Missionaires d'Afrique

Odilo Cougil a travaillé au Mozambique et au CIDAF (Centro de Información y Documentación Africana) de Madrid. Maintenant au Brésil, il a partagé avec les lecteurs d'AmÀfrica, notre bulletin d'animation missionnaire, sa vision positive des religions traditionnelles africaines (RTA). Odilo met les RTA en valeur pour des lecteurs qui en entendent peu parler ouvertement.

Le Brésil est, hors du continent africain, le pays du monde où les religions africaines sont le plus pratiquées et toujours très vivantes, notamment le Candomble où Olorun est le nom de Dieu comme chez les catholiques yorubas du Nigeria, sans oublier les religions syncrétistes, Xango, Macumba et Umbanda.

Une présentation positive des RTA

On estime la population du continent africain à près de 950 millions d’habitants. De nos jours, presque tous disent appartenir à l’une des grandes religions, chrétienne ou musulmane surtout. Les catholiques africains seraient 160 millions (17%), les autres chrétiens environ 170 millions (19%), et les musulmans 360 millions (38%). Les recensements permettent de supposer que 60 millions (5%) adhèrent aux nouveaux mouvements religieux. Il resterait donc 200 millions (21%) d’Africains toujours fidèles aux religions traditionnelles africaines (RTA).

Monseigneur Chidi Denis Isizoh, chargé de l'Afrique au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (cf. son site internet www.afrikaworld.net/afrel) pense que les adeptes des RTA sont passés au 20e siècle de 90% à 30% de la population du continent. En majorité, ils sont devenus chrétiens. Dans certains pays comme le Bénin, le Siera Leone et Madagascar, les chrétiens comptent pour plus de 50% de la population. Ces Africains ont trouvé dans le christianisme plusieurs des valeurs qui les faisaient vivre dans la religion traditionnelle africaine. Ils se sentent ainsi tout à fait africains en même temps que chrétiens. Présentons donc les valeurs de base des RTA auxquelles seraient fidèles 200 millions d’Africains, sans oublier les 400 millions qui y font appel à l’occasion. Les croyances, les rites et les valeurs des RTA peuvent se découvrir dans les mythes des origines tels que racontés dans les contes de différents peuples.

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Les ancêtres avaient foi en Chauta qui créa la vie sur terre sur le sommet d’une montagne pendant un orage. Aujourd’hui, en des cérémonies joyeuses, des croyants de cette RTA zambienne se servent de la dance pour rétablir le lien entre les vivants et les morts, entre le passager et l’éternel.

Mythe des origines chez les Achewa / Anyanja
Les Anyanja vivent en Zambie, au Mozambique et au Malawi où on les appelle Achewa. Ils sont 20 millions. Leur mythe des origines de l’être humain raconte que Chauta (Dieu) vivait au sommet des nuages. La terre était alors aride et stérile car il ne pleuvait pas. Chauta fit pleuvoir sur le mont Nzalanyama. À l’aide de trois rivières, il prépara sur une pente de la montagne un terrain fertile. Chauta descendit alors de ses nuages, amenant avec lui deux êtres humains, un homme et une femme, ainsi que tous les animaux que nous connaissons. C’est de cette époque que date la première empreinte d’un pied humain que l’on peut encore voir de nos jours sur un rocher. Chauta donna à l’homme les outils pour cultiver la terre, une houe et une pioche. À la femme, il donna les ustensils pour cuisiner les repas de sa famille. En ces temps-là, il n’y avait pas de distinction entre les animaux domestiques et ceux de la brousse. Et aucune hostilité entre les animaux et les humains. Les rivières fournissaient le poisson en abondance. Les arbres en grandissant formèrent un bosquet spécial qui devint le kasitu, le sanctuaire de Chauta.

Mais voilà qu’en jouant avec deux baguettes de bois, l’homme et la femme inventèrent le feu. Ils mirent ainsi le feu au bosquet ce qui produisit incendie, destruction et cendres. La chèvre et le chien se réfugièrent dans la maison des hommes. Les autres animaux s’enfuirent au loin, en brousse. La colère naquit ce jour-là dans le coeur des hommes et dans celui des animaux. L’homme se mit à chasser le gibier et les animaux voulurent depuis lors se venger en attaquant les humains.
Quant à Chauta, suffoquant dans la fumée, dégoûté par l’odeur du sang répandu, il ne supporta plus de vivre sur cette terre où les hommes répandaient la haine et le trouble. Il retourna demeurer sur ses nuages. Il décida qu’à leur mort, les humains deviendraient des esprits et le rejoindraient là-haut. Mais tant qu’ils vivaient sur la terre, les humains devaient rendre un culte à Chauta dans le bosquet sacré et aux esprits des ancêtres dans leurs villages.

Dogmes et croyances des RTA
Les Anyanja considèrent que ces décisions de Dieu sont définitives. Ils croient en un Dieu bon, qu’il est la bonté même, et qu’il ne changera pas la situation dans laquelle les humains eux-mêmes se sont mis. Ils se sont privés de la présence de Dieu. Étant donné le nouvel ordre de la création, les humains doivent faire alliance avec les génies de la nature, des animaux et surtout avec les esprits des défunts. Les miyambo (coutumes et rituels) règlent la relation obligatoire avec le monde spirituel pour tous les descendants. Ces coutumes règlent tous les aspects de la vie. D’un peuple à l’autre, il peut y avoir des variations, mais les coutumes se ressemblent. La RTA est au service de la vie, de la force vitale.

Le croyant RTA se sent responsable de son prochain. Ce qu’une personne fait ou refuse de faire a des conséquences pour les autres, pour la communauté. La RTA n’est pas une mode passagère. C’est comme la peau : elle fait partie de la personne, sans qu’on puisse s’en débarasser. On n’enseigne pas la RTA dans les écoles. On apprend par imitation, par l’observation des anciens, par la participation aux rites et aux initiations.

La RTA encourage à l’hospitalité, à la tendresse, à l’unité, à l’amour, à la reconnaissance, au travail et à l’entraide. L’idée de Dieu est celle d’un être transcendant, suprême et unique. Les croyants RTA ont le sens du sacré et du mystère (le rite qui initie). On respectera certains lieux, certaines personnes, certains objets en contact avec le sacré et le monde des ancêtres. Quand une personne meurt, c’est qu’elle rejoint ce monde des ancêtres. Ainsi, le monde invisible de Dieu, des génies et de des esprits ancestraux est toujours présent à l’esprit du croyant. Les ancêtres tiennent une place spéciale de médiateurs entre Dieu et les humains. Ceux-ci chercheront à découvrir les intentions des défunts et leur offriront des sacrifices.

Dans les RTA, on croit que les fautes d’une personne font du tord aux autres. Il y a donc des rites de purification pour rétablir le bien-être de toute la communauté. Un de ces rites conduit au pardon des offenses qui est définitif. On ne parlera plus jamais d’une faute si elle est pardonnée. Ce silence est appuyé par la crainte des esprits qui se retourneraient contre le bavard et feraient du mal à sa personne et à sa famille. On invoque les ancêtres et les esprits par certains rites à l’occasion des étapes de la vie, mais surtout en temps d’épreuve et de crise. Chacun dans la communauté est responsable du bon succès d’un sacrifice offert lors des initiations et des rites de passage.

Les RTA ont développé des cures de guérison. Là aussi, c’est une affaire familiale et communautaire. Le respect de la vie conduit au respect des enfants présents ou à venir. L’avortement est vu comme une abomination. Les coutumes disent ce qui est défendu et ce qui est permis dans la transmission de la vie, l’héritage le plus sacré reçu de Dieu et des ancêtres. Certaines offrandes aux ancêtres peuvent aider dans ce sens. Ils protègent leurs descendants.

Des théologiens chrétiens africains ont pu dire que si Jésus Christ nous fait entrer dans une nouvelle alliance avec Dieu, l’ancienne alliance des Africains, leur ‘Ancien Testament’, se trouve chez les ancêtres dans les RTA.

Odilo Cougil Gil

 



 


Missionaries of Africa

 

Odilo Cougil M.Afr, worked in Mozambique and at CIDAF (Centro de Información y Documentación Africana) [Centre for African Information and Documentation] in Madrid. Now in Brazil, he shared his positive vision of African Traditional Religions (ATR) with readers of AmÀfrica, our missionary promotion newsletter.

Odilo highlights ATR for readers who rarely hear about them openly. Outside the continent of Africa, Brazil is the first country where most African religions are practised and very much alive even now, notably the Candomble, where Olorun is the name of God, just as among the Catholic Yoruba of Nigeria, not forgetting the syncretistic religions of Xango, Macumba and Umbanda.

A Presentation of ATR

Estimates of the population of the continent of Africa vary around 950 million. Currently, almost everyone belongs to one of the great religions, notably Christianity and Islam. African Catholics would number 160 million (17%), other Christians around 170 million (19%), and Muslims 360 million (38%). Censuses lead us to suppose that 60 million (5%) belong to new religious movements. That leaves 200 million (21%) Africans still followers of African Traditional Religions (ATR).

Monsignor Chidi Denis Isizoh, on the Africa desk of the Pontifical Council for Interreligious Dialogue, (cf. his Internet site www.afrikaworld.net/afrel), believes that adepts of ATR dropped from 90% to 30% of the continent’s population in the 20th century. For the most part, they became Christians. In certain countries such as Benin, Sierra Leone and Madagascar, Christians are over 50% of the population. These Africans found several of the values in Christianity that had sustained them in African traditional religion. They therefore felt quite African while at the same time Christian. We will therefore present the basic values of ATR, to which 200 million Africans adhere, without forgetting the 400 million who appeal to it on occasion. The beliefs, rituals and values of ATR can be uncovered in the myths of origin as related in the tales of different peoples.

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The ancestors of the modern Zambian believed Chauta created all living things on a mountaintop during a thunderstorm. Today, ATR believers consider dancing to be a spiritual phone line between the living and the dead. Through this physical, joyful activity, time and eternity communicate.

Myth of origin among the Achewa / Anyanja
The Anyanja live in Zambia, Mozambique and Malawi, where they are called the Achewa. They number 20 million. Their myth of origin of the human being relates that Chauta (God) lived above the clouds. The earth was then arid and sterile, as it had not rained. Chauta made it rain on Mount Nzalanyama. With the help of three rivers, he prepared fertile ground on the slopes of the mountain. Chauta then came down from his clouds, bringing with him two human beings, a man and a woman, as well as all the animals we know. The mark of a human footprint dates from that time and can still be seen on a rock today. To cultivate the earth, Chauta gave man tools, a hoe and a pickaxe. To the woman, he gave cooking utensils to make meals for the family. At that time, there was no distinction between domestic and wild animals or any hostility between human beings and beasts. Rivers provided fish in abundance. Trees in the process of growing formed a special grove that became a kasitu, the sanctuary of Chauta.

However, it happened that playing with two sticks, man and woman invented fire. They set the grove on fire, thereby creating forest fire, destruction and ashes. The goat and the dog sought refuge in the homes of men. The other animals fled into the bush. That day, anger rose in the hearts of men and in those of the beasts. Men set about hunting game and the beasts sought from then on to avenge themselves by attacking human beings.

As for Chauta, suffocated by the smoke and disgusted by the smell of spilt blood, he could no longer tolerate living on this earth, where men spread hatred and trouble. He returned to live in the clouds. He decided that at their deaths, human beings would become spirits and join him up there. However, as long as they lived on earth, human beings had to worship Chauta in the sacred grove and in the spirits of the ancestors in their villages.

Dogmas and beliefs of ATR
The Anyanja consider God’s decisions as final. They believe God is good, that he is even kind, but that he will not change the situation that human beings themselves created. They deprived themselves of the presence of God. Faced with the new order of creation, human beings must make agreements with the genies of nature, the animals and above all the spirits of the departed. The miyambo (customs and rituals) regulate the relationship to the spiritual world for all their descendants. These customs regulate all aspects of life. There may be variations from one people to another, but the customs resemble one another. The ATR is at the service of life, as a source of power.

The ATR believer feels responsible for his neighbour. What a person does or omits to do has consequences for others, for the community. ATR is not a passing fashion. It is like skin: it is part of the person; it cannot be sloughed off. ATR is not taught in schools. It is learned by imitation, observing the elders and by taking part in rituals and during initiation ceremonies.

ATR encourages hospitality, tenderness, unity, love, gratitude, work and mutual support. The idea of God is that of a unique, supreme, transcendent being. ATR adherents have a sense of the sacred and mystery (the initiation ceremony). Certain places, persons, objects in contact with the sacred and the world of the ancestors are respected. When a person dies, he or she joins the world of the ancestors. In this way, the invisible world of God, genies and the spirits of the ancestors are always present to the mind of the believer. Ancestors have a special place as mediators between God and human beings, who will try to discover the intentions of the departed by offering them sacrifices.

In ATR, they believe that the faults of an individual wrong others. There are therefore purification rites to re-establish the well-being of the entire community. One of these rites leads to the final pardon of offences. Once forgiven, the fault is never mentioned again. This silence is reinforced by the fear that the spirits will fall upon a gossip and do harm to that individual or his or her family. Certain rituals call up the ancestors and spirits at rites of passage in the stages of life, but particularly in times of trial or crisis. Everyone in the community is responsible for the success of the sacrifice offered during initiation ceremonies or rites of passage.

ATR have developed healing cures. There also, it is a family and community affair. Respect for life leads to respect for children present or to come. Abortion is viewed as an abomination. Custom dictates what is forbidden and permitted in the transmission of life, the most sacred heritage received from God and the ancestors. Certain offerings to the ancestors can be of help in this respect. They protect their descendants.

Some African Christian theologians have said that if Jesus Christ brings us into a New Testament with God, the Old Testament of Africans is to be found in ATR.

Odilo Cougil Gil