Missionnaires d'Afrique
Ouganda
Robert Ubemu, M.Afr
JPIC à la base
Mon expérience à la paroisse de KatakwiUn beau matin de mai 2003, assis à l'extérieur de notre maison, jadmirais le paysage vallonné de Mahagi, dans le nord-est de la R. D. Congo. Tout semblait normal : je n'avais pas entendu de coups de feu pendant la nuit. Je ne pouvais guère imaginer que mes voisins avaient subi une dure épreuve au courant de la nuit : un pillage systématique et des scènes de torture perpétrées par des milices armées. L'arrivée soudaine d'hommes et de femmes portant leurs enfants et fuyant dans le froid, torses nus, a suffi pour malerter du danger. Il fallait faire quelque chose. Cela était un avant-goût de ce qui mattendait dans le diocèse de Soroti, en Ouganda, où jai été nommé.
Contexte paroissial
À Katakwi, même dans des circonstances pastorales normales, nous ne pouvions pas fermer les yeux sur la réalité. Linsécurité, les meurtres, le vol, la pauvreté, la faim, les maladies, la corruption, pour ne citer que ceux-là, étaient les fléaux quotidiens qui planaient sur la population qui nous entourait. Puisque leurs esprits, leurs coeurs et leurs corps ne pouvaient pas se dérober devant cette pression constante, aucune homélie, si bonne soit-elle, ni rituels sacrés ne pouvaient non plus avoir un impact quelconque. Il fallait agir !
C'est dans ce contexte que nos activités JPIC ont vu le jour à Katakwi. Bon nombre de nos communautés chrétiennes ne se résignaient pas en se lamentant, mais posaient des questions difficiles sur la situation qui prévalait et sur leurs réactions en tant que chrétiens. Au sein des structures existantes de la paroisse, JPIC est devenue un des principaux engagements pris en tant que communauté. Chacune de nos 26 succursales était concernée. Léquipe locale, composée de 10 personnes par chapelle, était chargée de soccuper de la réalisation des différentes activités. En outre, nous faisions partie de la Commission diocésaine de JPIC.
Problèmes et activités
Dans une région marquée par toutes sortes de troubles, les registres des activités étaient à refaire, et tout le monde voulait voir quelque chose de neuf dans les plus brefs délais possibles. Toutefois, il fallait dabord comprendre ce quétait lapostolat JPIC avant den définir les problèmes, nos priorités, ce que nous étions capables de faire. Dans un court laps de temps, nos équipes locales sont revenues avec des problèmes similaires, tous en rapport avec l'insécurité et ses conséquences, le vol, le conflit, la faim, la corruption et de sérieuses lacunes et insuffisances dans plusieurs domaines de la vie. De prime abord, tout cela ressemblait plutôt à une sorte d'inventaire des problèmes des gens, auxquels ils attendaient de la paroisse une solution rapide et efficace. Une discussion savérait nécessaire pour comprendre notre mission.
Conscientiser : Tout le monde dans la région saccordait à dire que quelque chose allait mal. Les gens avaient cependant besoin dinformations crédibles pour distinguer les rumeurs des faits, la vérité du mensonge, et la propagande des engagements authentiques. Cela faisait partie du rôle que notre Commission devait jouer : sensibiliser les communautés locales sur les enjeux des problèmes. Concrètement, il s'agissait de cueillir des informations avec des données sur les rebelles de la LRA, combien de vols de bétail étaient commis par les Karimojong et par les voleurs locaux, quelle était la position du gouvernement et les actions à mener dans la région, etc. Ce genre d'informations savéraient être des connaissances nécessaires en vue dune action appropriée.
Responsabiliser : Afin d'être en mesure et prêts à agir, nos gens devaient participer à une série de séances de formation pratique. Nous le faisions par le biais des rencontres mensuelles régulières, réparties en trois temps : rapports sur nos activités dans divers domaines de la paroisse, informations et partage sur les grands enjeux émergeant de nos activités, et un mini-plan dactions pour les prochains mois. Nous avons également bénéficié d'un certain nombre de sessions de formation organisées par la Commission diocésaine de JPIC sur la résolution des conflits et la réconciliation. Par-dessus tout, nos rencontres mensuelles étaient un temps d'apprentissage et dencouragement mutuel pour les prochaines activités.
Actions : C'était la partie la plus importante de nos engagements. Nos équipes des diverses succursales prenaient part à la médiation entre les personnes en conflit dans les villages, à la sensibilisation et aux actions à prendre face aux situations semblables dans leurs régions. Nos activités consistaient également à accompagner, éclairer et soutenir les personnes qui revendiquaient leurs droits ou leurs propriétés. Nous avons encouragé plusieurs personnes à revendiquer leurs vaches récupérées par la police auprès des voleurs Karimojong, ou encore ceux qui réclamaient l'installation des services publics (écoles, centre de la santé, etc.) dans leurs villages. Nous avons aussi organisé et mené des actions pour la paix. Cela tenait essentiellement à l'organisation de retraites sur JPIC et au chemin de la croix, prière cuménique pour et avec les victimes de violence. Les leaders locaux y assistaient aussi, et les gens pouvaient s'exprimer librement.
Mon expérience : défi et apprentissage
Mon expérience à Katakwi m'a offert un triple défi : la situation des gens, les structures environnantes et le contexte pastoral. Tout d'abord, je me suis retrouvé en face de personnes qui avaient besoin de libération, désireuses de faire quelque chose dans ce but. Toutefois, la seule bonne volonté ne suffisait pas pour entreprendre un engagement sérieux et dangereux, à savoir la lutte pour la justice et la paix. Leur priorité numéro un était la lutte pour le pain quotidien, la santé physique et la sécurité. Pour nombre dentre eux, suivre régulièrement nos programmes dactivités était en soi un grand sacrifice. Une bonne dose de foi était nécessaire pour sengager dans JPIC.
Le deuxième grand défi provenait des structures politiques, religieuses ou culturelles. Pointer du doigt tout ce qui viole la dignité et les droits humains n'excuse pas ces structures doù les puissants tirent leur pouvoir. Nous avons reçu une série d'avertissements et de remarques négatives, dont le but était de décourager certains de nos membres. Les réactions les plus courantes étaient : Vous rêvez ! , ou encore, Balayez d'abord votre propre maison !
Enfin, au niveau de la pastorale, le dilemme était de savoir comment être à la fois le pasteur des oppresseurs et des opprimés ? Comment faire comprendre aux deux côtés qu'ils sont tous prisonniers dune emprise dont Jésus est venu les libérer ? Comment puis-je, en tant que pasteur, témoigner de l'Évangile que je prêche ? Le balayez dabord votre propre maison ne peut être ignoré, si nous voulons être crédibles dans ce que nous faisons. Ma petite expérience de JPIC à Katakwi ma placé plutôt sur un humble chemin de découverte et de conversion.
La moisson est abondante
La définition, par notre Chapitre de 2004, de la mission en termes dactivités "au-delà des frontières", peut être concrétisée dans chaque contexte de nos engagements missionnaires. La situation de Katakwi, comme dans dautres régions, me rappelle celle des personnes, dans l'Évangile, qui étaient comme des 'brebis sans Berger', et que le Christ avait pressenties comme une urgence à traiter. Il nous suffit de nous ouvrir humblement pour accueillir et gérer ces réalités selon l'esprit de vérité de l'Évangile.
Robert Ubemu, M.Afr
Tiré du Petit Echo N° 1007 2010/1
Missionaries of Africa
Uganda
Robert Ubemu, M.Afr
JPIC at the Grassroots
My experience at Katakwi Catholic ParishOne morning after a cold and rainy night in May 2003, I was sitting outside my family house in the hilly countryside of Mahagi, in the North-Eastern Democratic Republic of Congo. All seemed rather normal, as I didnt hear any gunshot that night. However, little did I know of the ordeal my neighbours were going through the whole night: a thorough looting and torture carried out by armed militia. The sudden arrival of men and women carrying their kids and running away bare-chested in the cold was enough to put me too in gear. I was convinced I had to do something. This was the foretaste of a reality that was waiting for me in Soroti Diocese, Uganda, where I had been appointed.
In the Parish context
In the normal Parish work, we couldnt turn a blind eye to the reality: insecurity, murder, theft, poverty, hunger, disease, corruption, to mention only a few, were the daily plagues hovering around the people to whom we were ministering. As their minds, hearts and bodies couldnt escape this constant pressure, neither best homilies or sacred rituals could have much impact. We had to do or at least say something about the situation!
It was in this context that our JPIC activities saw the light in Katakwi. Many of our Christian communities around the parish couldnt remain lamenting, but were eager to ask challenging questions about the prevailing situation and their reactions to it as Christians. This was the basis for the beginning of JPIC activities. Within the existing parish structures, JPIC became one of the major commitments we took as a community. Each of our 26 outstations became involved. A group of 10 people from each chapel constituted the local team interested in taking on and carrying out various activities. Besides this, we were part of the Diocesan JPIC Commission, an official body in the Church.
Issues and Activities
In an area scarred by all sorts of troubles, scores of activities were to be undertaken, and everybody wanted to see something new in the shortest time possible. However, we had to understand what JPIC apostolate is and define what the JPIC issues are, including our priorities, what we are able to do and where to start. In a short time, our local teams in most of our 26 chapels came out with similar issues, all related to insecurity and its consequences, theft, conflict, hunger, corruption, and serious shortages and inadequacies in most sectors of life. In the beginning, all this looked rather like a kind of record of problems people had and to which they expected the parish to give a quick and effective solution. We therefore had to discuss and understand our mission.
Creating awareness: it was obvious for everybody in the area that something was going wrong. However, people needed to get the right information, distinguishing between rumours and facts, between truths and lies, and between propaganda and true commitments. This was part of the role our Commission was to carry out in order to make the local communities aware of the matters at stake. Concretely, this consists of collecting information with data about the LRA rebels, how much thefts are being carried out by Karimojong cattle rustlers and local thieves; what is the governments position and action about various issues in the area, etc. This kind of information could gives the knowledge necessary for appropriate action.
Capacity Building: in order to be able and ready to act, our people needed a series of practical training sessions. We were doing this through our regular monthly encounters that had three major parts: reports on our activities in various areas of the parish, inputs and sharing on major issues emerging from our activities, and a mini-plan of actions for the coming months. We also benefited from a number of trainings sessions carried out by the Diocesan JPIC Commission in the area of conflict resolution and reconciliation. Above all, our monthly encounters were a time of learning and supporting each other in our activities, thus getting more strength for the forthcoming activities.
Actions: this was the most crucial part of our commitments. Our teams in various outstations were involved in mediation between quarrelling people in villages and formal and informal awareness-raising and actions on current situations in their areas. A good part of our activities also consists of accompanying, enlightening and supporting people claiming their rights or properties. In this area, we encouraged many who were claiming their cows recovered by the police from the Karimojong thieves, or again those claiming installation of public services (schools, health centres ) in their villages. Last but not least, we were also organising and carrying out actions for peace. This consisted essentially of organising JPIC retreats and Way of the Cross, ecumenical prayer services for and with victims of violence; prayers also attended by local leaders and during which people found opportunities to express themselves.
My Experience: Challenge and learning
My experience in Katkwi offered me a threefold challenge: the peoples situation, the surrounding structures and the pastoral context. First of all, I found myself faced with people in need of liberation, eager to do something for themselves. However, goodwill alone was not enough to undertake a serious and dangerous commitment, such as the struggle for justice and peace. Their topmost priority was the fight for daily bread and physical health and security. The sacrifice was great for many to follow our planned activities regularly. It needed a high level of faith to carry out JPIC activities.
The second major challenge came from structures, political, religious or cultural. Pointing at all that violates human rights and dignity doesnt spare these structures from which those in positions of strength draw their power. We got a number of warnings and negative remarks, which sometimes could discourage some of our members, as the common reactions were always, You are dreaming! or again, Clean your own house first!
At the pastoral level, the dilemma was how to be the pastor of both the oppressors and the oppressed? How do we make both sides understand that they are all captives of something from which Jesus came to liberate them? Last but not least, how do I as a pastor, witness to the Gospel I am preaching? The clean your own house first cannot just be rubbished, if we want to be credible in what we are doing. My small experience of JPIC in Katakwi put me on a rather humbling path of discovery and conversion.
The harvest is rich
The definition by our 2004 Chapter of mission as the activities beyond boundaries can be concretised in every context of our missionary commitments. The situation of Katakwi, as in many areas, reminds me of people in the Gospel who were like sheep without shepherd, and to whom Christ always saw much urgency to minister. We only need to open ourselves humbly to welcome and handle these realities in the true spirit of the Gospel.
Robert Ubemu, M.Afr.
From Petit Echo n° 1007 2010/1