Missionaires d'Afrique
Témoignage

Un senior retourne en Afrique

 

Après l'ennui, l'Afrique !


Raymond-Marie Fortin

 

À 74 ans, j'ai accepté de revenir en Afrique. Était-ce une décision sage? En Zambie j'avais travaillé pendant 36 ans dans trois diocèses: Kasama, Mpika et Ndola. J'ai enseigné dans un petit séminaire, dans une école de catéchistes, travaillé en paroisse dirigé un Institut de leadership et servi dans l'administration de la Région. De 1995 à 2003, j'ai été actif dans l'animation missionnaire à Toronto, Canada.

Après des années d'action, mon cœur avait lancé des signaux de détresse mais des pontages m'avaient remis sur pied. Ma santé était assez bonne. À 74 ans, après Toronto, je me suis retrouvé à notre maison de Québec, tout près de ma famille. Je repris contact avec de vieux amis de jeunesse. C'était une vie agréable, confortable. Je faisais très peu de ministère. Je dormais bien mais je m'ennuyais...

C'est alors que Jacques Bédard, assistant provincial de Zambie, vint en vacances au Canada. Nous nous connaissons très bien et nous parlons souvent ensemble, nous racontant nos histoires de Zambie et du Canada. Un jour il me dit: "Raymond, tu sembles t'ennuyer à Québec." - ", c'est bien vrai mais que veux-tu, personne ne voudrait de mes services en Afrique. Ma santé n'est plus ce qu'elle était." Il me répond: "J'ai trois jobs pour toi. Tu pourrais aller à LuaLuo, l'année spirituelle près de Kasama. Ils cherchent un confrère de ton âge pour rendre des petits services et accompagner les jeunes. Tu pourrais aussi aller à Chipata étoffer notre communauté. Et je sais qu'on cherche quelqu'un pour accompagner René Garand à Johannesburg."

Avec les jeunes

Ses offres me laissent songeur. Faut-il considérer un retour en Afrique ? J'en parle avec Mike Merizzi, Provincial de l'ANA. Il répond qu'à cause de mon état de santé il ne serait pas sage de retourner en Zambie. Mais l'Afrique du Sud est une proposition à considérer. J'y pense alors sérieusement car si j'accepte de repartir à mon âge, je reviendrai au Canada trop vieux pour reprendre un ministère. Mais l'idée de rendre service en Afrique pendant quelques années, deux ans ou plus, me fait rêver.

En Afrique du Sud, je sais maintenant qu'on a hésité à m'accepter. On ne me connaissait pas. Un confrère de 74 ans ayant eu des pontages ! On ne veut pas d'un homme à la retraite, mais on souhaite un confrère qui peut aider un peu et faire communauté avec René. Et la conduite dans le trafic fou d'Afrique du Sud ? Finalement, on me dit de venir à l'essai.

avec lion de 3 mois

Après mes premiers six mois à Johannesburg, je décide alors d'y rester plus longtemps. Je ne prends un congé au Canada qu'après 21 mois. Dès mes premiers jours à Jo'burg, on m'offre d'aller dans une paroisse dont le curé, un Oblat de Marie, est malade. J'y célèbre l'eucharistie en fin de semaine, je fais des funérailles, des mariages, je visite des écoles et je rends quelques services. Cela me rend heureux, joyeux, et j'y vois le signe que le Seigneur me veut bien ici. Ensuite on m'invite à célébrer l'eucharistie à la radio catholique. Puis je prêche deux retraites à la radio. J'y donne un témoignage pour le dimanche des missions. J'anime des récollections pour les ministres de l'eucharistie du diocèse. Les diacres et leurs femmes veulent une retraite. Tout s'enchaîne.

En Afrique du Sud, je me suis inséré dans une équipe dynamique et jeune de 18 Missionnaires d'Afrique qui font un travail formidable. Je suis le plus vieux MAfr de cette région et je m'y sens bien. Quelle différence avec Québec où j'étais considéré parmi les jeunes ! On connaît l'histoire de l'apartheid en Afrique du Sud avant 1994. La proclamation de l'Évangile est la priorité des missionnaires. L'Église et les confrères ont agi avec courage malgré le danger. Je suis fier de faire partie de ce groupe.


Prédicateur heureux

Enfin mon ministère est intéressant et... je n'ai pas de responsabilité. Je reste libre de dire que je ne peux pas faire ceci ou cela. Je reste détendu et cela me va très bien. J'espère que je vais durer encore quelques années.

Ma décision de revenir en Afrique était-elle une décision sage ? Est-ce que tous les confrères devraient faire la même chose ? Certainement pas. La demande doit d'abord venir de l'Afrique et l'engagement doit être réévalué régulièrement. À 75 ans, on n'est plus nommé avec une entente de trois ans ! Au Canada, à partir de 70 ans, on a pris l'habitude de donner aux confrères un mandat d'une seule année.

La disponibilité doit ainsi rester totale. Il n'est pas question de s'accrocher. Enfin la santé doit le permettre et le suivi médical doit être possible sur place. Le Seigneur veut que nous vivions pleinement. Jn 10, 10: "Je suis venu pour qu'ils aient la vie en abondance."

Raymond-Marie Fortin




 


Missionaries of Africa
Testimony

A Senior's return to Africa


Raymond-Marie Fortin

 

After boredom, Africa at 74!


I was 74 when I accepted to come back to Africa. Was it wise? I had already been 36 years in Zambia where I worked in three dioceses: Kasama, Mpika and Ndola. I taught in a junior seminary for 11 years, did parish work, taught in a school for catechists, directed an Institute of Leadership, and finally worked in Regional administration for five years. From 1995-2003, I was on missionary promotion in Toronto, Canada.

After these years of intense activity, my heart sent out distress calls, but bypasses put me back on my feet. My health was quite good. I was 74. After Toronto, I was at our Québec house, very close to my family. I resumed contact with old friends and confreres from college. It was all very pleasant and comfortable. I did very little ministry. I slept well but was bored...

Then Jacques Bédard, Assistant Provincial of Zambia came on home leave to Canada. We knew one another very well and often spoke together, swapping stories about Zambia and Canada. One day he said to me, "Raymond, you look bored in Québec." "That is true, but what do you expect, nobody wants my services in Africa. My health is not what it was."

Street youth

He replied, "I have three jobs for you. You could go to LuaLuo, the Spiritual Year near Kasama. They are looking for a confrere of your age to lend a hand and be there for the young men. You could also go to Chipata to bolster our community. In addition, I know they are looking for someone to be with René Garand in Johannesburg."
These offers played on my mind. Should I think about going back to Africa? I spoke with Mike Merizzi, Provincial of ANA. He replied that given my state of health it would not be wise to return to Zambia.

However, South Africa would be a proposition to consider. I then put a lot of thinking into it: if I accept to leave again at my age I would come back to Canada too old to take up ministry once more. Then again, the idea of returning to Africa to lend a hand for a few years, two years or more, left me dreaming.

In South Africa, I now know they hesitated to accept me. They did not know me, a confrere of 74 with bypass surgery! They did not want someone retired, but hopefully a confrere to help out a little and be company for René. Moreover, what about driving in the traffic of South Africa? Finally, I was accepted on a trial basis.

 lion 's cub

After my first six months in Johannesburg, I decided to stay for longer. I did not take home leave for 21 months. From the very start I was offered work in a parish where the parish priest, an OMI, was ill.

There, I celebrated the Eucharist at weekends and conducted funerals and marriages. I met the pupils of the school and was able to lend a hand otherwise. I was happy and joyful and I see in it the sign that the Lord truly wants me here. I was then invited to celebrate the Eucharist broadcast on Catholic Radio. Next, I preached two radio broadcast retreats. I shared my experience for Mission Sunday. I led recollections for Ministers of the Eucharist in the diocese. The deacons and their wives wanted a weekend retreat. Everything dovetailed.

In South Africa, I became part of a young and dynamic team of 18 Missionaries of Africa who are doing a marvellous job. I am the oldest MAfr in this region and I feel good about it. What a difference from Québec where I was considered one of the younger ones! The history of apartheid in South Africa before 1994 is well known. The Missionaries' priority was to preach the Gospel. The Church and the confreres acted with courage in spite of the dangers. I am proud to be part of this group.


Experience sharing.

Finally, my ministry is interesting and I have no responsibilities. I remain free to say I cannot do this or that. I remain relaxed and it suits me. I hope I will last a few years more.

Was my decision to return to Africa wise? Should all confreres do the same? Certainly not. The request must first come from Africa and the commitment has to be regularly re-assessed. At 75, there are no three-year appointments any more! In Canada, after 70, they have adopted the practice of giving confreres a mandate of one year. Readiness to be of service therefore has to be complete.

There is no question of lingering. Finally, health needs to permit it and health checks need to be available on the spot. The Lord wants us to have fullness of life. "I have come so that they may have life and have it to the full." (Jn 10:10.)

Raymond-Marie Fortin