Missionnaires d'Afrique
Forum

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Marcel Boivin M.Afr.

Mwanza, le 13 août 2008. — L’idée d’une réflexion sur la réconciliation dans le contexte de la justice évangélique, et sur son importance à cette étape-ci de l’histoire de notre Société, m’est venue l’an dernier, après la lecture de la lettre du Supérieur général parue dans le Petit Écho no 986 (p. 579) : « La parole de réconciliation ». J’ai alors entrepris de relire (et de rajeunir !) les notes rédigées dans les années où j’enseignais la justice sociale. Ensuite, je me suis décidé à rédiger un texte que j’envoie au Petit Écho comme contribution à notre réflexion communautaire. M. B.

Serviteurs de la réconciliation
ou avocats de la confrontation ?
Le défi de la justice selon l’Évangile

Nous sommes tous d’accord sur l’engagement des MAfr en faveur de la justice. Cela est « juste et bon ». Nous le vivons depuis que notre fondateur, le Cardinal Lavigerie, a mené la campagne antiesclavagiste. Selon la formule lancée par le Synode sur la justice en 1971, « l’engagement pour la justice est une dimension constitutive de l’annonce de l’Évangile ».

Des agents de la lutte sociale ?
Souvent, depuis Lavigerie, nous avons dû ajuster notre approche de la justice aux réalités de l’histoire. D’année en année la question se repose : « À quoi exactement nous engageons-nous quand on nous demande de descendre sur le terrain du combat pour la justice ? » Chaque confrère a déjà interprété les différents appels qu’il a reçus. Voici quelques interprétations que j’estime négatives. 1. « La charité envers les pauvres » serait l’héritage transmis par des générations de missionnaires paternalistes qui faisaient du mal en utilisant « l’opium de la charité ». 2. « Il faut ranger aux archives nos projets de développement » et mener un combat social contre tous les réseaux de fraude et de corruption qui envahissent notre monde. Ce point de vue me laisse perplexe. Depuis Populorum Progressio, la plupart des missionnaires de ma génération, comme tous les évêques africains que je connais, ont eu la conviction qu’ils travaillaient pour la justice en participant de quelque manière au développement intégral de la personne humaine. Même en tenant compte que des ONG sont maintenant actives pour le développement des peuples, la qualité de vie se serait-elle améliorée à ce point en Afrique pour que nous cessions de travailler au développement et que nous ne le comptions plus parmi nos objectifs ?

Pourquoi ces questions ?
Nos inquiétudes et nos craintes par rapport à l’engagement pour la justice viennent en partie de ce que nous ne connaissons pas assez ce qui change dans le monde en ce domaine. Je vais essayer de dire pourquoi nous avons rétrogradé la priorité donnée au développement. Le développement vise à redonner l’initiative et la force d’agir aux personnes et aux communautés en se basant sur leurs potentialités, leurs ressources propres. La réussite est possible quand chacun est égal devant la loi, ce qui devrait être le cas dans des régimes orientés vers le bien des personnes, selon l’idéal du socialisme. Le système socialiste a permis de grandes avancées en faveur du peuple. Mais par la suite, comme tout gouvernement qui se maintient par la force, il n’a pas manqué de succomber à la corruption et d’instaurer la répression quand le lien s’est rompu entre le pouvoir et le peuple.

Avec la défaite du socialisme et la désaffection envers lui, beaucoup de pays africains se sont doucement orientés vers le système capitaliste et la recherche du profit. La théorie libérale de la mondialisation pousse et justifie les changements en faveur du système capitaliste où le pouvoir s’habille pudiquement du manteau de la finance. Le système capitaliste se développe facilement quand sous prétexte de « dérégularisation », les pays sont forcés à conclure des marchés entre partenaires inégaux. Voilà où nous en sommes. La corruption et la répression du peuple par l’État sont remplacées par l’exploitation du pauvre par les financiers. Lazare est toujours sous la table à quêter les miettes du repas de l’homme riche. Les avocats de la justice sociale se battent contre des lois qui favorisent les riches et obligent les pauvres à vivre de plus en plus nombreux dans les ghettos des bidonvilles.

Dans notre monde néocapitaliste et libéral, « la charité envers les pau­vres » est toujours nécessaire. Cependant, si la voix des prophètes n’est pas entendue, cette charité ne sera qu’une distribution aux pauvres des surplus des riches en compensation des violations des droits humains fondamentaux. Dans ce monde capitaliste, « le développement » a toujours sa place. Cependant, si le développement est pris en otage par les milieux d’affaires, les riches seront les seuls à profiter des services sociaux offerts en éducation et en santé. Pourquoi ? Parce qu’en cette période de mondialisation, le pouvoir politique est contrôlé par les trusts financiers. La haute finance n’a pas de cœur quand il s’agit de profiter des fonds publics et d’exploiter les plus vulnérables de la société. Sur la scène libérale et capitaliste, nous constatons sans surprise que la mission de défenseur de la justice doit être donnée à quelqu’un qui n’a pas crainte d’aller sur le terrain politique. Ce défenseur de la justice se situe dans la ligne d’Amos le prophète et de Luc l’évangéliste, de Léon XIII qui écrivit Rerum Novarum et de tous les documents de l’Église qui ont suivi, traitant de la justice sociale. Et nous, les Missionnaires d’Afrique, ne ressentons-nous pas la crainte d’être appelés à nous engager dans ce combat pour la justice ?

Comment peut-on être disciple du Christ et engagé dans le combat pour la justice ?
Nous sentons chez plusieurs confrères une hésitation. Combattre pour la justice sociale, n’est-ce pas entreprendre des actions qui remettent en question les structures injustes de l’économie, du social et de la politique ? Sans connaissance approfondie en ces sciences, un prophète s’élève difficilement au-dessus des lamentations habituelles. Les outils de base pour aborder ces questions sont l’analyse sociale, la création des mouvements de solidarité entre les marginalisés et la promotion de lois mettant des barrières à l’avarice des exploiteurs. Mais qui parmi nous est capable d’utiliser ces outils ? Comme un combat exige par nature un affrontement, avec dénonciations, manifestations, grèves et soulèvements, le prophète se demandera toujours si au lieu d’être un artisan de paix il n’est pas devenu un fauteur de rébellions ?

Comment harmoniser miséricorde et justice ?
Nous sommes coupables de nos peurs. Elles sont causées par une lecture trop rapide des textes bibliques qui fondent la doctrine sociale chrétienne. Ces textes éclairent le rôle du disciple du Christ dans le combat contre l’injustice, Ils nous enseignent comment conjuguer miséricorde et justice, selon l’Évangile. L’Évangile de la libération nous appelle-t-il à devenir des ministres de la réconciliation ou des avocats de la confrontation ? Mais peut-on redresser les torts et appeler à la conversion sans dénoncer l’injustice et sans réclamer le respect des lois ? Si cette dénonciation devient le noyau dur de notre ministère, qu’est-ce qui nous distingue des activistes sociaux ? Le Seigneur nous demanderait alors : « Les nations païennes n’en font-elles pas autant ? » Les médias dénoncent déjà à pleines pages les scandales et la corruption. Est-ce qu’ils réussissent à couper les racines du mal, à empêcher l’exploitation des pauvres, à améliorer leur qualité de vie ?

Le Nouveau Testament nous offre quelques pistes
Quelques auteurs du Nouveau Testament affirment qu’en matière de justice, les chrétiens ne peuvent résoudre les conflits comme s’ils étaient encore juifs ou païens. Dans la « charte du disciple » (Matthieu 5,23-24), Jésus loue l’œuvre de réconciliation au point d’en faire la condition pour pouvoir prier et rendre grâce à Dieu : « Tu apportes ton offrande sur l’autel et là tu te souviens que ton frère t’en veut ? Laisse ton offrande et retourne discuter avec ton frère. Ensuite seulement, reviens la déposer… Fais-le maintenant. » Paul (1 Corinthiens 6,1-11) reproche aux chrétiens de Corinthe de porter leurs disputes devant les tribunaux païens. La communauté chrétienne devrait être le lieu où l’on règle les disputes. Dans un autre passage célèbre, Paul situe son apostolat dans la ligne de la création nouvelle, œuvre de Dieu, plutôt que dans la ligne des conventions humaines habituelles. Il écrit : « À partir de maintenant nous ne considérons plus personne à la manière humaine… L’ordre ancien s’en est allé. Dieu en Christ réconciliait le cosmos avec lui-même. Il ne comptait pas les transgressions de personne. Il a institué en nous le langage de la réconciliation » (2 Corinthiens 5,16-19).

Dans notre monde imparfait, nous aurons encore recours aux juges civils. Les procédures légales dans les cours de justice aideront toujours à régler les conflits. Mais, en nous basant sur ces textes, notre attitude devant la justice ne sera pas un combat sans merci qui démonise l’adversaire et veut le faire disparaître. Selon l’Évangile, les procès devraient faire avancer vers la réconciliation. Est-ce toujours le cas quand un responsable d’Église dénonce publiquement les artisans du mal, en leur absence et « au nom de Dieu » ?

Dans l’enseignement de l’Évangile sur la justice, qu’y a-t-il qui fasse peur aux chrétiens les plus fidèles ? Est-ce parce qu’ils y voient une attaque en profondeur contre leur manière habituelle de penser ? Les disciples de Jésus peuvent-ils influencer la pratique de la justice même quand les « autres » les accusent d’inefficacité ? En soi, la justice n’est pas par elle-même « chrétienne ». Pour le devenir, la justice doit être évangélisée. Elle doit se « convertir ». On peut dire la même chose des autres vertus comme la pauvreté, l’obéissance… Mais comment convertir la justice ?

Le pardon paralyse-t-il la justice ?
Dans une campagne pour la justice, on a parfois l’impression que si quelqu’un parle du pardon, selon l’Évangile, il met des bâtons dans les roues des activistes. Comment me battre pour la justice dans le camp des pauvres, si en même temps je prêche le pardon envers les coupables ? Est-ce que je ne trahis pas le parti du droit et de la vérité ? Nous avons peut-être rencontré de ces politiciens véreux qui empochent sur leurs comptes personnels les taxes routières payées par les paysans. Le pasteur chrétien, doit-il inviter les paysans à pardonner ? Ou doit-il les inciter à porter l’affaire devant un juge ? Les deux pastorales s’opposent-elles ? « Seigneur, combien de fois dois-je pardonner à mon frère qui m’a fait du mal ? » (Mathieu 18,21). Nous connaissons la réponse du Seigneur à Pierre. Le chrétien n’a jamais fini de pardonner. En ces années où le public est hypersensibilisé à la défense des droits d’un chacun, la réponse de Jésus est encore moins acceptable qu’elle ne l’était au temps de Pierre : il faut pardonner sans limite.

L’incompatibilité apparente
Pour résoudre l’apparente incompatibilité entre justice et pardon, il faut revenir à ce que la Parole de Dieu nous dit sur les critères pour établir plus de justice dans nos relations humaines toujours défectueuses. Commençons par un passage de la charte du disciple (Matthieu 5,17-48). On y compare les exigences de la Loi et des Prophètes avec l’appel de Jésus à ses disciples. Jésus y va doucement. Il n’est pas venu pour abolir, mais pour accomplir. Le disciple trouve l’assise de sa conduite dans sa vie intérieure. Sa pratique de la justice doit aller plus en profondeur que celle des scribes et des pharisiens. Jésus donne alors six comparaisons qui s’opposent : « On vous a dit, je vous dis… ». La cinquième rejoint notre recherche sur la justice : « Vous avez entendu qu’on vous a dit ‘Œil pour œil, dent pour dent’. Eh bien moi je vous dis de ne pas résister au mal. On te frappe sur la joue droite, présente l’au­tre » (Mt 5,38-42). Il est difficile d’être plus précis que Jésus qui se réfère à ce qu’il est convenu d’appeler la loi du talion et met sur la balance l’offense et la réparation. En utilisant cette balance pour juger des offenses, la justice cherche l’équivalence entre la peine à la faute.

Avantages et inconvénients de la loi du talion
La loi mosaïque cherche à établir la justice et non à encourager la vengeance. Cette loi refuse tout excès dans les représailles faisant ainsi progresser l’humanité par rapport à la loi de Lamek « sept fois pour venger Caïn, soixante-dix-sept fois pour venger Lamek » (Genèse 4,24). Malgré ce pas en avant, la loi de Moïse, telle qu’exprimée en Exode 21,23-24 et Deutéronome 19,21, ne reflète pas adéquatement l’attitude de Dieu devant le peuple qui le trahit. Dieu est miséricorde et pardon (Psaumes 103 et 130 ; Osée 11,1-9). La loi initiale de Moïse propose un idéal d’égalité entre la faute et la peine. C’est une loi bien imparfaite. La réponse à une offense dégénère souvent en une vengeance qui met en mouvement une spirale de violence. Le verdict des juges est toujours approximatif. De nos jours, la justice cherche à offrir une compensation. Comment évaluer avec justesse une compensation, surtout quand le dommage causé est d’ordre moral ou psychologique ?

Pourquoi Jésus n’a-t-il pas aboli la loi de Moïse ?
Cependant si Jésus inclut la loi de Moïse dans son enseignement, c’est comme un dernier recours, quand le coupable refuse de se corriger. Le principe de l’équivalence entre la faute et la punition doit s’appliquer quand un membre de la communauté refuse d’abandonner sa mauvaise conduite et refuse même de l’admettre. « Ton frère s’est égaré ? Va le voir et sonde-le en privé. S’il entend raison, tu as retrouvé un frère… Enfin, si même l’assemblée (des fidèles) ne réussit pas à lui faire entendre raison, qu’il devienne à tes yeux un étranger, ou un collecteur d’impôts » (Mt 18,15-18). Quand il y a impasse, l’assemblée (des fidèles) n’a d’autre choix que de ratifier une sortie de facto de la communauté. Ce texte nous aide à aborder les questions qui se posent aujourd’hui à propos des normes essentielles de justice que l’Église doit appliquer. Comment l’Église va-t-elle traiter ceux de ses membres qui refusent d’abandonner leurs droits de catholiques, mais persistent dans un état de vie qui scandalise leurs frères et sœurs ? Un évêque peut-il refuser la communion aux politiciens catholiques qui votent des lois en faveur de l’avortement ? L’Église excommuniera-t-elle publiquement les gouvernants qui déclenchent une guerre ou donnent des ordres pour un nettoyage ethnique ?

Accomplir la justice : la miséricorde et le pardon

Être équitable
Dans la loi du talion, nous n’avons pas toute l’approche de Jésus sur les questions de justice. Il y manque d’abord un élément, l’impartialité, l’honnêteté, par rapport au coupable. Si on veut être juste, il faut être équitable envers tous, le coupable et la victime. Pour y arriver, il faut dépasser la stricte application du « œil pour œil » et faire appel à un fonds de bonté et compréhension. C’est le principe de l’équité : le châtiment doit correspondre à la gravité de la faute, mais doit tenir compte de la culpabilité. Dans la parabole du débiteur malhonnête (Mt 18,23-35), Jésus propose à ses disciples de suivre l’exemple de Dieu, d’être patient avec un débiteur qui ne peut payer. Jésus pardonne à ses bourreaux car « ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23,24). Sur la balance de la justice, il ne suffit pas de mettre sur les deux plateaux de la balance d’un côté la faute et de l’autre la punition. Il y a des cas où l’équité fait réévaluer les charges portées contre le coupable.

Le chrétien fait entrer la notion de pardon dans la cour de justice. Comment réagir quand un enfant de la rue me chipe mon porte-monnaie ? Avant d’appeler la police, je pourrais me demander si cet enfant a faim, s’il est coupable, me demander aussi comment la police va traiter ce petit… et choisir d’accepter ma perte et de lui pardonner.

Miséricorde et pardon
Un pas plus difficile reste à faire si nous voulons avancer sur le chemin évangélique que Jésus nous a tracé en nous donnant Dieu son Père comme modèle de justice. Dieu est miséricordieux et il pardonne avec surabondance : « Vous avec entendu ‘œil pour œil, dent pour dent’. Je vous dis : ne résiste pas au mal. On te frappe sur la joue droite ? Présente l’autre. On veut te faire un procès et prendre ta gandoura, Donne en plus ton burnous » (Mt 5,39-42). Jésus va au-delà de toute prudence et du bon sens humain. Les normes de la justice humaine sont alignées sur celles de Dieu. Jésus demande non seulement de renoncer à la vengeance, à la résistance, mais aussi de se préparer à recevoir d’autres offenses tout en étant généreux envers les coupables. Ce qu’il propose à son disciple, c’est d’apprendre à conjuguer conscience de la gravité du mal commis, compréhension face à la mesure réelle de responsabilité, et magnanimité dans la miséricorde et le pardon.

Un juge devrait-il alors refuser de condamner et offrir une récompense au coupable ? Serait-ce encore exercer la justice ? Une victime a le droit de réclamer ce qui lui est dû mais elle a aussi le droit d’y renoncer. Dans un appel adressé à la turbulente communauté de Corinthe (1 Co 9,1-8), Paul dit avoir offert l’Évangile gratuitement, en renonçant à son droit d’être rétribué.

Pour nous aider à comprendre une telle justice, nous pouvons nous rappeler l’objectif ultime fixé par Jésus : « Que votre lumière éclaire aussi vos semblables. Tous verront quand vous ferez le bien et on louera votre Père dans les cieux » (Mt 5,16). La norme chrétienne de justice vise à changer le cœur du coupable… et aussi à long terme, celui de la victime. Voilà le chemin de Dieu. En suivant les pas de Jésus, le disciple entre dans l’amour parfait : « Comme mon père du ciel est parfait… » (Mt 5,48).

À la lumière du discernement
La pratique de la justice exige un discernement spirituel, comme tous les autres secteurs de la vie chrétienne. Nous sommes des humains. Si nous laissons passer les injustices passivement, nous en arriverons à croire qu’il n’y a là rien de mal, qu’on peut recommencer. Nous nous rendrons complices du mal. Nous savons bien que les paroles fortes de Jésus, en Matthieu 5,39-42, ne peuvent pas être prises littéralement. Quand un garde donne une gifle à Jésus parce qu’il a répondu au Grand Prêtre, Jésus ne présente pas l’autre joue. Il prend position pour la vérité : « Si j’ai mal parlé, montre où est le mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jean 18,19-23). C’est donc qu’il y a des droits qui dépassent la lettre de l’Évangile. Nous admettons le droit à la légitime défense. Si des bandits attaquent une maison, les parents doivent protéger la vie de leurs enfants… et cela implique la violence contre les malfaiteurs. Certains droits humains doivent être défendus parce qu’ils sont d’un ordre supérieur et protègent la communauté en général.

Le discernement sur la pratique de la justice n’implique pas la fantaisie dans le choix des moyens. Selon les cas, un jour je serais disciple de Jésus et un autre jour, non ? Même dans un cas de légitime défense, un chrétien, individuellement ou en communauté, doit toujours être motivé par l’amour de ses proches et non par la haine des agresseurs. Le disciple de Jésus est prêt à pardonner à ses ennemis et parfois même à leur montrer qu’il les comprend.

La justice chrétienne : un objectif utopique ?
Peut-on pratiquer la justice à la manière de l’Évangile ? C’est un fait que depuis l’origine de l’Église, des disciples de Jésus l’ont pratiquée. Il s’agit de ceux dont la droiture spirituelle dépassait celle des scribes et des pharisiens. La persécution pour motif de religion est injuste. Les premiers chrétiens ont répondu : « Si c’est pour la justice que vous avez à souffrir, reconnaissez dans vos cœurs le Seigneur Christ et soyez toujours prêts à défendre votre espérance devant ceux qui vous en demanderaient compte. Mais que ce soit avec douceur et crainte… » (1 Pierre 3,13-17). J’ai connu des chrétiens au Mozambique qui ont souffert la persécution marxiste. Ce texte de la première lettre de Pierre leur a donné la sagesse et la force pour endurer et pour survivre. « Ne rendez à personne le mal pour le mal. Ayez comme projet le bien face à tous. » (Romains 12,17). Ce conseil de saint Paul a été pris à la lettre par nos frères et sœurs de l’Afrique du Sud quand, après la tragédie dont ils furent les victimes, ils ont choisi le chemin de la vérité et de la réconciliation, et non celui de la vengeance. Je connais aussi des enfants au cœur pur qui furent molestés et pour qui le chemin de Jésus a été un chemin de guérison.

La clémence est un attribut divin
Les normes de la justice sont variables pour la bonne raison qu’elles doivent s’incarner dans la complexité des situations humaines et des caprices du cœur de l’homme. Luc 6,38 nous rappelle l’égalité de tous devant la loi : « La mesure dont vous usez sera la mesure avec laquelle vous serez mesurés. » Une autre dimension de la justice est l’équité, l’impartialité, envers le coupable. Mais la justice devient « chrétienne » quand elle relève le défi de dépasser le désir de gagner un procès contre un accusé pour entrer dans la perspective de Dieu qui veut que tous ses enfants soient sauvés, l’accusateur et l’accusé, la victime et le coupable. La justice utilisera alors la mesure du Dieu miséricordieux, clément et magnanime. C’est la mesure de l’amour qui annule les dettes et rend le bien pour le mal dans le but de toucher le cœur du coupable et de le convertir. Tout combat pour la justice doit partir de cette motivation et la conserver à toutes les étapes du processus pour aboutir à la contrition et à la réconciliation, malgré les confrontations qui feront inévitablement partie de la stratégie.

« La clémence est au-dessus des lois de la terre. Elle devrait trôner dans le cœur des rois. C’est un des attributs de Dieu lui-même. Les puissances de la terre se rapprochent d’autant plus de Dieu qu’elles savent mieux mêler la clémence à la justice. Ainsi quoique la justice soit l’argument que tu fais valoir, réfléchis qu’en ne suivant que la justice, nul de nous ne pourrait espérer de salut. Nous prions pour obtenir miséricorde et cette prière nous enseigne à tous à pratiquer la miséricorde. » William Shakespeare, Le marchand de Venise, acte IV, scène I.

Marcel Boivin

Tiré du Petit Echo N° 995 2008/9

 


 

Missionaries of Africa

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Marcel Boivin M.Afr.

Mwanza, Tanzania, 13th August 2008 - The idea of this reflection on ‘Reconciliation in the context of Gospel-based justice’ and not on its importance in this stage of the history of our Society, came to my mind last December after reading the Christmas and New Year’s letter of the Superior General, ‘The Message of Reconciliation’ (PE 2007/10, p. 579. ). I then undertook rereading and updating the notes taken in the years I lectured on social justice; then I decided to write an article and send it to the Petit Echo as a contribution to our community reflection. M. B.

MINISTERS OF RECONCILIATION,
OR ADVOCATES OF CONFRONTATION?
The challenge of Christian Justice

No one questions the pertinence of our MAfr commitment to justice. For us, in one form or another, it has been a constitutive dimension of the preaching of the Gospel (formula coined by the1971 Synod on Justice) since the early days of our history, when our Founder made the struggle against slavery a component of his apostolate.

Is JPIC a call for social struggle?
Once again, however, our approach to justice is in the process of being adjusted to the times, and understandably, the question widely posed as to what it is exactly we are asked to commit ourselves to? Forgive me if I misinterpret the signals registered since JPIC landed in our field of priorities, but here is the way I would record some of my less positive impressions: 1) Charity towards the needy. Is it the legacy of a generation that tended to be paternalistic now to be counted as mostly harmful? 2) Development is quietly shelved, to be replaced by a more combative stance against the fraudulent networks that are invading all spheres of society. That second point is particularly perplexing. Ever since the publication of Populorum Progressio, most missionaries of my generation, and certainly all the African bishops I know, had identified their contribution to justice with multiform participation in integral development. Have conditions on the ground improved to the extent of warranting the evacuation of that contribution from the range of our apostolate, even when allowance is made for part of the field being rightly occupied by NGOs?

How did that questioning come about?
One reason for the current misgivings possibly is that changes of orientation in our own backyard regarding the practice of justice are not sufficiently clarified against the background of changes in wider society. Briefly, my own line of explanation in respect of the downgrading of development in our scale of priorities would unfold this way. Development aims at empowering persons and communities by fostering their potential. It can work marvels in situations in which everyone is equal before the law, as is basically the case under the people-oriented system that is socialism. That system did, in fact, provide room for great achievements, until its typical evils, corruption and repression resulting from the linking of power to positions of authority began to erode its structures from within.

Concurrent with the demise of socialism, in many African countries there has been a muted shift towards the profit-oriented capitalist system, one that wormed its way in under the guise of globalisation. Under that system, power is vested in finance. It thrives in the vacuum of legislation, engineered by deregulation and expands by giving free rein to unequal market forces. With the advance of that shift, the evils of corruption and repression cede their supremacy to those of exploitation and of the ever-widening divide between rich men and Lazarus. The major obstacle now faced by promoters of justice is that the law unashamedly tends to favour the rich and to confine the ever-expanding underclass to derelict slums.

Adjusting to action on the capitalist stage
Let me sum up the present-day situation in this way. 1) On the capitalist stage, ‘charity towards the needy’ still has a role to play, but unless the voice of prophets is heard, it will tend to take the form of handouts condescended by the rich to the helpless, as a way of making up for violations of basic human rights. 2) Development also remains a player, but if its planning is high-jacked by profit-motivated entrepreneurs, the benefits expected from social services, such as education and health, will be cunningly absorbed by the already well-endowed elite. Why should it be so? It is so because in the age of globalisation, political power is controlled by faceless financial trusts and big money is heartless when it comes to plundering public funds and exploiting the defenceless. 3) It is therefore no surprise if, on that stage, the more meaningful actor in the role of defender of justice must be one who does not shy away from entering the political scene. That actor is active struggle for justice in the bold tradition of Amos the Prophet and Luke the Evangelist, a tradition brought into the mainstream of modern Church teaching by Leo XIII’s Rerum Novarum and the masterful documents on Social Justice that followed. - Struggle for justice? Is that not exactly the kind of action on behalf of justice that we, Missionaries of Africa, now fear being invited to undertake?

How does a disciple of Christ
engage in struggle for justice ?

Many are understandably hesitant. For one thing, social struggle is a type of action that calls into question unjust economic, social and political structures; it thus requires a degree of professional competence that rises above the usual litanies of grievances. Some of its basic tools are social analysis, build-up of solidarity among the marginalized and reconstitution of a legal system that can set boundaries to the greed of the exploiters; who among us is adept at their use? More importantly, struggle is confrontational by nature, involving recourse to forceful procedures such as denunciations, demonstrations, strikes and popular uprisings. Is not confrontation as likely to beget war as to generate peace?

How to harmonise mercy and justice?
Our fears, I believe, are of our own making. They are caused by our skimming over a necessary preamble of basic Scriptural teaching on Christian Justice that throws light on the role of a disciple of Christ in the fight against injustice. That teaching has to do with a manner of conjugating mercy and justice that ought to be consistent with the teaching of the Gospel. Does the Gospel of liberation summon us to be ministers of reconciliation, or advocates of confrontation? Denouncing injustice and claiming rights are no doubt steps that can legitimately be taken in the process of redressing wrongs. If, however, they constitute the core of our contribution, what is it that distinguishes Christ’s disciples from social activists? The Lord would ask, ‘Do not the Gentiles do as much?’ Reports of scandals already cram the media; what lasting effect do they have in uprooting corruption, preventing exploitation and improving social conditions?

Hints offered by the New Testament
Some of the authors of the New Testament clearly believe that in matters of justice, Christians cannot go about resolving conflicts, as if they were still Jews or Gentiles. In Matthew’s Charter on Discipleship, Jesus prizes reconciliation to the extent of making it a condition for genuine worship: ‘If you are bringing your offering to the altar and remember that your brother has something against you, leave your offering there… go and be reconciled with your brother first.’ (Mt 5:23-24). In 1 Cor 6:1-11, Paul reproves the Christians of Corinth for taking their disputes to Gentile courts, when their own community ought be the appropriate seat of judgment for settling them. Besides, in a memorable passage, in which he sets his apostolate in the light of God’s new creation, rather than in the framework of obsolete human standards, Paul writes, ‘The old order is gone… it is all God’s work: he reconciled us to himself through Christ and gave us the ministry of reconciliation… not holding anyone’s faults against them.’ (2 Cor 5: 16-19).

The intention here is not to cast doubt on the judiciousness of recourse to civil courts. In our imperfect world, legal proceedings are expedient means of defusing the bombs of strife. It is rather that on the strength of the texts quoted above, one finds it hard to absolve the pursuit of lawsuits to the bitter end, including demonising the opponent. Could not a course of action leading to reconciliation be tried at some stage? That is particularly relevant to trials in which the point of litigation is the presumed right of a Christian pastor to publicly denounce evildoers in their absence and in the name of God.

What is it that in the Gospel teaching on justice so deeply alters commonly held views that even devoted Church people take fright, when faced with its demands? How should our identity as disciples of Jesus impact on our praxis of justice, even though outsiders would decry it as ineffectual? In point of fact, justice is not Christian per se. To become so, it must be evangelised and undergo a conversion, in the same way as poverty, obedience and anything else that plays a part in our humanity. What does that conversion imply?

Is forgiveness paralysing justice?
The difficulty at once experienced when the Gospel character of justice is underlined is the impression that the Gospel teaching on forgiveness pulls out the teeth of justice, or is like a spanner thrown into its works. How can I possibly be just and stand by the helpless, when I am simultaneously enjoined to forgive the offender and overlook the wronged party’s rights? For instance, corrupt local politicians routinely pocket the contributions exacted from the peasants, say, for road maintenance. As a Christian pastor, what should I do: invite the peasants to forgive, or advise them to call for redress at the tribunal? Justice requires that we render each one his due; forgiveness, on the other hand, is the renunciation of what is one’s own, out of mercy for the culprit. How can one simultaneously comply with both those duties, which to all appearances contradict each other? Surely, discarding the more cumbersome one, namely forgiveness, cannot be the solution. ‘Lord, how often must I forgive my brother if he wrongs me?’ (Mt 18:21). The Lord’s reply to Peter is not that having once generously offered forgiveness, he is dispensed from offering it again. In this age of over-concern with the defence of one’s rights, Jesus` answer is even less congenial than it was in Peter’s time: forgiveness is an obligation, and one that knows no limits.

The apparent incompatibility
The resolution of the apparent incompatibility between justice and forgiveness revolves around the clarification of God’s Word on the standard to be used as a yardstick in dispensing justice, as well as in the application of that standard to flawed human relations. A good place to start our reflection is the passage of the Charter on Discipleship that compares the requirements of the Law and the Prophets with the demands made by Jesus upon his disciples (Mt 5: 17-48). Jesus begins with a careful statement of his attitude towards the Law and the Prophets: he has come, ‘not to abolish, but to fulfil’. He goes on to set interiority as the cornerstone of the disciples’ conduct, by asking that their righteousness, in the sense of inner uprightness, should, ‘go deeper than that of the Scribes and Pharisees’. Six antitheses follow, which illustrate this teaching by deliberately setting it in contrast to what was hitherto felt as binding. The antithesis that concerns us here is the fifth one, ‘You have heard that it was said: Eye for eye and tooth for tooth. But I say to you: offer no resistance to the wicked…’ (Mt 5: 38-42).

‘Eye for eye, tooth for tooth’? One would be hard put to phrase the principle of equality between offence and retribution with more precision and concision: retaliate (a word that comes from the Latin translation lex talionis) with a blow that equates the one you suffered. With that model of the balance of justice in mind, a judge’s concern in pronouncing a sentence would be strict evenness between the weight of transgression and that of acquittal.

Merits and demerits of the ‘lex talionis’
One must note that the Mosaic standard is about justice, not about revenge. It must be said in its defence that it curbs the excess of revenge, thus representing a considerable progress in comparison to the decree of Lamech, ‘Sevenfold revenge for Cain, but seventy-sevenfold for Lamech’ (Gn 4:24). That standard is nonetheless inadequate in many ways. For instance, by selectively relying on but a few passages from the Law (Ex 21:23-24 and Dt 19:21), it fails to reflect the totality of God’s attitude to his unfaithful People, an attitude that was overwhelmingly inspired by mercy and forgiveness (e.g., Ps 103 and 130, Hosea 11:1-9). It also ignores a well-documented danger in human experience: retaliation degenerating into revenge and setting in mo­tion the spiral of violence. Finally, since restitution of the very thing laid claim to is rarely an option, verdicts must settle for an approximate value of that thing, namely, compensation. How is a rightful compensation to be assessed, particularly when the damage cannot be materially estimated?

In what sense is the Mosaic standard upheld?
Still, Jesus incorporates that standard into his teaching as a last resort when a wrongdoer remains impervious to correction. In point of fact, the principle of equality between fault and sanction must inevitably apply when a member of the community is obdurate in his misconduct and refuses to admit it. ‘If your brother does something wrong, go and have it out with him alone…If he refuses to listen even to the community, treat him like a Gentile or a tax collector.’ (Mt 18:15-18). In such an impasse, the community has no choice but to ratify that member’s de facto exit from the community.

The relevance of the equality component to the Christian standard of justice is today more topical than ever. How is the Church to deal with those of its members who insist on their Catholic rights, yet stubbornly persist in the scandal they give to their brethren? Should Catholic politicians who support abortion be barred from Holy Communion? Should the protagonists of war and ethnic cleansing be officially excommunicated?

Bringing justice to fulfilment: mercy and grace

The standard of equity
Absent from the contrasting comparison enunciated in Mt 5:38-42 is a dimension of Jesus’ approach to justice, which marks an improvement in respect to the narrow standard quoted from the Mosaic Law. That dimension is fairness to the person of the offender. The application of that dimension requires transcending the merely objective assessment of ‘eye for eye’ and delving into an interior pool of conscience and kindness. In human justice, this could be called the principle of equity: retribution must be consistent with the offence and yet be commensurate with guilt. In the parable of the unforgiving debtor, Jesus teaches his disciples that like God, they must be patient with a debtor who cannot pay (Mt 18:23-35). He himself forgives his persecutors, ‘because they do not know what they are doing’ (Luke 23:24). In the balance of justice, it is not enough to lay the respective weights of offence and retribution; fairness to the person of the offender must subtract some of the weight laid on the side of the offence.

At this point, forgiveness enters the process of dispensing justice. What should I do when a street child steals my wallet? Before alerting a vengeful crowd, perhaps I should ask myself whether this child is hungry, what kind of education he has had… and choose to forgo my due and simply forgive him.

The standard of mercy and grace
Even more demanding in terms of recourse to spiritual resources is the imitation of a quality that is characteristic of God’s way of dispensing justice - bounteous mercy. ‘But I say this to you, offer no resistance to the wicked. On the contrary, if anyone hits you on the right cheek, offer him the other one as well’ (Mt 5:39-42). The alternative that Jesus offers his disciples here is truly beyond the confines of human prudence. It fulfils the lower standards of justice by aligning them on God’s own: not only are the disciples asked to give up retaliation and even resistance, they are also expected to make ready for similar outrages, and to be doubly generous towards their authors. To equality and equity, the Christian standard adds mercy for the offender, as well as grace, namely gratuitous magnanimity. It all amounts to saying that a judge should refrain from judging and, instead, lavish gifts upon the accused.

Is that still justice? Yes: one has the right to claim one’s due and the right to give it up. In a renowned appeal addressed to the belligerent Corinthian community, Paul argues that he offers the Gospel free of charge, waiving the very rights given him by that Gospel (see 1 Co 9:1-18). How are we to make sense of that kind of justice? We do so by recalling a word of Jesus stating the ultimate aim of the disciples’ conduct: ‘Your light must shine in people’s sight, so that seeing your good works, they may give praise to your Father in heaven’ (Mt 5:16). The Christian standard of justice aims at changing the heart of the offender; there is little doubt that in the long run, the heart of the offended will change too. That is ‘the divine way’. By diligently following Jesus on that road, a disciple becomes perfect in love, ‘as the Father in heaven is perfect’ (Mt 5:48).

Under the guiding light of discernment
As in other areas of Christian conduct, the practice of justice requires spiritual discernment. Given what human beings are, at times, passively condoning injustice runs the risk of being interpreted as a licence for relapsing into the same wrongdoing, in which case, passivity becomes a form of complicity. Besides, the vivid images used by Jesus in Mt 5:39-42 must not be taken literally. When slapped by a guard for answering the High Priest, Jesus himself did not turn the other cheek, but boldly stood for the truth (John 18:19-23). There are rights other than the offender’s that also have to be respected. Legitimate self-defence provides a case in point. Parents who see their house attacked by gangsters are bound to protect the lives of their children, even if that entails injuring the bandits. In addition, there are human rights which must be defended simply because they are of a higher order and are crucial to the protection of the common good.

Discernment in the practice of Christian Justice does not mean, however, that in some cases you must act as disciples of Christ, while in other cases you are dispensed from doing so. Even in a situation of legitimate self-defence, Christians, whether as individuals or as communities, must be motivated by love for those who are in their care, not by hatred or by a desire for revenge. Moreover, in their hearts, they must be prepared to forgive their foes and to show them kindness and understanding.

Christian justice: an unreachable ideal?
Is Christian Justice practicable? The most convincing reply to that question is that from the beginning of the Church until today, it has in fact been put into practice by those of Christ’s disciples whose spiritual rectitude ran ‘deeper than that of the Scribes and Pharisees.’ Persecution suffered on account of one’s faith is unjust. How were the early Christians invited to react? By ‘reverencing the Lord Christ in your heart… having your answer ready for people who ask you the reason for your hope… and giving it with courtesy and respect.’ (1 Peter 3:13-17). It is from that extraordinarily serene piece of advice that many of the Mozambican Christians I knew, at the height of the Marxist persecution, drew the wisdom and the strength needed to endure and last out. ‘Never pay back evil with evil, but bear in mind the ideals that all regard with respect,’ (Rom 12:17), a most demanding injunction of Saint Paul, dramatically played out on the world scene by our South African brothers and sisters when they chose truth and reconciliation over retaliation and revenge. What is more, at the very humble level of everyday life, the Gospel teaching on justice has been understood and lived out by countless ‘mere children’, who have allowed Jesus to enlighten them on the God-inspired way of coming to grips with the wrongs inflicted upon them.

The divine quality of mercy
The Gospel standard of justice is manifold for the simple reason that it must incarnate itself into the complexity of human situations and the vagaries of the human heart. It incorporates the principle of equality, incisively recorded as follows in Luke 6:38: ‘The standard you use will be the standard used for you.’ It also integrates equity, the best that human justice can offer, in the sense of fairness towards the person of the offender. What distinguishes the Christian standard of justice, however, is the challenge it contains: transcending the very human preoccupation of getting one’s own back and winning one’s case and replace them by God’s concern for the salvation of all his children. What characterizes that standard is thus a quality that is divine, a merciful and magnanimous love cancelling debts and returning good for evil, in the hope of touching the offender’s heart and initiating his conversion. That quality is to be the point of departure of the struggle for justice in society; it must also remain its soul all along the process hopefully leading to repentance and reconciliation, even if, at some point in that process, the strategy must regretfully include a measure of confrontation.

‘But mercy is above this sceptred sway, / It is enthroned in the hearts of kings, / It is an attribute of God himself; / And earthly power doth then show likest God’s, / When mercy seasons justice.’ (William Shakespeare, The Merchant of Venice, Act 4, scene 1)

Marcel Boivin

From Petit Echo n°995 2008/9