formation à vocation holistique. Les candidats sont formés spirituellement dans l’esprit missionnaire afin d’être aptes à témoigner toute leur vie de Jésus Christ, le Missionnaire par excellence. Un autre objectif est qu’ils soient formés sur les plans intellectuel, professionnel, apostolique et communautaire en vue de la vie et du travail en commun. Tout cela dans une communauté internationale afin que tous développent une ouverture d’esprit et du cœur.

Dès le jeune âge, j’ai été frappé par la simplicité et la proximité des prêtres missionnaires qui ont évangélisé ma contrée. J’ignorais qu’ils étaient des Missionnaires d’Afrique. Je les voyais au village, parlant ma langue, mangeant mon tô (pâte de mil) et buvant mon dolo (boisson locale). C’est plus tard que je différencierai prêtres diocésains et prêtres missionnaires. En côtoyant les missionnaires, dans le contexte du ‘venez et voyez’, j’ai remarqué que cette simplicité et cette proximité n’étaient pas seulement un apanage des Pères qui visitaient mon village, mais de tous les Pères Blancs, Missionnaires d’Afrique. Cela m’a aidé davantage à me décider.

Daniel Nana en équipe avec Guy Sawadogo (debout) et Alex MandaEn formation, j’ai encore découvert une autre dimension de cette vie missionnaire : la vie en communauté internationale. Je suis toujours resté fasciné devant cette réalité : des jeunes, venus d’un peu partout, avec des cultures différentes, cherchent à vivre un même idéal, à découvrir l’amour de Dieu et à le rendre visible en le vivant. Tout au long de ma formation, j’ai considéré cette vie de communauté comme étant déjà un témoignage fort pour un monde en proie au nationalisme, au tribalisme, à l’égocentrisme. Je me rappelle qu’en stage, un adolescent me demandait si je connaissais les confrères avec lesquels je vivais avant d’être parachuté dans cette communauté. Je lui ai répondu ironiquement que je n’avais jamais choisi de vivre avec eux. Il insista en affirmant que je lui mentais. Cet entretien m’a revigoré dans ma conviction que cette vie en communauté est un message d’amour pour notre monde : “Que tous soient un afin que le monde croie”. S’il y a une réalité que j’apprécie aujourd’hui chez les Missionnaires d’Afrique, c’est la vie communautaire. Il est vrai qu’il n’y a pas de communauté idéale, mais c’est déjà un témoignage que deux ou trois missionnaires, venant de milieux différents, avec des cultures différentes dans une culture encore différente, œuvrent ensemble. Cette proximité, cette solidarité, cette fraternité sont ‘sel et lumière’ pour nos différents milieux de vie.

Cette proximité, cette fraternité m’ont motivé et ont fertilisé mon cheminement. En effet, en philosophie, entre doute, hésitation et encouragement, ce fut une découverte initiale de ma personne, des autres et de la Société dans la dimension de la vie en équipe. Mes formateurs et d’autres missionnaires rencontrés par-ci par-là m’ont donné le désir de devenir Missionnaire d’Afrique. Aidé par de grands penseurs philosophes, je partais à la conquête de l’indépendance et de la maturité humaine et spirituelle. J’ai admiré la proximité de mes formateurs, leur abnégation à me former humainement, spirituellement et intellectuellement. C’est à ce niveau que j’ai ajouté le mot ‘holistique’ à mon vocabulaire français.

Durant l’année spirituelle, j’ai été marqué par l’internationalité qui a assuré mon épanouissement. J’étais heureux de rencontrer des frères issus d’autres cultures, d’autres pays que le mien. L’année spirituelle fut une expérience forte d’un attachement plus profond au Christ. Entre sessions et accompagnement spirituel, j’ai apprécié l’honnêteté et le sérieux avec lesquels mes formateurs se donnaient afin que je puisse me découvrir moi-même, et découvrir la Société des Missionnaires d’Afrique.

Le stage fut une expérience forte d’immersion dans une culture autre que la mienne. Ce fut la toute première expérience d’une vie en équipe pastorale hors de mon pays. Je me suis senti accueilli, accepté et encouragé. Ce fut une communauté de fraternité qui donnait une place à l’humour. Ma motivation se concrétisait ; grâce à l’internationalité, la diversité, la communauté répondait aux aspirations du cardinal Lavigerie : une communauté vivante, témoin de Jésus-Christ.

La théologie fut le lieu où j’ai appris à dire Dieu selon mes facultés humaines et à essayer de donner des réponses aux différentes inquiétudes et questions de mon temps. Les expériences du stage ont été un appui à la recherche théologique.

Au terme de cette formation initiale, j’ose affirmer qu’une telle formation m’a rassuré de la présence de Dieu dans ma vie, m’a perfectionné et m’a préparé à répondre à de nouvelles situations. Cela fait aujourd’hui ma joie. Des défis, il y en a eu et il y en aura toujours. Tout n’est pas rose sur le rosier ; il y a aussi des épines. Mais roses et épines forment la beauté. Les défis d’une telle formation ont été entre autre pour moi les chocs culturels, l’éloignement des miens pour trois, voire quatre ans, les incompréhensions et le manque de communication dans la vie communautaire.

L’attitude des formateurs
À mon avis, la formation devrait se préparer à relever courageusement ces défis. L’attitude des formateurs est déterminante dans la réalisation de leur mission. Certains marquent positivement les candidats et d’autres sont leurs futurs confrères de communauté. En théologie, les formateurs sont appelés à reconnaître et à valoriser les points forts des candidats ; les points de croissance de ceux-ci devront être non seulement connus, mais aussi une mine à ciel ouvert aux grâces divines. Les points faibles doivent être des sujets de prière. Il serait intéressant de la part des formateurs d’identifier dès le début de cette étape les domaines où les candidats pourraient travailler (formation, enseignement, pastorale, animation vocationnelle, etc.).

La tâche de nommer des formateurs est toujours délicate. Il est important de choisir, dans la mesure du possible, des formateurs qui ont une expérience missionnaire positive, des missionnaires épanouis, connaissant les joies et les peines de la mission. L’un des défis à relever de la part des candidats est celui de l’adaptation. Il est question de s’adapter non seulement à tout le système de formation mais aussi à faire preuve d’une adaptation à la fois horizontale (entre candidats) et verticale (entre formateurs et candidats).

Pour le futur, je crois fermement que les joies et les peines expérimentées durant la période de la formation initiale préparent tout missionnaire aux défis de la vie apostolique.

Daniel P. Nana, M.Afr


Tiré du Petit Echo N° 1010 2010/4
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Missionaries of Africa


Daniel P. Nana, M.Afr

DR Congo Kinshasa

Initial Formation: experiences, joys and challenges

The Society of Missionaries of Africa organises the Initial Formation of its candidates in four phases. These aim at holistic-intended formation, as it is in a missionary spirit that candidates are spiritually formed to be suited to exemplify Jesus Christ, the Missionary par excellence, throughout their lives. Another objective is to form them on the intellectual, professional, apostolic and community level for life and work in common. This takes place in an international community, so that all develop openness of heart and mind.

From an early age, I was struck by the straightforwardness and nearness of the missionary priests who evangelised my area, unaware that they were Missionaries of Africa. I saw them in the village, speaking my language, eating my tô (millet dough) and drinking my dolo (local brew). Later, I was able to distinguish local diocesan priests from missionaries. In closer contact with missionaries when attending ‘Come and See’ programmes, I noticed that this straightforwardness and nearness was not just the prerogative of the Fathers who visited my village, but of all White Fathers, Missionaries of Africa. This helped me more than anything to make up my mind.

Daniel Nana in the team with Guy Sawadogo (standing) and Alex Manda. In formation, I discover international community life as yet another dimension of this missionary existence. I am in admiration of young people from almost everywhere in Africa and from different cultures seeking to live a single ideal, discovering the love of God and living it actively for all to see. Throughout my formation, I could already see this community life as a vibrant testimony for a world in the grip of nationalism, tribalism and egotism. I remember when doing my apostolic practice that a youngster asked me if I had known my confreres with whom I was living before being parachuted into that community. I humorously replied that I had never chosen to live with them. He was totally unconvinced. This conversation renewed my conviction that life in community is a message of love for the world. ‘May they all be one, so that the world may believe.’ If there is one reality which I appreciate today in the Missionaries of Africa, it is community life. While it is true that the ideal community does not exist, it is already a testimony that two or three missionaries from diverse backgrounds and cultures work together within a yet again different culture. This nearness, solidarity and fraternity are ‘salt and light’ for our various contexts of life.

This aspect motivated and developed my vocation journey. Indeed, in philosophy, split between doubt, hesitation and encouragement, the first discovery of my self, others and the Society occurred within the context of team life. Those in charge of my formation and other missionaries I have met here and there have given me the desire to become a Missionary of Africa. With the help of the great philosophers, I set out in quest of independence and spiritual and human maturity. I admired the nearness of those in charge of my formation, their self-sacrifice in forming me humanly, spiritually and intellectually. At this point, I added ‘holistic’ to my French vocabulary.

In the Spiritual Year, I was impressed by the internationality that enabled my further development. I was happy to meet brothers from other cultures and countries than mine. The Spiritual Year was a very meaningful experience of deeper attachment to Christ. Between sessions and spiritual companionship, I appreciated the honesty and sincerity with which those in charge of my formation dedicated themselves so that I could discover my self, as well as the Society of Missionaries of Africa.

The apostolic practice period was a vivid experience of immersion into a culture not of my own. This was the very first experience of parish team life outside my own country. I felt welcomed, accepted and encouraged. It was a fraternal community that made room for humour. My motivation became firmer. Despite internationality and diversity, the community rose to the aspirations of Cardinal Lavigerie: a living community, bearing testimony to Jesus Christ.  
Theology provided the location where I learned to articulate the word ‘God’ according to my human capacities and to attempt responses to the various concerns and doubts of my time. My experiences on apostolic practice were a support for theological research.

At the conclusion of this Initial Formation, I venture to assert that such a formation reassured me of the presence of God in my life, refined my techniques and prepared me to respond to new situations. Today, this makes me content. There have been and there always will be challenges. There is no rose without a thorn; combined, they create the beauty. Amongst others, the challenges of such a formation for me were cultural shocks, separation from my parents for three, even four, years, misunderstandings and lack of communication in community life.

The attitude of those in charge of formation
In my opinion, formation should prepare someone to take up these challenges with courage. The attitude of those in charge of formation is a determining factor in the accomplishment of their mission. Some impress candidates positively and other will be their future confreres in community. In theology, those in charge of formation are called upon to acknowledge and advocate the strong points in candidates; features relative to their growth should not only be known, but also made broadly receptive to Divine Grace.

From the beginning of this phase, it would be practical on the part of those in charge of formation to identify the areas in which the candidate could usefully work (formation, teaching, parish, vocation promotion, etc.) The task of appointing those in charge of formation is always delicate. It is important to choose, where possible, staff members who have a positive missionary experience, contented missionaries, who have experienced the joys and sorrows of mission. One of the challenges to raise with candidates is adaptation. It is about adapting not only to the whole system of formation, but also to demonstrate adaptation both horizontal (between peers) and vertical (between staff and students).

For the future, I firmly believe that the joys and sorrows experienced during the period of Initial Formation prepare any missionary for the challenges of apostolic life.

Daniel P. Nana M.Afr.

From Petit Echo n° 1010 2010/4

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