L'IBLA, la solidarité dans l'épreuve
Radio-Vatican. 27 janvier 2010
Propos recueillis par Claire MalapertL'Institut des Belles Lettres Arabes de Tunis, l'IBLA, entame sa reconstruction
La fameuse bibliothèque a été ravagée le 5 janvier par un incendie dans lequel a péri un Père Blanc italien. Et pour les Tunisiens, il n'est pas question de laisser à l'abandon ce symbole de culture partagée entre islam et monde chrétien De nombreux dons ont d'ailleurs été collectés, venant même de l'étranger Des dons mais aussi une grande solidarité c'est ce que nous raconte le père Jean Fontaine, directeur de l'IBLA.
"Ça commence avec les relations de voisinage puisque nous habitons le quartier depuis maintenant 77 ans. Ce sont les voisins qui nous ont nourri pendant trois jours et qui nous ont fourni l'électricité. Puis ce sont les amis qui nous connaissent ou qui auront entendu parler de nous par la radio, par les journaux et qui sont venus spontanément proposer leur aide, toutes générations et toutes nationalités confondues... Alors, ça met du baume au cur! Je pense que c'est une histoire d'amour.
La solidarité s'est manifestée de la part d'abord de beaucoup de privés, anonymes, de la part des autorités tunisiennes, et, à l'étranger aussi, pratiquement de presque tous les pays qui connaissent notre Institut puisque notre revue est expédiée dans 41 pays différents et qu'elle traite de problèmes humains du monde arabe. Ainsi, ce réseau d'échanges porte ses fruits. aujourd'hui.
D'ici quelques jours nous allons diffuser une première liste des 14 000 livres qui ont disparu. Chacun pourra écrire son nom en face de ce qu'il souhaite compléter par ouvrages scannés ou par photocopies ou même par le livre, s'il existe encore.
Le Ministère de la Culture tunisien va nous redonner tous les livres récents publiés en Tunisie et, presque toutes les universités et même des privés sont prêts à faire quelque chose pour nous
Nous allons recevoir un serveur sécurisé pour bibliothèque numérisée où on va pouvoir concentrer toutes les offres. Parce que, pour le moment, la maison est encore à moitié sinistrée et il n'est pas question de faire entrer des livres corrects dans cette maison telle qu'elle est.
Il faut qu'on évacue tout pour la restauration qui est prise complètement en charge par le gouvernement tunisien et, après, une fois que tout cela sera fait, on pourra voir un peu plus clair."- "Alors j'imagine qu'il y avait également des titres assez rares, peut-être pas remplaçables. Que représentait, de façon plus générale, tous ces livres ?"
"Nous n'avions plus de manuscrits ni d'estampes parce que j'avais tout donné à la Bibliothèque nationale vu que nous n'avions pas les moyens de conserver ces documents précieux. Notre bibliothèque n'était pas un lieu d'archives ou un musée. C'était une bibliothèque de travail et sa caractéristique principale, c'est que, depuis 60 ans, tous les articles de revues ont été fichés à l'auteur et à la matière pour presque 600 périodiques consacrés aux sciences humaines dans le monde arabe. C'est ça son originalité. Par exemple, sur la Tunisie, je peux dire qu'on avait pratiquement tous les ouvrages publiés en Tunisie. Ce n'est pas forcément des ouvrages rares, mais c'est le fait de tout avoir qui est intéressant pour les chercheurs et les professeurs."
- "Vous pensez qu'il faudra combien de temps, pour réouvrir ?"
Facilement un an et demi, parce qu'on doit tout vider. Je ne sais pas si vous vous rendez compte il y a 1000 mètres de rayonnages et chaque livre doive être nettoyé. Déjà cela c'est beaucoup. Et ensuite, lorsque tout est vidé, l'Institut National du Patrimoine va restaurer la maison : il y a des céramiques, des peintures , c'est un travail assez considérable... ! Et, une fois que la maison sera restaurée, aménagement pour avoir une bibliothèque sécurisée... Cela prendra donc du temps "