De Jan Heuft Père Blanc en Algérie
RENCONTRE ET DEVELOPPEMENT (CCSA)
12 bis, rue des Frères Meslem, 16015 Alger (Gare).
Tel : 00 213 61 53 92 73 Fax : 00 213 21 68 36 00
Courriel : heuft@ifrance.com.
Compte rendu de la Rencontre des différents intervenants sur la problématique de l'immigration sub-saharienne en relation avec Rencontre et Développement.
Les 13 et 14 décembre 2006 se sont réunies à Tamanrasset les personnes qui interviennent pour venir en aide aux migrants sub-sahariens en Algérie, notamment dans le cadre du retour au pays proposé par Rencontre et Développement (CCSA). Etaient présents:
Guy Sawadogo : Stagiaire religieux, burkinabé à Ghardaïa.
Emmanuel Auphan : Econome diocésaine laïc français à Ghardaïa.
Martine Devriendt, religieuse, infirmière, française, à Tamanrasset.
Maëlys et Jean-Michel Jamet, couple laïc, coopérant DCC, français, maison d'accueil du diocèse de Ghardaïa à Tamanrasset.
Antoine Chatelard, prêtre religieux curé de Tamanrasset.
Anselme Mahwera, prêtre religieux, curé de Gao / Mali., tanzanien.
Lucien Gabnoba, laïc, secrétaire à R&D, étudiant à Alger, tchadien
Hamid Fadhel, laïc, secrétaire à R&D, étudiant à Alger, algérien.
Damien Geldreich, laïc, secrétaire général de R&D, coopérant DCC, français.
Jan Heuft, religieux, président de R&D, néerlandais.Nous avons également eu l'honneur de bénéficier de la participation de représentants du CCFD:
Sophie Zaccaria, laïque, suivi financier des projets au CCFD Paris, française.
Christophe Courtin, laïc, directeur des projets au CCFD Paris, français.
Assane Ba, laïc, responsable des projets au CCFD Paris, français.La veille au soir, chacun s'était présenté et avait exposé son engagement auprès des migrants sub-sahariens.
Après avoir souhaité la bienvenue à tout le monde et fait part de sa joie de rencontrer les différents partenaires de Rencontre & Développement, Jan a proposé de commencer la journée par une réflexion propre à chacun afin de répondre à différentes questions:
- Quel regard portez-vous sur les migrants sub-sahariens, mais également algériens ?
- Pour vous qui est-il ? Un aventurier, un paumé, quelqu'un de déterminé ?
- Faîtes-vous une différence entre les migrants illégaux et ceux venant par voie officielle pour leurs études principalement ?
- Ma présence en Algérie, doit-elle uniquement être consacrée aux Algériens, ces migrants me dérangent-ils ?
- Pour les participants de la rencontre d'origine sub-saharienne, comment réagissez-vous face à des compatriotes ? Quel regard portez-vous sur eux ?
- Quelles conséquences a leur présence sur votre vie ?Chacun à son tour les participants ont répondu à ces questions:
Antoine Chatelard: il s'agit d'aventuriers, ils ont voulu l'aventure, ils doivent assumer. Il est rare qu'ils soient de pauvres types, sauf ceux qui se sont fait avoir. La demande de retour au pays à partir de Tamanrasset est exceptionnelle, ils sont déterminés à continuer leur route, car ils reçoivent les appels de concitoyens déjà en Europe ou subissent la pression des membres de leur famille du pays d'origine. En revanche le Père Antoine est très peu concerné par les migrants algériens et n'en a des informations qu'à travers la presse, c'est également rare qu'il soit en contact avec un migrant légal. Souvent ils sont dérangeants car ils frappent à la porte et se présentent toujours de la même manière, avec une attitude suppliante, demandant l'aumône au nom de Dieu. En revanche, l'accueil à la prière est très ouvert, il n'y a pas de risque.
Leur présence a généré une lourde charge de travail durant sa vie, il a dû arrêter il y a 5 ans car il ne pouvait plus assumer tant de travail. Parfois il est en colère car très dérangé lorsque de nombreuses personnes frappent à la porte.Martine Devriendt: depuis 5 ans on peut noter une évolution: si avant les clandestins pouvaient trouver du travail, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les migrants compte parmi eux de pauvres types et d'autres qui se débrouillent. Ceux qui s'adressent à la Sur Martine, c'est pour des raisons médicales, car se faire analyser à l'hôpital est très difficile. Comme le Père Antoine, elle rencontre une certaine catégorie de migrants très difficile à gérer, car très suppliante. C'est dérangeant, car on ne peut pas rester insensible, on reste souvent dans une situation imparfaite.
Emmanuel Auphan: Emmanuel a travaillé durant toute sa vie pour lutter contre l'exode rural en Europe et en Algérie notamment, il se sent donc particulièrement concerné par le phénomène de la migration sub-saharienne. Il y a une distinction à faire selon les pays d'origine. Par exemple on ressent chez les Libériens une perpétuelle errance, un ballottement de droite à gauche. Bien souvent ils vivent dans l'irréalité. Ce n'est pas le cas des Camerounais qui sont plutôt des aventuriers, qui cherchent de l'expérience, veulent affronter l'adversité. Durant sa mission à Tamanrasset il a eu des relations d'amitié très forte avec certains, parfois il s'est également fait rouler. Selon lui le rôle le plus efficace que l'on peut tenir est l'assistance médicale, car en proposant une assistance plus grande on serait submergé.
Christophe Courtin: le phénomène de l'immigration d'aujourd'hui est un signe de dérèglement de nos sociétés, d'une mondialisation qui ne va pas dans le bon sens. L'ampleur de l'immigration va croissante. Pour beaucoup, rejoindre l'Europe est un véritable projet. Si l'on peut agir, c'est sur deux points:
- Faire face à une détresse humanitaire
- Agir dans le domaine politiqueJan Heuft: lorsqu'il est arrivé en Algérie, c'était uniquement pour les Algériens, il ne voulait pas entendre parler ni des Européens, ni des autres Africains. Il a été pour la première fois confronté au phénomène de la migration lors de son arrivé en Kabylie, où la plus grande partie des hommes avaient quitté le pays pour travailler en Europe. Il a été pour la première fois en rapport avec des personnes d'origine subsaharienne, au moment de l'arrivée des étudiants qu'il faillait tout à coup intégrer dans nos offices religieuses. Puis il a intégré Rencontre et Développement, où la salle d'attente était remplie d'Algériens qui cherchaient un visa ou la nationalité française. Et puis il y a eu les migrants clandestins subsahariens qui ont frappé à la porte. Il fallait répondre à une détresse. Parfois Jan se demande s'il n'en fait pas trop pour ces populations et s'il ne délaisse pas les Algériens, mais il pense qu'il doit répondre à une détresse humaine. Leur accueil n'est pas toujours facile, à l'office parfois on les regarde de façon soupçonneuse. Pourquoi quittent-ils leur pays ? Peut-être certains sont des aventuriers, mais d'autres ont des raisons politiques ou économiques.
Damien Geldreich: Bien sûr il y a des aventuriers, mais pourquoi n'auraient-ils pas le droit de voyager, lui-même est un aventurier puisqu'il est venu ici. Il comprend que l'on peut aller autre part si l'on peut trouver mieux, notamment lorsqu'il voit en Kabylie les maisons qui se construisent grâce à l'argent envoyé par des membres de la famille qui travaillent en Europe. Chez les Algériens, en tout cas dans le Nord, il est surpris de voir comment l'émigration vers l'Europe, même clandestine, est tout à fait commune. Parmi les Africains subsahariens, il y a également ceux qui ont fui leur pays pour des raisons politiques et d'autres pour des raisons économiques. Beaucoup subissent une réelle pression de leur famille qui s'est cotisée pour financer le voyage et attend un retour sur investissement. Tous ne veulent pas aller en Europe, certains vont de pays en pays, car ils n'ont plus de chez-soi, ils sont en fuite depuis très longtemps, n'ont jamais eu une vraie éducation et sont très déstructurés. Il est vrai que certains se montrent parfois très arrogants, menteurs, mais Damien pense que ça fait parti du jeu qu'il faut aller au-delà de ça et qu'il comprend que l'on peut tenter le tout pour le tout pour obtenir de l'aide quand on vit des situations très difficiles. Involontairement, il fait une différence entre les clandestins et les étudiants, présents de façon légale en Algérie, car tout d'abord ce n'est pas le même financement à Rencontre & Développement, mais surtout, parce que le rapport n'est pas le même, il y a moins de méfiance de la part des étudiants, ils n'ont pas à se cacher. La fréquentation des migrants a pour répercussions sur sa vie de nombreux soucis face au cas parfois critique ou en raison de l'énervement que certains peuvent provoquer en lui, mais cela lui permet aussi de mieux connaître l'Afrique à travers ces gens, même s'il faut toujours avoir en tête qu'ils ne sont pas représentatifs de leur population d'origine et qu'il ne faut pas généraliser.
Jean-Michel Jamet: Depuis son arrivée son regard a beaucoup changé. Avec sa femme ils ont beaucoup donné à ceux qui se présentaient à leur porte, mais jamais de l'argent. Mais ils ont été submergés, et sentaient qu'ils ne pouvaient pas continuer de donner ainsi. Certains étaient très désagréables. En concertation avec leur responsable, l'évêque Claude Rault, ils ont décidé de ne plus rien donner. Ils se limitent à l'aide médicale et donnent l'argent à ceux présentant un papier de Rencontre & Développement pour le retour au pays. Le regard de Jean-Michel sur les migrants subsahariens est neutre, sans jugement, il estime qu'on a le droit de voyager. Il faut cependant distinguer ceux qui sont chassés de leur pays. Ce qui est dérangeant est la façon d'être de certains, il ne peut pas discerner ceux qui méritent d'être aidés des autres.
Maëlys Jamet: Maëlys est d'accord avec ce qu'a dit son mari et veut ajouter qu'il s'est posé le problème de l'accueil, qui se fait à leur domicile, ce qui présente certains risques. Parmi les migrants certains sont perdus, d'autres sont arrogants. Il y a trop de monde, donc ils ne peuvent plus répondre et ils ont décidé d'arrêter.
Hamid Fadhel: Hamid donne plus d'importance à ceux qui sont malades. Donner un peu d'argent n'apporte pas grand-chose. Il n'a pas le droit de juger car il connaît très peu l'Afrique. Il est plus facile pour les Algériens de migrer vers l'Europe, il suffit de connaître la bonne personne. Il est très déçu par ses compatriotes qui partent, surtout lorsqu'ils reviennent sans rien. Ceux qui ont obtenu une certaine réussite, il ne sait pas vraiment comment les juger, mais au moins ce sont des personnes qui ont travaillé. Lorsque l'on vient en aide aux migrants subsahariens, parfois on se fait rouler, c'est décourageant. Mais ces gens sont très courageux de quitter leur pays, leur famille et de traverser tous ces pays, le désert Comparés aux migrants légaux ils sont en situation difficile, certains sont perdus.
Guy Sawadogo: Ghardaïa est une ville de migrants et compte beaucoup de gens venant d'autre part. Les migrants subsahariens y semblent mieux accueillis et tout du moins trouvent du travail. On compte ainsi peu de personnes en détresse financière, il y a un certain respect de ces personnes. Certains sont logés, nourris et payés par leur employeur. En tant qu'Eglise il faut changer le regard, car nos aînés donnaient trop. Dans la communauté de Guy l'objectif est d'être accueillant, mais on ne donne pas d'argent. Mais très peu de personnes en demande de toute façon. En raison de ces origines burkinabés, il est difficile pour les migrants de le rouler, surtout au sujet de leur identité. Guy n'est pas là pour lutter contre la Police, mais il négocie pour pouvoir faire son travail de charité. Sa qualité de Père Blanc facilite ses démarches. A Ghardaïa, il n'y a pas de structure, il s'agit de démarches individuelles ou communautaires. Guy se considère lui-même comme un migrant, il voit les migrants comme des êtres humains, il ne leur a jamais donné de l'argent, mais il est proche d'eux. Il met à l'épreuve ses amis algériens, les poussant pour qu'ils aillent au-delà de simples discours de bonne intention. Il faut être insistant car la crainte des autorités est très forte. Associer les gens du pays à l'assistance auprès des migrants les valorise.
Lucien Gabnoba: Au Tchad il n'avait jamais entendu parler de la migration car dans ce pays cela est peu répandu. Il a été confronté à cette migration durant ses premiers stages aux urgences des hôpitaux. Dans les hôpitaux il y a un très mauvais accueil, car le personnel soignant a peur de ces gens, parfois il y a de la ségrégation religieuse. Au contact de l'Eglise, il a été amené à travailler pour Rencontre & Développement et à rencontrer des clandestins, ainsi qu'à la résidence universitaire. Au début il avait une très mauvaise vision des clandestins, car ils détérioraient l'image des populations subsahariennes et parce que leur présence a accru les contrôles de Police. Du coup la situation s'est compliquée pour les étudiants. Lucien fréquente de nombreux clandestins à Rencontre & Développement. Il ne va pas sur le terrain, car il y a trop de problèmes qu'on est dans l'incapacité de résoudre. Ce sont des gens dans le besoin qui viennent. Il y a certainement des cas en détresse extrême dans les squats, voire des morts enterrés à la va-vite. Lorsque les migrants clandestins sentent qu'ils sont bloqués à Alger, ils essayent de s'intégrer, mais c'est impossible. Certains trouvent refuge dans la cité universitaire de Bab Ezzouar. Au fil du temps, la perception qu'a Lucien de ces gens a changé, il y a plus de sentiments. S'ils sont là, c'est qu'il y a une véritable cause. Il essaye de se mettre à leur place.
Anselm Mahwera: On est envoyé au Mali pour les chrétiens du pays, pour la population de Gao. Et puis on est interpellé par les migrants, "on met les mains dedans et ça mange tout le temps". Cela provoque une grande tension au sein de la communauté du Père Anselm, on a du mal à partager son temps. Il est tiraillé entre son dégoût de ces gens qui gâte l'image de l'Afrique et fui vers l'Europe et entre justice et charité. Il considère cependant que ce sont ces frères et ne peut pas comprendre que l'on puisse rester indifférent. La situation à Gao est très différente de celle de l'Algérie: avant beaucoup de gens montaient, mais maintenant ils descendent. Souvent le Père Anselm se demande ce qu'il ferait à leur place, c'est pourquoi il leur vient en aide. Certains ne peuvent pas retourner dans leur pays, car il y a la honte ou des menaces politiques. On cherche donc comment les installer au Mali pour qu'ils ne sombrent pas dans des activités illégales. Il est nécessaire de faire une sensibilisation dans les pays d'origine. Le Père Anselm essaye également de faire respecter la justice par rapport aux migrants mais ce n'est pas sans risque. Il a également fait part que l'image de l'Algérie dans les paroles de ceux qui redescendent est très négative.
Assan Ba: Il se dit heureux de voir que des gens aillent voir ailleurs, la migration fait partie de l'histoire du monde. Les raisons de la migration sont profondes: dérèglement de nos sociétés face la mondialisation, l'injustice à la naissance. Il comprend que lorsqu'on ne s'est pas réalisé chez soi, on va tenter sa chance autre part. Tant qu'il y aura de l'injustice, il sera favorable à la migration. C'est parce que ces gens sont meilleurs, ambitieux qu'ils partent. La migration de l'Afrique vers l'Europe est très minime, comparée à la migration de l'Amérique Latine vers l'Amérique du Nord ou les migrations Sud-Sud. Il comprend très bien que l'on essaye de contourner les difficultés et que l'on tente le tout pour le tout.
Dans un deuxième temps, en fonction des problèmes soulevés durant la matinée une réflexion a été menée autour de nouvelles questions concernant d'avantage les actions à mener pour venir en aide aux migrants en détresse.I) Comment peut-on sensibiliser et mobiliser d'avantage les Algériens autour de la problématique des migrants subsahariens ?
Différentes voies à suivre ont été proposées:
- En associant au jour le jour les Algériens à nos démarches d'assistances auprès des migrants: par exemple le corps médical ou en les faisant participer à des rencontres (Hamid a donné l'exemple d'un match de foot ou des Algérois et 3 jeunes Camerounais ont pu faire connaissance).
- Il faudrait trouver des partenaires associatifs, encourager les Algériens à s'organiser en association. L'exemple du Maroc a été cité, où des associations se sont créées sur l'initiative des Marocains et se sont unies au sein d'une plate-forme avec les associations étrangères et chrétiennes. Le contexte est cependant différent, car l'état a un fort contrôle sur les associations, les gens n'osent pas encore aller à l'encontre de la politique de l'état, la répression sur la presse concernant le sujet de la migration est encore forte. Le peuple algérien sort à peine d'une crise traumatisante et désir pour l'instant vivre en paix. Il y a peu d'associations pour défendre leurs propres droits et ils ne se sentent pas encore concernés par le problème des migrants subsahariens. Cependant on a fait remarquer qu'il se créait des associations de jeunes dynamiques qu'il faudrait sensibiliser et peut-être associer à nos activités. Un autre bon levier serait peut-être également les émigrés algériens qui en Europe se sont organisés en association et pourrait faire un travail de sensibilisation.
- L'image des migrants est très négative, souvent on les considère comme de vecteurs de maladie dont il faut beaucoup se méfier. Peut-on améliorer cette image notamment auprès de la presse.
II) Comment améliorer notre assistance auprès dans migrants en Algérie, voire dans les pays de transits au Sud de l'Algérie ?La discussion s'est principalement centrée sur le retour au pays. Il a été mis en avant un manque de communication. La personne relaie à Arlit a changé sans que Rencontre et Développement en soit averti. Cette personne n'ayant pas été informée sur l'existence et le principe du retour au pays, elle n'a pas accueilli les candidats au retour envoyés par Rencontre et Développement. Un renforcement de ce relais doit donc être opéré. Il a également été demandé d'étendre le réseau afin de pouvoir atteindre la région du Congo.
Un débat a eu lieu sur le principe du financement d'un projet de réinsertion au pays d'origine. Pour Emmanuel, ce financement est une condition indispensable pour motiver les gens à rentrer chez eux. Jan n'est pas d'accord, ce n'est pas le cas pour les personnes rentrées avec l'aide de Rencontre et Développement. Néanmoins si la personne dépose une demande sérieuse, le financement peu être accordé, après avoir trouver un partenaire sur place et après une réelle analyse de la faisabilité du projet par ce même partenaire. Mais pour l'instant ce n'est arrivé qu'à trois reprises. Cela reste très difficile, car les financements demandés sont parfois importants et qu'il est très difficile d'évaluer la pertinence du projet. Il faudrait cependant essayer de renforcer ses relais.
III) Comment améliorer les structures et la coordination au sein de l'Eglise pour l'assistance auprès de migrants dans l'ensemble de l'Algérie ?Des éclaircissements sur le rôle de Rencontre et Développement au sein de la communauté chrétienne ont du être apportés. Jan a précisé que Rencontre et Développement n'est pas un service des Eglises, mais une association algérienne, d'étrangers, regroupant des laïcs catholiques, protestants et musulmans. Il n'a jamais été décidé que Rencontre et Développement est chargé de l'assistance auprès des migrants à travers toute l'Algérie. En effet Rencontre & Développement a débuté l'aide au retour au pays sur la demande de certains migrants qui ont fait cette demande (Ce qui n'est qu'une partie de l'assistance que nous apportons aux migrants et ne représente qu'une partie des financements que nous leur consacrons).
C'est pourquoi nous avons demandé l'aide de personnes bienveillantes, acceptant de tenir le rôle de relais le long de la route du retour au pays. Par la suite ces personnes-relais ont proposé l'aide au retour au pays pour des gens s'adressant à eux, au niveau de ces relais, initiative que R&D a encouragée et soutenu financièrement. Lors de prise en charge très importante, R&D doit parfois faire appel à des financements d'autres structures caritatives, voire des financements spontanés de particuliers. Il est tout à fait appréciable que d'autres structures prennent également des initiatives localement, sans que cela passe absolument par Alger. Mais R&D n'est en aucun cas hostile aux demandes d'aide de ces structures et essayera toujours d'apporter son soutien lorsqu'elle jugera que c'est utile.
Conclusion
Cette journée a été très riche en témoignages et propositions. Pour ma part j'en suis reparti plus déterminé et encouragé par vos différents engagements. Cependant comme vous avez dû le remarquer en lisant ce rapport, certains sujets n'ont pas été traités: par exemple concernant l'assistance aux migrants, nous nous sommes limités au retour au pays qui n'est qu'une partie de nos actions auprès de ces gens. La question reste posée. Nos visites réciproques dans les rochers de Tamanrasset ou les squats à Alger, malheureusement occasionnelles, nous démontrent que la détresse est immense. Devons-nous nous contenter de ce que nous faisons pour l'instant ? Quel rôle doit jouer l'Eglise d'Algérie ? Accomplit-elle son devoir de Charité et de Justice ? Ne doit-elle pas au moins marquer une présence, un soutien moral au sein de ces communautés ?
Je reprendrai pour finir les termes du Père Anselm: "J'ai en face de moi un être humain qui souffre, je ne peux pas rester indifférent, même si ce n'était pas ma mission première"
Alger, le 30 décembre 2006.
Damien Geldreich, secrétaire général de R&D (CCSA)