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Texte Pris sur le site Journal La-Croix

Mort de Mgr Yougbaré, premier évêque originaire d’Afrique de l’Ouest

Mgr Dieudonné Yougbaré, évêque émérite de Koupéla (est du Burkina Faso), est mort vendredi 4 novembre à 94 ans, a annoncé le diocèse de Lyon avec lequel est jumelé le diocèse de Koupéla. Ordonné en 1956, il avait été le premier évêque africain d’Afrique de l’Ouest.

Né le 16 février 1917 à Koupéla, il avait été ordonné prêtre le 8 avril 1945 à Ouagadougou. D’abord nommé comme vicaire à Pabré, près de Ouagadougou, puis professeur au petit séminaire de cette ville, il est vicaire à Ouagadougou en 1948 et curé de Pabré l’année suivante.

Curé de Garango en 1954, il est proposé en 1956 comme évêque de Koupéla par Mgr Marcel Lefebvre, alors délégué apostolique pour l’Afrique francophone, qui cherche à mettre une hiérarchie autochtone.

Il est ordonné évêque le 8 juillet 1956 par le cardinal Pierre-Marie Gerlier, archevêque de Lyon, qui propose alors de jumeler le tout nouveau diocèse de Koupéla avec le sien. Ce sera également la première fois dans l’Église catholique qu’un diocèse est jumelé avec un autre et ce jumelage donne toujours lieu à de nombreux échanges entre les deux diocèses.

Premier évêque résidentiel noir d’Afrique occidentale française, il participe au concile Vatican II et reste évêque de Koupéla jusqu’à sa retraite en 1995.


N. S.

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Le jour de son ordination en 1956 : Mgr Yougbare avec Mgr Socquet, Evêque de Ouagadougou

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Archive du Journal La-Croix

Mgr Yougbaré, artisan d'une Eglise de plus en plus africaine


Retiré depuis quelques années à Baagré, au sud du Burkina Faso, dans une maison qu'il a fait construire pour les prêtres âgés du diocèse, Mgr Dieudonné Yougbaré ne se déplace plus guère. gé de 89 ans et aveugle, il garde l'esprit vif et mène une vie de silence et de prière. Mais demain et dimanche, c'est sûr, il franchira les 100 km qui le séparent de Koupéla, sa ville natale, la ville dont il a été l'évêque pendant trente-neuf ans, de 1956 à 1995.

Lors du JubiléL'événement est important, l'occasion unique. L'archidiocèse de Koupéla célèbre en effet ces jours-ci un triple jubilé d'or : le 50e anniversaire de sa création (le 20 janvier 1956), le 50e anniversaire de la consécration de son premier évêque - Mgr Yougbaré lui-même - et le 50e anniversaire du jumelage des diocèses de Koupéla et de Lyon. D'ailleurs une délégation de quatorze personnes, conduite par le cardinal Philippe Barbarin et représentant les paroisses jumelées, a quitté les rives du Rhône pour la savane africaine. « Dimanche à la messe, nous serons peut-être 600 ou 700 000, estime le P. Jean Moriaud, Père Blanc, ancien missionnaire dans le diocèse de Koupéla et membre de la délégation lyonnaise. C'est une grande fête pour l'Église africaine. Mgr Dieudonné Yougbaré fut en effet le premier évêque africain de l'Afrique occidentale. Il est le témoin et l'artisan d'une Église qui, petit à petit, a su se développer et se prendre en charge. »

En 1956, le pays s'appelle encore Haute-Volta. Les chrétiens, toujours minoritaires, deviennent cependant plus nombreux. L'Église s'organise. Ordonné prêtre en 1945, Dieudonné Yougbaré, après avoir exercé son ministère à Pabré et à Garango, est nommé évêque du nouveau diocèse de Koupéla. Il n'a que 39 ans, mais déjà, pour les fidèles et les missionnaires, il fait figure de « sage », d'« ancien ».

Son ordination épiscopale à Ouagadougou et son intronisation à Koupéla en juillet 1956 donnèrent lieu à des célébrations dont les plus anciens se souviennent encore. D'autant qu'elles furent présidées par le cardinal Gerlier. La chronique lyonnaise rapporte l'événement : « Un soir de l'année 1954, Mgr Socquet, alors vicaire apostolique, dînait à l'archevêché de Lyon. "Éminence, dit-il au cardinal, vous n'êtes jamais venu en Haute-Volta." La réplique fut immédiate : "Mais on ne m'y a jamais invité". »

Deux ans après, l'évêque missionnaire s'en souvint, et c'est ainsi que le cardinal Gerlier prit l'avion le 5 juillet 1956 pour Ouagadougou, via Niamey. La réception fut grandiose. Il fut accueilli par un message de bienvenue du « président de la République et de l'Union française », René Coty, auquel s'était associé Gaston Defferre, ministre de la France d'outre-mer. Tous deux adressaient leurs félicitations « à Son Excellence Monseigneur Yougbaré, premier évêque résidentiel en Afrique noire française, à l'occasion de son prochain sacre. »

Les cérémonies se succèdent dans l'allégresse. Le cardinal Gerlier est manifestement ému. « S'il s'était agi de sacrer un évêque blanc, avoue-t-il, je ne serais pas venu. Mais c'était un évêque africain, et j'ai senti que j'avais un message à porter : le message de l'affection que l'Église porte à l'Africain, le message aussi de l'unité qui existe entre tous les membres de l'épiscopat catholique. » Avant de prendre congé du nouvel évêque et des fidèles de Koupéla, il confie que « vraiment, il valait la peine d'être venu de Lyon. Et je dis, devant vous tous qui m'écoutez, que ce sera peut-être la plus grande fierté de mon épiscopat d'avoir été le consécrateur de Mgr Yougbaré. » Déjà, à l'initiative du cardinal Gerlier, des liens se tissent entre les deux diocèses. C'est tout naturellement que Mgr Yougbaré place sous le patronage de Notre-Dame de Fourvière la première paroisse qu'il fonde à Pouytenga en 1957.

« C'est un pasteur, un pasteur discret, un vrai bâtisseur, témoigne le P. Jean Moriaud, qui a travaillé à ses côtés de 1965 à 1987. Il a créé le petit séminaire de Baskouré, deux écoles de catéchistes (l'une pour les Mossi à Guelgue, l'autre pour les Bissa à Garango). Il a construit des églises, organisé des paroisses, encouragé la naissance et le développement de communautés chrétiennes de base. Dès 1975, avec le cardinal Zoungrana, il a lancé l'idée d'"Église-Famille". »

« Il voit clair, il dit où il faut aller et là où il ne faut pas aller, ajoute l'abbé Louis Koutou, ordonné en 1991 à Koupéla. Chaque année il définissait un thème avec ses prêtres, et veillait à ce que les orientations pastorales soient respectées. » Jean-Paul Sagadou, prêtre du diocèse voisin de Fada N'Gourma, était au petit séminaire de Koupéla au début des années 1990 : « Il venait souvent nous rendre visite, se souvient-il. Il accueillait tous les séminaristes, même ceux qui n'étaient pas de son diocèse. Tout le monde savait que c'était le premier évêque africain, et on était fiers. Je me rappelle aussi que tous les samedis après-midi, il se rendait dans sa cathédrale pour écouter les confessions. »

Inlassablement, pendant trente-neuf ans, Mgr Yougbaré a soutenu, orienté, animé ses communautés, encouragé les vocations, favorisé l'engagement des laïcs. Le jumelage avec Lyon lui tenait à coeur. Il se sentait ainsi rattaché au collège des Apôtres par la chaîne des évêques de l'Église de Lyon, fondée par Irénée, disciple de Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple de saint Jean. Les liens entre les deux diocèses se sont parfois distendus. Se limitant à des aides ponctuelles et à quelques échanges de courrier et de personnes. Mgr Yougbaré aurait voulu que les jumelages se fassent directement entre paroisses. Il y eut des hauts et des bas. C'est en décembre 1992, avec la visite du cardinal Albert Decourtray, que les relations reprennent vraiment entre « la majestueuse cathédrale de Lyon » et « l'humble paillote de Koupéla ». Un an après, en décembre 1993, Mgr Yougbaré est à Lyon pour la fête d'envoi du synode diocésain. En 1995, pour son jubilé sacerdotal, l'archevêché de Lyon lui offre une étole du cardinal Decourtray pour signifier « l'intimité en Dieu des deux diocèses ».

Mgr Séraphin-François Rouamba, son successeur à Koupéla, poursuit dans la même direction. Invité à Lyon par Mgr Jean Balland en 1997, il insiste pour « enraciner le jumelage sur le terrain ». Dans certaines paroisses au Burkina et dans le Rhône-Roannais, des comités de jumelage sont mis sur pied qui se soutiennent, s'entraident et parfois se rencontrent. Lui-même ancien missionnaire à Madagascar, le cardinal Barbarin encourage l'initiative. Avec Mgr Rouamba, il vient de mettre la dernière main à une charte du jumelage. Le document est prêt. Les deux archevêques le signeront ce dimanche 22 janvier au sanctuaire de Binnatênga à Koupéla, sur le lieu même où, le 22 janvier 1900, les premiers missionnaires fondèrent l'Église du Burkina Faso. Cette charte sera solennellement proclamée à Lyon le 4 juin 2006, en la fête de la Pentecôte, dans le cadre de l'Année de la mission. En présence de Mgr Rouamba et d'une délégation de Koupéla.

BERNARD JOUANNO

Voir aussi Son Jubilé 2006

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Cérémonie des obsèques de notre Mgr Dieudonné Yougbaré
Mardi 08 Novembre 2011
9 h 00 : Messe à la Cathédrale de l’Immaculée Conception de Ouagadougou Suivi du corps du transfert du corps à Koupèla
20h 00 : Veillée de prière à la Cathédrale Notre Dame des Grâces de Koupèla

Mercredi 09 Novembre 2011
9 h00 : Grand- messe à la Cathédrale Notre Dame des Grâces de Koupèla, suivie de l’enterrement au sanctuaire Marial de Binatenga(Koupèla)

Que par la miséricorde de Dieu, l’âme de notre cher Père repose en paix !

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Du Journal Le Faso.net

Inhumation de Mgr Dieudonné Yougbaré : La béatification demandée pour le premier évêque de l'AOF

Mgr Dieudonné Yougbaré rappelé à Dieu,vendredi 4 novembre dernier, a été conduit à sa dernière demeure le mercredi 9 novembre 2011 à Koupèla,au sanctuaire marial de Binatenga, site où les premiers missionnaires ont deposé leurs valises. De la cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée Conception de Ouagadougou à celle de Notre-Dame des Grâces de Koupèla, les hommages et témoignages se sont succédés, les uns aussi poignants que les autres sur ce grand homme d’Eglise.

Les populations de Mogteedo, de Zorgho, de Pouytenga et de toutes les petites bourgades traversées ont lancé un appel silencieux à la béatification immédiate de l’homme de Dieu porté en triomphe et déjà au panthéon des heureux élus. Comme à l’entrée de Jésus dans Jérusalem, des malades venus quérir la santé dans un centre de raboutage à Bougré, un village du Ganzougou, situé sur la nationale n°4, ont jeté des pagnes sur le bitume pour que passe dessus le cortège, tandis que tout le long des villages traversés, on accourait avec des branches d’arbres ou des fleurs pour acclamer celui qui, après avoir annoncé l’Evangile à tous, va se reposer de ses fatigues dans le sein d’Abraham.

Les témoignages sur l’exemplarité de la vie de l’homme n’ont pas tari tout le long du cortège et de ses escales. Mais c’est à Mgr Wenceslas Compaoré, évêque émérite de Manga, qu’il est revenu de reconnaître publiquement en celui dont tout le monde pleure la disparition, « l’évêque, le prêtre, l’homme peu bavard, silencieux même, spirituel et malicieux, discret, sérieux, ascète, humble, homme de travail, mais aussi de prière, détaché des biens et des honneurs, simple parmi tout le monde, … un saint ». En d’autres termes, c’est une demande de canonisation pour celui dont la vie a été en tout point édifiante. Etre déclaré Saint dans la tradition de l’Eglise catholique, c’est être déclaré apte à intercéder auprès de Dieu pour les hommes, car jouissant soi-même de la félicité du Paradis. Le titre de Saint est obtenu seulement après un long et coûteux procès en béatification qu’il n’est peut-être pas donné à de pauvres églises vivant déjà de subsides de pouvoir supporter.

Mais, des cas existent à l’exemple du Bienheureux Jean-Paul II, pape, dont on allégea la procédure de canonisation parce qu’il faisait déjà l’unanimité de tous autour de ses vertus et de la certitude que la main de Dieu était sur lui, de la part de croyants et de non-croyants, de catholiques mais également des autres confessions religieuses. Ce n’est certainement pas par pur mimétisme que cette demande, d’abord muette, se précise en cette veillée de prière autour de la dépouille mortelle de Mgr Yougbaré. Les deux hommes de Dieu non seulement se connaissaient, mais s’estimaient autant à en croire la lettre pleine d’éloges adressés par le pape à Yougbaré, à l’occasion de la cession du siège à son successeur Mgr Séraphin Rouamba. « J’ai combattu le bon combat, je suis allé jusqu’au bout de la course, j’ai gardé la foi.

Et maintenant, le prix de la victoire m’attend : c’est la couronne de justice que le Seigneur, le juste juge, me donnera au jour du jugement. Et il ne la donnera pas seulement à moi, mais à tous ceux qui attendent le moment où il apparaîtra. » 2Tim 4,7-8. Les témoignages se suivent et concordent sur le disparu qui a choisi pour devise sacerdotale : « Yahvé est mon rocher.» Mgr Yougbaré a vécu cette devise dans sa chair, aussi bien jeune séminariste que dans la fragilité de la maladie et du poids de l’âge. Il est resté fidèle au Christ et savait garder ce calme olympien face à l’adversité d’où qu’elle vienne. Le témoignage d’un catéchiste de Zorgho est pour le moins édifiant à ce sujet. En une matinée de mai 1969, à l’enterrement d’un de ses prêtres, le père Leone Dona Doni, un essaim d’abeilles a fondu sur la foule venue nombreuse accompagner le père à son ultime demeure.

Tous ont pris la fuite sauf deux : le cadavre et Mgr Dieudonné Yougbaré. L’homme, dit-on, est resté de marbre et n’a pas bougé même le petit doigt pour tenter de chasser les volatiles qui le dardaient. Il a gardé sur son visage les stigmates des piqures des abeilles. Saint, tout de suite, Mgr Yougbaré, à l’exemple de Saint Paul a couru « les yeux fixés sur le but » et a durement traité et sévèrement maîtrisé son corps afin de ne pas être rejeté après avoir prêché aux autres. 1 cor 9, 26-27. Mgr Wenceslas donne à ce sujet le témoignage suivant : "il (Yougbaré) avait le corps si frêle et le visage si émincé que l’on se demandait s’il mangeait et s’il buvait… mais bien sûr qu’il mangeait !

A la source eucharistique pour laquelle il avait une dévotion particulière : après la sieste, il avait sa visite quotidienne au Très Saint Sacrement. Il buvait, c’est sûr, surtout à la source de la patristique, surtout augustinienne dont l’amitié a valu au petit séminaire qu’il a fondé en 1960, de porter le nom de l’évêque d’Hippone : même mal voyant, ces deux heures de lecture quotidienne lui étaient régulièrement assurées par son socius et neveu, abbé Gérard Yougbaré".

L’indifférence totale vis-à-vis de l’argent, était pour lui viscérale. On ne peut pas servir deux maîtres : Dieu et Mammon. Personne ne pourra désigner après lui, une case ronde quelque part ou un vélo qui soit sa propriété. Comme le Christ, il laisse probablement sa soutane (tunique cousu d’une pièce ?) sans dorures ni même de boutons violets ornementaux. A la passation de service après sa nomination pour le remplacer, Mgr Séraphin F. Rouamba se souvient des comptes qu’il lui fit en ajoutant : « ?nous ne sommes pas riches vous l’aurez remarqué, mais nous ne devons à personne. ? » Traduction certainement racée et très courtoise de ce qu’aurait dit le Koupéléen lambda : « Je mange le tô de ma femme et me soulage dans mon potager ». Mgr Rouamba de lui adresser cette prière : « Obtenez de Dieu que vous contemplez aujourd’hui pareil détachement pour vos prêtres, en ces temps d’épreuves que traverse l’église ».

Homme de terrain, il l’est resté en gardant le contact avec le monde. Il est toujours informé de tout, et ceux qui sont dans l’action et les responsabilités n’ont pas le temps ni la patience de le suivre. Plus d’un visiteur s’est trouvé surpris par la connaissance qu’il a de domaines divers de l’actualité

A la fin de la cérémonie de la messe de requiem, les témoignages ont repris de plus bel. Le Cardinal Barbarin a rappelé les mérites de l’homme et a comparé la présente à la messe de La place Saint Pierre lors de l’"Au-revoir" au pape Jean-Paul II.

Thomas Dakin POUYA (pouyemtiim@yahoo.fr)