Missionnaires d'Afrique


Paul Johnston M.Afr

Zambie Kasama

Formation: huit ans après

Chaque confrère dans notre Société a un rôle à jouer dans la formation de nos candidats. Laissée exclusivement à ceux qui en ont la charge dans nos centres de formation, la formation s’appauvrit. Elle doit transcender les murs de nos centres de formation. Toutefois, si une bonne base est posée dans nos centres de formation, le reste de la structure sera sain. C'est ce que je m’efforce de faire depuis huit ans.

Paul Johnston avec Prosper Mbusa, John Amona et Antoon Oostveen, tous formateurs à l’Année spirituelle de Kasama.L’une de mes plus grandes joies est d’avoir l’occasion de jouer un rôle particulier dans la formation des futurs Missionnaires d'Afrique, et de les préparer le mieux possible à faire face aux défis à venir. C'est loin d’être une tâche facile, étant donné notre monde en perpétuel changement, apportant avec lui une nouvelle conception du rôle du missionnaire. Plus récemment, j’étais ravi de revoir quelques-uns de ces étudiants avec lesquels j'avais commencé à Ejisu, et qui sont devenus membres à part entière de notre Société. Ils ont réussi, au moins en ce qui concerne leur formation initiale. Cependant, la formation étant une tâche continuelle, ils doivent toujours rester ouverts, bien que dans un contexte différent.

Ici à Kasama, nous nous considérons comme des grands frères, dont la tâche primordiale consiste à aider nos jeunes frères à mieux discerner leur vocation dans un contexte Missionnaire d'Afrique. J'aime beaucoup cette image. Notre préoccupation majeure ne doit pas être de les bourrer de connaissances, mais de cheminer avec eux afin de les aider à mieux discerner la voix intérieure de Dieu dans leur vie. Nos candidats ont besoin de cours appropriés, de séminaires et de sessions afin de s’équiper pour l'avenir. Mais, par-dessus tout, ils ont besoin d’hommes responsables pour les guider, non seulement dans leurs cheminements individuels en terme de discernement, mais aussi pour les aider à traiter et à donner un sens aux souvenirs souvent douloureux de leur passé. Nous sommes conscients qu'un bon nombre de nos candidats africains viennent de zones de conflits, ce qui rend l’accompagnement spirituel plus que jamais nécessaire afin de traiter de ces questions concrètes, et pas seulement le côté purement spirituel des choses. Il y en a d'autres qui ont vécu des expériences difficiles au sein de leurs familles, et les relations sont tendues. Ceux-là ont besoin d'aide pour faire face à ces questions de manière courageuse. Tout cela nécessite un accompagnement encore plus personnel.

Tout au long de notre programme, il devient évident que tous n’arriveront pas à la fin. En effet, tous ne peuvent supporter le cheminement intérieur nécessaire. Certains réalisent spontanément que ce style de vie n'est pas fait pour eux. Pour diverses raisons, d'autres sont incapables de prendre une telle décision de leur propre gré, et sont invités à abandonner le programme ou à agir de manière à contraindre l'équipe de formation à décider à leur place. Bien que faisant partie du processus de formation, ces départs, tout naturellement, peuvent être des moments tristes dans n'importe quelle maison de formation. Néanmoins, ils ne devraient pas l’être si nous avons aidé nos candidats à parvenir à une décision mûrement réfléchie pour leur vie, et s’ils peuvent quitter avec un sentiment de paix intérieure. Je prie toujours pour que ceux qui nous quittent puissent trouver ailleurs leur vraie vocation dans la vie.

La formation n'est pas statique
Comme on le sait, la formation n'est pas statique. C'est quelque chose de vivant et toujours en mouvement. D'une certaine façon, notre système de formation actuel n'est pas bien compris, notamment par nos confrères aînés qui avaient subi une formation plus stricte et rigoureuse. Il y a beaucoup plus de liberté personnelle offerte à nos candidats aujourd'hui, ce qui rend certains confrères mal à l'aise. Ils pensent que nous devrions ‘serrer la vis’ et revenir au ‘bon vieux temps’. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec eux. La liberté accordée aux candidats les met face à face avec les réalités qui les attendent lorsqu'ils terminent. En d’autres termes, ils sont préparés à affronter les tentations auxquelles ils doivent faire face en vue d’un discernement sain. Il est vrai qu'il existe, dans nos centres de formation, des candidats qui abusent de cette liberté et la poussent à l’extrême. Cependant, la majorité d’entre eux apprécient cette liberté et l’utilisent efficacement dans leur cheminement.

Beaucoup de défis guettent la formation, notamment la manière d’intégrer les nouvelles technologies (téléphones cellulaires, ordinateurs portables, appareils photo numériques) dans notre système de formation ! Néanmoins, de tous les défis auxquels nous sommes confrontés, le plus préoccupant pour moi est comment faire face au nombre sans cesse croissant de candidats entrant dans le processus ? Il s'agit d'un problème qui est déjà à notre porte. Vous me direz peut-être que c'est un défi qui en vaut la peine, car sans sang jeune, notre Société mourra. Mais si nous voulons assurer une formation adéquate à nos candidats, il nous faudra soit créer plus de centres de formation avec encore plus de formateurs, soit chercher les moyens de restructurer le système de formation déjà existant. Certains confrères se plaignent au sujet du nombre de confrères ‘liés’ aux centres de formation. L'avenir, hélas, pourrait en exiger plus encore! Je ne pense pas que la formation leur ‘lie’ les mains, mais elle investit dans l'avenir.

Un nombre élevé de candidats dans les phases antérieures de la formation a une implication supplémentaire pour la période de stage. Cela devient déjà un problème avec la baisse du nombre de communautés et, par conséquent, nous manquons de communautés d’accueil viables pour nos candidats. Quoi qu'il arrive dans ce domaine, il est essentiel que nos stagiaires soient nommés dans des communautés Missionnaires d'Afrique viables où ils pourront faire l’expérience d’une vie communautaire vraie et épanouissante. Il faut prévoir des confrères disposés à cheminer avec eux.

Malheureusement, d’après les contacts que nous avons gardés avec des anciens étudiants de l'Année spirituelle, et qui ont été admis pour l’expérience du stage, un bon nombre quitte parce qu'ils sont placés dans des circonstances extrêmement difficiles et ne reçoivent pas l'appui nécessaire.

Au cours des huit dernières années comme formateur, j'ai été témoin de nombreux jeunes gens (et certains pas si jeunes) qui viennent frapper à notre porte en vue de devenir membres de notre Société. Pour la plupart, leur désir est authentique. Leurs motivations sont réelles et variées. Au centre de cette recherche, il y a, je crois, un vrai désir de servir le monde africain dans le cadre spécifique et le charisme des Missionnaires d'Afrique. La voix de Lavigerie a été entendue dans leur vie et ils viennent pour répondre à cette voix. Ce n'est pas un parcours facile, mais un parcours auquel j'ai le privilège de participer.

Paul Johnston M.Afr


Tiré du Petit Echo N° 1010 2010/4
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Missionaries of Africa


Paul Johnston M.Afr

Zambia Kasama

Eight years later

Every confrere in our Society has a role to play in the formation of our candidates. Formation left only to those in our formation centres is impoverished. It must go beyond the walls of our formation centres. However, if a good foundation is poured in our formation centres, the rest of the structure will be sound. This is what I have been trying to do for the past eight years.

Paul Johnston with Prosper Mbusa, John Amona and Antoon Oostveen, all Formation Staff members of the Kasama Spiritual Year.One of the greatest joys I have had is the opportunity to play a particular role in forming future Missionaries of Africa and preparing them in the best way possible to face the challenges ahead. This is not always an easy task given the ever-changing world in which we live, bringing with it the changing face of the missionary’s role in today’s world. In more recent times, it has given me great joy to see a few of those students with whom I started in Ejisu become full members of our Society. At least as far as their initial formation is concerned, they have succeeded. However, the task of formation is ongoing and they still need to remain open to it, but in a different context.

Here, we speak of ourselves as elder brothers, whose primary task is to help our younger brothers to discern better their vocation within a Missionary of Africa context. This is an image I like very much. Our primary concern should not be to feed them knowledge, but to walk with them in order to help them to discern better the inner voice of God in their lives. Yes, our candidates need applicable courses, seminars and sessions that will equip them for the future, but above all else they need concerned people to guide them, not only on their individual journeys of discernment, but also to help them deal with and make sense of the often painful memories of their past. There is a growing awareness that a number of our African candidates come from areas of conflict making it ever more necessary to deal with counselling issues and not just the spiritual side of things. There are others who have had difficult experiences within their families, and relationships are strained. They need help to deal with such issues in a life-giving manner. All of this requires an even closer, personal accompaniment.

During the course of our programme, it becomes obvious that not all of them will make it to the end. Not all of them can deal with the necessary inner journey. Some realise unaided that this kind of life is not for them. For various reasons, others are unable to take such a decision on their own and are asked to leave the programme or act in ways that force the Formation Team to make the decision for them. Such departures, while a natural part of the formation process, can be sad moments in any Formation Centre; however, they don’t have to be if we have helped our candidates to reach a life-giving decision and they can leave with a sense of inner peace. I always pray that those who leave our programme may find their proper vocation in life.

Formation is not something static
Formation is not something static. It is something alive and on the move. In some ways, our formation programme of today is not understood particularly by our elder confreres who underwent a more strict and rigorous formation. There is a lot more personal freedom extended to our candidates today, which makes some confreres uneasy. They feel we need to “tighten things up” and go back to the “good old days”. I would disagree very much with such confreres. The freedom they are given brings them face-to-face with some of the realities that are waiting for them when they finish.

They are led to confront the temptations they must face if they are to make a healthy discernment. Personal experience has shown that there are candidates in our Formation Centres who abuse this freedom and push it to the limits; however, the majority of our candidates appreciate this freedom and use it effectively on their journey.

There are many challenges in formation among which we find how to integrate new technologies (cellphones, laptops, digital cameras) into our programme. However, of all the challenges I see facing us is: how to cope with the ever increasing number of candidates entering the process? This is a problem that is already on our doorstep. You may say this is a good challenge to have, since without young blood, our Society would die. However, if we want to ensure a proper formation of our candidates, it will mean we will either have to create more Formation Centres with an even larger number of formators or look at ways of re-structuring the already existing formation pro­cess. I have heard some confreres already complaining about the number of confreres “tied up” in the Formation Centres. The future may require even more! I don’t see formation as “tying them up”, as much as investing in the future.

Increased numbers in the earlier stages of formation has a further implication for the period of the ‘stage’. This is already becoming a problem with the decline in numbers of communities and, as a result, we are running out of viable communities for our candidates. Whatever happens in this area, it is essential that our ‘stagiaires’ are appointed to viable Missionary of Africa communities where they can experience true and life-giving community life. There need to be confreres there who will walk with them. It is unfortunate that from contacts we have with past students from the Spiritual Year who have moved on to the ‘stage’ experience, a number leave because they are placed in extremely difficult circumstances and do not receive the necessary support.

Over the past eight years as a formator, I have witnessed many young men (and some not so young) who have come knocking at our door seeking to become members of our Society. For most, their desire is genuine. Their motivations are real and varied. At the centre of this search, I believe, is a true desire to serve the peoples of Africa within the specific framework and charism of the Missionaries of Africa. The voice of Lavigerie has been heard in their lives and they have come to respond to that voice. It is not an easy journey, but one in which I am privileged to participate.

Paul Johnston M.Afr
SFC Kasama


From Petit Echo n° 1010 2010/4

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