Agence Misna

CITÉ DU VATICAN
18/4/2008 20.18

Texte intégral du discours

BENOÎT XVI: SYNTHÈSE DU DISCOURS À L’ASSEMBLÉE DE L’ONU

Le caractère central des droits humains, mais pas d’utilisation instrumentale à des fins utilitaristes; la nécessité de prendre des décisions collectives sur des arguments d’intérêt mondial et donc l’appel à un majeur multilatéralisme au sein des Nations Unies; le dialogue interreligieux et le respect de la liberté de religion.

Tels sont certains des enjeux envisagés par Benoît XVI dans son discours prononcé il y a quelques heures à l’Assemblée générale des Nations Unies, salué par un long applaudissement des plus de 3.000 délégués présents dans le grand amphithéâtre bondé, représentant 192 pays.

“Les Nations unies concrétisent l’aspiration à « un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale » (Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, 43), qui doit être inspiré et guidé par le principe de subsidiarité et donc être capable de répondre aux exigences de la famille humaine, grâce à des règles internationales efficaces et à la mise en place de structures aptes à assurer le déroulement harmonieux de la vie quotidienne des peuples.

Cela est d’autant plus nécessaire dans le contexte actuel où l’on fait l’expérience du paradoxe évident d’un consensus multilatéral qui continue à être en crise parce qu’il est encore subordonné aux décisions d’un petit nombre, alors que les problèmes du monde exigent, de la part de la communauté internationale, des interventions sous forme d’actions communes" a dit le Pape dans la première partie de son intervention. "En effet, les questions de sécurité, les objectifs de développement, la réduction des inégalités au niveau local et mondial, la protection de l’environnement, des ressources et du climat, requièrent que tous les responsables de la vie internationale agissent de concert et soient prêts à travailler en toute bonne foi, dans le respect du droit, pour promouvoir la solidarité dans les zones les plus fragiles de la planète. Je pense en particulier à certains pays d’Afrique et d’autres continents qui restent encore en marge d’un authentique développement intégral, et qui risquent ainsi de ne faire l’expérience que des effets négatifs de la mondialisation.

Dans le contexte des relations internationales, il faut reconnaître le rôle primordial des règles et des structures qui, par nature, sont ordonnées à la promotion du bien commun et donc à la sauvegarde de la liberté humaine” a ajouté le Pontife. Après avoir parlé de la protection de l’environnement et de technologie, Benoît XVI a affronté le thème central de son intervention à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. “La promotion des droits de l'Homme demeure la stratégie la plus efficace pour éliminer les inégalités entre pays et entre groupes sociaux et pour renforcer le niveau de la sécurité. En effet les victimes de la misère et du désespoir dont la dignité humaine est impunément violée, deviennent des proies faciles pour les tenants du recours à la violence et deviennent à leur tour des destructeurs de paix. Pourtant le bien commun que les droits de l’homme aident à réaliser ne peut pas être atteint en se contentant d’appliquer des procédures correctes ni même en pondérant des droits en opposition.

Le mérite de la Déclaration universelle a été d’ouvrir à des cultures, à des expressions juridiques et à des modèles institutionnels divers la possibilité de converger autour d’un noyau fondamental de valeurs et donc de droits : mais c’est un effort qui, de nos jours, doit être encore plus soutenu face à des instances qui cherchent à réinterpréter les fondements de la Déclaration et à compromettre son unité interne pour favoriser le passage de la protection de la dignité humaine à la satisfaction de simples intérêts, souvent particuliers.

La Déclaration a été adoptée comme « un idéal commun qui est à atteindre » (Préambule) et elle ne peut pas être utilisée de manière partielle, en suivant des tendances ou en opérant des choix sélectifs qui risquent de contredire l’unité de la personne humaine et donc l’indivisibilité de ses droits.” souligne le Pape.

"Nous constatons souvent dans les faits une prédominance de la légalité par rapport à la justice quand se manifeste une attention à la revendication des droits qui va jusqu’à les faire apparaître comme le résultat exclusif de dispositions législatives ou de décisions normatives prises par les diverses instances des autorités en charge.

Quand ils sont présentés sous une forme de pure légalité, les droits risquent de devenir des propositions de faible portée, séparés de la dimension éthique et rationnelle qui constitue leur fondement et leur fin (…) C’est un aspect qui est souvent négligé quand on prétend priver les droits de leur vraie fonction au nom d’une perspective utilitariste étroite. Parce que les droits et les devoirs qui leur sont liés découlent naturellement de l’interaction entre les hommes, il est facile d’oublier qu’ils sont le fruit du sens commun de la justice, fondé avant tout sur la solidarité entre les membres du corps social et donc valable dans tous les temps et pour tous les peuples (…)

Par conséquent, les droits de l’homme exigent alors d’être respectés parce qu’ils sont l’expression de la justice et non simplement en raison de la force coercitive liée à la volonté des législateurs” a poursuivi Benoît XVI qui souligne l’importance, voire la nécessité, dans de nouveaux contextes d’affiner “le discernement, c’est-à-dire la capacité de distinguer le bien du mal (…) Le discernement nous amène alors à souligner que laisser aux seuls États, avec leurs lois et leurs institutions, la responsabilité ultime de répondre aux aspirations des personnes, des communautés et de peuples tout entier peut parfois entraîner des conséquences rendant impossible un ordre social respectueux de la dignité de la personne et de ses droits”.

À la réalisation de telles fins, selon le Pape, peut contribuer “une vision de la vie solidement ancrée dans la dimension religieuse” qui porte “ un engagement contre la violence, le terrorisme ou la guerre, et à la promotion de la justice et de la paix". “Cela – souligne le Pape - favorise aussi un milieu propice au dialogue interreligieux que les Nations unies sont appelées à soutenir comme elles soutiennent le dialogue dans d’autres domaines de l’activité humaine.

Le dialogue doit être reconnu comme le moyen par lequel les diverses composantes de la société peuvent confronter leurs points de vue et réaliser un consensus autour de la vérité concernant des valeurs ou des fins particulières. Il est de la nature des religions librement pratiquées de pouvoir mener de manière autonome un dialogue de la pensée et de la vie. Si, à ce niveau là aussi, la sphère religieuse est séparée de l’action politique, il en ressort également de grands bénéfices pour les personnes individuelles et pour les communautés.

D’autre part, les Nations unies peuvent compter sur les fruits du dialogue entre les religions et tirer des bénéfices de la volonté des croyants de mettre leur expérience au service du bien commun. Leur tâche est de proposer une vision de la foi non pas en termes d’intolérance, de discrimination ou de conflit, mais en terme de respect absolu de la vérité, de la coexistence, des droits et de la réconciliation”. Pour cette raison, les droits humains doivent pour Benoît XVI, “inclure le droit à la liberté religieuse, comprise comme l’expression d’une dimension à la fois individuelle et communautaire, perspective qui fait ressortir l’unité de la personne tout en distinguant clairement entre la dimension du citoyen et celle du croyant”.

En conclusion, le Pape a souligné que sa présence au sein de l’Assemblée “est le signe de mon estime pour les Nations unies et elle veut aussi manifester le souhait que l’Organisation puisse être toujours davantage un signe d’unité entre les États et un instrument au service de toute la famille humaine”. En effet, comme il l’avait annoncé au début de son allocution, “les principes fondateurs de l’Organisation – le désir de paix, la recherche de la justice, le respect de la dignité de la personne, la coopération humanitaire et l’assistance – expriment les justes aspirations de l’esprit humain et constituent les idéaux qui devraient sous-tendre les relations internationales.

Comme mes prédécesseurs Paul VI et Jean Paul II l’ont observé de ce même podium, il s’agit d’argument que l’Eglise catholique et le Saint Siège suivent avec attention et avec intérêt, car ils voient dans votre activité la possibilité que les problèmes et conflits concernant la communauté internationale soient sujets à une réglementation commune”. (Le texte intégral du discours est publié dans la section Eglise et Mission du bulletin d’information de la MISNA)[MZ/CO][CO]


 

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In English

Agence Misna

VATICAN CITY
18/4/2008 20.28

Integral Text

BENEDICT XVI: EXCERPTS FROM SPEECH AT UN ASSEMBLY

The centrality of human rights, but not their exploitation for partial or ‘utilitaristic’ ends, the need to take collective action on subjects of world interest and a call to the principle of multilateralism, inter-religious dialogue and respect for the freedom of religion, the convergence of interests and sensitivity between Church and UN: these are some of the points touched by Benedict XVI in the speech he gave at the UN General Assembly. Here are excerpts from the speech.

As I begin my address to this Assembly, I would like first of all to express to you, Mr President, my sincere gratitude for your kind words. My thanks go also to the Secretary-General, Mr Ban Ki-moon, for inviting me to visit the headquarters of this Organization and for the welcome that he has extended to me. I greet the Ambassadors and Diplomats from the Member States, and all those present. Through you, I greet the peoples who are represented here.

Through the United Nations, States have established universal objectives which, even if they do not coincide with the total common good of the human family, undoubtedly represent a fundamental part of that good. The founding principles of the Organization – the desire for peace, the quest for justice, respect for the dignity of the person, humanitarian cooperation and assistance – express the just aspirations of the human spirit, and constitute the ideals which should underpin international relations. As my predecessors Paul VI and John Paul II have observed from this very podium, all this is something that the Catholic Church and the Holy See follow attentively and with interest, seeing in your activity an example of how issues and conflicts concerning the world community can be subject to common regulation.

Indeed, questions of security, development goals, reduction of local and global inequalities, protection of the environment, of resources and of the climate, require all international leaders to act jointly and to show a readiness to work in good faith, respecting the law, and promoting solidarity with the weakest regions of the planet. I am thinking especially of those countries in Africa and other parts of the world which remain on the margins of authentic integral development, and are therefore at risk of experiencing only the negative effects of globalization. In the context of international relations, it is necessary to recognize the higher role played by rules and structures that are intrinsically ordered to promote the common good, and therefore to safeguard human freedom. These regulations do not limit freedom.

This reference to human dignity, which is the foundation and goal of the responsibility to protect, leads us to the theme we are specifically focusing upon this year, which marks the sixtieth anniversary of the Universal Declaration of Human Rights. This document was the outcome of a convergence of different religious and cultural traditions, all of them motivated by the common desire to place the human person at the heart of institutions, laws and the workings of society, and to consider the human person essential for the world of culture, religion and science. Human rights are increasingly being presented as the common language and the ethical substratum of international relations. At the same time, the universality, indivisibility and interdependence of human rights all serve as guarantees safeguarding human dignity.

It is evident, though, that the rights recognized and expounded in the Declaration apply to everyone by virtue of the common origin of the person, who remains the high-point of God’s creative design for the world and for history. They are based on the natural law inscribed on human hearts and present in different cultures and civilizations. Removing human rights from this context would mean restricting their range and yielding to a relativistic conception, according to which the meaning and interpretation of rights could vary and their universality would be denied in the name of different cultural, political, social and even religious outlooks. This great variety of viewpoints must not be allowed to obscure the fact that not only rights are universal, but so too is the human person, the subject of those rights.
[AB]

The promotion of human rights remains the most effective strategy for eliminating inequalities between countries and social groups, and for increasing security. Indeed, the victims of hardship and despair, whose human dignity is violated with impunity, become easy prey to the call to violence, and they can then become violators of peace.

The common good that human rights help to accomplish cannot, however, be attained merely by applying correct procedures, nor even less by achieving a balance between competing rights. The merit of the Universal Declaration is that it has enabled different cultures, juridical expressions and institutional models to converge around a fundamental nucleus of values, and hence of rights. Today, though, efforts need to be redoubled in the face of pressure to reinterpret the foundations of the Declaration and to compromise its inner unity so as to facilitate a move away from the protection of human dignity towards the satisfaction of simple interests, often particular interests. The Declaration was adopted as a "common standard of achievement" (Preamble) and cannot be applied piecemeal, according to trends or selective choices that merely run the risk of contradicting the unity of the human person and thus the indivisibility of human rights.

Human rights, of course, must include the right to religious freedom, understood as the expression of a dimension that is at once individual and communitarian – a vision that brings out the unity of the person while clearly distinguishing between the dimension of the citizen and that of the believer. The activity of the United Nations in recent years has ensured that public debate gives space to viewpoints inspired by a religious vision in all its dimensions, including ritual, worship, education, dissemination of information and the freedom to profess and choose religion.

My presence at this Assembly is a sign of esteem for the United Nations, and it is intended to express the hope that the Organization will increasingly serve as a sign of unity between States and an instrument of service to the entire human family. It also demonstrates the willingness of the Catholic Church to offer her proper contribution to building international relations in a way that allows every person and every people to feel they can make a difference. In a manner that is consistent with her contribution in the ethical and moral sphere and the free activity of her faithful, the Church also works for the realization of these goals through the international activity of the Holy See. Indeed, the Holy See has always had a place at the assemblies of the Nations, thereby manifesting its specific character as a subject in the international domain. As the United Nations recently confirmed, the Holy See thereby makes its contribution according to the dispositions of international law, helps to define that law, and makes appeal to it.

The United Nations remains a privileged setting in which the Church is committed to contributing her experience "of humanity", developed over the centuries among peoples of every race and culture, and placing it at the disposal of all members of the international community. This experience and activity, directed towards attaining freedom for every believer, seeks also to increase the protection given to the rights of the person. Those rights are grounded and shaped by the transcendent nature of the person, which permits men and women to pursue their journey of faith and their search for God in this world. Recognition of this dimension must be strengthened if we are to sustain humanity’s hope for a better world and if we are to create the conditions for peace, development, cooperation, and guarantee of rights for future generations.