Missionnaires d'Afrique
Robert UBEMU LANGA LANGA M.AfrRapport du XI forum social Mondial à Dakar
6 au 11 février 2011
10 Missionnaires d'Afrique participent à ce Forum :
1) Emmanuel Eadeboa et Gilles Efiyo délégués province Ghana-Nigeria
2) Albéric Minani, Pawel Hulecki, Robert Ubemu et Patient Nshombo Province Afrique de l'Ouest
3) Didasio Mwanza invité par le CCFD
4) Anselm Mahwera invité par le secours catholique
5) Maurice Oudet, intervenant, invité par les organisateurs
6) Jan Heuf de la province du MaghrebRAPPORT DU FORUM SOCIAL MONDIAL DE DAKAR
" UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE "
" Un autre monde est possible ! " C'est le thème central du onzième forum social mondial qui a eu lieu à Dakar, au Sénégal, du 06 au 11 février 2011. Venus de 130 pays du monde, les participants, pour la plupart des personnes engagées dans des services sociaux, des mouvements syndicaux, des ONG de développement et des sociétés civiles, se sont crée un libre espace d'expression, de partage d'expériences et d'analyse de situations qui restreignent la dignité et les droits humains dans leurs milieux respectifs. Pendant une semaine, neuf confrères venus d'Algérie, Allemagne, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Ghana, Kenya, Mali et Nigeria y ont aussi participé en titres divers. Centralisées à l'Université Cheik Anta Diop de Dakar (UCAD), la plupart des activités du forum se déroulaient selon un programme chargé allant de 8h00 à 24h00.
Dimanche 06 février : un début décisif et captivant
Le forum commence par des cérémonies et manifestations d'ouverture : plusieurs manifestations dont la messe et la marche d'ouverture ont eu lieu. Présidée par Monseigneur Adrien Sarr, Archevêque de Dakar, la messe d'ouverture (pour les catholiques) a été célébrée à la paroisse Saints Martyrs de l'Ouganda. Dans son homélie centrée sur le sermon sur la montagne en mt 5,13-16, il a insisté sur le fait que " le chrétien ne doit pas seulement se contenter d'être et de faire comme les autres. Comme le sel dans la nourriture, il doit être capable de pénétrer et transformer la société à tous les niveaux ". La journée a continué et s'est terminée par une marche d'ouverture qui est partie du siège de la radiotélévision nationale au campus central de l'UCAD. Selon les organisateurs, 70.000 personnes y ont pris part. Les confrères y ont participé en différentes étapes selon leurs intérêts et disponibilité.
Lundi 07 février : une journée pour l'Afrique
C'est le jour où commencent la plupart des ateliers et débats sérieux. Au moins 170 conférences et ateliers consacrés à l'Afrique sont prévus pour la journée, en dehors des activités secondaires telles que les marches, les concerts et les expositions diverses. Devant le programme qui paraît plutôt désordonné, nous décidons rapidement de choisir chacun les activités qui l'intéressent et nous retrouver à 18h30 pour faire le résumé de la journée.
Le problème des lieux de rencontre s'est posé parce que le nouveau recteur de l'université avait refusé de respecter les engagements pris par son prédécesseur, si bien que sur les 130 salles promises, seulement 40 environ étaient disponibles, les cours continuant pendant le forum. Résultat : on ne savait pas où se tenaient finalement les rencontres et c'était très désagréable de venir perturber les étudiants pendant leurs cours. Face à cette situation imprévue, des organisateurs ont installé des tentes qui ont servies de lieux de débats. Alors les participants étaient obligés de se déplacer un peu partout à la recherche des nouveaux endroits où se tenaient les rencontres.
En tout 9 conférences ont été suivies sur ces thèmes : " observation des élections en Afrique " ; " l'Afrique et les économies émergentes : comment l'Afrique doit coopérer sans perdre les partenaires traditionnels " ; 3. Critique des anciennes méthodes de coopération... 4. Génération non-violente sur l'éducation à la paix ; 5. Cinquante ans d'indépendance de l'Afrique ; 6. De Lumumba à Sankara ; 7. Accaparement et possession de terre ; 8. Le développement économique en Afrique postindépendance ; 9. L'Aide japonaise au développement en Afrique : procédures, avantages et intérêts japonais en Afrique. Dans tous ces différents ateliers, il a été souligné l'importance de la participation active des citoyens aux décisions et à l'exécution de tous les programmes de l'Etat.
Mardi 08 février : problème de l'Afrique, problème du monde
Nous voilà lancés dans le programme, bravant l'encombrement du lieu et les difficultés dues aux désordres des programmes. Comme convenu la veille, chacun se débrouille et nous nous retrouvons cette fois-ci à 18h00 pour la mise en commun. Des différents ateliers de la journée, voici les thèmes qui retiennent notre attention : 1. La justice fiscale ; 2. L'accaparement de terre ; 3. La démocratie et le progrès social ; 4. De la pauvreté à la dignité ; 5. Ethique de pouvoir : éthique de responsabilité citoyenne ; 6. Ressources naturelles : accès, contrôle et (pauvreté du peuple) ; 7. Extrême pauvreté et gouvernance mondiale ; 8. Les migrations : axes principaux et réalités occultées. Cette deuxième journée accorde encore une place privilégiée à l'Afrique, mais nous découvrons que les problèmes que nous croyons parfois exclusivement africains sont plutôt globaux. Les témoignages de la Grèce, de la France, de l'Inde et du Brésil nous montrent combien les pauvres doivent lutter non seulement pour leur pain quotidien, mais aussi pour le changement des systèmes injustes qui les gardent dans la pauvreté et le manque de dignité. Dans cette lutte, le rôle des organisations des sociétés civiles et leur collaboration dans le monde entier est importante.
Mercredi 09 février : A la rencontre du passé et de l'avenir
La journée commence par une visite sur l'île de Gorée, connue pour son rôle important dans la traite des esclaves. " La maison des esclaves " évoque l'histoire d'une cruauté humaine sans pareille. C'est par ici qu'ont transité des milliers d'esclaves ouest africains vers le nouveau monde. Seulement celui qui, après trois mois de séjour, pesait plus de 50 kilogrammes, pouvait traverser 'la porte de non retour', nous dit le guide maîtrisant du bout de doigt cette histoire plutôt cynique. Les 'non-qualifiés' n'étaient pas pour autant libérés : ils étaient vendus moins chers et servaient dans des maisons des commerçants locaux. Les récalcitrants étaient encagés dans des cachots sous les escaliers, et toute tentative d'évasion pouvait conduire même à la mort. La colline qui surplombe la mer garde encore une histoire très éloquente sur la conquête française dans la région : à coté des différents monuments de rappel, des restes des chars superpuissants de l'époque, solidement plantés dans le sol, font deviner la valeur stratégique de cet ilot pour l'aventure française tant au Sénégal qu'en Afrique de l'Ouest en générale. L'église St Charles Borromée, fondée en 1763, nous montre comment, au milieu de cette horrible histoire humaine, le Christ trouvait aussi son chemin. C'est dans ce sanctuaire que le Pape Jean Paul II, en visite au Sénégal en 1992, a adressé un message de paix, de justice, d'amour et de pardon au monde . Aujourd'hui, 400 chrétiens sur une population totale de 1500 âmes utilisent cette église pour leurs prières et messes dominicales.
Après Gorée, notre visite nous a amenés à un autre endroit impressionnant : le monument de la renaissance africaine, située non loin de l'aéroport. Il s'agit de la statue d'un homme en pleine vigueur dans sa quarantaine, tenant de la main droite sa jeune femme et projetant plus haut, de la main gauche, son enfant dont le doigt pointe encore plus haut dans l'espace, signe d'une vision d'avenir. Avec 56m de haut, ce monument compte 15 étages dont 4 niveaux, du rez-de-chaussée au thorax de l'homme, servent de salles de conférences et d'expositions diverses sur l'histoire du pays et du continent. C'est une 'véritable pyramide subsaharienne', comme le confie un marocain dans notre groupe de visiteurs. Ces sites importants nous révèlent une volonté manifeste d'en finir avec un passé cynique et de s'engager avec bravoure à la conquête d'un avenir plus brillant.
Jeudi 10 février : La présence active des consacrés
Le forum commence dans son allure normal de multiplicité de programmes, mais pour nous, c'est surtout le jour de la rencontre des consacrés avec le personnel du réseau Foi-Justice Afrique-Europe(AEFJN). Néanmoins, dans l'avant-midi, nous participons d'abord à d'autres ateliers sur les thèmes : 1. " Pour une éducation publique de qualité, gratuite, inclusive et accessible "; 2. " Souveraineté alimentaire : renforcer la capacité de la population " ; 3. " Mouvements sociaux guinéens, moteur du processus de la démocratie en Guinée " ; 4. L'exploitation pétrolière et le malheur du peuple au Delta du Niger.
Quant à notre rencontre avec le staff du réseau foi-justice, elle a eu lieu à la paroisse Saint Dominique, située juste en face du Campus principal de l'université. Une centaine de consacrés et laïcs représentant une vingtaine de congrégations, instituts et organisations diocésaines se sont rassemblés dans la salle polyvalente de la paroisse pour s'informer, partager et discuter plus en profondeur sur les activités du réseau AEFJN. Mme Christine Fouarge, travaillant au secrétariat général du réseau à Bruxelles, a commencé d'abord par la présentation du réseau avant de continuer avec la description des thèmes principaux sur lesquels le réseau travail. Il s'agit entre autres de la souveraineté alimentaire, la responsabilité sociétale des entreprises, l'accès à des médicaments de qualité, les armes légères, les accords de partenariat économique et enfin, le changement climatique. Notre confrère Wolfgang Schoneke, à son tour, a expliqué en détail la façon dont les activités sont conduites en pratique. Il s'agit ici de la fréquence des rencontres, de choix des problèmes sur lesquels agir et des méthodes d'action, dont l'information, les motivations, les plaidoyers et la collaboration avec les experts.
Après les partages en petits groupes, il a été noté les suggestions suivantes : la coopération étroite entre le nord et le sud, le besoin d'informations concrètes du nord au sud et vice versa ; des suggestions à l'ONU et à l'UE ; la conscientisation à tout niveau ainsi que l'engagement plus actif des congrégations et des individus aux activités du réseau.
Vendredi, 11 Février : place au concret
Le dernier jour commence avec beaucoup d'activités comme d'habitude, mais celles-ci doivent s'arrêter à midi, pour en finir avec la cérémonie de clôture à 15h00. Avec la même énergie, nous participons à deux activités importantes : une visite en banlieues dakaroises (pour le concret) et une conférence au campus.
Dans les banlieues, les confrères font remarquer les similitudes de ces dernières avec la plupart des banlieues des villes africaines. Un arrêt au bord d'un bassin de rétention d'eau et l'explication de notre guide nous permet de comprendre quelque chose à propos des problèmes d'inondations tant décriées à Dakar. La visite d'un centre de santé de la banlieue nous fait encore plus de lumière sur les conditions de vie des personnes vivant avec le VIH en banlieue. Nous gardons néanmoins une impression positive, surtout à propos des efforts fournis par la population pour garder la propreté même dans la pauvreté.
Pour ceux qui sont restés à l'université, ils sont captivés par une conférence importante sur le thème : " comment en finir avec le soutien politique, économique, financier et militaire aux régimes autoritaires et corrompus : convergence de lutte en France, en Europe et en Afrique ". C'est un thème qui résume d'une façon concrète les efforts nécessaires à fournir pour tout changement positif dans nos sociétés.
Le forum s'est clôturé à 15h00 avec un discours final. Dans notre évaluation finale, nous pouvons ainsi noter une satisfaction générale, malgré la désorganisation dans la matérialisation du programme. Car les thèmes qui y sont développés ainsi que les activités parallèles répondaient bien à nos attentes. En tout, nous avons participé à 23 ateliers et visité trois sites importants. C'était une rencontre à l'échelle mondiale, avec des partages et des débats qui nous ouvrent davantage au monde, faisant tomber des barrières et préjugés, et découvrir avec joie que nous parlons tous le même langage.
Avec nos engagements aux activités concrètes dans nos différents milieux, nous pouvons affirmer sans aucun doute qu'un autre monde est possible et même nécessaire. Nous en sommes reconnaissants à la Société et aux Provinces qui ont envoyé des confrères à ce forum. Notre souhait pour la prochaine fois est que toutes les Provinces y soient représentées.
Robert UBEMU LANGA LANGA M.Afr