RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
14/11/2008 9.52
CRISE CONGOLAISE: LE DOCUMENT DES ÉVÊQUES CONGOLAIS
[Nous proposons à nos lecteurs la version intégrale du message de la Conférence épiscopale de la République démocratique du Congo lié à la crise dans la province orientale du Nord-Kivu, dont une copie est parvenue à la MISNA]LA RD CONGO PLEURE SES ENFANTS, ELLE EST INCONSOLABLE
(cf. Mt2, 18)
Déclaration du Comité permanent des évêques sur la guerre
dans lEst et dans le Nord-Est de la RD Congo1. Nous, Archevêques et Evêques, membres du Comité permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo, réunis à Kinshasa, en session extraordinaire du 10 au 13 novembre 2008, affligés et bouleversés par la tragédie humaine dans lEst et dans le Nord-Est de la RD Congo, lançons un cri de détresse et de protestation. En effet, juste un mois vient de sécouler depuis que notre Conférence Episcopale Nationale du Congo, par son Président, a fait une déclaration en rapport avec la reprise des hostilités dans lEst et dans le Nord-Est de la RD Congo . Malgré nos appels pathétiques aussi bien à nos gouvernants quà la Communauté internationale, hélas ! la situation dans cette partie de notre pays na fait quempirer. Elle vient datteindre des proportions insupportables, très inquiétantes et susceptibles de déstabiliser toute la sous-région si on ny prend garde. Oui, aujourdhui, comme le dit lEcriture : une voix en RD Congo sest fait entendre, des pleurs et une longue plainte ; cest Goma, Kiwanja, Dungu , cest la nation tout entière qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus (cf. Mt 2, 18).
Génocide silencieux ?
2. Un vrai drame humanitaire qui sapparente à un génocide silencieux dans lEst de la RD Congo se déroule sous les yeux de tous. Les massacres gratuits et à grande échelle des populations civiles, lextermination ciblée des jeunes, les viols systématiques perpétrés comme arme de guerre : de nouveau une cruauté dune exceptionnelle virulence est en train de se déchaîner contre les populations locales qui nont jamais exigé autre chose quune vie paisible et décente sur leurs terres. Qui aurait intérêt à un tel drame ?
3. Le plus regrettable, cest que ces événements malheureux ont lieu sous lil impassible de
ceux qui ont reçu le mandat de maintenir la paix et de protéger la population civile. Nos propres gouvernants se montrent impuissants devant lampleur de la situation, donnant limpression de ne pas être à la hauteur des défis de la paix, de la défense de la population congolaise et de lintégrité du territoire national. La classe politique tout entière ne semble pas prendre la mesure de sa responsabilité devant ce drame qui risque dhypothéquer lavenir de la nation.Ressources naturelles et plan de balkanisation : nerf de la guerre
4. Il est évident que les ressources naturelles de la RD Congo alimentent la convoitise de certaines puissances et ne sont pas étrangères à la violence que lon impose à sa population. En effet, tous les conflits se déroulent dans les couloirs économiques et autour des puits miniers. Comment comprendre que les différents accords soient violés sans aune pression efficace pour contraindre les signataires à les respecter ? Les diverses conférences et réunions pour dénouer cette crise nont toujours pas abordé les questions de fond et nont fait que renvoyer et décevoir les attentes légitimes à la paix et à la justice de notre peuple. En outre, le plan de balkanisation que nous ne cessons de dénoncer est exécuté par des personnes relais. On a limpression dune grande complicité qui ne dit pas son nom. La grandeur de la RD Congo et ses nombreuses richesses ne doivent pas servir de prétexte pour en faire une jungle. Nous demandons au peuple congolais de ne jamais céder à toute velléité de balkanisation de son territoire national. Nous lui recommandons de ne jamais souscrire à une remise en question de ses frontières internationalement établies et reconnues depuis la conférence de Berlin et les accords ultérieurs.[CO]
Condamnation5. - Nous condamnons avec véhémence cette manière ignoble de considérer la guerre comme moyen pour résoudre les problèmes et accéder au pouvoir. Lordre institutionnel issu des élections démocratiques dans notre pays doit être sauvegardé.
- Nous dénonçons tous les crimes commis sur des paisibles citoyens et désapprouvons de la manière la plus absolue toute agression du territoire national.
- Nous fustigeons le laxisme avec lequel la Communauté internationale traite le problème de lagression dont notre pays est victime.Que demandons-nous ?
6. Nous demandons instamment la cessation des hostilités et la garantie des conditions de sécurité pour le retour des déplacés sur leurs terres.
7. De toute urgence, nous en appelons à la solidarité nationale et internationale pour un accroissement de laide humanitaire en faveur des milliers dhommes, de femmes et denfants entassés dans des camps.
8. Nous invitons toute la population congolaise à un sursaut national pour vivre en frères et
surs, dans la solidarité et la cohésion nationale, afin que la RD Congo ne sombre pas dans la violence et les divisions.9. Nous exhortons le Gouvernement congolais à mettre tout en uvre pour rétablir la paix sur toute létendue du territoire national. Cest le devoir sacré de nos gouvernants dexercer leurs fonctions régaliennes afin de protéger le peuple et de garantir la sécurité aux frontières. Nul nignore que labsence dune armée républicaine est préjudiciable à la paix dans le pays.
10. Nous demandons à la Communauté internationale de simpliquer sincèrement pour faire respecter le droit international. Nous estimons impérieux lenvoi dune force de pacification et de stabilisation pour rétablir notre pays dans ses droits. Tout le monde gagnera avec un Congo en paix plutôt quun Congo en guerre.
Engagement de lEglise
11. Solidaire de la souffrance de son peuple, lEglise-famille de Dieu qui est en RD Congo sengage à accompagner ses fils et ses filles meurtris pour les conduire sur le chemin de la réconciliation et de la paix. Elle exprime sa reconnaissance à Sa Sainteté le pape Benoît XVI pour son attention au drame de la RD Congo, ses appels répétés à tous pour une solution pacifique et pour laide financière quil vient dapporter lui-même afin de soulager des populations déplacées.
12. Puisse le Seigneur, qui a veillé pendant des heures au jardin de Gethsémani et qui a ressenti comme faites à lui-même toutes les souffrances infligées et imposées aux membres de son corps (cf Mt 25, 31-46), veiller avec nous et nous soutenir devant ce drame que connaît notre pays.
Que la Très Sainte Vierge Marie, Reine de la paix, obtienne la paix à notre chère patrie.
Fait à Kinshasa, le 13 novembre 2008
[CO]
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DEMOCRATIC REPUBLIC OF CONGO
14/11/2008 22.24
CONGOLESE CRISIS, DOCUMENT OF BISHOPS
[As follows is a MISNA translation of the text of the latest document released by the Bishops of the Democratic Republic of Congo]The Democratic Republic of Congo is weeping for her children, and would not be comforted (Matthew 2:18)
1. We, Archbishops and Bishops, members of the Permanent Committee of the National Bishops Conference of the Congo, gathered in Kinshasa in extraordinary session from November 10 to 13, grieved and devastated at the human tragedy unfolding in the east and north-east of the Democratic Republic of Congo, we launch a cry of desperation and protest. It has been merely a month since the National Bishops Conference of the Congo released a declaration, through its chairman, on the resumption of hostilities in the east and north-east of the Democratic Republic of Congo. Despite our strong calls to both the government and international community, the situation in this part of our country has continued to deteriorate. It is reaching unbearable and extremely alarming proportions, able to destabilise the entire sub-region if something is not done. Yes, today, as the Scriptures say: a voice was heard in Congo, wailing and great lamentation; it is Goma, Kiwanja, Dungu the entire nation weeping for her children and she wouldnt be comforted, because they are no more. (Matthew 2:18)
A silent genocide?
2. A humanitarian tragedy similar to a silent genocide is unfurling in east Congo before everybodys eyes. Gratuitous and large-scale massacres of the civil populations, the deliberate extermination of youths, systematic rape perpetrated as a weapon of war: once again a cruelty of exceptional virulence is unleashing against the local populations that never asked for anything more than a calm and dignified life in their land. Who could have interest in such a tragedy?
3. The deplorable fact is that these events are taking place under the unperturbed eyes of those who received the mandate to keep peace and protect the civil population. Our own leaders have proved powerless in face of the dimensions of the situation, giving the impression of not being able to meet the challenges of peace, the defence of the Congolese population and the integrity of the national territory. The entire political class does not appear to be assuming its full responsibilities in face of this tragedy that risks compromising the future of the nation.
4. It is evident that the natural resources of Congo spark avidity of certain powers and arent extraneous to the violence imposed on the population. All conflicts in fact develop in the economic corridors and around ore deposits. How to comprehend that the different accords are violated without adequate pressure to convince the signatory parties to respect them? The different meetings and conferences to resolve this crisis have still not addressed the root issues and have merely delayed and deceived the legitimate expectations of peace and justice of our people. Furthermore, the plan of balkanization that we have continued to denounce is brought ahead by intermediaries. There is the impression of a great complicity that doesnt reveal its name. The greatness of Congo and its wealth should not be a pretext to turn it into a jungle. We call on the Congolese people to not cede to any foolish aspirations of balkanization of their natural territory. We recommend that they never agree to any dispute over their borders established on an international level and recognised after the Berlin conference and further accords.
5. - We vehemently condemn this ignoble manner of considering war as a means to resolve problems and accede to power. The institutional order that emerged from the democratic elections in our country must be safeguarded.
- We denounce all crimes committed against innocent civilians and we disapprove in the strongest of terms any aggression of the national territory.
- We reproach the laxity of the international community in treating the problem of the aggression to which our nation is victim.
What we ask?
6. We ask for the immediate cessation of hostilities and a guarantee of security conditions for the return of the displaced to their land.
7. We urgently appeal for national and international solidarity for an increase in humanitarian aid for the thousands of men, women and children crowded in the camps.
8. We call on the entire Congolese population for a national reawakening to live as brothers and sisters, in solidarity and national cohesions, to avoid Congo from falling into violence and divisions.
9. We urge the Congolese government to do everything possible to restore peace throughout the national territory. It is the sacred duty of our leaders to exercise their sovereign functions to protect the population and guarantee the security of the borders. No one must ignore that the absence of a Republican army compromises peace in the nation.
10. We call on the international community to sincerely commit to ensuring respect of international law. We consider the deployment of a peace and stabilisation force to re-stabilise our nation an impelling right. All will win with a Congo at peace rather than at war.
Commitment of the Church
11. Sharing in the suffering of its people, the Church-Family of God in Congo commits to accompanying its afflicted sons and daughters toward the path of reconciliation and peace. It expresses its gratitude to His Holiness Pope Benedict XVI for his attention on the tragedy of Congo, his repeated appeals to all for a peaceful solution and for financial aid that he personally just gave to provide relief for the displaced populations.
12. May the Lord, who for hours kept watch in the Garden of Gethsemane and felt all the suffering inflicted and imposed on his brothers as if they were done onto him (Matthew 25, 31:46), watch over us and support us in this tragedy that our nation is living.
May the Blessed Virgin Mary, Queen of peace, obtain peace for our dear homeland.
Kinshasa, 13 November 2008
[BO]