Missionnaires d'Afrique
Chapitre Général
................................ Interview José Maria Cantal Rivas
Dimanche 16 mai 2010
José Maria, pourrais-tu d'abord te présenter.
Je suis venu au Chapitre en tant que Provincial du Maghreb. J'ai 43 ans. Je suis né à Grenade, Espagne. J'ai fait mon Serment en 1992 à Toulouse et je suis parti au Burkina Faso en 1994. J'y avais fait mon stage et j'étais content d'y retourner. Nommé en paroisse rurale, j'ai commencé à m'intéresser aux jeunes qui revenaient, pour la plupart, de Côte d'Ivoire pour se faire soigner et qui mouraient du sida.
En 1999, j'ai dû rester deux ans à la maison pour m'occuper de ma mère gravement malade. C'est pendant cette période que j'ai commencé à me demander ce que les Missionnaires d'Afrique étaient les seuls à offrir à l'Église d'Afrique. J'en suis venu à la conclusion qu'aucune congrégation n'était sensible à l'apostolat auprès du monde musulman, sauf les Pères Blancs. J'ai alors réalisé que j'avais depuis toujours un faible pour les musulmans.
Après le décès de ma mère en juillet 2001, je suis allé rejoindre une communauté MAfr en Espagne pour faire de l'animation missionnaire. C'est cette année-là que nous avons connu le fameux 11 septembre. Ce jour-là, j'étais dans une école où on avait envoyé une classe d'élèves en voyage d'étude aux USA. Les parents étaient très inquiets et avaient des propos très agressifs envers les musulmans. J'essayais de les calmer en nuançant leurs propos, en leur disant qu'il ne fallait pas généraliser. Quelqu'un m'a répondu que je défendais les musulmans parce que je n'avais jamais vécu avec eux. Cela a été pour moi une sorte de déclic. Je me suis dit que si je vivais avec les musulmans et tenais toujours le même discours conciliant envers eux, on devrait accepter ma position.
J'étais prêt à retourner au Burkina où on m'avait demandé d'aller m'occuper de l'association Taab Yinga en faveur des enfants de la rue. Une année avant la fin de mon contrat en Espagne, j'ai voulu faire une visite au Maghreb. J'ai parcouru l'Algérie et j'ai été conquis par ce que les confrères y vivaient. Leur proximité avec les gens et le fait que, tout en formant une Église très minoritaire, ils n'étaient pas complexés et étaient très dynamiques et pleins de projets. Après ce voyage, j'ai fait une retraite de discernement et je me suis décidé pour le Maghreb.
C'est ainsi qu'en 2002-03, je suis parti en Algérie pour apprendre l'arabe dialectal. Après cela, je suis allé deux ans au Caire pour étudier l'arabe classique. En plus des 35 heures d'étude de langue par semaine, nous avions 5 heures d'islamologie. Je suis ensuite retourné en Algérie. J'ai rejoint la communauté d'Oran qui s'occupait d'une bibliothèque biomédicale. Nous avions aussi beaucoup d'autres activités : l'aumônerie auprès des Petites Surs des Pauvres, des étudiants africains sub-sahariens, des prisonniers chrétiens, une association contre le sida. J'étais aussi traducteur de latin au musée national, et m'occupait de la formation de ceux qui désirent devenir chrétiens.
Qu'est-ce que tu penses apporter au Chapitre ?
Je ne suis au Maghreb que depuis 5 ans. J'ai un regard différent de ceux qui ont toujours vécu dans cette région. Mon expérience au Burkina me semble de plus en plus un atout pour le Maghreb. Et si je retournais au Burkina, je ne ferais pas les choses de la même manière : je ferais davantage attention au gens du monde musulman. Je me rends compte qu'il y a de petites communautés chrétiennes en Algérie et que l'islam est aussi présent un peu partout au Burkina Faso. De plus, l'Afrique noire est de plus en plus présente au Maghreb : migration, étudiants boursiers, employés, commerçants, etc.
J'aimerais dire aux confrères que l'islam n'est pas limité au le Maghreb. Il y a de petites communautés chrétiennes en Algérie et l'islam est aussi présent un peu partout au Burkina Faso. De plus, l'Afrique noire est de plus en plus présente au Maghreb : migration, étudiants boursiers, employés, commerçants, etc. Il faudrait chercher ensemble de quelle manière prendre en compte ces gens d'une autre croyance que la nôtre et construire quelque chose avec eux. Au Maghreb, nous ne travaillons pas avant tout pour faire grandir l'Église, mais pour l'avancement du Royaume.
Nous trouvons des points de jonction entre leurs convictions et les nôtres. Nous pouvons construire avec les musulmans en nous basant sur ces points communs. Exemple : l'association contre le sida. J'ai découvert, comme au Burkina, un phénomène de refus, de rejet des malades du sida, mais j'ai aussi rencontré des musulmans révoltés, tout comme moi, par cette discrimination. Ils étaient contents que moi, le prêtre, je puisse travailler avec eux. Un autre exemple : dans la bibliothèque biomédicale d'Oran, un groupe de 5 jeunes Algériens nous aidaient à organiser les activités, les programmes, les conférences, pour que notre bibliothèque soit vraiment performante. Des jeunes musulmans sont venus nous rejoindre dans notre travail et nous ont fait confiance. Dans ces deux exemples, l'Église institution n'a rien gagné de ce que nous avons vécu, mais dans les deux cas, ce sont des chrétiens avec d'autres croyants qui ont pu faire avancer le Royaume de Dieu.
Nous, PB, en tant que missionnaires, nous devons garder comme priorité la construction du Royaume. Nous devons aider l'Église à ne pas se raidir dans une recherche d'identité qui l'opposerait aux autres croyances, mais à rester servante de l'expérience de Jésus qui n'est pas venu nous enseigner une nouvelle religion, mais une nouvelle manière d'entrer en relation avec Dieu et avec les autres. Cette perspective est libératrice parce que quand je travaille avec un musulman, je ne veux pas qu'il adhère à des dogmes, mais qu'il fasse la même expérience spirituelle que Jésus a vécue et qui lui permettait de prendre une distance vis-à-vis de la Loi, de se soucier des faibles, d'être en relation avec Dieu non pas à travers les dogmes mais à travers une expérience d'amour.
Texte de Jacques Poirier
Missionaries of Africa
General Chapter
.............................. José Maria Cantal Rivas Interview
16th May 2010.
Firstly, José Maria, would you please introduce yourself?
I am attending the Chapter as Provincial of the Maghreb. I am 43. I was born in Grenada, Spain. I took my Missionary Oath in 1992 at Toulouse and left for Burkina Faso in 1994. I did my apostolic practice there and I was very happy to return. Appointed to a rural parish, I began to interest myself in the young people who were returning mainly from Côte d'Ivoire for treatment as they were dying of AIDS.
In 1999, I had to spend two years at home to look after my mother who was seriously ill. During this time, I began to wonder in what the Missionaries of Africa were alone in offering to the Church in Africa. I came to the conclusion that no other Congregation seemed to be sensitive to the apostolate towards the Muslim world except the White Fathers. I then realised that I had always had a weak spot for Muslims.
After my mother passed away in July 2001, I joined the MAfr community in Spain to do missionary promotion. I was prepared to return to Burkina where I had been asked to look after the Taab Yinga Association for street children. A year before the end of my contract in Spain, I wanted to visit the Maghreb. I travelled all over Algeria and was won over by what the confreres were living there. This was because they had a nearness to the people and that even while forming a very minority Church, they had no hang-ups and were very dynamic and full of projects. After this trip, I did a discernment retreat and decided in favour of the Maghreb.
Therefore, in 2002-2003, I left for Algeria to learn colloquial Arabic. After that, I spent two years at Cairo to study classical Arabic. In addition to 35 hours a week studying the language, we had 5 hours of Islamology. I then returned to Algeria, where I joined the community at Oran where I particularly looked after a biomedical library.
What do you believe you can contribute to the Chapter?
I have only been in the Maghreb for five years. I have a different outlook from those who have always lived in this region. My experience in Burkina increasingly seems to me an asset for the Maghreb. However, if I were to return to Burkina, I would not do things in the same way; I would pay more attention to the people of the Muslim world.
I would like to tell confreres that Islam is not limited to the Maghreb. There are small Christian communities in Algeria and Islam is also present almost everywhere in Burkina Faso. In addition, Africa south of the Sahara is increasingly evident in the Maghreb: migration, grant-aided students, employees, business people, etc. We would need to look together for the ways to take these believers into account and build something with them. In the Maghreb, what characterises us is that we do not work primarily to expand the Church, but for the coming of the Kingdom.
We find points of contact between their convictions and ours. We can build with them by basing ourselves on our points in common. For instance, there is the association combating AIDS. I discovered, just as in Burkina, a phenomenon of refusal, a rejection of AIDS sufferers, but I also found Muslims appalled, as I am, by this discrimination. They were happy to see me, the priest, able to work with them. Another example would be there biomedical library where a group of 5 young Algerians were helping us to organise activities, programmes and conferences so that our library would be truly functioning. Young Muslims came to join us in our task and trusted us. In these two instances, the Church institution did not gain anything in what we experienced, but in both cases, Christians with other believers were able to bring the Kingdom of God nearer.
As WF, as Missionaries, we need to maintain our priority in building up the Kingdom. We need to help the Church not to become rigid in its search for identity that would oppose it to other believers, but to remain the servant of the experience of Jesus, who came not to teach us a new religion, but a new way of entering into a relationship with God and others. This perspective is liberating, because when I work with a Muslim, I don't want him to adhere to doctrines, but that he has the same spiritual experience that Jesus lived and that enables him to take his distance vis-à-vis the Law, to take care of the weak, to be in a relationship with God, not through doctrines, but through an experience of love.
Text from Jacques Poirier
Translated by Donald MacLeod