Missionnaires d'Afrique
Inde


Martin Grenier M.Afr.

Le Projet indien

En Inde, chaque année vers la fin du mois d’août, nous célébrons la fête de Onam, le festival de la moisson de Kerala. À cette occasion, deux de nos étudiants iront, tôt le matin, au marché de la ville acheter plusieurs bouquets de fleurs. Les fleurs sont en grande demande aux Indes. Elles servent rarement de décoration de la table à manger ou de cadeau offert à une bien-aimée. Elles sont disposées le long de bâtons d’encens pour orner toute une panoplie d’images saintes, indoues ou chrétiennes, ou encore des versets du Coran.

On les retrouve étalées dans toutes les maisons, manufactures (usines) et magasins de ce pays et aussi dans chaque bus, voiture, pousse-pousse et même bicyclette qui entrecroisent jour et nuit chaque route de l’Inde tout comme le sang circule dans nos veines. Le jour du jubilé d’or de l’indépendance de la République de l’Inde, le 15 août 1997, Mère Teresa a écrit au Président indien d’alors, Narayanan : « Remercions Dieu que notre peuple aime prier. Partout où je vais en Inde, je vois des gens prier ; même les petits enfants joignent leurs mains pour écouter et parler à Dieu. Faisons en sorte que nous ne perdions jamais ce profond esprit de prière dans notre pays. »

Nos deux frères reviendront à la maison et, peu de temps après la pause du matin, une drôle de compétition commencera. Les étudiants formeront quatre groupes, chacun s’étant vu désigner un endroit particulier dans la maison. Un membre du groupe tracera à la craie un large cercle sur le sol. Il tracera ensuite des motifs intrigants à l’intérieur du cercle en laissant délirer son sens artistique. (Voir photo ci-dessus) Pendant ce temps, les autres membres de l’équipe détacheront une à une les pétales de fleurs et les disposeront à l’intérieur du cercle en accord avec le modèle dessiné, ce qui produit un tapis de fleurs coloré qu’on appelle « pukkalam ». D’après moi, ce tapis de fleurs représente très bien l’Inde, non seulement comme un pays incroyable, comme le présente le ministère du tourisme, mais aussi comme une nation colorée.

Des étudiants qui aiment l’Afrique et en sont fiers.D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? Simplement la grandeur du pays demande cela avec son milliard 27 millions d’habitants, si on s’en tient au recensement de 2001, dont 80,5% sont hindous, 13,4% musulmans, 2,3% chrétiens, 1,9% Sikh, 0,8% bouddhistes et 0,4% jains. Ils vivent dans 28 États, sur 6 territoires et sur le territoire de la capitale nationale, Delhi. De plus, l’Inde possède 1 652 langues maternelles, parmi lesquelles 33 sont parlées par plus de 100 000 personnes et, de ces 33 langues, 22 sont reconnues officiellement et ont, pour la plupart, leur écriture propre avec jusqu’à 247 caractères pour le Tamil seulement ! Ajoutons à ceci un taux de croissance économique de 8% avec l’immense défi de distribuer également les fruits de cette croissance entre tous les habitants, et vous verrez un tourbillon de couleurs, une surdose de diversités aussitôt que vous serez entrés dans ce pays prestigieux.

Les Missionnaires d’Afrique sont arrivés en Inde en 1992. Ils ont pris le nom de SOLA, qui signifie « Société de Notre Dame d’Afrique ». Grâce au bon jugement de nos confrères pionniers, Mathew Pathilchirayil, Helmut Revers, André Filion et Francis Scheuerer, notre communauté s’est implantée dans la ville de Bangalore, près du grand séminaire des Missionnaires de Saint François de Sales, là où nos candidats étudient la philosophie et où j’enseigne la psychologie. Après seulement trois ans, un terrain de trois acres était acheté et une maison de formation de deux étages et de quatre ailes était déjà en place. Quatorze ans plus tard, il n’y a pas encore de fissures dans ses murs.

De g. à dr., on reconnaît : Martin Gre­nier, Piet Kramer et Cor de Visser.Notre communauté offre aussi un aperçu de la couleur de l’Inde. Cette année, nous avons 32 étudiants (aspirants et candidats), cinq membres du staff et un professeur visiteur. Ils viennent de huit États différents et parlent autant de langues. Entre-temps, nous avons aussi été bénis par la présence de 5 confrères indiens, 6 étudiants en théologie, et 6 stagiaires. Plusieurs rappellent avec fierté le nom de grands saints comme l’apôtre Thomas, François Xavier, Jean de Britto ou de courageux missionnaires comme Constance Lieven, sj, qui sont venus et ont vécu en Inde. En effet, plusieurs congrégations d’hommes et de femmes ont proclamé et continuent de le faire d’arrache-pied la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité dans le contexte religieux pluraliste de l’Inde où le dialogue interreligieux avec l’hindouisme et l’islam n’est pas une option, mais une réalité quotidienne.

Martin Grenier entouré de Soeurs Adoratrices du Saint Sacrement.Notre communauté est aussi bénie par la présence des Soeurs Adoratrices du Saint Sacrement, une congrégation de 5 000 membres que nous appelons affectueusement les « Sœurs SOLA ». Elles ont fait construire une école primaire et une maison de formation tout près de chez nous en 1996, là où novices et aspirants viennent pour une année de formation. Nous leur offrons régulièrement des séminaires et des cours et, de cette façon, nous apportons une contribution concrète à l’Église de ce pays. En retour, elles nous soutiennent de leurs prières, de leur hospitalité et de leur aide en gardant le contact avec nos voisins et tant d’autres personnes partout dans le pays.

Après 17 ans de présence aux Indes, SOLA a grandi. Notre prochaine étape importante consistera à ouvrir une nouvelle maison pour la communauté des aspirants en juin de cette année, ici à Bangalore. Puisse Dieu, Seigneur de toutes les bénédictions porter et guider nos pas et nous rendre encore plus empressés de recevoir et de nourrir dans ce pays si coloré beaucoup de vocations missionnaires qui iront proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde africain.

Martin Grenier M.Afr.

Tiré du Petit Echo N° 1001 2009/5

Plus de photos de notre maison de formation à Bangalore

 


 

Missionaries of Africa
India


Martin Grenier M.Afr.

the Indian Project

In India, every year towards the end of August, we celebrate the feast of Onam, the Kerala harvest festival. On that occasion, two of our students will go to the city market in the early morning and purchase many bunches of fresh flowers. Flowers are in great demand in India. They are rarely used to decorate the dining table or offered as a gift to a sweetheart, but mainly disposed to adorn, alongside incense sticks, a panoply of holy Hindu or Christian pictures or sacred verses of the Koran that are displayed in every single home, factory and shop in this country and also in every bus, car, rickshaw and even bicycle, continually crisscrossing every road of India day and night just as blood circulates in our veins.

On the Golden Jubilee of Indian Independence, on the 15th August 1997, Mother Teresa wrote to the then Indian President Narayanan, “Thank God that our people love to pray. Everywhere I go in India, I see people at prayer; even little children joining their hands, talking to Him and listening to Him. Let us make sure that we never lose this deep spirit of prayer in our country.”

Our two brothers will return home and soon after morning break, an unusual competition will take place. Students will form four groups, each one being allotted a particular place in the house. Using chalk, one member of the group will then draw a large circle on the ground and let his artistic mind go wild while designing intricate patterns within the circle. Meanwhile, the other members of the team will delicately remove all the flower petals and dispose them within the circle according to the pattern drawn, thus making a colourful flower carpet known as ‘pukkalam’. For me, this flower carpet is highly representative of India, not only as an ‘Incredible’ country, as the Indian tourist board puts it, but also as a ‘Colourful’ nation.

Students who love Africa and take pride in it.Moreover, how could it be otherwise? The mere size of the country dictates this, with its 1 billion 27 million people, according to the census of 2001. 80.5% are Hindus, 13.4% Muslims, 2.3% Christians, 1.9% Sikh, 0.8% Buddhists and 0.4% Jains live in 28 states, 6 union territories and the national capital territory, Delhi. In addition, India has 1,652 mother tongues, of which 33 are spoken by people numbering over 100,000 and among these, 22 are officially recognised and most of these have their own script, with up to 247 characters for Tamil alone! Add to this a current economic growth rate of 8% with the enormous challenge of distributing this boon of wealth equally among all people and you are in for a whirlwind of colour, or an overdose of diversity, as soon as you step into this amazing country.

L.-r.: We can pick out Martin Grenier, Piet Kramer and Cor de Visser.Our community came to India in 1992. It then took the name of SOLA, which stands for ‘Society of Our Lady of Africa’. Thanks to the good judgment of the pioneering confreres, Mathew Pathilchirayil, Helmut Revers, André Filion and Francis Scheuerer, our community was located in the central southern city of Ban­galore, close to the major seminary of the Missionaries of Saint Francis de Sales, where our candidates study philosophy and where I teach psychology. Within only three years, an extra much- needed 3 acres of land was purchased and a two-storey and four wings Formation House was already in place. Fourteen years later, its walls still have no cracks and a flourishing garden surrounds it, providing shade and fruits of all kind and the then rural outskirts of the city have now turned into a vibrant industrial zone.

Our SOLA community also offers a glimpse of Indian colourfulness. This year, it has 32 students (aspirants and candidates), 5 staff members and a visiting teacher. They come from 8 different states and speak as many languages. Meanwhile, we have also been blessed with the presence of 5 Indian confreres, 6 theology students and 6 stagiaires. Regarding their Christian ancestry, many proudly recall how great Saints such as Thomas the Apostle, Francis Xavier, John de Britto or zealous missionaries such as Constance Lievens SJ came and lived in India. Indeed, the missionary zeal of many men and women Congregations has proclaimed and goes on relentlessly telling the Good News of the Risen Christ in the Indian religious pluralistic context, where inter-faith dialogue with Hinduism and Islam is not an option, but a daily reality.

Martin Grenier, surrounded by Sisters Adorers of the Blessed Sacrament.Our SOLA community is also blessed by the presence of the Sisters of the Adoration of the Blessed Sacrament, a 5,000-strong Congregation, whom we affectionately call ‘SOLA Sisters’. They built a primary school and Formation House just next to us in 1996, where novices or aspirants come for a year of training. We regularly offer them seminars and courses and in this way make a concrete contribution to the Indian Church. In return, they support us through their prayer, hospitality and help, keeping in touch with our neighbours and so many other people all over the country.

After 17 years of presence in India, SOLA has grown. The next major step consists in opening a new house for the aspirant community this coming June, here in Bangalore. May the Good Lord of all blessings carry on guiding our steps and making us ever more eager to welcome and nourish many missionary vocations in this colourful country for proclaiming the Good News to the African World.

Martin Grenier M.Afr.

From Petit Echo n° 1001 2009/5

More photos of our House of Formation at Bangalore