ALERTE RWANDA: AGENCE MISNA

Motivation et requêtes

La Société Civile rwandaise a peu de possibilités d’exprimer sa voix. Nous avons interpellé des personnes qui à plusieurs titres sont renseignées sur l’actualité de la vie dans ce pays. Il est pour nous un devoir moral, par solidarité à ce peuple, mais aussi parce que conscients que le régime en place dans ce pays n’a pas causé qu’à la population de la RDCongo d’énormes souffrances , le peuple rwandais lui-même vit une situation d’oppression dans laquelle peu nombreux sont les privilégiés et très nombreux les écartés.

Le terrible génocide d’avril à juillet 1994 a été utilisé ces dernières années comme un instrument de pouvoir, d’acquisition des ressources et de couverture d’autres atrocités commises au pays et en RDCongo par le groupe qui ne cesse de se déclarer victime. Le problème du Rwanda n’est pas tout d’abord ethnique, dans le sens que le groupe qui a conduit l’avancée de ses troupes de l’Uganda depuis 1990 et qui a pris le pouvoir n’est composé que d’environ 14 familles, il y a aussi des Tutsis marginalisés. L’ethnie, comme ailleurs dans la Sous-région des Grands Lacs, a servi et sert d’instrument de conquête et de conservation du pouvoir.

Nous ne nions pas que quelques progrès techniques n’aient été réalisés. Nous ne nions pas non plus la capacité d’organisation et de discipline du groupe au pouvoir, mais, de toute évidence, le prix de tout ceci, en ces années, a été trop élevé. Tout ce qui s’est passé en ces années de guerres en RDCongo avec la forte implication rwandaise reste actuel et loin de sombrer dans les oubliettes, les noms des morts restent dans nos cœurs. Mais ce n’est que pour que justice soit faite pour la RDCongo que nous parlons, mais aussi pour soutenir les droits de la majorité de la population rwandaise non encore sortie du gouffre de l’angoisse. C’est aussi parce que il n’y aura pas de véritable paix dans la Sous- Région si le Rwanda ne s’ouvre pas à un véritable dialogue inter-rwandais. Par ailleurs, il n’y aura pas de retour pacifique des Hutus rwandais dans leur pays si les perspectives qui leur sont ouvertes ne sont que la prison, la misère et, dans le pire des cas, la mort.
Nous savons que derrière la force agressive du pouvoir rwandais se cache une grande peur. Celle-ci ne sera jamais guérie, mais restera encouragée et motivée par la répression. Le temps est venu, comme nous disait une maman, de se reconnaître tous perdants et de cheminer ensemble sur un chemin partagé.

Ce rapport, qui n’a pas la prétention d’une enquête sur large échelle, a simplement voulu donner la voix à ceux qui au Rwanda, maintenant, sont opprimés, et les témoignages recueillis concordent. Il n’est pas question de salir la renommée d’un pays, d’un groupe ou d’une personne, seul le souci de justice et de paix, au Rwanda et dans toute la Sous-Région nous motive.
Nous l’avons composé car nous savons que la Communauté internationale et particulièrement certains Etats du Nord ont une grande part dans la situation qui prévaut au Rwanda : ils l’ont encouragée, ils l’ont couverte, ils ne cessent de l’appuyer. Des intérêts économiques et géopolitiques y sont pour beaucoup. Nous les mettons en garde car le jour viendra où, comme ailleurs, on criera : "Au loup, au loup !", et il faudra alors reconnaître qu’une fois de plus, ce "loup" aura été entretenu par ceux-là mêmes qui seront en train de crier.

Nous demandons avec urgence au Président Paul Kagame :
- d’écouter le cri de tout son peuple et d’ouvrir un véritable espace de dialogue comme seul sentier de vie et d’avenir pour son peuple.

Nous demandons avec urgence à la Communauté internationale : aux Etats-Unis, à l’Union Européenne et à ses Etats membres, aux Institutions internationales, aux puissances économiques, aux "Bailleurs des fonds" :
- de renoncer à tout échange entre leurs intérêts et les exigences de la justice, des droits de l’homme et des groupes humains ;
- d’utiliser tous les moyens financiers, économiques et diplomatiques pour faire pression sur le gouvernement rwandais pour qu’il parcoure le chemin d’un véritable dialogue et cesse effectivement toute ingérence en RDCongo ;
- d’instituer instamment le Comité International de suivi pour la mise en pratique de l’Accord de Rome, devant offrir aux Hutus rwandais qui rentrent dans leur pays la garantie de la protection internationale.

LES RAISONS DE L’ALERTE…"GACACA" ET PRISONS / 2

Des raisons pour alerter


Le Rwanda vit une situation de forte oppression. Si elle était consultée par le Gouvernement sur le retour des Hutus dans leur pays, la population de l’est de la RDCongo ne pourrait que souhaiter la chose vivement et sans délai. Néanmoins, la Communauté internationale doit être consciente que si de fortes pressions ne sont pas exercées sur le Gouvernement rwandais, encourager la rentrée des Hutus signifiera les envoyer au danger et à l’injustice,et dans ce cas,les risques d’embrasement de ce pays et des pays voisins demeurent.


1. La fuite des Hutus rwandais

Ces derniers mois, depuis le fonctionnement des juridictions Gacaca, on assiste à une fuite des Hutus du Rwanda vers les pays voisins à savoir, l’Uganda, la Tanzanie, et surtout le Burundi. Dans ce dernier pays, leur sort a changé tout au long de ces semaines car après les avoir d’abord accueillis et avoir envisagé de les transférer à l’intérieur du pays, les autorités burundaises cédant aux pressions rwandaises, les ont gardés près de la frontière en leur niant le statut de réfugiés. Vers la mi-mai 2005, un grand nombre d’eux a été contraint, contre les principes du droit international, à rentrer au Rwanda, mais ils se sont à nouveau enfui en retournant au Burundi. Les autorités burundaises ont mis en garde la Croix Rouge et le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR), qui avaient dénoncé les intimidations dont ces réfugiés étaient l’objet en les contraignant au retour forcé vers le Rwanda. A présent, au Burundi, les réfugiés Hutus seraient entre 7.00 et 10.000.

Les autorités rwandaises déclarent qu’il s’agit des personnes voulant échapper au juste jugement des tribunaux Gacaca. La télévision burundaise a montré des images de pauvres gens : essentiellement des mamans et des enfants dont il est bien difficile de penser qu’ils soient des "génocidaires". Même ceux auxquels la conscience ne reproche rien ont peur , certains se cachent ou cherchent à quitter le pays. Le Gacaca est une rude épreuve, mieux, un cauchemar aussi pour ceux qui doivent y assister. Même de nombreux Tutsis s’enfuient d’un pays où le climat social est de plus en plus insupportable sur fond d’intoxication. Les fuyards ne sont pas que des personnes passibles du Gacaca, un fugitif interviewé en Uganda a déclaré fuir les arrestations arbitraires.


2. Les Gacaca

Par le passé, les mécanismes des Gacaca concernaient la propriété des terres et les conflits fonciers , les vieux témoignaient à qui elles appartenaient. Aujourd’hui, avec l’appui financier et moral de la Communauté internationale, le pouvoir rwandais a déclaré vouloir en faire un instrument de réconciliation après le génocide de 1994, à l’exemple de l’Afrique du Sud, et le meilleur moyen pour désengorger les prisons, mais toute autre est la réalité.

Le Gacaca actuel consiste en un meeting qui se tient normalement un jour par semaine, et des jours divers selon les Communes, en présence des autorités. Tous les habitants du lieu sont contraints à y assister sous peine d’être considérés comme des complices des « génocidaires ». Ces Gacaca externes (car il y en a aussi dans les prisons) jugent d’abord les personnes qui sont "encore" en liberté.

Lors du Gacaca, on donne la parole aux rescapés, c’est-à-dire aux Tutsi ayant survécu au génocide. L’un d’eux peut dire : "Moi, j’ai vu un tel tuer telle ou telle personne". Même des jeunes qui à l’époque avaient entre 5 et 8 ans peuvent déclarer : "Moi je t’ai vu, tel jour, à telle heure, tu portais tels habits, tu as tué mon père". Parfois, c’est la jalousie envers quelqu’un qui a réussi à se construire une maison ou à monter un commerce qui pousse à le salir par ces fausses accusations.

L’accusé peut alors se défendre ou être soutenu par quelqu’un. On lui demande s’il a des témoins à décharge, mais comment en trouver dans ce climat de peur ? Si au terme du débat il n’y a pas de témoignages contre l’accusé, celui-ci est acquitté. S’il était déjà prisonnier, il retourne toutefois en prison tant il y a encore de longues procédures à suivre avant qu’il ne soit libéré. S’il est déclaré coupable, l’accusé est conduit en prison et le procès ordinaire se poursuit.

Les Gacaca sont une institution à sens unique : ils ne jugent que les Hutus, le plaignant s’y retrouve juge et partie ; loyauté et la sincérité en sont absentes, car, au lieu de servir à la réconciliation dans la vérité, ils sont des lieux d’intimidation, de terreur et d’injustice.


3. Les prisonniers

Un problème crucial que la Communauté Internationale a cru que les Gacaca auraient résolu est celui du grand nombre de prisonniers entassés dans les prisons rwandaises depuis le génocide de 1994. Au contraire, au lieu de se vider progressivement, les prisons enregistrent sans discontinuer de nouveaux arrivants. Au nom de l’ "idéologie génocidaire", on ramasse des gens qui n’ont même pas vu ou qui étaient à l’étranger. Beaucoup de Hutus encore en vie et en prison, ayant même appuyé en 1994 la victoire du FPR, ou ayant exercé tranquillement en ces dix dernières années leurs activités au Rwanda ou à l’extérieur. Les autorités estiment que 10% de la population méritent de passer par les Gacaca et affirment par ailleurs qu’il faudrait mettre en prison entre 500.000 et 700.000 autres personnes.

La prison centrale de Butare, pour ne citer que celle-ci, renferme 13.000 prisonniers dont 1500 non génocidaires. Ils sont en majorité des Hutus ramassés parmi ceux qui n’avaient pas fui le pays au moment de la prise du pouvoir par le FPR après le génocide de 1994. D’autres ont été tout simplement emprisonnés en 1996 après le rapatriement des Hutus par le HCR. Tous ces Hutus, vrais ou faux génocidaires, sont accusés de génocide et viennent donc de passer plus de huit ou dix ans en prison sans être jugés. Parmi eux, il y a des intellectuels et des analphabètes, des hommes et des femmes dont la plupart sans dossier judiciaire, n’ont aucun espoir de comparaître devant le juge.


4. Les Gacaca en prison

L’utilisation du système Gacaca pour les inculpés de génocide a commencé à l’intérieur des prisons. On avait promis aux prisonniers que ceux qui s’accuseraient personnellement de génocide et demanderaient pardon seraient libérés. Déjà un grand nombre de prisonniers a fait cet aveu ; ils n’ont pas été libérés, loin s’en faut, ils ont plutôt été enfermés dans un secteur de la prison appelé "Arusha" où ils jouissent des conditions meilleures à celles des autres prisonniers. Là, ils sont encore interrogés pour qu’ils donnent tous les détails des meurtres qu’ils ont avoués.

On a aussi poussé les prisonniers à dénoncer des personnes en liberté. Il s’agit parfois de quelqu’un qu’on visait. Dans ce cas, on promet aux dénonciateurs une réduction de peine ; il n’est pas aussi rare qu’ils dénoncent parce que y contraints par la torture. Des prisonniers ont alors fait des accusations, aidés en cela par de faux témoins. Le fait que des Hutus accusent d’autres Hutus donne du poids aux raisons du Pouvoir : "Voyez comme ce sont eux-mêmes qui s’accusent, donc c’est vrai".

Au Rwanda, les prisons doivent non seulement s’autofinancer, mais deviennent aussi une affaire pour l’Etat rwandais. Les Directeurs des prisons négocient des contrats avec des employeurs et envoient les prisonniers travailler dans les constructions, dans des ateliers se trouvant près des prisons, ou dans des champs dont la récolte sera vendue. A la fin de l’année, le Directeur de la prison remet 80% des recettes à l’Etat et 10% à l’ensemble des prisonniers. S’il est vrai que ces sorties des prisons permettent aux prisonniers de humer le doux air de l’extérieur, il ne reste pas moins vrai que les travaux auxquels ils sont soumis sont des travaux forcés.

En janvier 2003, avant les élections, le Président Kagame décréta la libération de certains prisonniers. Malgré que sa famille politique eût négligé ce décret, 20.000 détenus avaient été libérés provisoirement sous réserve de passer préalablement deux mois dans un camp de formation appelé "ngando". Cependant, la plupart d’entre eux se retrouvent à nouveau en prison pour les mêmes accusations après que les "rescapés" du génocide aient manifesté contre leur libération, mais aussi à la suite de l’activation des Gacaca.


5. La vie en prison

La prison est organisée avec soin et la surveillance est stricte. L’équipe de direction (bunyobozi) a sous son contrôle une équipe de surveillants armés qui veillent à ce que les prisonniers ne s’évadent pas, sinon ils tirent sur eux et c’est là un ordre avec lequel il est prudent de ne pas plaisanter. Dans la prison, il y a aussi un service de renseignement dirigé par un homme du FPR. Parmi les services assurés par le personnel de l’Etat se trouvent les services sociaux externes qui peuvent par exemple accorder une visite extraordinaire. Parallèlement à l’équipe externe, une direction interne des prisonniers (nyobozi) collabore étroitement avec le bunyobozi.

Les prisonniers sont logés dans des compartiments de type pigeonnier, superposés et juxtaposés, pour un espace de 200cmx40cmx50cm chacun et par individu. Les toilettes ne sont pas couvertes, elles n’ont pas de portes et les prisonniers font la file pour y avoir accès. La nourriture est fournie surtout par le Comité International de la Croix Rouge (CICR) à raison d’un gobelet de 300 g par jour et par prisonnier : mélange de graines de mais et de petits pois secs assaisonnés d’un peu d’huile et de sel. Quelques fois, on ajoute à la ration un gobelet de bouillie de sorgho sans sucre.
Les services religieux de toutes les confessions sont assurés. Pour les Catholiques, il y a même la préparation aux sacrements. Depuis que le CICR fait le recensement des prisonniers, il n’y a plus eu de disparus alors qu’avant, on en conduisait des dizaines à la mort en cachette.

L’état d’esprit des prisonniers est partagé : parfois les plus instruits et d’autres prisonniers honnêtes reconnaissent leurs fautes personnelles ou de groupe et affirment : "Ce que nous avons fait n’est pas bon, mais notre emprisonnement vient de durer longtemps ; nous voudrions sortir et pouvoir participer à la reconstruction du pays". D’autres cultivent par contre le désir de vengeance.

D’autres, plus pessimistes ou défaitistes n’attendent que la mort. D’autres enfin, pour survivre, se consolent en affirmant avoir oublié la vie de l’extérieur : "Nous considérons la prison comme l’unique chez nous".

Dans la ville de Butare, apparemment tout va bien, mais en regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il y a surtout des femmes et des enfants, les maris sont en prison. Beaucoup d’enfants naissent alors hors du mariage pendant que les prisonniers souffrent doublement de l’abandon et de l’absence de leurs épouses.

ALERTE RWANDA: AUCUNE ETHNIE…/ 3

6. Pas d’ethnies au Rwanda

On déclare officiellement qu’il n’y a pas d’ethnies au Rwanda, mais les témoignages rapportent plutôt le contraire. Sous l’actuel régime, la question ethnique est machiavéliquement renforcée en faveur de la minorité tutsi au détriment de la majorité hutu et les signes pour le démontrer sont multiples : les actes infractionnels ou supposés tels commis par des Hutus sont punissables alors qu’à quelques exceptions près, tel n’est pas le cas si commis par des Tutsis. Immédiatement après le génocide de 1994, on pleurait le massacre des "Hutus modérés et des Tutsis". Aujourd’hui, on fait valoir en toutes circonstances de lieu et de temps le seul génocide des Tutsis. C’est ce qui fait dire à ce représentant de la Société civile rwandaise : "La réconciliation n’est qu’un discours pour l’étranger".

L’opinion dominante est que tout Hutu est Interahamwe, ou pire, un "Igiterahamwe", c’est-à-dire, de la saleté. Le schéma "Tutsis victimes, Hutus génocidaires" dirige la vie publique : l’on commémore les victimes tutsis, les monuments ne rappelant que leur massacre. Le "dédommagement des victimes du génocide" ne prévoit qu’une liste de Tutsis. Personne ne peut contester ce dogme sans être accusé de complicité avec les génocidaires. Le droit à la mémoire n’est pas reconnu aux Hutus quand bien même dans les familles hutu, il y a eu de très nombreux tués. Si on le déclare, on devient "négationniste".

Le manque de deuil public pour les Hutus massacrés au Rwanda avant, pendant le génocide et après la prise du pouvoir par le FPR a causé d’énormes souffrances à ce groupe. Par ailleurs, les meurtres, massacres et diverses violations commis par les Tutsis au Rwanda et en RDCongo sont considérés par eux comme de la "légitime défense".

En juin et en octobre 2004, l’association des Batwa, nommée Carwa (Communauté des Autochtones Rwandais), ayant son siège dans un quartier pauvre de Kigali, a été sommée par le Ministère de la justice et par l’Administration locale à suspendre sans autre forme de procès et délai ses activités. Selon les autorités, sa dénomination et son statut contiendraient des mots à connotation divisionniste et seraient en cela contraires aux principes de la Constitution rwandaise !

7. Elections et partis politiques

Le 25 août 2003, après environ dix ans de "Transition", ont eu lieu les élections présidentielles. Paul Kagame, qui depuis 1990, à la tête de l’Armée Patriotique Rwandaise avait guidé, après le meurtre de Fred Rwigema, l’avancée des réfugiés tutsis de l’Ouganda vers la prise de pouvoir à Kigali, et qui l’avait effectivement pris à la fin du génocide de 1994, a été confirmé Président de la République avec un score trop flatteur de 95,05% des suffrages volontairement et de cœur joie exprimés contre un total de 4,95% des voix pour ses deux adversaires réunis. Malgré les multiples témoignages au sujet des contraintes subies par les électeurs ou dénonçant d’autres irrégularités, la Communauté internationale jugea acceptable l’élection et félicita Paul Kagame.

De même, à la fin de septembre 2003, les Rwandais ont voté pour les Législatives en "élisant" leurs députés au suffrage universel. Le Front Patriotique Rwandais, le parti-armée du Président a gagné avec 73% de voix. Le Parlement issu desdites élections fut salué comme un modèle très avancé de démocratie et d’intégration des femmes dans la gestion de la chose publique: 24 députés sont femmes… Le Président Kagame a entre autres raisons, reçu pour cela le prix de la bonne gouvernance offert aux Présidents de moins de cinquante ans. Cette reconnaissance n’aurait pas été possible sans le soutien diplomatique offert au Président des USA au moment où il en avait besoin autant pour sa gestion du "dossier congolais" que pour aider à l’évolution de la réconciliation au Rwanda…

Des témoignages affirment qu’aucun parti politique ne peut s’installer en dehors de Kigali (sauf le FPR) et qu’à Kigali, les partis doivent impérativement faire partie d’un forum des partis politiques présidé par le FPR. Les responsables des sept partis politiques autres que le FPR dûment autorisés par la loi sur les partis, se sont alignés derrière Paul Kagame et le FPR. Enfin, l’armée rwandaise actuelle comprend 75% de Hutus et 25 % de Tutsis mais le commandement est à ces derniers.

ALERTE RWANDA: UN PAYS LANCÉ…/ 4

8. Un pays lancé…

Au Rwanda, certaines choses marchent. A titre d’illustration, les salaires sont payés et ne sont pas anormalement misérables comme dans certains Etats voisins. La sécurité des biens et des personnes est formellement garantie à chacun tant qu’on n’est pas encore arrêté. Les militaires et la police sont disciplinés, soumis aux chefs, et ils ne tracassent pas la population. Un certain droit et une bonne organisation existent tout de même.

Un projet appelé "Vision du Rwanda 2020" prévoit de grands projets pour donner plus de place à la technologie et réduire la pauvreté dans le pays. Depuis que le FPR a pris le pouvoir, un grand engouement à embellir la capitale est plus que manifeste : un peu partout, on construit de belles maisons, des bâtiments en étages, des hôtels de luxe. On a diminué le nombre des fonctionnaires en faisant la chasse aux effectifs fictifs mais aussi en débarrassant la fonction publique d’éléments indésirables. La privatisation concerne tous les secteurs : des investissements remarquables sont réalisés dans le domaine de la communication auquel l’on consacre des dons importants venant de l’extérieur. Le plus important point négatif de la vie au Rwanda concerne l’injustice envers les Hutus et les Batwa, ce qui va normalement de pair avec la logique universelle de la marginalisation des pauvres.

Plus ou moins 900.000 personnes habitant Kigali sont en train d’être chassés d’une manière ou d’une autre de la Ville ; ce sont les pauvres, les petits. Les tentacules du grand marché de la Ville ont été supprimées et les vendeurs sont renvoyés dans les marchés de périphérie. Personne ne peut vendre sur la rue son panier de haricots, de patates ou de riz, tout commerce doit être enregistré et payer des taxes élevées au Ministère du commerce.
Kigali et les autres villes attirent beaucoup de jeunes à la recherche d’un peu d’argent, aussi le nombre de chômeurs grandit-il fiévreusement. Le Gouvernement essaie de freiner ce phénomène en renvoyant les personnes sans des papiers en règle sur les collines et en raflant les enfants de la rue.

D’autres citoyens sont priés de quitter leurs lieux d’habitation en recevant en échange une petite somme par laquelle ils pourraient à peine acheter un terrain pour bâtir leur logis. Le fossé entre les riches et les pauvres s’agrandit de plus en plus, et dangereusement !
Lorsqu’on passe sur les grandes routes du pays ou dans la capitale, on voit que les gens sont en train de construire et cela donne l’impression d’un niveau de vie croissant alors que la réalité est bien différente pour la majorité de la population. Le Rwanda a une population essentiellement agricole.

Dans le temps, les gens cultivaient des marais organisés en coopératives. A présent, ces espaces ont été concédés à de riches propriétaires qui les exploitent d’une manière moderne. Les salaires qu’ils paient aux ouvriers ne sont pas suffisants. "Le sol appartient à l’Etat", déclare-t-on, ainsi, on a construit des villages pour les rescapés tutsis sur des terrains appartenant à des particuliers.

La loi foncière rwandaise a obligé tout paysan possesseur d’un lopin de terre à le donner au Gouvernement. Les politiciens en profitent. On construit des fermes modèles où les vaches produisent jusqu’à 40 litres de lait par jour. Face à la qualité et au prix du lait des fermes, les pauvres, en particulier des Hutus réunis dans leurs villages, dépossédés, ne peuvent faire face à la concurrence ni vendre le peu de lait de leurs pauvres vaches. Pourtant, les Tutsis n’avaient jamais eu de terres. La Communauté internationale s’est félicitée de l’existence de ces fermes appréciées comme des signes de développement.


9. La liberté d’expression

Dans une lettre du 31 mars 2005, venant de l’intérieur du pays, on pouvait lire : " … Priez beaucoup pour les Rwandais, surtout pour les simples gens qui ont tellement peur à cause de ce qui se passe maintenant dans le pays". Le climat qui règne est celui de la crainte, de la méfiance mutuelle, même entre des personnes de la même ethnie. Lorsque les gens se rassemblent pour un deuil ou pour une fête, ils ne sont pas à l’aise pour parler. Il suffit de peu pour être accusé de "divisionnisme", d’ "idéologie génocidaire". Dans ce cas, tout moyen de défense devient impossible car l’accusation est abstraite et on ne saurait sur quoi asseoir sa défense. Le résultat est facilement la prison".

Cette méfiance se vit aussi au niveau des écoles. Parfois on juge un élève hutu parce qu’on l’a découvert avec une lame de rasoir ou un couteau de table, quoi de plus normal dans un internat. Très souvent, l’élève est chassé de l’école. Paradoxalement, une pareille accusation ne peut être portée contre un enfant tutsi. Ceci ne peut étonner quiconque se souvient de cette déclaration du Président rwandais voici deux mois, répercutée par les grandes chaînes de radio "comme leurs géniteurs, les enfants des génocidaires sont potentiellement dangereux pour l’avenir de la nation rwandaise". Les enfants des autres !

La presse est entièrement sous contrôle gouvernemental. En mai 2005 a eu lieu à Nairobi, un important congrès international de la presse. Le fait que le Président Kagame ait été invité à adresser la parole aux journalistes présents avait suscité une vive réaction dans les milieux de la presse. Les journalistes qui ont osé décrier ses pratiques inacceptables avaient été menacés ou emprisonnés. Il suffit de presque rien pour être accusé de diffamation et de divisionnisme. Certains journalistes ont été tués comme Apollos Hakizimana, qui avait osé dénoncer les exactions de l’armée.


10. Sur la scène internationale

En août 2003, le Rwanda a été élu à la vice-présidence de la Conférence des chefs d’Etats et ensuite à celle de la Commission permanente de l’Union Africaine. Depuis le début de 2004, le Rwanda fait pleinement partie de la COMESA, le Marché Commun des Etats d’Afrique Orientale et Australe. Toutes les taxes à l’entrée sur les marchandises produites dans les pays membres ont été supprimées. Aujourd’hui, un Rwandais est en course pour la présidence de la Banque Africaine de Développement. Le Club de Paris vient de décréter en faveur du Rwanda l’effacement total de sa dette étant entendu que bon élève volant de performances en performances, le pays a rempli les conditions prévues. Une décision analogue avait été prise auparavant par le FMI et la Banque Mondiale.


11. Les Pays du Nord

Les Etats Unis ont livré récemment au Gouvernement rwandais un présumé responsable de génocide tout en sachant qu’il y a un Tribunal Pénal pour le Rwanda qui juge ce crime, et qu’au Rwanda, cet homme risque la peine de mort. Pour sa part, le Gouvernement rwandais a récemment donné un espace dans le territoire de Bugesera au Gouvernement des Etats-Unis pour la construction d’un aéroport international. Les travaux auraient dû commencer en février. Le but est de permettre aux USA d’avoir une base pour la surveillance militaire de l’Afrique centrale. Cet aéroport sera destiné aux passagers alors que l’actuel de Kanombe servira de base pour les militaires. Concernant le retour des Hutus rwandais, il semble que les USA soient cette fois-ci décidés de demander à Kagame de l’accepter. Des responsables belges venus en avril au Rwanda chercher des témoins pour un procès de génocide en cours ainsi que sur le massacre des Belges ont trouvé 80 à 100 rescapés qui pourront témoigner en vidéo-conférence. Mr. Louis Michel, Responsable UE de la coopération, avait reçu à Kigali du Président Kagame, l’assurance que les Hutus innocents pouvaient rentrer au pays et seraient bien accueillis alors que les génocidaires seraient soumis à procès. Il était rentré en Belgique tout content se disant qu’un partage du pouvoir n’était plus impossible tant les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), signataires de l’Accord de Rome, lui avaient fait savoir leur détermination à participer à l’espace politique de leur mère patrie. Leurre ou réalité, l’avenir nous le dira !

ALERTE RWANDA: LE RETOUR DES RWANDAIS DU CONGO… ET LE JUGEMENT DE L’HISTOIRE/ 5

12. La rentrée des Hutus au Rwanda

Depuis 1994, des centaines de milliers de Hutus rwandais se sont réfugiés et installés en RDCongo. Beaucoup ont été tués dans les camps ( Kashusha, Kibumba, Mugunga….) et sur la route (Tingitingi…) dans leur fuite par l’armée rwandaise qui avançait avec l’AFDL de Laurent Désiré Kabila. Certains survivants s’étaient bien installés au milieu de la population congolaise. En 1998, lorsque l’APR commença la deuxième guerre en RDCongo aux côtés des troupes du Rcd, les Hutus ont encore beaucoup souffert. On demandait à des citoyens congolais de dénoncer la présence des Hutus et on les récompensait avec de l’argent. C’est ainsi que des garçons et des hommes Hutus ont été tués. La Communauté internationale est restée indifférente au sort des Hutus. Certains ont rejoint d’autres pays, d’autres se sont réfugiés dans les forêts de l’est de la RDCongo.
Selon la Monuc, les Hutus Rwandais en cette région seraient environ 45.000 dont 30.000 au Nord-Kivu et 15.000 au Sud-Kivu. Selon RFI captée le 30.04.05, depuis le mois de novembre 2004, environ 900 Hutus sont rentrés de la RDCongo vers le Rwanda, dont 149 ces jours-là ; d’autres viendraient du Burundi. Le HCR serait en train de préparer des camps pour accueillir ceux qui arriveront au Rwanda.. Il existe aussi la difficulté des Hutus mariés à des femmes congolaises.
Ceux qui sèment la terreur dans le Sud-Kivu, sont des hommes de Paul Kagame, envoyés en RDCongo et aidés par des bandits congolais pour servir de prétexte à l’insécurité du Rwanda et pour diaboliser les FDLR.

Par les Accords de Rome du 31 mars 2004, signés avec le Gouvernement congolais, les Hutus du FDLR ont décidé d’abandonner la lutte armée, de rentrer au Rwanda et de devenir un parti politique. Mais beaucoup d’eux ont peur de rentrer. D’ailleurs, dans les conditions actuelles des partis politiques, quel espace pourraient trouver les FDLR ? Ce qui attend ces Hutus, qu’ils soient coupables ou non, ce sont probablement les Gacaca et certainement pour la plupart, la misère. L’Institut de recherche International Crisis Group a appelé le Rwanda à négocier avec les FDLR, mais le Gouvernement rwandais a déclaré qu’il ne négociera jamais avec eux, qu’au contraire, à leur retour, ils devront répondre de leurs actes.


13. La clé du changement

Le jour n’est pas lointain où on le reconnaîtra : le régime de Paul Kagame a fait tant de mal à son pays, à ses concitoyens et à la population congolaise, mais ce régime n’en portera pas seul la responsabilité. Un jour, on reconnaîtra aussi avec du retard que la Communauté internationale a commis un grand tort en fermant les yeux sur les méfaits de ce régime, mais plus encore, en fabriquant et en encourageant cet "homme fort". On l’a considéré comme stabilisateur en fermant les yeux sur une réalité tout à fait contraire et, en tout cas, sur le prix de cette prétendue "stabilité".
"En ces années de tueries mutuelles, on a été tous perdants et ce n’est qu’en le reconnaissant que nous pourrons rebâtir notre pays", a dit une maman rwandaise. Pour la paix en RDCongo, pour que la rentrée au Rwanda des Hutus rwandais ne devienne pas une nouvelle tragédie pour la population congolaise et pour eux-mêmes, il est nécessaire qu’un espace de liberté et de véritable dialogue soit ouvert au Rwanda.

Pour l’obtenir, il n’est pas nécessaire que la Communauté internationale envoie des armées. Il suffirait qu’elle renonce une bonne fois à ses propres intérêts et qu’elle exerce sur ce régime la pression par la suspension de l’aide budgétaire ainsi que la vraie pression diplomatique. Mais les satellites, les diplomates, les voyages des ministres, les rapports de l’ONU, les documents de la Société civile congolaise pas plus que ceux de la rwandaise ne semblent jusqu’ici beaucoup servir : on vient en effet de féliciter la performance du Rwanda en effaçant totalement sa dette extérieure.

Et pendant ce temps, dans l’indifférence totale, des Rwandais massacrent sauvagement des populations congolaises à Walungu, à Nindja et d’autres Congolais meurent à ne pas compter en Ituri et ailleurs en RDC.
Et pendant ce temps, près de 4.000.000 de morts en RDC par la faute d’un homme et d’un pouvoir assassin sont ignorés.

Pendant ce temps, aucune compassion pour le pauvre peuple congolais dont la dette extérieure ne cesse de s’alourdir…
Que dans Sa miséricorde infinie, Dieu daigne sauver le Rwanda, le Burundi, l’Uganda et la RDCongo pour un avenir radieux entre nos peuples.

Fait à Bukavu, le 08 juin 2005. Idesbald BYABUZE Katabaruka, Vicky CIHARHULA, Teresina CAFFI