De Jan Heuft Père Blanc en Algérie

Et pour eux il n’ y avait pas de place dans l’auberge…..

En route vers un monde « meilleur »

C’est ainsi que nous faisons souvent le récit de Marie et Joseph de leur route vers Bethlehem ! La situation des tous ces africains migrants ressemble étrangement à ce titre ! Ils étaient nombreux à frapper à notre porte durant cet été et ils le sont encore aujourd’hui ! Comme nous avons tous pu constater par les média ces derniers mois, la situation de ces hommes, femmes et enfants en route vers un monde « meilleur » réel ou imaginaire devient presque intenable. Nous n’avons qu’à nous rappeler les évènements tragiques au Maroc ou encore les images insoutenables de l’incendie à l’aéroport d’Amsterdam où onze migrants périrent dans les flammes. Les frontières deviennent de plus en plus hermétiques et les pays de transit, où traditionnellement la présence des migrants subsahariens était plus ou moins tolérée, elle est de plus en plus soumise à des contrôles et des refoulements.

Une des conséquences de cette situation est que ces personnes se trouvent acculées à rester plus long temps que prévu dans le pays de transit où souvent elles attrapent des maladies par les conditions de vie extrêmement difficiles et pénibles. Parfois elles se font emprisonnées et il arrive que des femmes tombent enceintes sans pourtant trouver le soutien médical nécessaire. C’est ainsi que durant ces derniers mois nous avons été obligés, à trois reprises, à venir en aide par un rapatriement sanitaire d’urgence par avion afin de permettre à ces personnes à mourir dignement dans leur pays d’origine entourées des siennes. D’autres ont pu être admises à l’hôpital soit pour y accoucher, soit pour y suivre une chymio thérapie, soit encore pour y suivre des séances de dialyse. Souvent nous rencontrons un corps médical algérien assez compréhensible, mais parfois aussi les places manquent. Fort heureusement nous avons pu compter sur la maison « Dar Er Rahma » ou encore sur les conseils et l’aide du HCR.

La problématique du migrant a profondément changé

Nous constatons avec tristesse que la problématique du migrant a profondément changé durant ces derniers mois ! S’il s’agissait avant d’une aide financière modeste, aujourd’hui nous nous trouvons devant des grands problèmes assez complexes déjà évoqués ci-dessus, à quoi s’ajoutent des demandes de logements provisoires dans des caves, dans des baraquements ou des maisons en construction. Pour la première fois dans ma vie, j’ai dû aller sur place pour négocier un prix de location d’un abri pour quelque temps vue l’immense détresse dans laquelle se trouvait la personne en question. Ce qui a provoqué par la suite une ruée d’autres migrants sur notre permanence à Alger qui vivaient le même calvaire et réclamaient la même aide. Il est évident que cela fût impossible ! Il nous est même arrivé de rencontrer des migrants d’âge mineur pour lesquels aucune solution n’est envisageable à part le retour forcé vers le pays d’origine !

Dans cette situation nos moyens financiers ont été mis à rudes épreuves et nous avons été emmené à faire des demandes de subventions financières supplémentaires ! Certains fonctionnaires dans les représentations diplomatiques africaines à Alger ont répondu favorablement à cet appel, ainsi que le CCFD de France et nous leur en sommes très reconnaissants. Devant ce tableau assez sombre nous enregistrons un certain nombre de points positifs. Pour la première fois depuis long temps, nous avons eu une dizaine de volontaires pour un retour vers le pays d’origine et qui sont aussi réellement partis. De certains nous avons reçu des emails ou SMS de remerciements pour l’aide reçue. D’autres ont fait un voyage aller – retour (courageusement à pieds ou en autostop) pour revenir tout à fait légalement grâce à un pré inscription dans un institut de formation professionnelle pour lequel l’Association Rencontre et Développement a dû se porter financièrement garante.

Une petite station de service

En conclusion nous nous rendons compte qu’il n’existe aucune solution miracle à ce vaste problème, mais nous pouvons être « une petite station de service » au bord de cette route de migration, pas pour les encourager à poursuivre leur chemin, non plus pour les renvoyer, mais tout simplement pour les écouter, les conseiller et pour soulager la souffrance en cas d’extrême détresse. N’est – ce pas cela notre premier devoir de solidarité avec les plus pauvres ?

Jan Heuft, président de Rencontre et Développement.