TUNIS TUNISIE

L’IBLA

Patio

Par Jean Fontaine
Jean Fontaine

IBLA est le sigle de Institut des belles-lettres arabes. Depuis 75 ans, les confrères Pères Blancs vivent dans le même quartier traditionnel de Tunis, au fond d’une impasse. Des liens de respect et d’amitié se sont tissés au cours du temps. Le proverbe local ne dit-il pas : « Le voisin passe avant la maison ! » C’est ainsi qu’ils ont pu connaître plusieurs générations de citadins, suivant de près l’évolution de la société à laquelle ils sont mêlés. Certains confrères qui n’y travaillent plus continuent à venir dans le quartier rendre visite aux familles qu’ils ont connues. À l’intérieur de la maison, trois activités se partagent les locaux.

Entrée de l'IBLA

Les jeunes
Donnant sur une autre rue que l’impasse, se trouve la bibliothèque des lycéens. Elle tient à la disposition des éventuels lecteurs non seulement les manuels de toutes les matières qu’ils étudient, mais aussi la documentation parascolaire qu’il leur est demandé de consulter au cours de leurs études. En effet, celles et ceux qui y viennent sont issus de trois quartiers défavorisés de la proche périphérie de la capitale. Elle reçoit une centaine d’élèves, majoritairement des filles. Le confrère qui s’en occupe demande la présence d’au moins un des parents à l’inscription. Il s’efforce de voir en quoi il peut améliorer les résultats de l’élève. Il les initie aussi à l’outil informatique, sachant que beaucoup d’entre eux ne possèdent pas d’ordinateur à la maison. Des anciens, aujourd’hui universitaires, viennent trouver le calme des salles en échange d’un soutien scolaire qu’ils prodiguent aux lycéens dans les matières qu’ils maîtrisent.

Les chercheurs
À l’étage, se tient la bibliothèque de recherche. Elle s’adresse à des lecteurs qui ont terminé, dans le cursus universitaire, la licence et la maîtrise et qui se préparent ou bien au mastère ou bien au doctorat, ainsi qu’aux lecteurs diplômés qui se spécialisent. Elle offre l’occasion de faire connaissance : nature du sujet, identité du professeur encadreur, perspectives futures. La bibliothèque offre une documentation sur les sciences humaines dans le monde arabe. Elle comprend 35 000 volumes et 600 titres de périodiques, dont 200 courants. En outre elle offre un fichier matières contenant aussi les articles des revues. De ce point de vue précis, elle est la seule en Tunisie à avoir effectué un dépouillement systématique des revues depuis une soixantaine d’années et notamment sur les sujets tunisiens. Cette pratique montre une option nationale de mise en valeur d’une production intellectuelle et culturelle en Tunisie. Elle a débouché aussi sur la publication de la rubrique « Références Tunisiennes » dans la revue. L’ensemble de ces données (plus de 100 000 fiches) est disponible dans le réseau électronique international sur le site de l’Ibla. La bibliothèque universitaire se présente ainsi comme un centre culturel dont le pays est récepteur.

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Jean Fontaine et la revue IBLA. A dr. le n°199

La revue
IBLA est la plus ancienne revue encore vivante en Tunisie. Elle vient de fêter ses 70 ans avec un numéro 200 qui reprend treize des articles les plus significatifs de son histoire. Dans les années ordinaires, elle se présente sous forme de fascicules de 200 pages deux fois par an. Ses rubriques sont constantes : articles de fond, chroniques d’actualité, recensions signées, comptes rendus d’ouvrages reçus, références tunisiennes. Les sujets tournent autour des sciences humaines dans les pays arabes. La qualité de ses textes est garantie par un comité de rédaction composé de dix collègues tunisiens, cinq femmes et cinq hommes, tous docteurs d’État. Pour les confrères qui y collaborent, c’est l’occasion non seulement de mieux connaître ce que veulent être les Tunisiens, mais aussi de fonder de véritables amitiés. Un point à souligner, c’est l’harmonie recherchée entre des exigences scientifiques de plus en plus élevées et un parti pris de sympathie envers les réalités tunisiennes étudiées. Rigueur et bienveillance, serait-ce là l’esprit de l’Institut ? Une dernière remarque concerne l’orientation. la revue IBLA a toujours évité de s’immiscer dans les affaires politiques et religieuses du pays qui l’accueille. Pas d’inféodation à un parti ni de prosélytisme. Cette option en direction de la culture, cette neutralité positive est probablement un des secrets de sa longévité.

En conclusion, l’Institut des belles-lettres arabes est un lieu de ren­contre. Il apporte aussi quelque chose de positif au pays. Il mérite que l’on milite pour préserver cette institution dans un contexte où enseignement et culture subissent une érosion des plus alarmantes.

Jean Fontaine

Le site de l'IBLA : http://www.iblatunis.org/

Tiré du Petit Echo N° 989 2008/3

 


 

TUNIS TUNISIA

IBLA

Patio

Jean Fontaine
By Jean Fontaine

IBLA is the symbol of the ‘Institut des Belles Lettres Arabes’ (Institute of Higher Arabic Literature). For 75 years, confreres ( White Fathers) have been living in the same traditional neighbourhood of Tunis, at the end of a cul-de-sac.

Neighbours
Bonds of respect and friendship have been created over time. A local proverb says, ‘Houses last longer than neighbours!’ In this way, confreres have known several generations of city-dwellers and closely followed up the evolution of the society to which they are melded. Some confreres, who no longer work here, continue to visit families they have known in the neighbourhood. Three activities divide the premises inside the house.

Entrée de l'IBLA

Youth
Overlooking a street beside the cul-de-sac is the secondary pupils’ library. Not only does it provide access to the manuals on all the subjects they study, but also the extracurricular documentation they are asked to consult in the course of their studies. Indeed, the young women and men who come are from three-quarters of the disadvantaged areas on the capital’s immediate periphery. The library receives about a hundred pupils, the majority girls. The confrere in charge asks for at least one parent to be present when enrolling. He tries to see in what way he can improve the pupils’ results. He also introduces them to computers, well aware that many of them do not have a home computer. Former pupils, now undergraduates, come for the quietness of the rooms, in exchange for tutorial support to the secondary pupils in the subjects they master.

Researchers
The research library is on the first floor. It is intended for readers who have completed university, licentiate and mas­ter’s, and are preparing either for a Master’s degree in France or a doctorate, as well as for postgraduate readers who are specialising. It offers the opportunity to make known the nature of the subject, the name of the studies’ supervisor, and future perspectives. The library offers documentation on human sciences in the Arab world. It has 35,000 volumes and 600 periodicals, 200 of which are current. In addition, it offers a subject index also containing review articles. From this particular point of view, it is unique in Tunisia to have made a systematic analysis of reviews spanning sixty years, and principally on Tunisian subjects. This practice demonstrates a national option for highlighting the intellectual and cultural output in Tunisia. It also led to the publication of the ‘Références Tunisiennes’ heading in the review. The collected data (more than 100,000 index cards) are available on an international electronic network on the IBLA site. The university library therefore presents itself as a cultural centre from which the country benefits.

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Jean Fontaine and the IBLA periodical no 199

The Review
IBLA is the oldest existing review in Tunisia. It has just marked its 70th anniversary with its n° 200 issue, reprinting thirteen of the most significant articles in its history. In ordinary years, it is presented in the form of 200-page booklet twice a year. Its headings remain constant: main articles, chronicle of current events, signed book reviews, books received list, Tunisian references. The subjects revolve around human sciences in Arab countries. The quality of the writing is guaranteed by an editorial board composed of ten Tunisian colleagues, five women and five men, all with State Registered Doctorates. For confreres who work in it, it is an opportunity, not only to understand more what Tunisians want to be, but also to win genuine friends. One point to underline is the symbiosis sought between increasingly higher scientific demands and a compassionate tolerance towards the Tunisian realities under study. Could we say that rigour and kindness are the spirit of IBLA? A final remark concerns the orientation. IBLA has always avoided getting mixed up in the political and religious affairs of its host country. There is no dependence on a party or on proselytism. This option in the direction of culture, this positive neutrality, is probably one of the secrets of this institution’s survival.

In conclusion, IBLA is a place of encounter. It also brings something positive to the country. It is worth campaigning to preserve this institution, in a context where education and culture are undergoing an alarming erosion.

Jean Fontaine

Website of IBLA : http://www.iblatunis.org/

From Petit Echo n°989 2008/3