Missionnaires d'Afrique

Jacques LACOUR M.Afr

Justice & Paix

Garder vivante l’Espérance

Jacques Lacour a écrit chaque semaine, pendant plusieurs années, la rubrique “Droit dans les yeux” dans le journal Le Pays au Burkina Faso. Il est maintenant nommé dans la communauté de Marseille, en France. Nous vous livrons ici un de ses derniers écrits où, le plus souvent, il dénonçait une injustice ou l’autre, spécialement dans le pays des hommes intègres.

Celui qui guette l’information chaque jour pour essayer de comprendre comment marche le monde, pourquoi l’injustice l’emporte si souvent, pourquoi les plus petits sont écrasés sans avoir droit à la parole, celui-là est souvent guetté lui-même par la tristesse ou le découragement, par la révolte ou la colère. Dans un monde où les forces de mort l’emportent si souvent, comment ne pas se décourager ou tomber dans la fatalité, et parfois même accuser Dieu de tout laisser faire ainsi.

Dans la vie de tous les jours, chacune, chacun d’entre nous est confronté à ce qui ne va pas. La rubrique “Droit dans les yeux”, que j’écris chaque semaine dans le journal Le Pays, pointe un petit aspect dans notre monde, dans notre société, de ce qui, peut-être, pourrait être corrigé, amendé, amélioré.

Parfois le vertige du découragement me saisit, et beaucoup de « braves gens », pleins de « bon sens », me disent : « Mon Père, il ne faut pas penser à tout ça, c’est trop tragique. » D’autres, par contre, mesurent soudain le tragique de certains évènements, comme ces catéchistes à qui nous avions fait découvrir les situations très difficiles que vont faire naître les changements climatiques : « Mais, mon Père, ceux qui réfléchissent à tout ça, est-ce qu’ils peuvent encore dormir ? »

Par peur du vertige, on peut fermer les yeux ; par lucidité, on peut accepter de mal dormir
Quand on commence vraiment à comprendre comment marche notre monde, et les puissants ne souhaitent pas que nous comprenions vraiment…

Quand on commence à comprendre comment l’égoïsme l’emporte sur la générosité, la privatisation et l’accaparement par quelques-uns sur le bien commun,

Comment l’avidité l’emporte sur la solidarité, la richesse de quelques-uns sur la ruine des États et des pauvres,

Comment la violence l’emporte sur la tolérance, violence mise au service d’intérêts inavouables,

Comment le mensonge l’emporte sur la vérité, pour le profit de quelques-uns, la haine sur l’amour, la jalousie sur la joie,

Alors, on se dit au fond de son cœur : « Non, ça ne durera pas toujours ainsi, Non, ça ne peut continuer comme cela indéfiniment ! »

Ce n’est pas ce monde-là que nous désirons, ce n’est pas dans ce monde-là que nous voulons vivre, ce n’est pas ce monde-là que nous voulons laisser à nos enfants.

À ce moment-là, si nous ouvrons bien les yeux, nous voyons se lever des témoins qui désirent un monde autrement, qui y consacrent leurs vies, souvent sans bruit ni tintamarre. Beaucoup trouvent souvent en Dieu la force qui fait tenir debout même dans l’épreuve. Ils ne sont pas meilleurs que nous, mais ils osent s’engager, chacun à sa manière, selon le don qu’ils ont reçu, et ils nous laissent entrevoir d’autres horizons.

Alors, quand plus rien ne semble aller, quand les puissances d’argent, d’asservissement et de mort semblent l’emporter, une espérance demeure, une espérance reste vive, chantée chaque soir par les prêtres et les religieuses :

« Il renverse les puissants de leur trône, Il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés, Il renvoie les riches les mains vides. »

L’Auteur de ce monde, parce qu’il l’a créé par amour, ne cesse de veiller sur lui et Il le conduira vers la Vie.

En ce temps de Pâques pour les croyants de la communauté chrétienne, une certitude habite leur vie tout entière :
Non, ça ne durera pas toujours ainsi. Un jour la Justice l’emportera.
Un jour la Vie l’emportera.

Jacques LACOUR M.Afr.

Vous trouverez d’autres écrits de Jacques sur son blog :
http://jacques-lacour.blogspot.com/


Tiré du Petit Echo N° 1002 2009/6

 


 

Missionaries of Africa

Jacques LACOUR M.Afr

Justice & Peace


Keeping hope alive

Every week for several years, Jacques Lacour wrote a column ‘In your face’, in the newspaper Le Pays in Burkina Faso. He has now been appointed to the community at Marseilles, France. We offer you here one of his last articles in which, more often than not, he condemned injustices, particularly in the country of ‘righteous men’.

Whoever keeps a sharp lookout on a daily basis for news in order to understand how the world works, why injustice so often triumphs, why the most vulnerable people are often crushed without a voice, such a person is often on the brink of sadness or discouragement, out of revulsion or bitterness.

In a world where the power of death so often takes the upper hand, how can a person not feel disheartened or fall into fatalism, and even sometimes accuse God of allowing all this to happen?

In everyday life, everyone among us is confronted with what is not right. The column, ‘In your face’ that I write every week for the newspaper Le Pays, puts the finger on a small aspect of our world, of our society, which perhaps could be corrected, amended or improved.

Sometimes the giddiness of discouragement overwhelms me and many ‘good people’ full of ‘common sense’ say to me, ‘Father, don’t think about these things, it is too tragic.’ Others, by contrast, right away sense the drama in certain events, such as these catechists to whom we revealed the very difficult situations that will give rise to climate change.

They said, ‘But Father, those who think about all these things, will they still be able to sleep at night?’
Through fear of falling, we can close our eyes; to remain alert, we can accept to sleep badly.

When we begin to truly understand how our world works, and those in power do not really want us to know, when we begin to understand how selfishness triumphs over generosity, privatisation and monopolies by a few take over the common good, we also see how greed triumphs over solidarity, the riches of the few ride on the backs of failed states and of the poor, how violence triumphs over tolerance: We deplore the violence at the service of shameful interests, how lies triumph over truth, for the benefit of the few, hatred over love, jealousy over joy. At those times, we say in the depth of our hearts, ‘No, this cannot go on like this forever; no, this cannot last indefinitely.’ This is not the kind of world we want. This is not the world in which we want to live. This is not the world that we wish to leave to future generations.

At that point, if we open up our eyes, we see those bearing testimony of a desire for another kind of world, those who devote their lives often without noise or fanfare. Many often find in God the strength to hold firm, even in time of trial.

They are not better than us, but they risk getting involved, each one in his or her own way, according to the gifts they have received and they allow us to make out other horizons.

Then, when nothing seems to work anymore, when the powers of money, enslavement and death seem to have the upper hand, one hope remains, one hope remains alive, sung each evening by priests and Sisters:
‘He has pulled down princes from their thrones and exalted the lowly.
The hungry he has filled with good things, the rich sent empty away.’ (Luke 1:52-53)

The Creator of this world, because he created out of love, does not cease to watch over it and he will lead it to Life.
In this Eastertide for believers in Christian communities, one certainty inhabits their whole lives:
No, it will not last forever.

One day Justice will carry the day, one day Life will triumph.
This is what gives meaning to our commitments today.

Jacques LacourM.Afr.

From Petit Echo n° 1000 2009/6