Missionaires d'Afrique

BUKUSUMA, TANZANIE

La rencontre avec les religions traditionnelles africaines

par Max Tertrais M.Afr


Faut-il renoncer
à la foi traditionnelle pour devenir chrétien ?


Ayant déjà dépassé le cap de la cinquantaine, je suis arrivé en 1981 au diocèse de Mwanza, en Tanzanie. C’est dans le territoire de ce diocèse qu’on trouve le noyau dur de l’espace vital des Wasukuma, la deuxième ethnie de Tanzanie avec environ cinq millions de membres. Pour ceux qui connaissent la géographie de la Tanzanie, on peut mentionner les régions de Geita, Kahama, Shinyanga et du nord de Tabora.

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En 1988, Max Tertrais publie en kisukuma Imani za jadi za kisukuma (Foi traditionnelle des Wasukuma). Il y rajoute une conclusion en kiswahili et des titres en anglais, ainsi que des textes du P. Jan Hendriks (1902-1964) qui 30 ans auparavant avait recueilli des traditions de cette RTA.

En arrivant, les confrères m’ont appris quelque chose de surprenant pour quelqu’un qui venait du Congo. Après 130 ans d’apostolat des Pères Blancs, guère plus de 15 % des Wasukuma avaient accueilli le baptême et la vie en Église. On peut faire la comparaison avec les Bachaga, qui vivent autour du Kilimanjaro, dans la région d’Arusha et les Bahaya de Bukoba où entre 65 et 70 % de la population a reçu le baptême. À Shinyanga, les Missionnaires de Maryknoll, arrivés bien après les Pères Blancs chez les Wasukuma, ont multiplié les missions. La densité chrétienne est toujours faible mais les Maryknoll ont porté une attention plus appliquée aux réalités de la religion traditionnelle sukuma. Un comité de recherche a publié des livres de catéchèses en kisukuma.

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Hutte de relation avec les ancêtres. Dans les angoisses, le Msukuma consulte.Un devin, ses ornements et objets de culte. © M&A Bessire voir autres photos


Le Sukuma Cultural Centre
Cependant, côté père blanc, depuis 1952, Mwanza reste célèbre par son Sukuma Museum (Sukuma Cultural Centre) situé à Bujora. C’est tout autre chose qu’un musée conventionnel avec objets poussiéreux rangés sous armoires vitrées. Le musée de Bujora est vivant car habité par les gens du coin qui y pratiquent leur artisanat, leurs danses, leurs chants (y compris dans des chorales liturgiques). Ce musée a été lancé et soutenu pendant 40 ans par le célèbre Père David Clément (1922-1986). Qui d’autre que lui a pu rassembler jusqu’à 40 000 personnes pour participer à la Fête-Dieu, fête de l’Eu­charistie appelée Bulabo, « Fête des fleurs » ? C’est que le rite catholique y est amplifié par des compétions de danses traditionnelles où chrétiens et non-chrétiens, participaient (et participent toujours) avec grand enthousiasme.

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Fête-Dieu 1996. L’église et le tabernacle sukuma, œuvres du P. David Clément.
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Hélas, dans son ensemble, nous les Pères Blancs, nous avons boudé tout cela tout en consentant quelques fois à ajouter un « sirop de folklore » dans nos liturgies. Mgr Jozef Blomjous (1908-1992), alors évêque de Mwanza et le Père Jan Hendriks (1902-1964), Régional de Tanzanie, ont soutenu le Père David Clément. Il était un homme super-actif et fut marginalisé car on a toujours l’excuse toute prête à donner : « Il est trop original pour notre règle de trois.» Cependant, chez lui, il y avait plus de profondeur qu’on ne le disait couramment. Et en premier lieu, il connaissait le kisukuma, la langue qui véhicule les valeurs de ce peuple.

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Père David Clément M.Afr (1922-1986)

Voie, vérité et vie
Mgr Anthony Mayala, évêque de Mwanza, a dit un jour qu’une infime minorité de Wasukuma avait intégré la nécessaire conversion. Nous, les missionnaires, avions tenté de « convertir » les Wasukuma en voulant effacer les structures mentales qui le mettent en relation au Donneur de vie. La bienveillance du Créateur, indispensable à tout Msukuma bien né, n’est transmise que par l’intermédiaire des Ancêtres. Pour le Msukuma, l’Ancêtre est considéré (ainsi que Jésus le disait de lui-même) comme « le chemin, la vérité, la vie ». Le Msukuma qui ignore cette voie sacrée attire les malédictions des Ancêtres sur sa vie. La sagesse et la morale sukuma se transmettent au coin du feu à travers les mythes, les épopées, les fables et les danses. C’est une sagesse transmise oralement. Il n’y a pas de manuscrits anciens.

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BUJORA: Le guérisseur Mungu Wa Pili.Maison des tambours royaux au musée de Bujora.
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Temps, effort et science pour décoder
Pour qu’un étranger puisse découvrir et exploiter ce trésor, il a besoin d’oreille, de mémoire et d’un brin de science anthropologique pour décoder les messages. Qu’un missionnaire soit jeune ou âgé, européen ou africain, il lui faut y mettre du temps et de l’effort. Il découvre alors les veines d’or dont il forge les cordes de sa guitare catéchétique ou homélitique. Il devient alors capable de toucher les cœurs et les esprits des Wasukuma. On ne peut pas entreprendre une évangélisation en se disant qu’il suffit de bien traduire en langue sukuma le Catéchisme de Trente. Il n’y a pas de points de suture possible entre ce catéchisme et le cœur des Wasukuma, même quand le missionnaire réussit à faire ressasser pendant quatre ans par les catéchumènes les questions-réponses officielles. Si en plus, le missionnaire fait abstraction de l’humus biblique, il en arrive à appliquer un cataplasme sur une jambe de bois.

Retrouver les méthodes de Matteo Ricci
Matteo Ricci, jésuite italien (1552-1610) arrive en Chi­ne en 1583 et à Pékin, où vit l’empereur, en 1601. Plusieurs Pères Blancs ont suivi la praxis apostolique de règle suite à la con­damnation par Rome des rites chinois en 1704, mettant, les méthodes du jésuite Matteo Ricci au placard du Saint-Office. Pie XII abolit le décret contre les rites le 8 décembre 1939 et en 2001 Jean-Paul II demande pardon pour les erreurs comises en Chine. Mais la praxis conforme au Catéchisme du Concile de Trente avait envahit les missions d’Amérique Latine, de l’Inde, de Chine… Plusieurs de nos confrères ont maintes fois écrit, en arrivant en Afrique noire, que tout élément traditionnel qui n’est pas ‘baptisé’ est ‘païen’ (entendez ‘diabolique’) et qu’on devait lui ‘tordre le cou’. On s’est ensuite mis à bavarder sur l’inculturation, car c’est devenu à la mode, mais sans rien changer à la praxis et sans ‘inculturer l’Évangile’.

Au Sukumaland, il est évident que les Anciens, actifs aujourd’hui dans le clan, qui sont les Ancêtres défunts ou vivants, chefs de famille, guérisseurs, devins, ont beaucoup à dire dans les mille péripéties d’une maladie, de l’angoisse, de la mort, de « la vie après la vie ». Ils ont un message pour les fiancés et les jeunes mariés, pour les parents quant à l’éducation des enfants. Ces Ancêtres ne doivent et ne peuvent être systématiquement méprisés et ridiculisés du nom puant de « païen », parce que non baptisés.

« Au revoir et merci ! »
Un missionnaire et un prêtre n’a pas à s’étonner, même si ça lui fait mal, quand les chefs de familles wasukuma viennent lui dire : « Muliho lulu, twaja ! » Traduisons dans le contexte : « Vos histoires chrétiennes, ce n’est pas une bonne nouvelle pour nous. Vous méprisez ce que nous avons de meilleur. Au revoir et merci ! »

On vient de nous annoncer sur l’internet que le Conseil Plénier de la Société, réunit à Addis-Abeba, a demandé la préparation d’un livret sur la rencontre interreligieuse, sur les religions traditionnelles africaines (RTA). C’est très bien. Il faudrait commencer par répondre à la première objection qu’on entend habituellement : « Avec les RTA, il n’y a pas d’interlocuteur pour dialoguer car ces religions n’ont pas de hiérarchie ou de théologiens comme nous en trouvons facilement chez les protestants, les pentecôtistes, les orthodoxes et les musulmans. »

Je sais en tout cas, quand il s’agit de la RTA des Wasukuma, que l’interlocuteur est toute personne msukuma possédant en son être (même inconscient) les structures mentales et le système de relation avec le Donneur de vie, avec l’Invisible et ses médiums. On objectera aussi que la jeunesse ne connaît plus les coutumes… et qu’au moins ceux-là, le missionnaire peut les ‘piéger’ dans le baptême et tout le système du Catéchisme de Trente. Mais je réponds : attendez et vous verrez le système craquer quand le jeune baptisé devra chercher une femme ou faire face à l’épreuve de la mort d’un proche. Le prêtre de Jésus Christ doit entrer dans le monde mental, symbolique, et dans les coutumes concrètes de la religion africaine traditionnelle. Sinon, son travail débouche sur le vide, faute de réelle inculturation de l’Évangile.

Pour rencontrer Jésus
Et maintenant, je veux rappeler que j’ai essayé dans un livre de décrire les structures mentales sukuma. J’ai réussi d’abord à mettre par écrit la foi traditionnelle qui se transmet oralement. J’ai tenté une démarche anthropologique pour découvrir les valeurs internes et leur logique. J’ai appris que sur cette base n’importe quel Msukuma peut se frotter aux dix commandements et faire face à l’incandescence de la personne de Jésus sans renier son identité. Si son identité est respectée, le Msukuma peut bâtir sa vie solidement avec Jésus. Il n’a pas à se renier substantiellement.

À mon âge (77 ans), je m’imagine que les jeunes confrères africains peuvent me saisir. Et j’attends d’eux, dans le livret demandé par le Conseil Plénier, qu’ils poursuivent mon propos sur les RTA… Il s’agit d’une rencon­tre, d’un dialogue différent de ce qui se fait avec les protestants ou les musulmans. Ce n’est pas plus facile. Tout dialogue demande le don d’une vie. Comme exemples dans la Société, nous avons Mgr Duprey et Mgr Fitzgerald. N’est-ce pas la « priorité Lavigerie » de tout Père Blanc ? Il ne faut pas laisser cette spécialité à quelques confrères, comme David Clément, qu’on a vite fait de qualifier d’hurluberlus.

200 copies ou 6 000 exemplaires ?
En 1988, j’ai fait imprimer mes recherches en France, à Nantes. J’avais d’abord écrit au conseil régional de Tanzanie, à Nyegezi, pour demander un financement par la caisse « Projets apostoliques ». J’avais demandé de l’aide pour imprimer 6 000 exemplaires. Réponse : « Fais polycopier 200 copies. Les 5 800 autres exemplaires seraient bouffées par les rats. » C’est dire l’état d’esprit sur les RTA ! Heureusement, avec l’aide des amis du Père Clément David, qui s’intéressaient toujours à son œuvre, et avec l’aide de ma famille, les fonds me sont tombés du ciel. Je me suis alors mis pour la première fois de ma vie à l’ordinateur pour saisir les textes. J’en ai donc fait imprimer 6 000 exemplaires. Le stock est maintenant épuisé et ce ne sont pas les rats qui l’ont mangé. Pendant mon dernier congé, je viens d’en faire photocopier et relier… 200 copies. (200 copies, c’était écrit !)

Les Wasukuma l’ont acheté et se l’arrachent toujours. Il y a eu très peu de clients parmi les gens d’Église, sauf 2 ou 3 Pères Blancs et 4 prêtres wasukuma. Cela s’explique peut-être parce que j’ai choisi d’écrire ce livre en langue kisukuma. Pourquoi ? C’est un défi que je m’étais donné. Au Zaïre quand j’y étais, et ensuite en Tanzanie, j’ai vu tellement d’ethnologues qui publient leurs recherches et leurs thèses en anglais ou en français. Ils le font aux dépends de leurs informateurs… Je n’avais qu’un but : aider les Wasukuma qui m’accueillaient à saisir et à exprimer leur identité profonde. Je voulais publier le b-a ba d’une œuvre d’inculturation de la foi traditionnelle qui peut, sans se renier, devenir chrétienne. Au baptême, le Msukuma peut « renoncer à Satan, à ses œuvres et à ses pompes ». On ne doit pas lui demander de renoncer à la foi de ses ancêtres.

Ce manuscrit, c’est la ‘bible’ nsukuma
Nous avions un comité de Wasukuma pour faire les corrections du manuscrit, le Bujora Sukuma Research Committee. Je n’ai pas voulu publier sous mon nom pour qu’on ne dise pas : « Voici un Blanc qui vient nous apprendre qui nous sommes. » Ce livre, je l’ai reçu de la bouche des Wasukuma. C’est leur livre. Je l’ai vérifié quand un membre du comité, après une semaine de correction, se leva pour dire : « Mes amis, ce manuscrit, c’est la ‘bible’ nsukuma. » Cela m’est allé droit au cœur car ce Msukuma avait fait la sociologie aux États-Unis. Il avait une parole de poids dans plusieurs milieux. Après un mois de réflexion sur le sujet, Mgr Mayala, l’évêque de Mwanza, m’avait donné la préface et l’imprimatur (la permission de faire imprimer).

Max Tertrais

 



 


Missionaries of Africa

BUKUSUMA, TANZANIA

Encounter with African Traditional Religion
by Max Tertrais M.Afr.


Is renouncing traditional faith necessary
in order to become a Christian?

I arrived in Mwanza Diocese, Tanzania, in 1981, having already reached the watershed of fifty years of age. The hard core of the lebensraum of the Wasukuma is in Mwanza. They are the second largest ethnic group in Tanzania, with around five million members. For those who know the geography of Tanzania, we could mention the regions of Geita, Kahama, Shinyanga and the northern part of Tabora.

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In 1988, Max Tertrais published ‘Imani za jadi za kisukuma’ (Wasu­kuma Traditional Faith) in Kisukuma. He added a conclusion in Swahili and headings in English, as well as the texts of Fr Jan Hendriks (1902-1964), who 30 years before, had collected the traditions of the ATR.

On arrival, confreres taught me some surprising things for someone coming from Congo. After 130 years of White Father apostolate, hardly more than 15% of the Wasukuma have received Baptism and entered into the life of the Church. A comparison could be made with the Wachagga, who live around Kilimanjaro in the Arusha region and with the Wahaya of Bukoba, where between 65-70% of the population have received Baptism. At Shinyanga, the Maryknoll Missionaries, who arrived long after the White Fathers among the Wasukuma, multiplied their missions. Christian density is still poor, but the Maryknoll paid particular practical attention to the realities of Sukuma traditional religion. A research committee has published catechetical books in Kisukuma.

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Hut for Relations with the Ancestors. When anxious, the Msukuma consults. A soothsayer, his clothing and cultic artefacts.. © M&A Bessire to see website

The Sukuma Cultural Centre
Nevertheless, on the side of the White Fathers, Mwanza has remained famous since 1952 for its Sukuma Museum (Sukuma Cultural Centre), in Bujora. It is quite different from a conventional museum where dusty exhibits are displayed in glass cabinets. The museum in Bujora is live, as it is peopled by the local residents who practice their arts and crafts, their dances and their songs (including liturgical choral singing), on the spot. The museum was launched and maintained for 40 years by the famous Father David Clément (1922-1986). Who else would have been able to gather up to 40,000 people to take part in the Eucharistic Corpus Christi celebration called Bulabo, the ‘Festival of Flowers’? The reason is that the Catholic ritual is magnified by competitions of traditional dance, in which Christians and non-Christians take part (even today) with great enthusiasm. Alas, as a whole, we White Fathers have cold-shouldered all that, while sometimes reluctantly consenting to a ‘dash of folklore’ in our liturgies. Bishop Jozef Blomjous (1908-1992), then bishop of Mwanza, and Father Jan Hendriks (1902-1964) supported Father David Clément. He was a super-active man, but marginalized, and there was a stock phrase excuse: he was too original for ‘our rule of three.’ However, in him there was more depth than met the eye. In the first place, he knew Kisukuma, the language that conveyed the values of the people.

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BUJORA: Corpus Christi Procession at Bujora, 1996, with games and dances. The tabernacle and the church were built by Fr. David Clément.
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The Way, the Truth and the Life
Archbishop Anthony Mayala of Mwanza said one day that an infinitesimal minority of Wasukuma had integrated the required conversion process. As missionaries, we tried to ‘convert’ the Wasukuma by seeking to eliminate the mental backdrop that puts them in touch with the Giver of Life. The benevolence of the Creator, indispensable to every well-born Msukuma, is only passed on by the mediation of the Ancestors. For a Msukuma, the Ancestor is considered as the Way, the Truth and the Life, just as Jesus said of himself. The Msukuma who ignores this sacred pathway draws down the malediction of the Ancestors on his life. Sukuma wisdom and morals are passed on around the fire through myths, epics, fables and dances. It is a wisdom passed down by word of mouth. There are no ancient manuscripts.

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Father David Clément M.Afr (1922-1986)

Time, effort and anthropology needed for its decoding
An outsider needs a listening attitude, a good memory and a modicum of anthropology to discover and activate this treasure and decode its messages. Young or old, European or African, a missionary needs to put in the time and the effort. He then discovers a golden seam with which he can forge strings for his catechetical and homiletic harp. He will then be able to reach the hearts and minds of the Wasukuma. It is no use undertaking evangelisation by thinking it is enough to translate the Catechism of the Council of Trent into Kisukuma. This catechism cannot be patched onto the heart of the Wasukuma, even when the missionary succeeds in having the official question-and-answer routine repeated by the catechumens for four years. If, moreover, the missionary leaves out the underpinning biblical content, he will only have managed to apply a poultice to a wooden leg.

Rediscovering the methods of Matteo Ricci
Matteo Ricci, an Italian Jesuit (1552-1610), arrived in Chi­na in 1583 and in Imperial Pekin in 1601. Several White Fathers followed the apostolic practice that had become customary in the wake of the condemnation by Rome of the Chinese Rites in 1704, confining the methods of Matteo Ricci to a cabinet in the Holy Office. Pius XII abolished that ruling against the rites on the 8th December 1939, and in 2001, John Paul II asked forgiveness for the mistakes of the Church in China. However, the practice in conformity with the Catechism of the Council of Trent had invaded the missions in Latin America, India and China. On arrival in Equatorial Africa, several of our confreres often wrote that any traditional element not ‘baptised’ was ‘pagan’, (read ‘diabolical’) and had to have its neck wrung. Afterwards, we went on to rant about inculturation, as it was fashionable, but without changing anything in practice and without ‘Gospel inculturation.’

In Sukumaland, it is clear that the Ancients, who are active today in the clan and who are the Ancestors living or dead, the heads of family, the healers and the divines, have a lot to say in the ups and downs of an illness, in cases of anxiety, at death or on ‘life after life’. They have a message for engaged couples, young married couples, and for parents bringing up children. These Ancestors must not and cannot be systematically scorned and ridiculed by the arrogant label of ‘pagan’, just because they are non-baptised.

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A well known healer Mungu Wa Pili. House of the Royal Drums in Bujora Museum.
© M&A Bessire to see website

‘Goodbye and thanks!’
A missionary and a priest should not be surprised, even if it hurts, when Wasukuma heads of family come to tell him, ‘Muliho lulu, twaja!’ - Translating in context: - ‘Your Christian stories are not good news for us. You despise what we esteem our highest value. Goodbye and thanks!’
We have just been told on the Intranet that the Plenary Council of the Society, gathered in Addis Ababa, have asked for a booklet on interreligious encounter on African Traditional Religions (ATR) to be prepared. This is all to the good. We would need to begin by responding to the first objection we normally hear: ‘With TRA, there is no opposite number with whom to dialogue, as these religions have no hierarchy or theologians, as we easily find among the Protestants, Pentecostals, Orthodox and Muslims.’

In any case, I know that when it is a matter of ATR among the Wasukuma that the opposite number is any Msukuma person, who even unconsciously, in his being, possesses the mental backdrop and relational system with the Giver of Life, with the Invisible and their intermediaries. Another objection would be that young people do not know the customs and they at least can be ‘waylaid’ into Baptism and all the system of the Catechism of the Council of Trent. However, I would reply, ‘Wait and see the system split apart when the young baptised person needs to find a wife or undergo the ordeal of a loved one’s death. The priest of Jesus Christ has to enter into the mental and symbolic world, as well as the tangible customs of African Traditional Religion. If not, his activity comes to nothing, lacking genuine inculturation of the Gospel.’

In order to meet Jesus
At this juncture, I would like to recall what I tried to say in a book to describe what underpins Sukuma thinking. Firstly, I succeeded in writing down the traditional faith that is passed on by word of mouth. I attempted an anthropological approach to uncover the underlying values and their logic. On this basis, I learned that any Msukuma could take on the Ten Commandments and face the luminosity of the person of Jesus. When his identity is respected, a Msukuma can build his life solidly on Jesus. He does not need to deny himself to any large extent.

At 77, I imagine that young African confreres can grasp my meaning. Moreover, in this booklet requested by the Plenary Council, I expect them to further my reference to ATR. It is about an encounter and dialogue that differs from the one done in relation to Protestants or Muslims. It is not easier to do. All dialogue demands the gift of a life. We have the late Bishop Duprey and Archbishop Fitzgerald, currently Nuncio in Cairo, as recent examples in the Society. Is that not the ‘Lavigerie priority’ of every White Father? We must not leave this specialisation to a few confreres such as David Clément, who was quickly classed as an oddball.

200 duplicates or 6,000 copies?
In 1988, I printed my research at Nantes, in France. I wrote firstly to Nyegezi, to the Regional Council of Tanzania, asking for financing from the ‘Apostolic Project Fund.’ I asked for assistance to print 6,000 copies. The reply was ‘Duplicate 200 copies. The 5,800 other copies will be gnawed away by rats.’ This describes the mindset relative to ATR! Happily, with the help of Father David Clément’s friends, who continued their interest in his work, and with my family’s contribution, the funding fell from heaven. Then, for the first time in my life, I set myself to the computer to assemble the texts. I printed 6,000 copies. The stock has now been exhausted and it was not the rats that devoured them. During my last home leave, I had 200 copies (it was fate!), photocopied and bound. The Wasukuma bought it and still fight to get their hands on them. There are very few customers among Church people, except 2 or 3 White Fathers and 4 Wasukuma priests. This is understandable, since I chose to write this book in Kisukuma. Why? It was a challenge I set myself. When I was in Zaire, and later in Tanzania, I saw so many ethnologists publishing their research and theses in English and French. They did so at the expense of their informants. I had only one aim: to help the Wasukuma, who welcomed me, to grasp and express their innermost identity. I wanted to publish an ABC of a work of inculturation of traditional faith that could, without denying it, become Christian. At Baptism, the Msukuma can ‘renounce Satan and all his works and empty promises.’ We need not demand that he renounce the faith of his ancestors.

This manuscript is the Sukuma ‘Bible’
We have the Bujora Sukuma Research Committee, a committee of Wasukuma, to correct the manuscript. I did not want to publish it in my own name, so they could not say, ‘Here is a European who comes to teach us who we are.’ I received this book from the lips of Wasukuma. It is theirs. I was vindicated when, after a week of corrections, a member of the committee rose to state, ‘My friends, this manuscript is the Sukuma Bible.’ This touched me deeply, as this Msukuma had studied sociology in the United States and his opinion was respected in several important circles. After a month of reflection on this issue, Archbishop Mayala of Mwanza wrote the Preface and gave the Imprimatur (permission to publish.)

Max Tertrais