Missionnaires d'Afrique
Jérusalem

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Evans K. Chama Candidat M.Afr.

Depuis deux ans à Jérusalem

À Kitwe, Zambie, dans un taxi pour me rendre à l’autogare en route vers Lusaka, le chauffeur me demanda : « Et ton voyage te mènera jusqu’où ? » — « Jusqu’à Jérusalem. » « Oh, mais c’est dangereux là-bas ! On le voit à la télé. » Je vis tout de suite l’inquiétude sur le visage de mon frère qui m’accompagnait. Il attendait ma réponse. Embarrassé, j’ai bredouillé quelques mots dont je ne me souviens plus. J’ai gardé comme un sentiment de crainte jusqu’à mon arrivée à Jérusalem en août 2006, peu de temps après la guerre entre Israël et le Liban. Nous étions sept candidats MAfr, les pionniers du petit groupe de formation (PGF) : Bernard Chowa, Evans Chama et Moses Ngulube (Zambiens), Jonathan Bahago et Victor Shehu (Nigérians), Gaétan Tiendrebeogo et Léonce Zinzéré (Burkinabés). Un an plus tard, Kanto Hembram, (Indien) and Jean de Dieu Bukuru (Burundais), nous ont rejoints. Nous sommes neufs candidats à Jérusalem.


La tendresse de notre Dieu fera lever le Soleil sur ceux qui habitent à l’ombre de nos synagogues,
églises, mosquées et antennes de télé (cf. Luc 1,77-79).

Joe Bulholzer, ancien recteur de Totteridge, est notre formateur. Il était assisté par Thomas Maier et Pol Vonk. Ce dernier est retourné en Tanzanie et a été remplacé par Thomas Bahmer. (Nous disons à Pol : Asante sana et meilleurs vœux d’apostolat !).

Le PGF est intégré dans la grande communauté de Ste-Anne qui compte 21 membres. Dans la communauté, chacun participe à l’un où l’autre de nos projets : accueil des pèlerins à la basilique, accompagnement des sessions-retraites, publication du journal œcuménique Proche-Orient Chrétien, formation des candidats, enseignement à l’institut où nous suivons les cours. La vie est organisée en équipes.

Nous suivons les cours au Studium Theologicum Salesianum affilié à la faculté de théologie de l’Université pontificale salésienne de Rome. Le Studium est situé dans le quartier juif de la nouvelle ville de Jérusalem. Trois instituts y envoient leurs candidats, les Salésiens, les Franciscains conventuels et les Pères Blancs. Nous venons de plus de 20 pays. Bien que nous suivions en gros les mêmes cours que dans tous les grands séminaires du monde, notre spécialité est bien sûr la visite de tous les lieux bibliques en Terre Sainte. Le jeudi est réservé à ces visites. L’an dernier nous avons fait un tour de la Galilée et cette année il est prévu d’aller au Sinaï en Égypte.

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Les candidats MAfr Victor Shehu (Nigeria), sur la terrasse du séminaire Ste-Anne (dans le fond, la basilique)
et Evans Chama (Zambie) sur une véranda du monastère orthodoxe Saint-Sabas, dans les Monts de Judée, à 15 km de Bethléem.

De nombreuses activités nous sont proposées avec les étudiants des séminaires des Franciscains et des prêtres diocésains. Les jours de fête, nous prions ensemble, faisons du sport et partageons un repas. Il s’agit pour nous tous de rencontres qui nous ouvrent à la rencontre internationale et interculturelle. Nous travaillons aussi avec les malades en phase terminale, avec les déficients mentaux ou physiques, avec les enfants de familles en difficultés et avec les Bédouins. Nous serions prêts à participer à d’autres engagements.

Les jours de grandes fêtes musulmanes, juives ou chrétiennes, quand nous marchons dans Jérusalem, nous nous rendons compte que, vraiment, cette ville est un grand centre religieux. Il y a toute une variété d’églises chrétiennes avec leurs dénominations, leurs rites, leurs nationalités et leurs langues. Les chrétiens, déjà si peu nombreux, sont-ils à ce point divisés ? On peut facilement s’en scandaliser mais petit à petit, c’est plutôt un sentiment d’émerveillement qui prend le dessus, devant la richesse et la diversité de la vie chrétienne, surtout devant la beauté des liturgies.
Cependant, le grand conflit entre Israéliens et Palestiniens reste la toile de fond de notre vie ici. C’est un défi. Les médias internationaux ne manquent jamais de montrer toute la violence subie par les populations du Proche-Orient. Nos familles et nos amis, comme le chauffeur de taxi, ne cessent de nous répéter la question : « Est-ce que tu vas bien ? » La réponse c’est : « Oui, nous allons bien. Mais ça ne va pas bien. »

Shalom or Salam alkum ?
Depuis notre arrivée, « la paix règne dans les murs de Jérusalem », à part quelques rares incidents. Notre séjour ici et nos études n’ont jamais été perturbés. Cependant, nous sentons une grande tension entre les deux peuples de cette terre. La tension suscite le soupçon et il nous est difficile d’établir avec les gens des relations qu’on pourrait qualifier d’amitiés sincères. Chaque camp se demande si cet étranger est de son bord ou contre lui. Allez-vous saluer les gens avec « Shalom ! » ou avec « Salam alkum ! » ? Les deux formules sont un souhait de paix, il faut bien connaître la personne que vous saluez avant d’employer la version en hébreu ou en arabe. Se tromper, c’est insulter son interlocuteur. Chaque peuple vit dans sa sphère.

Quand les confrères que je connais se rappellent leur vie en Afrique, ils finissent toujours par évoquer les amitiés qui se sont nouées là-bas. J’ai bien peur qu’après un séjour à Jérusalem, nous ne puissions pas en dire autant. C’est peut-être notre manière de porter le poids de ce conflit.

La Piscine de Béthesda
Depuis deux ans, je vis à Jérusalem. Quand j’en parle, quelle image me vient en tête ? Je choisis celle de la Piscine des brebis, de la Piscine de Béthesda (Jean 5), qui a été retrouvée dans la cour de notre maison.


D’abord Béthesda est un lieu de guérison. Elle me semble un symbole de la vocation de Jérusalem : une ville de guérison. N’est-ce pas la ville où s’est déroulé le drame du mystère pascal ? De fait, les pèlerins y viennent avec leurs prières pour obtenir des grâces. Quand j’ai reçu ma nomination pour Jérusalem, j’étais au Mali. Une dame toute donnée à Dieu m’a dit : « C’est là, à Jérusalem, que j’ai pris la décision de me consacrer à Dieu. Maintenant que tu y vas, emporte avec toi mes intentions de prière. » Et depuis que je suis ici, je vois que beaucoup de pèlerins laissent dans la basilique un petit papier où ils ont écrit des demandes spéciales.

Ensuite, je vois dans la piscine de Béthesda un second symbole de Jérusalem. Dans les excavations de la piscine, on a trouvé les fondations de basiliques antiques, maintenant détruites, témoins des blessures subies par la ville au cours des siècles. Selon les hommes au pouvoir, la ville fut démolie et reconstruite, chaque régime y apportant ses temples, ses églises, ses mosquées et ses palais. L’histoire se répète aujourd’hui. Jérusalem, située sur une ligne de fracture, est à la recherche de la paix. Les pèlerins y prient pour la paix. Les habitants de Jérusalem eux aussi supplient Dieu et le monde entier de lui permettre de vivre en paix. Je termine avec cette prière du psaume 122 : « Appelez la paix sur Jérusalem ! Qu’advienne la paix dans tes murs ! »

Evans K. Chama

Tiré du Petit Echo N° 996 2008/10

Voir aussi sur ce sujet de Ste Anne de Jérusalem

 


 

Missionaries of Africa
Jerusalem

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Evans K. Chama candidate M.Afr..

I’m Two Years Old in Jerusalem


I was in a taxi on the way to the station to take a bus for Lusaka, from Kitwe. The driver asked, ‘Where are you going?’ ‘To Jerusalem’, I replied. ‘Jerusalem?’ He exclaimed, ‘But you see on TV, things are not OK there.’ My brother gave me a sidelong look that was far from encouraging, waiting for my reaction. I mumbled something, but I don’t remember what it was. However, I don’t forget the fear the remark triggered. In August 2006, not long after the Israel-Lebanon war, seven of us arrived in Jerusalem to start a Small Formation Group (SFG): Bernard Chowa, Evans Chama and Moses Ngulube (Zambians), Jonathan Bahago and Victor Shehu (Nigerians), and Gaetan Tiendrebeogo and Leonce Zinzere (Burkinabe). The following year, Kanto Hembram, (Indian) and Jean de Dieu Bukuru, (Burundian), joined us, raising the number to nine.


The tender mercy of our God who will bring the rising Sun on those who live in the shadow of our churches,
mosques and TV aerials (cf Lk 1.77-79).

Joe Bulholzer, who had been Rector at Totteridge, moved to the Formation Group in Jerusalem, assisted by Thomas Maier and Pol Vonk. Earlier this year, Thomas Bahmer replaced Pol Vonk, who is back in Tanzania. (We wish him ‘Asante sana’, and all the best in his new apostolate).

The SFG is integrated into the community of St. Anne’s, comprising 21 members. The community is organised around various activities, such as welcoming pilgrims at the Basilica, running the Sessions, publishing an ecumenical journal (Proche-Orient), Formation, and lecturing at the Institute where we study. We also have teams for building community life.

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4th Phase candidates Victor Shehu (Nigeria) on the roof of St. Anne’s Seminary (the Basilica is in the background) and Evans Chama (Zambia) on the veranda of the Greek Orthodox Monastery
of St Saba, in the Kidron Valley of the Judaean Hills.

We study at the Studium Theologicum Salesianum, affiliated to the Faculty of Theology of the Salesian Pontifical University in Rome. It is situated in the predominantly Jewish new city of Jerusalem. Currently, there are three Congregations: Salesians, White Fathers and Conventual Franciscans, with students from over 20 countries. While our study programme is basically normal seminary training, the special Jerusalem touch lies largely in the visits we make to biblical places in the Holy Land. We have no lectures on Thursdays, reserved for such visits. Besides, we also go on Annual Study Tours, lasting a few days. Last year, we visited the region of Galilee. This year, we went to the Sinai, in Egypt.

We also have opportunities for activities with other seminaries, especially the diocesan and Franciscan seminaries. On feast days, we pray together, do sports and share a meal. These are privileged moments of wider international and intercultural encounter. The apostolate is another opportunity we have for contact with the people. It is mainly social. We work with terminally-ill patients, people with mental and physical disabilities, children from families in difficulties and Bedouins. We are still exploring other possibilities.

Walking into Jerusalem, especially at peak times of Muslim, Jewish or Christian festivals, you really appreciate how much the city is truly a religious centre. A glance at the various Christian Churches that are organised around different denominations, rites, nationalities and languages makes a person liable to be scandalised by an apparently fragmented Christian population, already a small minority. All the same, one simply cannot fail to marvel at the beauty and richness of such diversity, especially in liturgy.

However, the ongoing conflict remains a challenge for our stay here. The international media are never short of images of violence from the Middle East. Our families and friends keep asking us, ‘Are you OK?’ Yes, we are OK. But we are also not OK.

Shalom or Salaam alkum?
Since our arrival, Jerusalem has been generally quiet, despite a few isolated incidents. Our stay or studies have not been disturbed very much. However, we share in the tension between the two peoples of this land.

People live under so much tension and suspicion that we can hardly establish relationships with them that merit the name of friendship. Either camp will somehow wonder whether you are for or against them, if you are for salaam alkum or for shalom. While both are greetings of peace, you still need to be careful about which one you use and for which person, or you risk offending someone. Indeed, some people will not receive it kindly. This is a compartmentalised society, where meaning depends on you being from which side.

For confreres among us who have been to Africa, the recounting of their experience will often remain unfinished, without reminiscing on friendships they enjoyed. To the contrary, even after ours in Jerusalem, I’m afraid there will be very little, if any, to remember in this respect. It is our share of the conflict. I’m just a little bit over two years old here, what is my image of Jerusalem?

I find the best depiction of Jerusalem in the Pool of Bethesda, which is right in our yard. I see two aspects.
Firstly, Bethesda as a place of healing, according to John 5, gives one side of Jerusalem – a place of healing. Indeed, it’s hard to deny this aspect, for wasn’t the drama of the Paschal Mystery played out here? People look up to the City for special spiritual favours.

When I received an appointment for Jerusalem, in Mali, a consecrated lady told me, ‘There in Jerusalem, I made my decision for life. Now that you are going there, I entrust all my intentions to you.’ Besides, how many pilgrims leave pieces of paper in the Basilica for special favours? But this is only one face.

The Pool of Bethesda
I see the second image of Jerusalem, again, in the Pool of Bethesda. The Pool is marked with the remnants of basilicas from past centuries. These basilicas were not necessarily broken down by time, but they are the marks of the fractured history to which Jerusalem has been subjected, especially in wars that often ended in shifts of power. The city has experienced a vicious circle of construction and demolition of churches, mosques and temples, depending on who was in charge. Unfortunately, this is not simply the history of centuries ago.


Jerusalem is still fractured. It is in need of peace. Hence, it is not only a city people would look up to for favours, but also a city crying out to the outside for help.
For this reason, I want to conclude by entrusting these special intentions to your prayers: For the peace of Jerusalem pray; pray that peace may reign in its walls. (Ps. 122)

Evans K. Chama

From Petit Echo n°996 2008/10

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