Missionnaires d'Afrique

Fr. Patient Nshombo M.Afr

De la couture en couture


Quand j’ai été nommé pour l’animation vocationnelle et ayant comme résidence la paroisse de Kolongo au Mali, un des chrétiens m’a demandé : « Quel est ton métier en tant que Frère ? » Je lui ai répondu que j’étais couturier de métier. Certes, c’est l’image qui est restée pour identifier un Frère. Le Frère c’est un homme de métier… Pour ce chrétien de Kolongo, tout missionnaire Frère devait avoir un métier.

Après mon serment perpétuel, le 18 juillet 1993, je suis retourné au Mali, à Kati où j’ai passé 6 ans dans les activités des jeunes, l’enseignement professionnel pour les apprentis tailleurs de Kati et de Ségou et des centres de promotion féminine.

J’ai été très heureux de l’expérience passée à Kati. Dans la mesure du possible, j’ai essayé d’aller à la rencontre du peuple Bambara, dans sa culture, sa tradition, pour apprendre à le connaître et avec de la patience, et de l’amour, faire route ensemble dans le respect et la richesse de nos différences. Dans tout ce que je faisais, je cherchais à aider l’autre à préparer son avenir et à se sentir heureux. Après une rencontre avec le syndicat des tailleurs de Kati, j’ai décidé d’organiser des stages de perfectionnement pour les apprentis tailleurs qui traînaient dans les ateliers et se laissaient exploiter par leurs patrons qui ont besoin d’une main d’œuvre pour les petits travaux de l’atelier. Certains tail­leurs, quand ils ont vu leurs apprentis progresser, m’ont demandé de suivre à leur tour des cours de coupe-couture des vestons. Ma joie a été de voir ces apprentis devenir autonomes, en ayant leurs ateliers. Des maîtres tailleurs ont compris qu’il ne fallait pas éterniser des apprentis à un niveau très bas, mais les aider à apprendre et à devenir eux aussi des « maîtres tailleurs ».

J’ai quitté Kati le cœur triste de laisser tous les amis et les activités que je faisais. La mission continue et je fais confiance au Seigneur pour la nouvelle étape de ma vie missionnaire.

Après deux ans de formation des formateurs à Lyon et d’études en islamologie à Rome, mes supérieurs m’ont nommé dans la paroisse de Kolongotômo, dans le diocèse de Ségou, pour m’occuper principalement de l’animation vocationnelle et des jeunes.

Aspirants Missionnaires d’Afrique et Alain Fontaine.Certains chrétiens avaient l’habitude de m’appeler « l’oiseau voyageur », « l’homme sans domicile fixe ». C’est parce qu’ils ne comprenaient pas le travail que je faisais ailleurs ou en dehors de la paroisse. Malgré les explications, ils désiraient me voir en permanence dans la paroisse, mais c’était impossible vu le programme chargé d’animation vocationnelle et d’autres sessions dans certains centres de promotion féminine au Mali et au Burkina.

Pendant mon séjour à Kolongo, j’ai compris que ce n’est pas facile de faire partie d’une équipe paroissiale et d’exercer en même temps d’autres fonctions à l’extérieur. Même mes confrères se lamentaient de mes absences dans la paroisse. Le plus important pour moi est de faire mon devoir d’état, d’accomplir ma responsabilité partout où la mission me le demande.

C’est ainsi qu’après 19 mois à Kolongo, le Supérieur général m’a nommé vice-provincial des Missionnaires d’Afrique au Mali.
C’est une responsabilité pas du tout facile, parce que tous les confrères ont leurs yeux braqués sur toi. C’est grâce à la confiance manifestée par mes supérieurs et confrères que j’ai accepté cette mission, cette fonction. I1 s’agit là d’un service d’Église et des confrères. Même si je disais non, il faudrait nécessairement quelqu’un pour ce service à rendre à tous.

Patient au Centre Foi et Rencontre avec Mgr Jean Zerbo.Le 30 juin 2003, nous avons célébré la fête de la mission pour la ville de Bamako-Kati. À cette même occasion, nous avons fait officiellement le rite de passation de fonctions dans la cour de notre maison provinciale, en présence de l’archevêque, Jean Zerbo, des confrères et d’autres agents pastoraux. Là, j’ai senti que c’était sérieux et que je portais dorénavant une grande responsabilité. Ce service n’est pas toujours facile, mais passionnant et enrichissant en même temps. Je ne pourrai pas vous dire le nombre des kilomètres que j’ai parcourus. Un travail qui te met dans une certaine solitude à laquelle tu es confronté. Malgré les critiques que j’entendais, j’ai été content de recevoir des confidences et des encouragements des confrères.

De g. à dr.?:?Patient, Bob Dierckx, Mau­rice Dugay, Otto Katto, Ismael Mendez (stagiaire à Nioro) et deux soeurs carmélites de Sagabari.Après cinq ans comme vice- provincial au Mali, je continue la même responsabilité dans la grande province de l’Afrique de l’Ouest. Même si je n’ai plus le temps matériel de faire la couture à la machine, j’ai le sentiment que j’exerce mon métier auprès des confrères. Au lieu de faire la couture des tissus, ce sont les hommes que j’assemble. La gestion de communautés en difficulté ou divisées nous demande de créer l’unité, d’aider les confrères à s’accepter, comme le tailleur coud deux morceaux de tissus ensemble, quelles que soient leurs couleurs et leurs qualités.

J’ai été heureux d’exercer plusieurs activités variées : auprès des jeunes, des adultes chrétiens et musulmans, et actuellement au service des confrères.

Le travail en équipe m’a beaucoup aidé et continue à me soutenir. J’en rends grâce à Dieu.

Fr. Patient Nshombo M.Afr.


Tiré du Petit Echo N° 1002 2009/6

 


 

Missionaries of Africa

Br. Patient Nshombo M.Afr.


A stitch in time

W hen I was appointed for vocation promotion and was resident in Kolongo parish in Mali, one of the parishioners asked me, ‘What is your profession as a Brother?’ I told him I was a tailor by profession. Admittedly, this is the enduring notion used to identify a Brother. A Brother is a man with a trade or profession. For this parishioner of Kalongo, every Missionary Brother should have a profession.

After my Perpetual Oath on the 18th July 1993, I returned to Mali and Kati where I had spent 6 years in youth activities, giving professional training courses for apprentice tailors of Kati and Segou and for women’s advancement centres.

I was very happy with the experience at Kati. As far as possible, I tried to spend time getting acquainted with the Bambara people in their culture and tradition, learning to get to know them with patience and love, and to journey with them in respect and in recognition of the richness of our differences. In all I did, I tried to help the other person prepare the future and feel happy. After a meeting with the Kati tailors’ union, I decided to organise upgraded courses for apprentice tailors that were marking time in the workshops and were exploited by their bosses who needed cheap labour for small jobs in their workshops. Some tailors, when they saw improvements in their apprentices, asked me if they too could follow courses on tailoring jackets. My joy was to see these apprentices become independent, in their own workshops. Master tailors und­erstand that ap­prentices cannot be kept down forever, but need help to learn how and also become ‘master tailors’ in their turn.

I left Kati with a heavy heart, leaving behind all my friends and activities. The mission goes on, however, and I trusted in the Lord for this new stage in my missionary life. After two years of training at Lyons to become a Formation staff member and Islamology studies at Rome, my Superiors appointed me to Kolongotômo parish in Segou Diocese, mainly to look after vocation promotion and youth.

Missionary of Africa aspirants and Alain Fontaine.Some parishioners were used to calling me ‘the migratory bird’ and ‘of no fixed abode’, because they did not understand the work I was doing elsewhere or outside the parish. Despite explanations, they wanted me to stay put in the parish. However, it was impossible, in view of the programme of vocation promotion and other sessions in some women’s advancement centres in Mali and Burkina.

During my time in Kalongo, I understood that it is not easy to form part of a parish team and at the same time have duties outside. Even confreres complained about my absences from the parish. The most important thing for me was to fulfil my duty of state, carrying out my responsibility wherever the mission required it.

In this way, after 19 months at Kolongo, the Superior General appointed me Vice-Provincial of the Missionaries of Africa in Mali.

It was not at all an easy duty, because all the confreres fix their gaze on you. Thanks to the trust shown to me by my Superiors and confreres, I accepted this mission, this assignment. It is about offering a service to the Church and to confreres. Even if I had refused, there would always be a need for someone to do this service for everyone concerned.

Patient at the Centre for Faith and Encounter with Archbishop Jean Zerbo.We celebrated the festival of the mission for the town of Bamako-Kati. On that same occasion, we performed the official ‘transfer of power’ ritual in the courtyard of our Provincial House in the presence of Archbishop Jean Zerbo, some confreres and other pastoral workers. It was then I realised its importance, and I was to bear a hefty responsibility from then onwards. This duty is not always easy, but it is exciting and enriching at the same time. I cannot tell you the number of kilometres I have covered. It is a job that carries a certain solitude with it that has to be faced. In spite of the criticisms I heard, I was happy to receive confidences and encouragement from confreres.

L.-r.: Patient, Bob Dierkyx, Maurice Dugay, Otto Katto, Ismael Mendez (stagiaire at Nioro) and two Carmelite Sisters from Sagabari.After five years as Vice-Provincial of Mali, I continue the same responsibility in the larger Province of Afrique de l’Ouest. Even if I do not have access to a sewing machine, I have the impression of practicing my profession towards confreres. Instead of tailoring clothes, I join up the materials of men’s lives. Managing communities divided or in difficulty requires us to create unity, to help confreres to accept themselves, like a tailor sewing two pieces of cloth together, no matter their colour or quality.

I was happy to exercise several varied activities: with youth, with Christian and Muslim adults and currently at the service of confreres.

Working in a team helped me greatly and continues to support me. I am grateful to God.

Br. Patient Nshombo M.Afr.

From Petit Echo n° 1000 2009/6