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Message du Pape François
pour la Journée Mondiale des Missions 2015
89è Journée - 18 Octobre 2014

Le 24 mai 2015, en la Solennité de la Pentecôte, le Saint-Siège a publié le message du Saint-Père pour le Dimanche missionnaire mondial 2015, le 18 octobre. Dans son message, le pape François affirme que « la mission se trouve face au défi de respecter le besoin de tous les peuples de repartir de leurs propres racines et de sauvegarder les valeurs de leurs cultures respectives. Il s'agit de connaître et de respecter d'autres traditions et systèmes philosophiques et de reconnaître à chaque peuple et culture le droit d'être aidé par sa propre tradition dans la compréhension du mystère de Dieu et dans l'accueil de l'Évangile de Jésus, qui est lumière pour les cultures et force transformante pour ces dernières.»

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Chers frères et sœurs,

la Journée missionnaire mondiale 2015 a lieu dans le cadre de l’Année de la Vie consacrée et en reçoit un élan pour la prière et la réflexion. En effet, si tout baptisé est appelé à rendre témoignage au Seigneur Jésus en annonçant la foi reçue en don, cela vaut de manière particulière pour la personne consacrée, parce qu’un lien fort subsiste entre la vie consacrée et la mission. La sequela Christi, qui a suscité l’avènement de la vie consacrée au sein de l’Eglise, répond à l’appel à prendre la croix et à se mettre à sa suite, à imiter sa consécration au Père et ses gestes de service et d’amour, à perdre la vie pour la retrouver. Et puisque toute l’existence du Christ a un caractère missionnaire, les hommes et les femmes qui le suivent de plus près assument pleinement ce même caractère.

La dimension missionnaire, en ce qu’elle appartient à la nature même de l’Eglise, est également intrinsèque à toute forme de vie consacrée, et ne peut être négligée sans créer un vide qui défigure le charisme. La mission n’est pas prosélytisme ou simple stratégie. Elle fait partie de la « grammaire » de la foi. Il s’agit de quelque chose d’indispensable pour celui qui se met à l’écoute de la voix de l’Esprit qui murmure « viens » et « va ». Celui qui suit le Christ ne peut que devenir missionnaire, et il sait que Jésus « marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 266).

La mission est passion pour Jésus Christ et, en même temps, passion pour les personnes. Lorsque nous nous tenons en prière devant Jésus crucifié, nous reconnaissons la grandeur de son amour qui nous donne dignité et nous soutient et, en même temps, nous percevons que cet amour qui part de son cœur transpercé s’étend à tout le peuple de Dieu et à l’humanité entière. Ainsi nous sentons qu’il veut aussi se servir de nous pour arriver toujours plus près de son peuple bien-aimé (cf. ibid., n. 268) et de tous ceux qui le cherchent avec un cœur sincère. Dans le commandement de Jésus « Allez » sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Eglise. En elle, tous sont appelés à annoncer l’Évangile par le témoignage de la vie. Aux consacrés, il est demandé en particulier d’écouter la voix de l’Esprit qui les appelle à aller vers les grandes périphéries de la mission, parmi les peuples auxquels n’est pas encore parvenu l’Évangile.

Le cinquantième anniversaire du Décret conciliaire Ad gentes nous invite à relire et à méditer ce document qui suscita un fort élan missionnaire au sein des Instituts de vie consacrée. Dans les communautés contemplatives fut remise en évidence la figure de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions, en tant qu’inspiratrice du lien intime entre la vie contemplative et la mission. Pour de nombreuses congrégations religieuses de vie active, le désir missionnaire provenant du Concile Vatican II se traduisit par une extraordinaire ouverture à la mission ad gentes, souvent accompagnée par l’accueil de frères et sœurs provenant des terres et des cultures rencontrées dans le cadre de l’évangélisation, au point qu’aujourd’hui, il est possible de parler d’une interculturalité diffuse au sein de la vie consacrée. C’est pourquoi il est urgent de proposer à nouveau l’idéal de la mission dans son aspect central : Jésus Christ, et dans son exigence : le don total de soi en vue de l’annonce de l’Evangile. Il ne peut exister de compromis à ce propos : celui qui, avec la grâce de Dieu, accueille la mission, est appelé à vivre de mission. Pour ces personnes, l’annonce du Christ, au sein des multiples périphéries du monde, devient la manière de vivre à sa suite et récompense de beaucoup de fatigues et de privations. Toute tendance à dévier de cette vocation, même si elle est accompagnée de nobles motivations liées aux nombreuses nécessités pastorales, ecclésiales ou humanitaires, ne s’accorde pas avec l’appel personnel du Seigneur au service de l’Evangile. Dans les Instituts missionnaires, les formateurs sont appelés tant à indiquer avec clarté et honnêteté cette perspective de vie et d’action qu’à faire autorité en ce qui concerne le discernement de vocations missionnaires authentiques. Je m’adresse surtout aux jeunes, qui sont encore capables de témoignages courageux et d’entreprises généreuses et parfois à contre-courant : ne vous laissez pas voler le rêve d’une vraie mission, d’une sequela Christi qui implique le don total de soi. Dans le secret de votre conscience, demandez-vous quelle est la raison pour laquelle vous avez choisi la vie religieuse missionnaire et mesurez votre disponibilité à l’accepter pour ce qu’elle est : un don d’amour au service de l’annonce de l’Évangile, en vous souvenant que, avant d’être un besoin pour ceux qui ne le connaissent pas, l’annonce de l’Évangile est une nécessité pour celui qui aime le Maître.

Aujourd’hui, la mission se trouve face au défi de respecter le besoin de tous les peuples de repartir de leurs propres racines et de sauvegarder les valeurs de leurs cultures respectives. Il s’agit de connaître et de respecter d’autres traditions et systèmes philosophiques et de reconnaître à chaque peuple et culture le droit d’être aidé par sa propre tradition dans la compréhension du mystère de Dieu et dans l’accueil de l’Evangile de Jésus, qui est lumière pour les cultures et force transformante pour ces dernières.

A l’intérieur de cette dynamique complexe, nous posons la question : « Qui sont les destinataires privilégiés de l’annonce évangélique ? » La réponse est claire et nous la trouvons dans l’Évangile lui-même : les pauvres, les petits et les infirmes, ceux qui sont souvent méprisés et oubliés, ceux qui n’ont pas de quoi payer de retour (cf. Lc 14,13-14). L’évangélisation s’adressant de manière préférentielle à eux est signe du Royaume que Jésus est venu apporter : « Il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 48). Ceci doit être clair en particulier pour les personnes qui embrassent la vie consacrée missionnaire : par le vœu de pauvreté, elles choisissent de suivre le Christ dans sa préférence, non pas idéologiquement, mais comme lui, en s’identifiant avec les pauvres, en vivant comme eux dans la précarité de l’existence quotidienne et dans le renoncement à l’exercice de tout pouvoir pour devenir frères et sœurs des derniers, leur apportant le témoignage de la joie de l’Évangile et l’expression de la charité de Dieu.

Pour vivre le témoignage chrétien et les signes de l’amour du Père parmi les petits et les pauvres, les consacrés sont appelés à promouvoir dans le service de la mission la présence des fidèles laïcs. Déjà le Concile œcuménique Vatican II affirmait : « Les laïcs coopèrent à l’œuvre d’évangélisation de l’Église et participent à titre de témoins, et en même temps d’instruments vivants à sa mission salvifique » (Ad gentes, n. 41). Il est nécessaire que les consacrés missionnaires s’ouvrent toujours plus courageusement à ceux qui sont disposés à collaborer avec eux, même pour un temps limité, pour une expérience sur le terrain. Ce sont des frères et des sœurs qui désirent partager la vocation missionnaire inhérente au Baptême. Les maisons et les structures des missions sont des lieux naturels pour leur accueil et leur soutien humain, spirituel et apostolique.

Les Institutions et les Œuvres missionnaires de l’Eglise sont totalement placées au service de ceux qui ne connaissent pas l’Evangile de Jésus. Pour réaliser efficacement ce but, elles ont besoin des charismes et de l’engagement missionnaire des consacrés, tout comme les consacrés ont besoin d’une structure de service, expression de la sollicitude de l’Evêque de Rome, pour garantir la koinonia, de sorte que la collaboration et la synergie fassent partie intégrante du témoignage missionnaire. Jésus a posé l’unité des disciples comme condition pour que le monde croie (cf. Jn 17, 21). Une telle convergence n’équivaut pas à une soumission juridique et organisationnelle à des organismes institutionnels ou bien à une mortification de la fantaisie de l’Esprit qui suscite la diversité mais signifie donner plus d’efficacité au message évangélique et promouvoir cette unité d’intentions qui est, elle aussi, fruit de l’Esprit.

L’œuvre missionnaire du Successeur de Pierre a un horizon apostolique universel. C’est pourquoi elle a également besoin des nombreux charismes de la vie consacrée pour s’adresser au vaste horizon de l’évangélisation et être en mesure d’assurer une présence adéquate aux frontières et dans les territoires atteints.

Chers frères et sœurs, la passion du missionnaire est l’Evangile. Saint Paul pouvait affirmer : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile » (1 Co 9, 16). L’Évangile est source de joie, de libération et de salut pour tout homme. L’Église est consciente de ce don et elle ne se lasse donc pas d’annoncer continuellement à tous « ce qui était au commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux » (1 Jn 1, 1). La mission des serviteurs de la Parole – évêques, prêtres, religieux et laïcs – est celle de mettre tout un chacun, sans aucune exception, en rapport personnel avec le Christ. Dans l’immense champ de l’action missionnaire de l’Église, chaque baptisé est appelé à vivre au mieux son engagement, selon sa situation personnelle. Une réponse généreuse à cette vocation universelle peut être offerte par les consacrés et les consacrées au travers d’une intense vie de prière et d’union avec le Seigneur et avec son sacrifice rédempteur.

Alors que je confie à la Très Sainte Vierge Marie, Mère de l’Église et modèle missionnaire, tous ceux qui, ad gentes ou sur leur propre territoire, dans tous les états de vie, coopèrent à l’annonce de l’Évangile, j’envoie de tout cœur à chacun la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, 24 mai 2015
Solennité de la Pentecôte

François


 

en Français

MESSAGE OF POPE FRANCIS
FOR the 89th WORLD MISSION SUNDAY 2015

18 October 2015

"Today, the Church’s mission is faced by the challenge of meeting the needs of all people to return to their roots and to protect the values of their respective cultures."

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Dear Brothers and Sisters,

The 2015 World Mission Sunday 2015 takes place in the context of the Year of Consecrated Life, which provides a further stimulus for prayer and reflection. For if every baptized person is called to bear witness to the Lord Jesus by proclaiming the faith received as a gift, this is especially so for each consecrated man and woman. There is a clear connection betweenconsecrated life and mission. The desire to follow Jesus closely, which led to the emergence of consecrated life in the Church, responds to his call to take up the cross and follow him, to imitate his dedication to the Father and his service and love, to lose our life so as to gain it. Since Christ’s entire existence had a missionary character, so too, all those who follow him closely must possess this missionary quality.

The missionary dimension, which belongs to the very nature of the Church, is also intrinsic to all forms of consecrated life, and cannot be neglected without detracting from and disfiguring its charism. Being a missionary is not about proselytizing or mere strategy; mission is part of the “grammar” of faith, something essential for those who listen to the voice of the Spirit who whispers “Come” and “Go forth”. Those who follow Christ cannot fail to be missionaries, for they know that Jesus “walks with them, speaks to them, breathes with them. They sense Jesus alive with them in the midst of the missionary enterprise” (Evangelii Gaudium, 266).

Mission is a passion for Jesus and at the same time a passion for his people. When we pray before Jesus crucified, we see the depth of his love which gives us dignity and sustains us. At the same time, we realize that the love flowing from Jesus’ pierced heart expands to embrace the People of God and all humanity. We realize once more that he wants to make use of us to draw closer to his beloved people (cf. ibid., 268) and all those who seek him with a sincere heart. In Jesus’ command to “go forth”, we see the scenarios and ever-present new challenges of the Church’s evangelizing mission. All her members are called to proclaim the Gospel by their witness of life. In a particular way, consecrated men and women are asked to listen to the voice of the Spirit who calls them to go to the peripheries, to those to whom the Gospel has not yet been proclaimed.

The fiftieth anniversary of the Second Vatican Council’s Decree Ad Gentes is an invitation to all of us to reread this document and to reflect on its contents. The Decree called for a powerful missionary impulse in Institutes of Consecrated Life. For contemplative communities, Saint Theresa of the Child Jesus, Patroness of the Missions, appears in a new light; she speaks with renewed eloquence and inspires reflection upon the deep connection between contemplative life and mission. For many active religious communities, the missionary impulse which emerged from the Council was met with an extraordinary openness to the mission ad gentes, often accompanied by an openness to brothers and sisters from the lands and cultures encountered in evangelization, to the point that today one can speak of a widespread “interculturalism” in the consecrated life. Hence there is an urgent need to reaffirm that the central ideal of mission is Jesus Christ, and that this ideal demands the total gift of oneself to the proclamation of the Gospel. On this point there can be no compromise: those who by God’s grace accept the mission, are called to live the mission. For them, the proclamation of Christ in the many peripheries of the world becomes their way of following him, one which more than repays them for the many difficulties and sacrifices they make. Any tendency to deviate from this vocation, even if motivated by noble reasons due to countless pastoral, ecclesial or humanitarian needs, is not consistent with the Lord’s call to be personally at the service of the Gospel. In Missionary Institutes, formators are called to indicate clearly and frankly this plan of life and action, and to discern authentic missionary vocations. I appeal in particular toyoung people, who are capable of courageous witness and generous deeds, even when these are countercultural: Do not allow others to rob you of the ideal of a true mission, of following Jesus through the total gift of yourself. In the depths of your conscience, ask yourself why you chose the religious missionary life and take stock of your readiness to accept it for what it is: a gift of love at the service of the proclamation of the Gospel. Remember that, even before being necessary for those who have not yet heard it, the proclamation of the Gospel is a necessity for those who love the Master.

Today, the Church’s mission is faced by the challenge of meeting the needs of all people to return to their roots and to protect the values of their respective cultures. This means knowing and respecting other traditions and philosophical systems, and realizing that all peoples and cultures have the right to be helped from within their own traditions to enter into the mystery of God’s wisdom and to accept the Gospel of Jesus, who is light and transforming strength for all cultures.

Within this complex dynamic, we ask ourselves: “Who are the first to whom the Gospel message must be proclaimed?” The answer, found so often throughout the Gospel, is clear: it is the poor, the little ones and the sick, those who are often looked down upon or forgotten, those who cannot repay us (cf. Lk 14:13-14). Evangelization directed preferentially to the least among us is a sign of the Kingdom that Jesus came to bring: “There is an inseparable bond between our faith and the poor. May we never abandon them” (Evangelii Gaudium, 48). This must be clear above all to those who embrace the consecrated missionary life: by the vow of poverty, they choose to follow Christ in his preference for the poor, not ideologically, but in the same way that he identified himself with the poor: by living like them amid the uncertainties of everyday life and renouncing all claims to power, and in this way to become brothers and sisters of the poor, bringing them the witness of the joy of the Gospel and a sign of God’s love.

Living as Christian witnesses and as signs of the Father’s love among the poor and underprivileged, consecrated persons are called to promote the presence of the lay faithful in the service of Church’s mission. As the Second Vatican Council stated: “The laity should cooperate in the Church's work of evangelization; as witnesses and at the same time as living instruments, they share in her saving mission” (Ad Gentes, 41). Consecrated missionaries need to generously welcome those who are willing to work with them, even for a limited period of time, for an experience in the field. They are brothers and sisters who want to share the missionary vocation inherent in Baptism. The houses and structures of the missions are natural places to welcome them and to provide for their human, spiritual and apostolic support.

The Church’s Institutes and Missionary Congregations are completely at the service of those who do not know the Gospel of Jesus. This means that they need to count on the charisms and missionary commitment of their consecrated members. But consecrated men and women also need a structure of service, an expression of the concern of the Bishop of Rome, in order to ensure koinonia, for cooperation and synergy are an integral part of the missionary witness. Jesus made the unity of his disciples a condition so that the world may believe (cf. Jn 17:21). This convergence is not the same as legalism or institutionalism, much less a stifling of the creativity of the Spirit, who inspires diversity. It is about giving a greater fruitfulness to the Gospel message and promoting that unity of purpose which is also the fruit of the Spirit.

The Missionary Societies of the Successor of Peter have a universal apostolic horizon. This is why they also need the many charisms of consecrated life, to address the vast horizons of evangelization and to be able to ensure adequate presence in whatever lands they are sent.

Dear brothers and sisters, a true missionary is passionate for the Gospel. Saint Paul said: “Woe to me if I do not preach the Gospel!” (1 Cor 9:16). The Gospel is the source of joy, liberation and salvation for all men and women. The Church is aware of this gift, and therefore she ceaselessly proclaims to everyone “what was from the beginning, what we have heard, what we have seen with our eyes” (1Jn 1:1). The mission of the servants of the Word – bishops, priests, religious and laity – is to allow everyone, without exception, to enter into a personal relationship with Christ. In the full range of the Church’s missionary activity, all the faithful are called to live their baptismal commitment to the fullest, in accordance with the personal situation of each. A generous response to this universal vocation can be offered by consecrated men and women through an intense life of prayer and union with the Lord and his redeeming sacrifice.

To Mary, Mother of the Church and model of missionary outreach, I entrust all men and women who, in every state of life work to proclaim the Gospel, ad gentes or in their own lands. To all missionaries of the Gospel I willingly impart my Apostolic Blessing.

From the Vatican, 24 May 2015, Solemnity of Pentecost

FRANCISCUS