ALERTE RWANDA: AGENCE MISNA
Motivation et requêtes
La Société Civile rwandaise a peu de possibilités dexprimer sa voix. Nous avons interpellé des personnes qui à plusieurs titres sont renseignées sur lactualité de la vie dans ce pays. Il est pour nous un devoir moral, par solidarité à ce peuple, mais aussi parce que conscients que le régime en place dans ce pays na pas causé quà la population de la RDCongo dénormes souffrances , le peuple rwandais lui-même vit une situation doppression dans laquelle peu nombreux sont les privilégiés et très nombreux les écartés.
Le terrible génocide davril à juillet 1994 a été utilisé ces dernières années comme un instrument de pouvoir, dacquisition des ressources et de couverture dautres atrocités commises au pays et en RDCongo par le groupe qui ne cesse de se déclarer victime. Le problème du Rwanda nest pas tout dabord ethnique, dans le sens que le groupe qui a conduit lavancée de ses troupes de lUganda depuis 1990 et qui a pris le pouvoir nest composé que denviron 14 familles, il y a aussi des Tutsis marginalisés. Lethnie, comme ailleurs dans la Sous-région des Grands Lacs, a servi et sert dinstrument de conquête et de conservation du pouvoir.
Nous ne nions pas que quelques progrès techniques naient été réalisés. Nous ne nions pas non plus la capacité dorganisation et de discipline du groupe au pouvoir, mais, de toute évidence, le prix de tout ceci, en ces années, a été trop élevé. Tout ce qui sest passé en ces années de guerres en RDCongo avec la forte implication rwandaise reste actuel et loin de sombrer dans les oubliettes, les noms des morts restent dans nos curs. Mais ce nest que pour que justice soit faite pour la RDCongo que nous parlons, mais aussi pour soutenir les droits de la majorité de la population rwandaise non encore sortie du gouffre de langoisse. Cest aussi parce que il ny aura pas de véritable paix dans la Sous- Région si le Rwanda ne souvre pas à un véritable dialogue inter-rwandais. Par ailleurs, il ny aura pas de retour pacifique des Hutus rwandais dans leur pays si les perspectives qui leur sont ouvertes ne sont que la prison, la misère et, dans le pire des cas, la mort.
Nous savons que derrière la force agressive du pouvoir rwandais se cache une grande peur. Celle-ci ne sera jamais guérie, mais restera encouragée et motivée par la répression. Le temps est venu, comme nous disait une maman, de se reconnaître tous perdants et de cheminer ensemble sur un chemin partagé.
Ce rapport, qui na pas la prétention dune enquête sur large échelle, a simplement voulu donner la voix à ceux qui au Rwanda, maintenant, sont opprimés, et les témoignages recueillis concordent. Il nest pas question de salir la renommée dun pays, dun groupe ou dune personne, seul le souci de justice et de paix, au Rwanda et dans toute la Sous-Région nous motive.
Nous lavons composé car nous savons que la Communauté internationale et particulièrement certains Etats du Nord ont une grande part dans la situation qui prévaut au Rwanda : ils lont encouragée, ils lont couverte, ils ne cessent de lappuyer. Des intérêts économiques et géopolitiques y sont pour beaucoup. Nous les mettons en garde car le jour viendra où, comme ailleurs, on criera : "Au loup, au loup !", et il faudra alors reconnaître quune fois de plus, ce "loup" aura été entretenu par ceux-là mêmes qui seront en train de crier.Nous demandons avec urgence au Président Paul Kagame :
- découter le cri de tout son peuple et douvrir un véritable espace de dialogue comme seul sentier de vie et davenir pour son peuple.Nous demandons avec urgence à la Communauté internationale : aux Etats-Unis, à lUnion Européenne et à ses Etats membres, aux Institutions internationales, aux puissances économiques, aux "Bailleurs des fonds" :
- de renoncer à tout échange entre leurs intérêts et les exigences de la justice, des droits de lhomme et des groupes humains ;
- dutiliser tous les moyens financiers, économiques et diplomatiques pour faire pression sur le gouvernement rwandais pour quil parcoure le chemin dun véritable dialogue et cesse effectivement toute ingérence en RDCongo ;
- dinstituer instamment le Comité International de suivi pour la mise en pratique de lAccord de Rome, devant offrir aux Hutus rwandais qui rentrent dans leur pays la garantie de la protection internationale.
LES RAISONS DE LALERTE "GACACA" ET PRISONS / 2
Des raisons pour alerter
Le Rwanda vit une situation de forte oppression. Si elle était consultée par le Gouvernement sur le retour des Hutus dans leur pays, la population de lest de la RDCongo ne pourrait que souhaiter la chose vivement et sans délai. Néanmoins, la Communauté internationale doit être consciente que si de fortes pressions ne sont pas exercées sur le Gouvernement rwandais, encourager la rentrée des Hutus signifiera les envoyer au danger et à linjustice,et dans ce cas,les risques dembrasement de ce pays et des pays voisins demeurent.
1. La fuite des Hutus rwandaisCes derniers mois, depuis le fonctionnement des juridictions Gacaca, on assiste à une fuite des Hutus du Rwanda vers les pays voisins à savoir, lUganda, la Tanzanie, et surtout le Burundi. Dans ce dernier pays, leur sort a changé tout au long de ces semaines car après les avoir dabord accueillis et avoir envisagé de les transférer à lintérieur du pays, les autorités burundaises cédant aux pressions rwandaises, les ont gardés près de la frontière en leur niant le statut de réfugiés. Vers la mi-mai 2005, un grand nombre deux a été contraint, contre les principes du droit international, à rentrer au Rwanda, mais ils se sont à nouveau enfui en retournant au Burundi. Les autorités burundaises ont mis en garde la Croix Rouge et le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR), qui avaient dénoncé les intimidations dont ces réfugiés étaient lobjet en les contraignant au retour forcé vers le Rwanda. A présent, au Burundi, les réfugiés Hutus seraient entre 7.00 et 10.000.
Les autorités rwandaises déclarent quil sagit des personnes voulant échapper au juste jugement des tribunaux Gacaca. La télévision burundaise a montré des images de pauvres gens : essentiellement des mamans et des enfants dont il est bien difficile de penser quils soient des "génocidaires". Même ceux auxquels la conscience ne reproche rien ont peur , certains se cachent ou cherchent à quitter le pays. Le Gacaca est une rude épreuve, mieux, un cauchemar aussi pour ceux qui doivent y assister. Même de nombreux Tutsis senfuient dun pays où le climat social est de plus en plus insupportable sur fond dintoxication. Les fuyards ne sont pas que des personnes passibles du Gacaca, un fugitif interviewé en Uganda a déclaré fuir les arrestations arbitraires.
2. Les GacacaPar le passé, les mécanismes des Gacaca concernaient la propriété des terres et les conflits fonciers , les vieux témoignaient à qui elles appartenaient. Aujourdhui, avec lappui financier et moral de la Communauté internationale, le pouvoir rwandais a déclaré vouloir en faire un instrument de réconciliation après le génocide de 1994, à lexemple de lAfrique du Sud, et le meilleur moyen pour désengorger les prisons, mais toute autre est la réalité.
Le Gacaca actuel consiste en un meeting qui se tient normalement un jour par semaine, et des jours divers selon les Communes, en présence des autorités. Tous les habitants du lieu sont contraints à y assister sous peine dêtre considérés comme des complices des « génocidaires ». Ces Gacaca externes (car il y en a aussi dans les prisons) jugent dabord les personnes qui sont "encore" en liberté.
Lors du Gacaca, on donne la parole aux rescapés, cest-à-dire aux Tutsi ayant survécu au génocide. Lun deux peut dire : "Moi, jai vu un tel tuer telle ou telle personne". Même des jeunes qui à lépoque avaient entre 5 et 8 ans peuvent déclarer : "Moi je tai vu, tel jour, à telle heure, tu portais tels habits, tu as tué mon père". Parfois, cest la jalousie envers quelquun qui a réussi à se construire une maison ou à monter un commerce qui pousse à le salir par ces fausses accusations.
Laccusé peut alors se défendre ou être soutenu par quelquun. On lui demande sil a des témoins à décharge, mais comment en trouver dans ce climat de peur ? Si au terme du débat il ny a pas de témoignages contre laccusé, celui-ci est acquitté. Sil était déjà prisonnier, il retourne toutefois en prison tant il y a encore de longues procédures à suivre avant quil ne soit libéré. Sil est déclaré coupable, laccusé est conduit en prison et le procès ordinaire se poursuit.
Les Gacaca sont une institution à sens unique : ils ne jugent que les Hutus, le plaignant sy retrouve juge et partie ; loyauté et la sincérité en sont absentes, car, au lieu de servir à la réconciliation dans la vérité, ils sont des lieux dintimidation, de terreur et dinjustice.
3. Les prisonniersUn problème crucial que la Communauté Internationale a cru que les Gacaca auraient résolu est celui du grand nombre de prisonniers entassés dans les prisons rwandaises depuis le génocide de 1994. Au contraire, au lieu de se vider progressivement, les prisons enregistrent sans discontinuer de nouveaux arrivants. Au nom de l "idéologie génocidaire", on ramasse des gens qui nont même pas vu ou qui étaient à létranger. Beaucoup de Hutus encore en vie et en prison, ayant même appuyé en 1994 la victoire du FPR, ou ayant exercé tranquillement en ces dix dernières années leurs activités au Rwanda ou à lextérieur. Les autorités estiment que 10% de la population méritent de passer par les Gacaca et affirment par ailleurs quil faudrait mettre en prison entre 500.000 et 700.000 autres personnes.
La prison centrale de Butare, pour ne citer que celle-ci, renferme 13.000 prisonniers dont 1500 non génocidaires. Ils sont en majorité des Hutus ramassés parmi ceux qui navaient pas fui le pays au moment de la prise du pouvoir par le FPR après le génocide de 1994. Dautres ont été tout simplement emprisonnés en 1996 après le rapatriement des Hutus par le HCR. Tous ces Hutus, vrais ou faux génocidaires, sont accusés de génocide et viennent donc de passer plus de huit ou dix ans en prison sans être jugés. Parmi eux, il y a des intellectuels et des analphabètes, des hommes et des femmes dont la plupart sans dossier judiciaire, nont aucun espoir de comparaître devant le juge.
4. Les Gacaca en prisonLutilisation du système Gacaca pour les inculpés de génocide a commencé à lintérieur des prisons. On avait promis aux prisonniers que ceux qui saccuseraient personnellement de génocide et demanderaient pardon seraient libérés. Déjà un grand nombre de prisonniers a fait cet aveu ; ils nont pas été libérés, loin sen faut, ils ont plutôt été enfermés dans un secteur de la prison appelé "Arusha" où ils jouissent des conditions meilleures à celles des autres prisonniers. Là, ils sont encore interrogés pour quils donnent tous les détails des meurtres quils ont avoués.
On a aussi poussé les prisonniers à dénoncer des personnes en liberté. Il sagit parfois de quelquun quon visait. Dans ce cas, on promet aux dénonciateurs une réduction de peine ; il nest pas aussi rare quils dénoncent parce que y contraints par la torture. Des prisonniers ont alors fait des accusations, aidés en cela par de faux témoins. Le fait que des Hutus accusent dautres Hutus donne du poids aux raisons du Pouvoir : "Voyez comme ce sont eux-mêmes qui saccusent, donc cest vrai".
Au Rwanda, les prisons doivent non seulement sautofinancer, mais deviennent aussi une affaire pour lEtat rwandais. Les Directeurs des prisons négocient des contrats avec des employeurs et envoient les prisonniers travailler dans les constructions, dans des ateliers se trouvant près des prisons, ou dans des champs dont la récolte sera vendue. A la fin de lannée, le Directeur de la prison remet 80% des recettes à lEtat et 10% à lensemble des prisonniers. Sil est vrai que ces sorties des prisons permettent aux prisonniers de humer le doux air de lextérieur, il ne reste pas moins vrai que les travaux auxquels ils sont soumis sont des travaux forcés.
En janvier 2003, avant les élections, le Président Kagame décréta la libération de certains prisonniers. Malgré que sa famille politique eût négligé ce décret, 20.000 détenus avaient été libérés provisoirement sous réserve de passer préalablement deux mois dans un camp de formation appelé "ngando". Cependant, la plupart dentre eux se retrouvent à nouveau en prison pour les mêmes accusations après que les "rescapés" du génocide aient manifesté contre leur libération, mais aussi à la suite de lactivation des Gacaca.
5. La vie en prisonLa prison est organisée avec soin et la surveillance est stricte. Léquipe de direction (bunyobozi) a sous son contrôle une équipe de surveillants armés qui veillent à ce que les prisonniers ne sévadent pas, sinon ils tirent sur eux et cest là un ordre avec lequel il est prudent de ne pas plaisanter. Dans la prison, il y a aussi un service de renseignement dirigé par un homme du FPR. Parmi les services assurés par le personnel de lEtat se trouvent les services sociaux externes qui peuvent par exemple accorder une visite extraordinaire. Parallèlement à léquipe externe, une direction interne des prisonniers (nyobozi) collabore étroitement avec le bunyobozi.
Les prisonniers sont logés dans des compartiments de type pigeonnier, superposés et juxtaposés, pour un espace de 200cmx40cmx50cm chacun et par individu. Les toilettes ne sont pas couvertes, elles nont pas de portes et les prisonniers font la file pour y avoir accès. La nourriture est fournie surtout par le Comité International de la Croix Rouge (CICR) à raison dun gobelet de 300 g par jour et par prisonnier : mélange de graines de mais et de petits pois secs assaisonnés dun peu dhuile et de sel. Quelques fois, on ajoute à la ration un gobelet de bouillie de sorgho sans sucre.
Les services religieux de toutes les confessions sont assurés. Pour les Catholiques, il y a même la préparation aux sacrements. Depuis que le CICR fait le recensement des prisonniers, il ny a plus eu de disparus alors quavant, on en conduisait des dizaines à la mort en cachette.
Létat desprit des prisonniers est partagé : parfois les plus instruits et dautres prisonniers honnêtes reconnaissent leurs fautes personnelles ou de groupe et affirment : "Ce que nous avons fait nest pas bon, mais notre emprisonnement vient de durer longtemps ; nous voudrions sortir et pouvoir participer à la reconstruction du pays". Dautres cultivent par contre le désir de vengeance.
Dautres, plus pessimistes ou défaitistes nattendent que la mort. Dautres enfin, pour survivre, se consolent en affirmant avoir oublié la vie de lextérieur : "Nous considérons la prison comme lunique chez nous".
Dans la ville de Butare, apparemment tout va bien, mais en regardant de plus près, on saperçoit quil y a surtout des femmes et des enfants, les maris sont en prison. Beaucoup denfants naissent alors hors du mariage pendant que les prisonniers souffrent doublement de labandon et de labsence de leurs épouses.
ALERTE RWANDA: AUCUNE ETHNIE / 3
6. Pas dethnies au Rwanda
On déclare officiellement quil ny a pas dethnies au Rwanda, mais les témoignages rapportent plutôt le contraire. Sous lactuel régime, la question ethnique est machiavéliquement renforcée en faveur de la minorité tutsi au détriment de la majorité hutu et les signes pour le démontrer sont multiples : les actes infractionnels ou supposés tels commis par des Hutus sont punissables alors quà quelques exceptions près, tel nest pas le cas si commis par des Tutsis. Immédiatement après le génocide de 1994, on pleurait le massacre des "Hutus modérés et des Tutsis". Aujourdhui, on fait valoir en toutes circonstances de lieu et de temps le seul génocide des Tutsis. Cest ce qui fait dire à ce représentant de la Société civile rwandaise : "La réconciliation nest quun discours pour létranger".
Lopinion dominante est que tout Hutu est Interahamwe, ou pire, un "Igiterahamwe", cest-à-dire, de la saleté. Le schéma "Tutsis victimes, Hutus génocidaires" dirige la vie publique : lon commémore les victimes tutsis, les monuments ne rappelant que leur massacre. Le "dédommagement des victimes du génocide" ne prévoit quune liste de Tutsis. Personne ne peut contester ce dogme sans être accusé de complicité avec les génocidaires. Le droit à la mémoire nest pas reconnu aux Hutus quand bien même dans les familles hutu, il y a eu de très nombreux tués. Si on le déclare, on devient "négationniste".
Le manque de deuil public pour les Hutus massacrés au Rwanda avant, pendant le génocide et après la prise du pouvoir par le FPR a causé dénormes souffrances à ce groupe. Par ailleurs, les meurtres, massacres et diverses violations commis par les Tutsis au Rwanda et en RDCongo sont considérés par eux comme de la "légitime défense".
En juin et en octobre 2004, lassociation des Batwa, nommée Carwa (Communauté des Autochtones Rwandais), ayant son siège dans un quartier pauvre de Kigali, a été sommée par le Ministère de la justice et par lAdministration locale à suspendre sans autre forme de procès et délai ses activités. Selon les autorités, sa dénomination et son statut contiendraient des mots à connotation divisionniste et seraient en cela contraires aux principes de la Constitution rwandaise !
7. Elections et partis politiques
Le 25 août 2003, après environ dix ans de "Transition", ont eu lieu les élections présidentielles. Paul Kagame, qui depuis 1990, à la tête de lArmée Patriotique Rwandaise avait guidé, après le meurtre de Fred Rwigema, lavancée des réfugiés tutsis de lOuganda vers la prise de pouvoir à Kigali, et qui lavait effectivement pris à la fin du génocide de 1994, a été confirmé Président de la République avec un score trop flatteur de 95,05% des suffrages volontairement et de cur joie exprimés contre un total de 4,95% des voix pour ses deux adversaires réunis. Malgré les multiples témoignages au sujet des contraintes subies par les électeurs ou dénonçant dautres irrégularités, la Communauté internationale jugea acceptable lélection et félicita Paul Kagame.
De même, à la fin de septembre 2003, les Rwandais ont voté pour les Législatives en "élisant" leurs députés au suffrage universel. Le Front Patriotique Rwandais, le parti-armée du Président a gagné avec 73% de voix. Le Parlement issu desdites élections fut salué comme un modèle très avancé de démocratie et dintégration des femmes dans la gestion de la chose publique: 24 députés sont femmes Le Président Kagame a entre autres raisons, reçu pour cela le prix de la bonne gouvernance offert aux Présidents de moins de cinquante ans. Cette reconnaissance naurait pas été possible sans le soutien diplomatique offert au Président des USA au moment où il en avait besoin autant pour sa gestion du "dossier congolais" que pour aider à lévolution de la réconciliation au Rwanda
Des témoignages affirment quaucun parti politique ne peut sinstaller en dehors de Kigali (sauf le FPR) et quà Kigali, les partis doivent impérativement faire partie dun forum des partis politiques présidé par le FPR. Les responsables des sept partis politiques autres que le FPR dûment autorisés par la loi sur les partis, se sont alignés derrière Paul Kagame et le FPR. Enfin, larmée rwandaise actuelle comprend 75% de Hutus et 25 % de Tutsis mais le commandement est à ces derniers.
ALERTE RWANDA: UN PAYS LANCÉ / 4
8. Un pays lancé
Au Rwanda, certaines choses marchent. A titre dillustration, les salaires sont payés et ne sont pas anormalement misérables comme dans certains Etats voisins. La sécurité des biens et des personnes est formellement garantie à chacun tant quon nest pas encore arrêté. Les militaires et la police sont disciplinés, soumis aux chefs, et ils ne tracassent pas la population. Un certain droit et une bonne organisation existent tout de même.
Un projet appelé "Vision du Rwanda 2020" prévoit de grands projets pour donner plus de place à la technologie et réduire la pauvreté dans le pays. Depuis que le FPR a pris le pouvoir, un grand engouement à embellir la capitale est plus que manifeste : un peu partout, on construit de belles maisons, des bâtiments en étages, des hôtels de luxe. On a diminué le nombre des fonctionnaires en faisant la chasse aux effectifs fictifs mais aussi en débarrassant la fonction publique déléments indésirables. La privatisation concerne tous les secteurs : des investissements remarquables sont réalisés dans le domaine de la communication auquel lon consacre des dons importants venant de lextérieur. Le plus important point négatif de la vie au Rwanda concerne linjustice envers les Hutus et les Batwa, ce qui va normalement de pair avec la logique universelle de la marginalisation des pauvres.
Plus ou moins 900.000 personnes habitant Kigali sont en train dêtre chassés dune manière ou dune autre de la Ville ; ce sont les pauvres, les petits. Les tentacules du grand marché de la Ville ont été supprimées et les vendeurs sont renvoyés dans les marchés de périphérie. Personne ne peut vendre sur la rue son panier de haricots, de patates ou de riz, tout commerce doit être enregistré et payer des taxes élevées au Ministère du commerce.
Kigali et les autres villes attirent beaucoup de jeunes à la recherche dun peu dargent, aussi le nombre de chômeurs grandit-il fiévreusement. Le Gouvernement essaie de freiner ce phénomène en renvoyant les personnes sans des papiers en règle sur les collines et en raflant les enfants de la rue.Dautres citoyens sont priés de quitter leurs lieux dhabitation en recevant en échange une petite somme par laquelle ils pourraient à peine acheter un terrain pour bâtir leur logis. Le fossé entre les riches et les pauvres sagrandit de plus en plus, et dangereusement !
Lorsquon passe sur les grandes routes du pays ou dans la capitale, on voit que les gens sont en train de construire et cela donne limpression dun niveau de vie croissant alors que la réalité est bien différente pour la majorité de la population. Le Rwanda a une population essentiellement agricole.Dans le temps, les gens cultivaient des marais organisés en coopératives. A présent, ces espaces ont été concédés à de riches propriétaires qui les exploitent dune manière moderne. Les salaires quils paient aux ouvriers ne sont pas suffisants. "Le sol appartient à lEtat", déclare-t-on, ainsi, on a construit des villages pour les rescapés tutsis sur des terrains appartenant à des particuliers.
La loi foncière rwandaise a obligé tout paysan possesseur dun lopin de terre à le donner au Gouvernement. Les politiciens en profitent. On construit des fermes modèles où les vaches produisent jusquà 40 litres de lait par jour. Face à la qualité et au prix du lait des fermes, les pauvres, en particulier des Hutus réunis dans leurs villages, dépossédés, ne peuvent faire face à la concurrence ni vendre le peu de lait de leurs pauvres vaches. Pourtant, les Tutsis navaient jamais eu de terres. La Communauté internationale sest félicitée de lexistence de ces fermes appréciées comme des signes de développement.
9. La liberté dexpressionDans une lettre du 31 mars 2005, venant de lintérieur du pays, on pouvait lire : " Priez beaucoup pour les Rwandais, surtout pour les simples gens qui ont tellement peur à cause de ce qui se passe maintenant dans le pays". Le climat qui règne est celui de la crainte, de la méfiance mutuelle, même entre des personnes de la même ethnie. Lorsque les gens se rassemblent pour un deuil ou pour une fête, ils ne sont pas à laise pour parler. Il suffit de peu pour être accusé de "divisionnisme", d "idéologie génocidaire". Dans ce cas, tout moyen de défense devient impossible car laccusation est abstraite et on ne saurait sur quoi asseoir sa défense. Le résultat est facilement la prison".
Cette méfiance se vit aussi au niveau des écoles. Parfois on juge un élève hutu parce quon la découvert avec une lame de rasoir ou un couteau de table, quoi de plus normal dans un internat. Très souvent, lélève est chassé de lécole. Paradoxalement, une pareille accusation ne peut être portée contre un enfant tutsi. Ceci ne peut étonner quiconque se souvient de cette déclaration du Président rwandais voici deux mois, répercutée par les grandes chaînes de radio "comme leurs géniteurs, les enfants des génocidaires sont potentiellement dangereux pour lavenir de la nation rwandaise". Les enfants des autres !
La presse est entièrement sous contrôle gouvernemental. En mai 2005 a eu lieu à Nairobi, un important congrès international de la presse. Le fait que le Président Kagame ait été invité à adresser la parole aux journalistes présents avait suscité une vive réaction dans les milieux de la presse. Les journalistes qui ont osé décrier ses pratiques inacceptables avaient été menacés ou emprisonnés. Il suffit de presque rien pour être accusé de diffamation et de divisionnisme. Certains journalistes ont été tués comme Apollos Hakizimana, qui avait osé dénoncer les exactions de larmée.
10. Sur la scène internationaleEn août 2003, le Rwanda a été élu à la vice-présidence de la Conférence des chefs dEtats et ensuite à celle de la Commission permanente de lUnion Africaine. Depuis le début de 2004, le Rwanda fait pleinement partie de la COMESA, le Marché Commun des Etats dAfrique Orientale et Australe. Toutes les taxes à lentrée sur les marchandises produites dans les pays membres ont été supprimées. Aujourdhui, un Rwandais est en course pour la présidence de la Banque Africaine de Développement. Le Club de Paris vient de décréter en faveur du Rwanda leffacement total de sa dette étant entendu que bon élève volant de performances en performances, le pays a rempli les conditions prévues. Une décision analogue avait été prise auparavant par le FMI et la Banque Mondiale.
11. Les Pays du NordLes Etats Unis ont livré récemment au Gouvernement rwandais un présumé responsable de génocide tout en sachant quil y a un Tribunal Pénal pour le Rwanda qui juge ce crime, et quau Rwanda, cet homme risque la peine de mort. Pour sa part, le Gouvernement rwandais a récemment donné un espace dans le territoire de Bugesera au Gouvernement des Etats-Unis pour la construction dun aéroport international. Les travaux auraient dû commencer en février. Le but est de permettre aux USA davoir une base pour la surveillance militaire de lAfrique centrale. Cet aéroport sera destiné aux passagers alors que lactuel de Kanombe servira de base pour les militaires. Concernant le retour des Hutus rwandais, il semble que les USA soient cette fois-ci décidés de demander à Kagame de laccepter. Des responsables belges venus en avril au Rwanda chercher des témoins pour un procès de génocide en cours ainsi que sur le massacre des Belges ont trouvé 80 à 100 rescapés qui pourront témoigner en vidéo-conférence. Mr. Louis Michel, Responsable UE de la coopération, avait reçu à Kigali du Président Kagame, lassurance que les Hutus innocents pouvaient rentrer au pays et seraient bien accueillis alors que les génocidaires seraient soumis à procès. Il était rentré en Belgique tout content se disant quun partage du pouvoir nétait plus impossible tant les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), signataires de lAccord de Rome, lui avaient fait savoir leur détermination à participer à lespace politique de leur mère patrie. Leurre ou réalité, lavenir nous le dira !
ALERTE RWANDA: LE RETOUR DES RWANDAIS DU CONGO ET LE JUGEMENT DE LHISTOIRE/ 5
12. La rentrée des Hutus au Rwanda
Depuis 1994, des centaines de milliers de Hutus rwandais se sont réfugiés et installés en RDCongo. Beaucoup ont été tués dans les camps ( Kashusha, Kibumba, Mugunga .) et sur la route (Tingitingi ) dans leur fuite par larmée rwandaise qui avançait avec lAFDL de Laurent Désiré Kabila. Certains survivants sétaient bien installés au milieu de la population congolaise. En 1998, lorsque lAPR commença la deuxième guerre en RDCongo aux côtés des troupes du Rcd, les Hutus ont encore beaucoup souffert. On demandait à des citoyens congolais de dénoncer la présence des Hutus et on les récompensait avec de largent. Cest ainsi que des garçons et des hommes Hutus ont été tués. La Communauté internationale est restée indifférente au sort des Hutus. Certains ont rejoint dautres pays, dautres se sont réfugiés dans les forêts de lest de la RDCongo.
Selon la Monuc, les Hutus Rwandais en cette région seraient environ 45.000 dont 30.000 au Nord-Kivu et 15.000 au Sud-Kivu. Selon RFI captée le 30.04.05, depuis le mois de novembre 2004, environ 900 Hutus sont rentrés de la RDCongo vers le Rwanda, dont 149 ces jours-là ; dautres viendraient du Burundi. Le HCR serait en train de préparer des camps pour accueillir ceux qui arriveront au Rwanda.. Il existe aussi la difficulté des Hutus mariés à des femmes congolaises.
Ceux qui sèment la terreur dans le Sud-Kivu, sont des hommes de Paul Kagame, envoyés en RDCongo et aidés par des bandits congolais pour servir de prétexte à linsécurité du Rwanda et pour diaboliser les FDLR.
Par les Accords de Rome du 31 mars 2004, signés avec le Gouvernement congolais, les Hutus du FDLR ont décidé dabandonner la lutte armée, de rentrer au Rwanda et de devenir un parti politique. Mais beaucoup deux ont peur de rentrer. Dailleurs, dans les conditions actuelles des partis politiques, quel espace pourraient trouver les FDLR ? Ce qui attend ces Hutus, quils soient coupables ou non, ce sont probablement les Gacaca et certainement pour la plupart, la misère. LInstitut de recherche International Crisis Group a appelé le Rwanda à négocier avec les FDLR, mais le Gouvernement rwandais a déclaré quil ne négociera jamais avec eux, quau contraire, à leur retour, ils devront répondre de leurs actes.
13. La clé du changementLe jour nest pas lointain où on le reconnaîtra : le régime de Paul Kagame a fait tant de mal à son pays, à ses concitoyens et à la population congolaise, mais ce régime nen portera pas seul la responsabilité. Un jour, on reconnaîtra aussi avec du retard que la Communauté internationale a commis un grand tort en fermant les yeux sur les méfaits de ce régime, mais plus encore, en fabriquant et en encourageant cet "homme fort". On la considéré comme stabilisateur en fermant les yeux sur une réalité tout à fait contraire et, en tout cas, sur le prix de cette prétendue "stabilité".
"En ces années de tueries mutuelles, on a été tous perdants et ce nest quen le reconnaissant que nous pourrons rebâtir notre pays", a dit une maman rwandaise. Pour la paix en RDCongo, pour que la rentrée au Rwanda des Hutus rwandais ne devienne pas une nouvelle tragédie pour la population congolaise et pour eux-mêmes, il est nécessaire quun espace de liberté et de véritable dialogue soit ouvert au Rwanda.
Pour lobtenir, il nest pas nécessaire que la Communauté internationale envoie des armées. Il suffirait quelle renonce une bonne fois à ses propres intérêts et quelle exerce sur ce régime la pression par la suspension de laide budgétaire ainsi que la vraie pression diplomatique. Mais les satellites, les diplomates, les voyages des ministres, les rapports de lONU, les documents de la Société civile congolaise pas plus que ceux de la rwandaise ne semblent jusquici beaucoup servir : on vient en effet de féliciter la performance du Rwanda en effaçant totalement sa dette extérieure.
Et pendant ce temps, dans lindifférence totale, des Rwandais massacrent sauvagement des populations congolaises à Walungu, à Nindja et dautres Congolais meurent à ne pas compter en Ituri et ailleurs en RDC.
Et pendant ce temps, près de 4.000.000 de morts en RDC par la faute dun homme et dun pouvoir assassin sont ignorés.
Pendant ce temps, aucune compassion pour le pauvre peuple congolais dont la dette extérieure ne cesse de salourdir
Que dans Sa miséricorde infinie, Dieu daigne sauver le Rwanda, le Burundi, lUganda et la RDCongo pour un avenir radieux entre nos peuples.Fait à Bukavu, le 08 juin 2005. Idesbald BYABUZE Katabaruka, Vicky CIHARHULA, Teresina CAFFI