Missionnaires d'Afrique
Province Afrique Centrale (PAC) BUNIA

.............................. Photo Google , gros plan sur le centre de formation de la ruzizi
Salvador Muñoz Ledo
et Manuel Fernández M.Afr.

R.D.CONGO BUNIA
Le Centre des Jeunes
‘Missionnaires d’Afrique’

En mai 2003, les violences à Bunia ont suscité une mobilisation tardive, mais réelle, de la communauté internationale et des médias internationaux. Les uns se sont engagés, soucieux de mobiliser l’opinion publique. Les autres, à la recherche de sensations fortes, ont joué la carte du morbide. Ainsi, aux yeux du monde, le territoire de l’Ituri est devenu le royaume de l’insécurité, des tueries, des camps de « déplacés » et des Casques bleus. Pourtant, depuis 2000, il y a bien une chose que les fusils AK 47 et les armes blanches n’ont pas réussi à détruire ni même à atteindre : les livres. Qui penserait que, par le dynamisme de ses bibliothèques, Bunia, la capitale du drame, est demeurée une oasis de culture et de littérature ?

Le Centre des jeunes « Missionnaires d’Afrique » avec ses bibliothèques (au pluriel) a su traverser les adversités de la guerre tout comme certains de ses livres ont su traverser le poids les siècles. Le Centre est situé au cœur de la ville, dans les bâtiments de l’ancienne école hellénique, juste à côté du QG de la Monuc (la force des Nations Unies). Le secret de sa continuité n’est pas forcément dans les services académiques rendus, ni dans les dix mille titres disponibles et beaucoup moins dans ses 1 500 abonnés. Son secret, il faut aller le chercher dans les réponses que le Centre des jeunes cherche à donner aux questions que pose le contexte social, politique et économique.

Dans une région dévastée par les divisions, le Centre est devenu un lieu de rencontre et d’échanges fraternels où chacun peut se sentir chez lui. S’il existe à Bunia un lieu où les différentes communautés ethniques se rencon­trent et se parlent, c’est bien le Centre des jeunes Mission­naires d’Afrique.

À une jeunesse dépourvue de structures aptes à accompagner leur formation humaine et intellectuelle, le Centre propose une bibliothèque universitaire, une bibliothèque de niveau secondaire, des salles d’étude, une vidéothèque, une salle d’informatique et un jardin bien entretenu. Il organise des conférences, des rencontres, des sessions de formation qui donnent, plus qu’un savoir intellectuel, un savoir vivre avec les autres. Ses infrastructures sont toujours ouvertes à toute personne sans distinction d’origine, de religion ou de condition sociale. À une jeunesse qui a grandi et qui se développe dans une ambiance de violence où la loi du plus fort a toujours le dernier mot, il propose le projet « À l’école de la paix ».

L’école de la paix a comme objectif la création d’un parcours initiatique à la culture de la paix dans les milieux les plus affectés par la violence. Les jeunes apprennent, par des jeux de rôle et des activités diverses, à découvrir la richesse de leurs différences, afin de la mettre au service de leurs communautés respectives. Le projet « À l’école de la paix » a comme objectif spécifique de soutenir la cohabitation pacifique, de développer les liens intercommunautaires à travers le dialogue et la réalisation d’activités communes. 600 enfants sont déjà passés sur les bancs de l’école de la paix. La plupart d’entre eux sont des orphelins de guerre. Grâce au concours d’une association locale, le Centre a pu leur offrir une maison d’accueil et des bourses d’études.

Face à un système scolaire dégradé, le Centre propose un partenariat d’entraide où, sans paternalisme ni gros budget, on trouve ensemble des solutions alternatives aux multiples difficultés auxquelles chaque institution éducative, à elle seule, ne pourrait faire face. Par nos liens d’amitié, nos contacts et nos relations, nous avançons, lentement mais sûrement, vers de meilleurs services et vers une meilleure qualité de la vie éducative. Aujourd’hui, notre partenariat s’étend à 27 écoles secondaires et à sept centres universitaires.

Sans Dieu, pas de vie
Aux différentes ONG, aux expatriés qui travaillent dans le domaine de l’humanitaire et qui côtoient le Centre des jeunes, nous proposons une dimension tout autre que celle de « l’homme pour l’homme ». Il est nécessaire de veiller à la paix au Congo et il est important de soutenir le développement durable, mais il ne faut pas négliger la dimension spirituelle de l’homme, dimension que lui permettra d’atteindre une vie nouvelle dans l’Esprit. Certains expatriés ont rejoint notre prière matinale et nos Eucharisties quotidiennes. Ils n’hésitent pas à se joindre à nos actions au temps de l’Avent et du Carême et ils rendent des petits services à la communauté.

Une communauté témoin de Dieu
Dieu nous a précédés dans le cœur de tout homme. Il n’a pas attendu pour nous inviter au dialogue. De ce fait, nous devons aimer les autres pour ce qu’ils sont et non seulement pour ce que nous souhaiterions les voir devenir. Cette attitude pastorale change certaines de nos manières de faire. Tout en réaffirmant avec netteté le but apostolique de notre présence (notre agir), nous sommes persuadés que notre présence (notre être-ici) est une annonce de la Bonne Nouvelle malgré l’absence d’une parole explicitement « religieuse ». Le véritable esprit de Dieu passe aussi par les relations humaines de sympathie et d’amitié. Elles sont à la fois manifestation et signes du Royaume pour ceux qui nous regardent vivre.

Les gens d’aujourd’hui, et particulièrement les Africains, sont très sensibles à la qualité des relations qui existent dans une communauté. L’essentiel de notre présence est d’accueillir nos semblables sans leur imposer nos idées ou nos façons de faire en échange de notre amitié, de notre aide et de notre attention. Voici la façon que Dieu utilise pour répondre à nos besoins : « L’autre doit être reçu dans un espace libre et amical où il peut révéler ses dons et devenir notre ami. Vouloir atteindre les autres sans être réceptif fait plus de mal que de bien et conduit vite à la manipulation, voire à la violence en pensée, en parole et en action. Une réceptivité vraie consiste à inviter l’autre chez soi, à ses conditions et non aux nôtres » (Henri Nouwen, cité dans le livret jaune Communauté témoins I, À l’écoute de Dieu, p. 86).

Salvador Muñoz Ledo
et Manuel Fernández

Tiré du Petit Echo N° 995 2008/9

 


 

Missionaries of Africa
Province Afrique Centrale
..............................Photo Google , gros plan sur le centre de formation de la ruzizi
Salvador Muñoz Ledo
et Manuel Fernández M.Afr.

D.R.CONGO BUNIA
‘Missionaries of Africa’
Youth Centre

In May 2003, the spate of violence in Buna gave rise to a delayed but genuine mobilisation of the international community and media. One side committed itself to mobilising public opinion, others to playing the gruesome card of seeking out sensationalism. In this way, in the eyes of the world, the territory of Ituri became the realm of insecurity, killings, displaced people’s camps, and the Blue Helmets. Nevertheless, since 2000, there are a few things that AK47s and knives have not managed to destroy or even reach: books. Who would have thought that Bunia, the capital of the tragedies, would remain an oasis of culture and literature by the vitality of its libraries?

The Missionary of Africa Youth Centre with its libraries (plural) managed to survive the harsh conditions of war, just as some of its books managed to survive the burden of age. The Centre is in the heart of the town, among the buildings of the former Hellenic School, just beside the HQ of Monuc (UN Forces). The secret of its continuity is not necessarily in the academic services rendered, or in the ten thousand titles available and even less in its 1,500 members. Its secret has to be found in the responses the Youth Centre seeks to give to problems posed by the social, political and economic context.

In a region devastated by division, the Centre has become a meeting place for friendly interchange, where each person can feel at home. If there is anywhere in Bunia that different ethnic communities can meet and talk to one another, it is unquestionably at the Missionary of Africa Youth Centre. The Centre offers to youth deprived of structures, intended to go hand-in-hand with their personal and intellectual education, a university library, a secondary school library, study halls, a video library, a computer technology room and a well-tended garden. It organises conferences, meetings and training sessions that provide, in addition to intellectual knowledge, a way of living with others. Its infrastructures are always open to anyone, no matter their origin, religion or social status. It offers the ‘At the School of Peace’ project to young people who have grown up and matured in a climate of violence, where the rule of the strongest always has the last word.

The broad aim of the School of Peace is the creation of an initial pathway to a culture of peace in environments most affected by violence. Through role play and various activities, young people learn to discover the richness of their differences, putting them at the service of their respective communities. The specific aim of the ‘At the School of Peace’ project is fostering peaceful coexistence, developing intercommunity ties through dialogue and achieving joint activities. 600 children have already sat at the desks of the school of peace. The majority of them are war orphans. Thanks to the assistance of a local association, the Youth Centre has been able to offer them a guest house and study grants.

Faced with a degraded educational system, the Youth Centre proposes a support partnership, whereby, without paternalism or a huge budget, alternative solutions together can be found for the multiple problems that any educational institution alone could not face. In virtue of our bonds of friendship, our contacts and relationships, we progress slowly but surely towards a better service and improved quality in educational life. Today, our partnership extends to 27 schools and seven university centres.

No God, no life
In relation to the different NGOs and to the expatriates working in humanitarian agencies frequenting the Youth Centre, we offer a quite different dimension than just the humanity-for-humanity idea. It is necessary to watch over peace in the Congo and it is important to uphold sustainable development, but we cannot neglect the spiritual dimension of humanity. This enables humanity to reach a new life in the Spirit. Some expatriates join us in our daily Morning Prayer and Eucharist. They do not hesitate to join us in our actions in Advent and Lent and they carry out some good works in the community.

A community bearing testimony to God
God has gone before us into the hearts of all men and women. He did not wait to invite us to dialogue. From this, we must love others for what they are and not only for what we would like to see them become. This pastoral attitude changes some of our ways of doing. While reasserting with clarity the apostolic aim of our presence (our action), we are convinced that our presence (our being present here) is a proclamation of the Good News, despite the absence of an explicit religious expression of it. God’s Spirit also permeates human relations of kindness and friendship.

They are a simultaneous expression and sign of the Kingdom for those who see us live it. People today and particularly Africans are very sensitive to the quality of relationships that exist in a community. The nub of our presence is to welcome those like us, without imposing our ideas or ways of doing in exchange for our friendship, help or attention. Here is the way God uses to respond to our needs: ‘The stranger has to be received in a free and friendly space where he can reveal his gifts and become our friend. Reaching out to others without being receptive to them is more harmful than helpful and easily leads to manipulation and even to violence, in thoughts, words and actions. Really honest receptivity means inviting the stranger into our world on his or her terms, not on ours.’ (Henri Nouwen, quoted in the yellow booklet Witnessing Communities I, Listening to God, p. 86).

Salvador Muñoz Ledo
and Manuel Fernández

From Petit Echo n°995 2008/9