Les Pères Blancs en Ouganda
La première caravane vers l'Afrique de l'EstNABULAGALA 1879-1882
Lourdel et Amans à Entebbe
C'est à Entebbe le 17 février 1879 que les premiers missionnaires catholiques ont touché terre et se sont installés en Ouganda. Le Père Siméon Lourdel et le Frère Amans Delmas avaient quitté Marseille le 22 avril 1878 avec la première caravane des Pères Blancs. Ils ont débarqué à Zanzibar le 30 mai et le 17 juin toute la caravane s'est hasardée à pied vers l'intérieur de l'Afrique, se frayant un chemin dans la brousse. Du sud du lac Victoria, ces deux missionnaires, le Père Lourdel et le Frère Amans, se sont orientés vers le nord à travers le lac, afin d'explorer la situation en Ouganda.
A leur arrivée à Entebbe, Lourdel et Amans ont débarqué sur la péninsule de Kigungu ; un monument modeste en témoingne. En chemin vers Rubaga, ils ont passé la nuit à Kisubi. Lorsque le Roi Mutesa a pris connaissance de leur arrivée, il les a fait escortés à Kitebi, quelques 5 kilomètres de Rubaga. Là ils ont passé quinze jours, souvent à jeun, frissonnant de la fièvre et incertains du sort qui les attendait. Convoqué devant la cour royal, le Père Lourdel lui-même a fait savoir à Mutesa que lui et quatre autres ont été envoyés pour établir une mission catholique en Ouganda. Mutesa a consenti à la venue des missionnaires catholiques en Ouganda et a promis d'envoyer des pirogues pour chercher le reste du groupe. Le consentement du roi fut accordé le 23 février 1879.La première Sainte Messe en Ouganda
Après le première audience de Mutesa, Lourdel et Amans devaient rentrer à leur petite hutte à Kitebi, où on les a tenus en surveillance constante. Enfin Mutesa leur a donné une résidence meilleure à Nabulagala-Lubya; c'est là où Lourdel et Amans se sont installés vers le 17 mai 1879 ; le premier poste missionnaire catholique en Ouganda est ainsi fondé. Les 24 pirogues offertes par le Kabaka pour chercher le reste du groupe et leurs biens à Kageye étaient prêtes le 11 avril et le Frère Amans a accompagné la flottille vers le sud du lac
Les Pères Livinhac, Girault et Barbot se sont rendus à Entebbe le 17 juin 1879. La première Sainte Messe jamais offerte en Ouganda fut célébrée à Nabulagala-Lubya. " Je suis privé de la Sainte Messe depuis cinq mois ", écrivait à un ami le Père Lourdel. L'autel portatif est resté auprès du groupe de Livinhac. Le 25 juin 1939, lors du soixantième anniversaire de cette arrivée du Père Livinhac, Mgr Michaud a consacré la chapelle commémorative construite à Nabulagala près de Rubaga.
Le Kabaka Mutesa a reçu Livinhac et ses compagnons avec grand faste ; on a conduit les missionnaires en procession à la cour précédés de la bannière de Mutesa. Lourdel a fait une demande au Kabaka d'une maison plus grande. La demande a été reçue et des cadeaux acceptés. Plus tard, le roi a envoyé un don de trente vaches et Sabaganzi, un parent proche de la Reine Mère, a envoyé une vache et des bananes.
Aux yeux du Kabaka, il était normal de considérer les Musulmans, les Anglicans, et à partir de 1879, les Catholiques, simplement comme des représentants du pouvoir arabe, anglais ou français. Pour sauvegarder son indépendance vis-à-vis de l'Egypte et du Zanzibar, il cherchait l'alliance politique que lui il croyait offerte par le christianisme. A cet effet, Mutesa a convoqué les Pères Livinhac et Lourdel dans l'après-midi du 3 juillet 1879 ; le roi voulait qu'ils envoient un de leurs missionnaires en France pour faire de l'Ouganda un protectorat français. A cette demande inattendue, Livinhac a répondu sans hésiter que les missionnaires catholiques sont venus comme des messagers de Dieu et non pas comme des agents du gouvernement français ; ils n'avaient pas de mandat pour discuter des affaires politiques.
Les premiers catéchumènes
Les évènements qui entouraient l'arrivée des missionnaires en Buganda, leurs activités à la cour et leur souci des besoins matériels pendant qu'ils s'installaient à Nabulagala n'ont pas empêché le Père Livinhac et ses compagnons de prêcher l'évangile aux gens. Le premier catéchumène sérieux s'appelait Nalubandwa, un serviteur du roi. Il avait demandé au Père Lourdel d'être enseigné dans la foi. Les premiers baptêmes ont eu lieu en mars 1880.
Mgr Lavigerie avait donné des instructions à ses missionnaires en vue d'un catéchuménat normal de quatre ans avant le baptême. Les Pères ont préparé un petit catéchisme en Ougandais (Luganda). Dans l'espace de quelques années seulement leur enseignement avait produit les Martyrs de l'Ouganda et une moisson abondante de chrétiens fervents. Mgr Lavigerie avait insisté sur l'apprentissage de la langue locale comme étant indispensable à la prédication. Un livre élémentaire pour des enfants d'école a été imprimé en 1885, qui comprenait de l'arithmétique.
Quant au développement matériel, dès leur installation à Nabulagala les missionnaires ont cherché un terrain pour planter un jardin. En 1881, Lourdel signalait, " Maintenant nous avons une récolte de blé et nous avons du pain de temps à autres. "
La vie à la mission : " Mapeera ".
Le Père Lourdel était connu de tous du nom de " Mapeera ", la prononciation locale de " Mon Père. "
Pendant que les Pères Livinhac et Lourdel donnaient des instructions religieuses aux visiteurs, le Frère Amans s'est consacré aux besoins matériels de la mission et donnait des cours d'apprentissage technique aux orphelins qui y vivaient. Le Frère Amans était à tour de rôle constructeur, intendant des besoins domestiques, jardinier, mécanicien, menuisier et un infirmier dévoué.
NOS ANCETRES DANS LA FOI
En 1974, Mgr Nsubuga a pris l'occasion d'une visite en Europe pour visiter les lieux de naissance et les membres des familles toujours en vie des cinq premiers missionnaires catholiques arrivés en Ouganda en 1879. A son retour en Ouganda, il a décidé, en fidélité aux traditions au Buganda , " nos ancetres dans la foi ", les a-t-il appelés, des les enterrer comme il se devait, au Buganda. " Nous l'estimons un droit et un devoir de ramener leurs dépouilles mortelles à la terre pour laquelle ils sont morts, sans autre but que de nous apporter le message du Christ, " a déclaré l'Archevêque. Il a continué, " Soyons de vrais Ougandais, et en s'occupant de nos Pères dans la Foi qui sont morts pour nous il y a tant d'années, comme des Ougandais qui s'occupent de leurs décédés regrettés, ainsi nous apporterons à notre pays les bienfaits du Seigneur. L'ensemble de cet exercice est au fond un geste très religieux et ougandais. "
Avec le soutien aimable du Bureau du Président Amin à Kampala, les gouvernements concernés ont accordé leurs autorisations et l'Archevêque à tour de rôle a fait des voyages à Zanzibar et à Bagamoyo, où furent inhumés le Père Barbot et le Frère Amans respectivement, puis à la cathédrale d'Alger où reposait la dépouille mortelle de Mgr Livinhac. Un détail de valeur remarqué par plusieurs était que les trois dépouilles mortelles sont arrivées à Entebbe bien près de l'endroit où, ces missionnaires alors jeunes, avaient débarqués pour la première fois 95 ans plus tôt.
AFRICAN RECRUITS AND MISSIONARY CONSCRIPTS BY A. Shorter Page 183
Le cimetière de Maison Carrée n'était pas destiné comme la dernière demeure de Mgr Livinhac. En avril 1970, le bureau de planification urbaine municipale d'Alger autorisa le déménagement du cimetière pour faire place à une autoroute. La dépouille mortelle de Mgr Livinhac fut exhumée et enfermée dans une urne. Celle-ci fut transportée en corbillard à la basilique de Notre-Dame-d'Afrique et posée dans le caveau en-dessous de la chapelle St-Augustin. En 1975, Mgr Emmanuel Nsubuga, Archevêque de Kampala, est arrivé à Alger pour prendre possession de la dépouille mortelle. On a ouvert le caveau le 14 avril en présence de Mgr Nsubuga et de Mgr Jaquier, auxiliaire d'Alger et le soir même le coffret fut transporté par avion à Kampala. Le 3 juin 1975, le Sanctuaire de Namugongo fut dédicacé par un légat pontifical spécialement nommé, le Cardinal Sergio Pignedoli. Le coffret de Mgr Léon Livinhac fut conduit en cortège à la mode africaine jusqu'au sanctuaire, c'est-à-dire élevé, sur la tète du porteur, parmi les acclamations joyeuses d'une foule immense. Ce fut un retour à la maison historique pour " Grand-père Vinyaki. "
Au mois de mai 1975, la dépouille du Père Lourdel fut aussi transférée de la chapelle mortuaire de Rubaga à la chapelle privée de l'Archevêque, le Père Lourdel se trouvant ainsi réuni de nouveau avec Mgr Livinhac, le Frère Amans et le Père Barbot. (photo à droite : les dépouilles mortelles de Lourdel, d'Amans, de Barbot et de Matia Mulumba.)
Par malheur, la dépouille du Père Ludovic Girault reste à Maison-Carrée, près d'Alger ne pouvant pas être identifiée. Le coffret de Livinhac repose toujours à la chapelle de l'Archevêque à Rubaga, auprès de l'autel. Sur le coffret se tient une statue de Notre Dame. Le coffret contient l'urne de la dépouille mortelle de Mgr Livinhac, vue et certifiée par le Père Richard Nnyombi le 4 mai 2007.
Les restes du Père Lourdel du Père Barbot et du Frère Amans sont conservés à la sacristie de la chapelle de l'Archevêque. Une demande est faite pour les transférer ensemble à la chapelle commémorative de Nabulagala
Il y a déjà cinq bustes en marbre sur la façade de la Cathédrale de Rubaga..MAPEERA-NABULAGALA
1881
Le berceau de l'Eglise Catholique en Ouganda devient une paroisse.
Beaucoup d'entre nous avons chanté maintes fois le chant " Twebaza Mapeera ne Munne Amansi... ", (Nous remercions Mapeera et son confrère Amans), et pour autant de fois nous avons chanté ces paroles : Basanga Muteesa ng'abalindiridde n 'abawa ekyalo ye Lubya mu Kyadondo, (Ils ont trouvé le Roi Mutesa en attente et il leur a donné le village de Lubya en Kyadondo.) Mais combien d'entre nous avons jamais fait ce pèlerinage à cet endroit saint, le berceau de l'Eglise Catholique en Ouganda ? Ici, les premiers missionnaires catholiques ont débuté et ont continué leur mission évangélisatrice pour les trois premières années de leur séjour au pays, entre 1879 et 1882.
Puisque c'est le berceau de l'Eglise Catholique, Nabulagala-Lubya a vu beuacoup de 'premières' qui fait de cet emplacement un lieu historique important.
Ici a eu lieu la première Eucharistie, le 25 ou le 26 juin 1879.
Ici a eu lieu la construction de la première mission catholique en 1879.
Ici le pays a été consacré à la Sainte Vierge (le 2 juillet 1879).
Ici a eu lieu le premier catéchuménat.
Ici ont eu lieu les premiers baptêmes le 27 mars 1880. Parmi ceux qui ont reçu le baptême sont les quatre Martyrs de l'Ouganda dont suivent les noms : Joseph Mukasa Balikuddembe et Andrew Kaggwa, baptisés par le Père Mapeera le 30 avril 1882, ainsi que Mathias Mulumba et Luka Baanabakintu, baptisés par le Père Girault Ludovic le 28 mai 1882.
Ici a été lancée la campagne anti-esclavagiste.
Déjà au mois de juin 1879 Mapeera parlait de trois garçons rachetés, deux de Busoga et l'autre de Bunyoro.
Donc, tant de 'premières' et davantage on pourrait ajouter à la liste ! Tous ces cas initiateurs font de cet endroit un emplacement unique et important pour l'Eglise Catholique en particulier et pour notre pays en général.
En raison des problèmes d'insécurité, les missionnaires ont quitté Nabulagala pour le Tanganyika le 7 novembre 1882. A leur retour en 1885, le Kabaka Mwanga leur a accordés un terrain à Nalukolongo et plus tard à Lubaga. Depuis lors, Nabulagala est une succursale paroissiale d'abord de Lubaga et depuis 1974 de Nakulabye.
Au mois de fèvrier 2006, son Eminence le Cardinal Emmanuel Wamala, a décidé de commencer les préparatifs de faire de Nabulagala une paroisse autonome. Il a confié cette tâche au petits frères de Mapeera et d'Amans, les Missionnaires d'Afrique, (Pères Blancs).
Une équipe de trois, les Pères Richard Nnyombi, Charles Kasule et Désiré Le Goff, ainsi que Desta Abino, stagiaire, est depuis lors engagée à ces préparations, main dans la main avec la paroisse de Nakulabye, et les laïcs des deux succursales (Mapeera-Kijjukizo and Masanafu), qui formeront la nouvelle paroisse.
Quand on réfléchit aux fruits abondants, et spirituels et matériels, provenant de ce grain de moutarde ensemencé à cet endroit il y a 128 ans, nous ne pouvons que nous joindre au psalmiste quand il proclame dans son chant d'action de grâces, " Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? " (Ps 116,12-13). Voilà exactement le thème que nous avons choisi pour nous guider dans nos préparations et pour la cérémonie d'ouverture officielle de notre nouvelle paroisse.
La nouvelle paroisse s'appellera Mapeera-Nabulagala Catholic Parish. Nous avons choisi St Jean-Baptiste comme patron pour deux raisons : providentiellement son anniversaire de naissance tombe le jour de l'ouverture de la paroisse, et puisque Jean était le précurseur du Seigneur, ainsi Nabulagala était le précurseur de toutes les paroisses catholiques de ce pays ! Qui plus est, le 'Baptiseur' nous rappellera toujours non seulement les premiers baptêmes qui ont eu lieu à cet endroit, mais aussi de nos propres baptêmes et de nos vocations en tant que baptisés.
Bien de personnes, des Catholiques et des membres d'autres églises, ont exprimé leur étonnement qu'un tel délai s'est écoulé sans faire de Nabulagala une paroisse. Nous n'avons pas d'explication à leur offrir. Avec eux, nous sommes consolés par les paroles du prophète Isaïe et par le Psalmiste: " mes voies ne sont pas vos voies ", (Is. 55,8)! " Car mille ans sont à tes yeux comme le jour d'hier qui passe, " (Ps. 90,4).
Le jour longuement attendu s'approche, lentement mais sûrement le 24 juin 2007.
Chers frères et surs, nous voulons vous souhaiterBienvenue à
MAPEERA-NABULAGALA!
Venez tous nous joindre en chantant notre hymne de louange et d'action de grâces pour ce que le Seigneur a fait pour nous et pour notre pays. Rendons grâce pour le grain de moutarde semé dans les larmes et grande foi à cet endroit il y a 128 ans ! Ensemble avec vous, ne cessons pas d'implorer le Seigneur de la Moisson de nous pourvoir une récolte encore plus abondante.
Voir le Jour de la Bénédiction 24 Juin 2007
Par Otto Bailer, MAfr et traduction en français par
Donald MacLeod M.Afr