Missionnaires d'Afrique
1957 : Indépendance. 1906 : Fondation de lÉglise au Nord du Ghana.
Nord Ghana : Fêtes du Centenaire de lÉglise
AYEKOO GHANA !
Ayekoo Ghana ! (Tout va bien au Ghana !). Cest là une inscription que lon peut lire sur certains autobus qui sillonnent nuit et jour les routes de cette enclave anglophone en Afrique de lOuest. Dans de nombreux pays dAfrique, ces slogans sont les porte-parole de la sagesse populaire.
Est-ce que tout va vraiment bien au Ghana ? Le pays, dune vingtaine de millions dhabitants et dune superficie de 240,000 km², vient de célébrer 50 années dindépendance. Cinquante ans marqués par de nombreux coups dÉtat. Lancienne Gold Coast (Côte-dOr) a mis du temps à se mettre en route, ballottée entre lidéalisme de Kwame Nkrumah et les réactions des militaires. Aujourdhui, elle semble sur le bon chemin et fait partie des pays africains stables. Selon une information de la revue Jeune Afrique, le Ghana sapprête à prendre une place fort recherchée sur le marché international des bons du trésor : un signe de bonne gouvernance économique. Bien sûr que tout nest pas parfait. La semaine dernière, un journal dAccra titrait en première page : « La pauvreté en forte augmentation dans la capitale ». La corruption est rampante dans de nombreux services publics, linfrastructure routière, en particulier dans les villes, est insuffisante et le chômage des jeunes est important.
Mais le Ghana a des atouts non négligeables. Et le premier, me semble t-il, tient aux qualités humaines de ses habitants. Les relations interpersonnelles sont faites à la fois de franchise, de simplicité, de naturel et dune grande joie de vivre. Un peu partout on trouve des chop bars (gargotes) qui, le soir tombé, sont très animées. Entre bière Guinness et grillades, on discute fort et les conversations sont souvent interrompues par de grands éclats de rire. Jai trouvé aussi que les relations sont empreintes dune certaine humilité, en tout cas, dune grande simplicité. Ainsi à la question : « Comment allez-vous ? », la plupart du temps la réponse est « Small, small » (petit, petit). Le slogan actuel du New Patriotic Party (NPP) au pouvoir est So far, so good ! (Jusquici ça va). Même au pouvoir, on naffiche pas un ego surdimensionné ni des prétentions excessives.
Un autre atout important, je crois, cest un équilibre entre traditions et modernité. Cela se reflète dans les institutions politiques et civiles. Des partis politiques divers, un Président, une assemblée nationale qui vont de pair avec un système de chefferie coutumière. Les chefs ont un rôle souvent déterminant sur toutes les questions locales et leur statut est très respecté parmi les populations. Ce mélange dancien et de nouveau se retrouve aussi dans lhabillement. Hommes et femmes, jeunes et vieux arborent aussi bien le costume traditionnel que le complet-cravate, le tailleur ou le jeans qui, mondialisation oblige, a la préférence des jeunes. En ville, on se déplace beaucoup en vélo mais ces temps derniers des scooters chinois ont fait leur apparition. Bon marché et rutilants, ils sont la fierté des jeunes professionnels, hommes et femmes, qui se rendent au bureau de bon matin. Par contre ce sont les Coréens qui ont emporté le marché des taxis avec les ticos, une petite berline où lon sentasse à cinq ou six, plus les bagages.
Et finalement, le Ghana possède une nature verdoyante et admirable. Le sud et le sud-ouest, tout le pays ashanti, déborde de champs et de forêts. Le climat est chaud et humide et la terre généreuse. Les ignames, bananes et ananas poussent près des cacaoyers, une des richesses agricoles du pays. À mesure que lon monte vers le nord, les villages et les arbres se font plus épars et laissent la place à des arbustes. Lhorizon sélargit et la savane remplace la forêt. Mais les régions de Tamale, de Bolgatanga et de Wa ne sont pas des déserts. Ces dernières trente années, la pluviométrie à Wa, au nord-ouest du pays, affiche 1 000 mm de moyenne. Ce qui nest pas si mal.
Cest le 23 avril 1906 quarrivèrent à Navrongo les premiers missionnaires. Ils venaient du Burkina Faso (Haute Volta) et cherchaient, en passant en territoire britannique, un refuge au cas où le gouvernement de Paris mettrait à exécution la menace dexpulser des territoires coloniaux français tous les missionnaires. Des trois Missionnaires dAfrique (Pères Blancs), le P. Jean-Marie Chollet était Alsacien (lAlsace était alors annexée à lAllemagne), le P. Oscar Morin, Canadien et le Fr. Eugène Gall, Breton. Cette équipe avait du tempérament et de la persévérance. Il leur fallait gagner la confiance des autorités britanniques qui les considéraient parfois comme des espions. Il fallait aussi se faire accepter des populations locales, apprendre leur langue, connaître leurs traditions. Et puis la Grande Guerre arriva et les Pères durent fermer la mission pendant six ans. Néanmoins, les premiers baptêmes avaient eu lieu et une petite communauté chrétienne prenait forme. Après la guerre et quelques hésitations pour savoir si lon devait retourner à Navrongo, lévangélisation des Territoires du nord prit un grand essor et devint préfecture apostolique en 1926 et vicariat en 1934. Le 16 septembre 1946, à Navrongo, Mgr Oscar Morin a ordonné labbé Alexis Abotey (1912-1968), le premier prêtre ghanéen du nord.
On a célébré le centenaire de la Province ecclésiastique de Tamale qui regroupe les cinq diocèses du Nord avec beaucoup denthousiasme. Invité pour la clôture de ce jubilé, ce 23 avril 2007, le Préfet de la Congrégation pour lÉvangélisation des peuples, le cardinal Dias, légat du pape Benoît XVI, a souligné limmense développement spirituel, humain et social engendré par la présence chrétienne. LÉglise catholique est bien présente et son influence importante.
Le Cardinal Dias, préfet de la Congrégation pour lévangélisation des peuples, envoyé spécial du pape Benoît XVI pour la clôture des fêtes du centenaire de lÉglise au nord du Ghana. Pour laccompagner, le pape avait désigné Mgr Roger Aboteyure, du clergé diocésain, et le P. Francis Boomansan, Provincial des MAfr du Ghana.Les grands-messes du centenaire étaient encadrées par des confréries de chevaliers, en uniforme militaire. Cette image un peu folklorique illustrait la participation à la fois joyeuse et recueillie qui a présidé à toutes les célébrations. Plus important encore, lÉglise est en marche vers son second centenaire bien consciente des enjeux de ce troisième millénaire. Parmi les priorités de larchevêque de Tamale, Mgr Gregory Ebo Kpiebaya, jai noté la place de choix donnée au dialogue interreligieux. Les musulmans et les adeptes de la religion traditionnelle sont aussi très nombreux dans cette région et lavenir passe obligatoirement par la rencontre et le dialogue. Nul doute que cela se fera à la mode ghanéenne dans une ambiance détendue et joyeuse mais sans esquiver les questions essentielles. Le diocèse de Damongo a établi, depuis 1994, un Centre pour lédification de la paix et la gestion des conflits. Là se donnent des sessions de formation dartisans de paix et de médiateurs de conflits. Une initiative tout à fait dans la ligne du prochain synode africain sur la réconciliation, la justice et la paix.
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Le P. Gérard Chabanon, Supérieur Général,
au milieu de la procession lors de la célébration qui clôturait lannée du centenaire, le 23 avril 2007.
Ayekoo Ghana ! Alors est-ce que tout va bien au Ghana ? Un voyage de deux semaines ne permet pas de connaître la réalité complexe dun tel pays. Je reste néanmoins avec une impression très favorable. Un dernier exemple. La circulation à Accra et à Kumasi est particulièrement dense et les embouteillages ne manquent pas. Mais le flot des véhicules se fraie un passage sans klaxonner, sans insultes et presque sans policier !
Une visite au Ghana est un bon remède contre lafro-pessimisme. Dès votre arrivée à laéroport de Kotoka à Accra, vous êtes accueillis par de grands sourires et un mot qui donne le ton : Akwaaba ! Bienvenue !
Gérard Chabanon
Supérieur Général
1957 : Independance. 1906 : Foundation of the Church in Northern Ghana.
NORTHERN GHANA: THE CHURCHS CENTENARY
AYEKOO GHANA !
Ayekoo Ghana! (Everythings fine in Ghana!). This is a banner noticeable on certain buses that night and day travel up and down the roads of this Anglophone enclave in West Africa. In many African counties, these slogans are the town criers of popular wisdom.
Is everything really fine in Ghana? This country of twenty million inhabitants with an area of 240,000 km² has just celebrated 50 years of Independence. They were fifty years punctuated by many coups détats. The former Gold Coast took a while to get started, buffeted between the idealism of Kwame Nkrumah and the reaction of the military. Today, it seems to be on the right track and figures among stable African countries. According to a news item in Jeune Afrique magazine, Ghana is preparing to take its much envied place in the International Treasury Bonds Market, a sign of good economic governance. Naturally, not all is perfect. Last week, an Accra newspaper headline read, Steep rise in capitals poverty. Corruption is rampant in many public services, the roads infrastructure, particularly in the towns, is insufficient, and youth unemployment is considerable.
However, Ghana has some significant advantages. The first of these, it seems to me, is in the human qualities of its inhabitants. Interpersonal relations are formed by a combination of openness, simplicity, genuineness and a great zest for life. Chop bars (from the English word for cutting up meat) are to be found almost everywhere and at dusk become very lively. Between Guinness and grills, there are intense discussions and conversations often interrupted by peals of laughter. I discovered also that relations are often stamped with a quality of humility, or in any case, a deep simplicity. Therefore to the question, How are you?, the reply is for the most part, Small, Small. The current slogan of the New Patriotic Party (NPP) in power is So far, so good ! Even in power, there is no flaunting of an oversized ego or over-the-top pretensions!
Another significant advantage in my view is the balance between tradition and modernity. This is reflected in the political and civic institutions. There are various political parties, one president, one national assembly hand-in-hand with a system of customary chieftainship. Chiefs often play a determining role in all local issues and their status is much respected among the population. This blend of old and new is also apparent in dress codes. Men and women, young and old, wear both traditional costume or suit and tie, tailor-made or jeans, that globalisation-compelled, is preferred by youth. In town, people get around on bicycle, although recently, Chinese scooters are making their appearance. Low-priced and gleaming, they are the pride of young men and women professionals coming to work early in the morning. By contrast, the Koreans have cornered the taxi market with Ticos, little four-door saloon cars where five or six people are crammed in with their luggage.
Finally, Ghana enjoys very green and beautiful natural surroundings. The South and Southwest, the whole of Ashanti country, is lush with vegetation and forests. The climate is warm and humid and the soil fertile. Yams, bananas and pineapples grow near cocoa trees, one of the agricultural riches of the country. As one moves North, villages and trees become sparse and give way to shrubs. The horizon expands and savannah replaces forest. However, the regions of Tamale, Bolgatanga or Wa are not deserts. In the last few years, the rain gauge in Wa, in the Northwest of the country, registered an average of 1000mm, which is not too bad.
The first missionaries arrived in Navrongo on the 23rd April 1906. They came from Burkina Faso (Upper Volta) and were seeking refuge by coming into a British Territory, in case the government in Paris implemented the threat of expulsion of all missionaries from French Colonial Territories. The three Missionaries of Africa (White Fathers) were Fr Jean-Marie Chollet from Alsace (then in Germany), Br Eugene Gall from Brittany and Fr Oscar Morin from Canada. This team had character and perseverance. They had to win the trust of the British authorities, who sometimes suspected them of spying. They also needed to become accepted by the local population, learn their language and get to know their traditions. However, the Great War then broke out and the Fathers had to close the mission for six years. Nonetheless, the first baptisms had taken place and a little Christian community was taking shape. After the War and some hesitations to decide whether they would return to Navrongo, the evangelisation of the Northern Territories took a great leap forward. It became a Prefecture Apostolic in 1926, a Vicariate in 1934. On the 16 of September 1946, at Navrongo, Bishop Oscar Morin ordained Father Alexis Abotey (1912-1968), the first priest of North Ghana.
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Cardinal Dias, Prefect of the Congregation for the Evangelisation of Peoples, Special Envoy of Pope Benedict XVI for the closing of the Centenary Celebrations of the Church of Northern Ghana. To accompany him, the Pope designated Mgr Roger Aboteyure, diocesan clergy and Fr Francis Bomansaan, MAfr Provincial of Ghana.The Centenary of the Ecclesiastical Province of Tamale, regrouping the five dioceses of the North, was celebrated with great enthusiasm. Cardinal Dias, Prefect of the Congregation for the Evangelisation of Peoples was invited for the closing of this Jubilee on the 23rd April 2007.
As Papal Legate of Benedict XVI, he underscored the immense spiritual, human and social development engendered by the Christian presence. The Catholic Church is well represented and its influence is considerable. The Solemn High Masses of the Centenary were flanked by Confraternities of Knights. This slightly folk image did not distract from the participation both joyous and meditative that prevailed throughout the celebrations. Even more important, the Church is heading towards its second centenary keenly aware of what is at stake in the third millennium. Among the priorities of Archbishop Gregory Ebo Kpiebaya of Tamale, I noted pride of place given to interreligious dialogue. Muslims and followers of traditional religion are also very numerous in this region and the future necessarily lies in encounter and dialogue. There is no doubt it will be done in Ghanaian fashion, in a relaxed and cheerful atmosphere, without, however, sidestepping crucial matters. Since 1994, the diocese of Damongo has a Centre for Peace Building and Conflict Management. Sessions are held there for architects of peace and mediators of conflicts. It is an initiative directly in line with the next Synod for Africa on Reconciliation, Justice and Peace.
Fr Gérard Chabanon, Superior General,
in the middle of the procession during the closing ceremonies of the Centenary Year, 23 April 2007.
So, is everything fine in Ghana? A two-week journey is not enough to grasp the complex reality of such a country. I nevertheless came away with a very favourable impression. One last example. The traffic in Accra and Kumasi is particularly heavy and traffic jams are frequent. However, the flow of vehicles makes its way through without horns blaring, without insults and almost without policemen!
A visit to Ghana is a good remedy for Afro-pessimism. Right from your arrival at Kotoka Airport in Accra, you are welcomed with broad smiles and a word that sets the tone: Akwaaba! Welcome!
Gérard Chabanon
Superior General