MESSAGE
DE SA SAINTETÉ
BENOÎT XVI
POUR LA CÉLÉBRATION DE LA

43ème JOURNÉE MONDIALE
DE LAPAIX

1er JANVIER 2010

SI TU VEUX CONSTRUIRE LA PAIX,
PROTEGE LA CREATION

version plus simple expliquée


texte intégral

ROME, Mardi 15 décembre 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral du Message de Benoît XVI pour la prochaine Journée mondiale de la paix qui aura lieu le 1er janvier 2010. Le Message a pour thème : « Si tu veux construire la paix, protège la création ».

SI TU VEUX CONSTRUIRE LA PAIX,
PROTEGE LA CREATION

1.Au début de cette nouvelle année, je désire adresser mes vœux de paix les plus fervents à toutes les communautés chrétiennes, aux responsables des Nations, aux hommes et aux femmes de bonne volonté du monde entier. J'ai choisi comme thème pour cette XLIIIème Journée Mondiale de la Paix: Si tu veux construire la paix, protège la création. Le respect de la création revêt une grande importance, car «la création est le début et le fondement de toutes les œuvres de Dieu»[1] et, aujourd'hui, sa sauvegarde devient essentielle pour la coexistence pacifique de l'humanité. Si, en effet, à cause de la cruauté de l'homme envers l'homme, nombreuses sont les menaces qui mettent en péril la paix et le développement intégral authentique de l'homme - guerres, conflits internationaux et régionaux, actes terroristes et violations des droits de l'homme - les menaces engendrées par le manque d'attention - voire même par les abus - vis-à-vis de la terre et des biens naturels, qui sont un don de Dieu, ne sont pas moins préoccupantes. C'est pour cette raison qu'il est indispensable que l'humanité renouvelle et renforce «l'alliance entre l'être humain et l'environnement, qui doit être le miroir de l'amour créateur de Dieu, de qui nous venons et vers qui nous allons».[2]

2. Dans l'Encyclique Caritas in veritate, j'ai souligné que le développement humain intégral est étroitement lié aux devoirs qui découlent du rapport de l'homme avec l'environnement naturel, considéré comme un don de Dieu fait à tous, dont l'exploitation comporte une commune responsabilité à l'égard de l'humanité tout entière, en particulier envers les pauvres et les générations à venir. J'ai noté, en outre, que lorsque la nature et, en premier lieu, l'être humain sont considérés simplement comme le fruit du hasard ou du déterminisme de l'évolution, la conscience de cette responsabilité risque de s'atténuer dans les esprits.[3] Au contraire, considérer la création comme un don de Dieu à l'humanité nous aide à comprendre la vocation et la valeur de l'homme. Avec le psalmiste, pleins d'émerveillement, nous pouvons proclamer en effet: «À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci?» (Ps 8, 4-5). Contempler la beauté de la création nous aide à reconnaître l'amour du Créateur, Amour qui, comme l'écrit Dante Alighieri, «meut le soleil et les autres étoiles».[4]

3. Il y a vingt ans, en consacrant le Message de la Journée Mondiale de la Paix au thème La paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la création, le Pape Jean-Paul II attirait l'attention sur la relation que nous avons, en tant que créatures de Dieu, avec l'univers qui nous entoure. «À l'heure actuelle, on constate - écrivait-il - une plus vive conscience des menaces qui pèsent sur la paix mondiale [...] à cause des atteintes au respect dû à la nature». Et il ajoutait que la conscience écologique ne doit pas être freinée, mais plutôt favorisée, «en sorte qu'elle se développe et mûrisse en trouvant dans des programmes et des initiatives concrets l'expression qui convient».[5] Auparavant, d'autres parmi mes Prédécesseurs avaient déjà fait allusion à la relation existant entre l'homme et l'environnement. Par exemple, en 1971, à l'occasion du quatre-vingtième anniversaire de l'Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, Paul VI avait souligné que «par une exploitation inconsidérée de la nature, (l'homme) risque de la détruire et d'être, à son tour, la victime de cette dégradation». Et il ajoutait qu'ainsi «non seulement l'environnement matériel devient une menace permanente: pollutions et déchets, nouvelles maladies, pouvoir destructeur absolu, mais c'est le cadre humain que l'homme ne maîtrise plus, créant ainsi pour demain un environnement qui pourra lui être intolérable: problème social d'envergure qui regarde la famille humaine tout entière».[6]

4. Bien qu'évitant d'entrer dans des solutions techniques spécifiques, l'Église, «experte en humanité», s'empresse de rappeler avec force l'attention sur la relation entre le Créateur, l'être humain et la création. En 1990, Jean-Paul II parlait de «crise écologique» et, en soulignant que celle-ci avait un caractère principalement éthique, il indiquait «la nécessité morale urgente d'une solidarité nouvelle».[7] Cet appel est encore plus pressant aujourd'hui, face aux manifestations croissantes d'une crise qu'il serait irresponsable de ne pas prendre sérieusement en considération. Comment demeurer indifférents face aux problématiques qui découlent de phénomènes tels que les changements climatiques, la désertification, la dégradation et la perte de productivité de vastes surfaces agricoles, la pollution des fleuves et des nappes phréatiques, l'appauvrissement de la biodiversité, l'augmentation des phénomènes naturels extrêmes, le déboisement des zones équatoriales et tropicales? Comment négliger le phénomène grandissant de ce qu'on appelle les «réfugiés de l'environnement»: ces personnes qui, à cause de la dégradation de l'environnement où elles vivent, doivent l'abandonner - souvent en même temps que leurs biens - pour affronter les dangers et les inconnues d'un déplacement forcé? Comment ne pas réagir face aux conflits réels et potentiels liés à l'accès aux ressources naturelles? Toutes ces questions ont un profond impact sur l'exercice des droits humains, comme par exemple le droit à la vie, à l'alimentation, à la santé, au développement.

5. Toutefois, il faut considérer que la crise écologique ne peut être appréhendée séparément des questions qui s'y rattachent, étant profondément liée au concept même de développement et à la vision de l'homme et de ses relations avec ses semblables et avec la création. Il est donc sage d'opérer une révision profonde et perspicace du modèle de développement, et de réfléchir également sur le sens de l'économie et de ses objectifs, pour en corriger les dysfonctionnements et les déséquilibres. L'état de santé écologique de la planète l'exige; la crise culturelle et morale de l'homme le requiert aussi et plus encore, crise dont les symptômes sont évidents depuis un certain temps partout dans le monde.[8] L'humanité a besoin d'un profond renouvellement culturel; elle a besoin de redécouvrir les valeurs qui constituent le fondement solide sur lequel bâtir un avenir meilleur pour tous. Les situations de crise qu'elle traverse actuellement - de nature économique, alimentaire, environnementale ou sociale - sont, au fond, aussi des crises morales liées les unes aux autres. Elles obligent à repenser le cheminement commun des hommes. Elles contraignent, en particulier, à adopter une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité, avec de nouvelles règles et des formes d'engagement s'appuyant avec confiance et avec courage sur les expériences positives faites et rejetant avec décision celles qui sont négatives. Ainsi seulement, la crise actuelle devient-elle une occasion de discernement et de nouvelle planification.

6. N'est-il pas vrai qu'à l'origine de celle que nous appelons la «nature» dans son sens cosmique, il y a «un dessein d'amour et de vérité»? Le monde «n'est pas le fruit d'une nécessité quelconque, d'un destin aveugle ou du hasard [...]. Le monde tire son origine de la libre volonté de Dieu, qui a voulu faire participer les créatures à son être, à sa sagesse et à sa bonté».[9] Dans ses premières pages, le Livre de la Genèse nous reconduit au sage projet du cosmos, fruit de la pensée de Dieu, au sommet duquel sont placés l'homme et la femme, créés à l'image et à la ressemblance du Créateur pour «remplir la terre» et pour «la soumettre» comme des «intendants» de Dieu lui-même (cf. Gn 1, 28). L'harmonie entre le Créateur, l'humanité et la création, que l'Écriture Sainte décrit, a été rompue par le péché d'Adam et d'Ève, de l'homme et de la femme, qui ont désiré prendre la place de Dieu, refusant de se reconnaître comme ses créatures. En conséquence, la tâche de «soumettre» la terre, de la «cultiver et de la garder» a été altérée, et entre eux et le reste de la création est né un conflit (cf. Gn 3, 17-19). L'être humain s'est laissé dominer par l'égoïsme, en perdant le sens du mandat divin, et dans sa relation avec la création, il s'est comporté comme un exploiteur, voulant exercer sur elle une domination absolue. Toutefois, la véritable signification du commandement premier de Dieu, bien mis en évidence dans le Livre de la Genèse, ne consistait pas en une simple attribution d'autorité, mais plutôt en un appel à la responsabilité. Du reste, la sagesse des anciens reconnaissait que la nature est à notre disposition, non pas comme «un tas de choses répandues au hasard»,[10] alors que la Révélation biblique nous a fait comprendre que la nature est un don du Créateur, qui en a indiqué les lois intrinsèques, afin que l'homme puisse en tirer les orientations nécessaires pour «la garder et la cultiver » (cf. Gn 2, 15).[11] Tout ce qui existe appartient à Dieu, qui l'a confié aux hommes, mais non pour qu'ils en disposent arbitrairement. Quand, au lieu d'accomplir son rôle de collaborateur de Dieu, l'homme se substitue à Lui, il finit par provoquer la rébellion de la nature «plus tyrannisée que gouvernée par lui».[12] L'homme a donc le devoir d'exercer un gouvernement responsable de la création, en la protégeant et en la cultivant.[13]

7. Malheureusement, on doit constater qu'une multitude de personnes, dans divers pays et régions de la planète, connaissent des difficultés toujours plus grandes à cause de la négligence ou du refus de beaucoup de veiller de façon responsable sur l'environnement. Le Concile œcuménique Vatican II a rappelé que «Dieu a destiné la terre et tout ce qu'elle contient à l'usage de tous les hommes et de tous les peuples».[14] L'héritage de la création appartient donc à l'humanité tout entière. Par contre, le rythme actuel d'exploitation met sérieusement en danger la disponibilité de certaines ressources naturelles non seulement pour la génération présente, mais surtout pour les générations futures.[15] Il n'est pas difficile dès lors de constater que la dégradation de l'environnement est souvent le résultat du manque de projets politiques à long terme ou de la poursuite d'intérêts économiques aveugles, qui se transforment, malheureusement, en une sérieuse menace envers la création. Pour contrer ce phénomène, en s'appuyant sur le fait que «toute décision économique a une conséquence de caractère moral»,[16] il est aussi nécessaire que l'activité économique respecte davantage l'environnement. Quand on utilise des ressources naturelles, il faut se préoccuper de leur sauvegarde, en en prévoyant aussi les coûts - en termes environnementaux et sociaux -, qui sont à évaluer comme un aspect essentiel des coûts mêmes de l'activité économique. Il revient à la communauté internationale et aux gouvernements de chaque pays de donner de justes indications pour s'opposer de manière efficace aux modes d'exploitation de l'environnement qui lui sont nuisibles. Pour protéger l'environnement, pour sauvegarder les ressources et le climat, il convient, d'une part, d'agir dans le respect de normes bien définies, également du point de vue juridique et économique, et, d'autre part, de tenir compte de la solidarité due à ceux qui habitent les régions plus pauvres de la terre et aux générations futures.

8. La mise en place d'une solidarité intergénérationnelle loyale semble en effet urgente. Les coûts découlant de l'usage des ressources environnementales communes ne peuvent être à la charge des générations futures: «Héritiers des générations passées et bénéficiaires du travail de nos contemporains, nous avons des obligations envers tous, et nous ne pouvons nous désintéresser de ceux qui viendront agrandir après nous le cercle de la famille humaine. La solidarité universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir. Il s'agit d'une responsabilité que les générations présentes ont envers les générations à venir, une responsabilité qui appartient aussi aux Etats individuellement et à la Communauté internationale ».[17] L'usage des ressources naturelles devrait être tel que les avantages immédiats ne comportent pas de conséquences négatives pour les êtres vivants, humains et autres, présents et futurs; que la sauvegarde de la propriété privée ne fasse pas obstacle à la destination universelle des biens;[18] que l'intervention de l'homme ne compromette pas la fécondité de la terre, pour le bien d'aujourd'hui et celui de demain. Au-delà d'une loyale solidarité intergénérationnelle, l'urgente nécessité morale d'une solidarité intra-générationnelle renouvelée doit être réaffirmée, spécialement dans les relations entre les pays en voie de développement et les pays hautement industrialisés: «la communauté internationale a le devoir impératif de trouver les voies institutionnelles pour réglementer l'exploitation des ressources non renouvelables, en accord avec les pays pauvres, afin de planifier ensemble l'avenir».[19] La crise écologique montre l'urgence d'une solidarité qui se déploie dans l'espace et le temps. Il est en effet important de reconnaître, parmi les causes de la crise écologique actuelle, la responsabilité historique des pays industrialisés. Les pays moins développés, et en particulier les pays émergents, ne sont pas toutefois exonérés de leur propre responsabilité par rapport à la création, parce que tous ont le devoir d'adopter graduellement des mesures et des politiques environnementales efficaces. Ceci pourrait se réaliser plus facilement s'il y avait des calculs moins intéressés dans l'assistance, dans la transmission des connaissances et l'utilisation de technologies plus respectueuses de l'environnement.

9. Il est hors de doute que l'un des points principaux que la communauté internationale doit affronter, est celui des ressources énergétiques en trouvant des stratégies communes et durables pour satisfaire les besoins en énergie de cette génération et des générations futures. A cette fin, il est nécessaire que les sociétés technologiquement avancées soient disposées à favoriser des comportements plus sobres, réduisant leurs propres besoins d'énergie et améliorant les conditions de son utilisation. Simultanément, il convient de promouvoir la recherche et l'application d'énergies dont l'impact environnemental est moindre et la «redistribution planétaire des ressources énergétiques ... afin que les pays qui n'en ont pas puissent y accéder».[20] La crise écologique offre donc une opportunité historique pour élaborer une réponse collective destinée à convertir le modèle de développement global selon une orientation plus respectueuse de la création et en faveur du développement humain intégral, s'inspirant des valeurs propres de la charité dans la vérité. Je souhaite donc l'adoption d'un modèle de développement basé sur le caractère central de l'être humain, sur la promotion et le partage du bien commun, sur la responsabilité, sur la conscience d'un changement nécessaire des styles de vie et sur la prudence, vertu qui indique les actes à accomplir aujourd'hui en prévision de ce qui peut arriver demain.[21]

10. Afin de conduire l'humanité vers une gestion d'ensemble plus durable de l'environnement et des ressources de la planète, l'homme est appelé à engager son intelligence dans le domaine de la recherche scientifique et technologique et dans l'application des découvertes qui en découlent. La «nouvelle solidarité» que Jean-Paul II propose dans le Message pour la Journée Mondiale de la Paix de 1990,[22] et la «solidarité mondiale» à laquelle j'ai moi-même fait appel dans le Message pour la Journée Mondiale de la Paix de 2009,[23] sont des attitudes essentielles pour orienter les efforts en vue de la sauvegarde de la création, par un système de gestion des ressources de la terre mieux coordonné au niveau international, surtout au moment où apparaît, de façon toujours plus évidente, la forte relation qui existe entre la lutte contre la dégradation environnementale et la promotion du développement humain intégral. Il s'agit d'une dynamique incontournable, car «le développement intégral de l'homme ne peut aller sans le développement solidaire de l'humanité».[24] Nombreux sont aujourd'hui les possibilités scientifiques et les chemins d'innovation potentiels, grâce auxquels il serait possible de fournir des solutions satisfaisantes et harmonieuses à la relation de l'homme avec l'environnement. Par exemple, il faut encourager les recherches orientées vers la découverte de procédés plus efficaces pour utiliser les grandes potentialités de l'énergie solaire. Une attention soutenue doit également être portée au problème désormais planétaire de l'eau et à l'ensemble du système hydrogéologique, dont le cycle revêt une importance primordiale pour la vie sur la terre et dont la stabilité risque d'être fortement menacée par les changements climatiques. De même, des stratégies ajustées de développement rural, centrées sur les petits cultivateurs et sur leurs familles, doivent être explorées, de même il faut aussi préparer des politiques appropriées pour la gestion des forêts, pour l'élimination des déchets, pour la valorisation des synergies existantes entre l'opposition aux changements climatiques et la lutte contre la pauvreté. Il faut des politiques nationales ambitieuses, accompagnées par un engagement international qui apportera d'importants avantages surtout à moyen et long terme. Il est nécessaire, enfin, de sortir de la logique de la seule consommation pour promouvoir des formes de production agricole et industrielle respectueuses de l'ordre de la création et satisfaisantes pour les besoins essentiels de tous. La question écologique ne doit pas être affrontée seulement en raison des perspectives effrayantes que la dégradation environnementale dessine à l'horizon; c'est la recherche d'une authentique solidarité à l'échelle mondiale, inspirée par les valeurs de la charité, de la justice et du bien commun, qui doit surtout la motiver. D'ailleurs, comme j'ai déjà eu l'occasion de le rappeler, «la technique n'est jamais purement technique. Elle montre l'homme et ses aspirations au développement, elle exprime la tendance de l'esprit humain au dépassement progressif de certains conditionnements matériels. La technique s'inscrit donc dans la mission de «cultiver et de garder la terre» (cf. Gn 2, 15), que Dieu a confiée à l'homme, et elle doit tendre à renforcer l'alliance entre l'être humain et l'environnement appelé à être le reflet de l'amour créateur de Dieu».[25]

11. Il apparaît toujours plus clairement que le thème de la dégradation environnementale met en cause les comportements de chacun de nous, les styles de vie et les modèles de consommation et de production actuellement dominants, souvent indéfendables du point de vue social, environnemental et même économique. Un changement effectif de mentalité qui pousse chacun à adopter de nouveaux styles de vie, selon lesquels «les éléments qui déterminent les choix de consommation, d'épargne et d'investissement soient la recherche du vrai, du beau et du bon, ainsi que la communion avec les autres hommes pour une croissance commune»,[26] devient désormais indispensable. On doit toujours plus éduquer à construire la paix à partir de choix de grande envergure au niveau personnel, familial, communautaire et politique. Nous sommes tous responsables de la protection et du soin de la création. Cette responsabilité ne connaît pas de frontières. Selon le principe de subsidiarité, il est important que chacun s'engage à son propre niveau, travaillant afin que soit dépassée la suprématie des intérêts particuliers. Un rôle de sensibilisation et de formation incombe en particulier aux divers sujets de la société civile et aux Organisations non-gouvernementales, qui se dépensent avec détermination et générosité à l'expansion d'une responsabilité écologique, qui devrait être toujours plus attachée au respect de «l'écologie humaine». Il faut, en outre, rappeler la responsabilité des médias dans ce domaine en proposant des modèles positifs dont on puisse s'inspirer. S'occuper de l'environnement demande donc une vision large et globale du monde; un effort commun et responsable pour passer d'une logique centrée sur l'intérêt nationaliste égoïste à une vision qui embrasse toujours les besoins de tous les peuples. On ne peut rester indifférents à ce qui arrive autour de nous, parce que la détérioration de n'importe quelle partie de la planète retomberait sur tous. Les relations entre les personnes, les groupes sociaux et les États, comme entre l'homme et l'environnement, sont appelées à prendre le style du respect et de la «charité dans la vérité». Dans ce vaste contexte, il est plus que jamais souhaitable que les efforts de la communauté internationale visant à obtenir un désarmement progressif et un monde privé d'armes nucléaires - dont la seule présence menace la vie de la planète et le processus de développement intégral de l'humanité actuelle et future - se concrétisent et trouvent un consensus.

12. L'Église a une responsabilité vis-à-vis de la création et elle pense qu'elle doit l'exercer également dans le domaine public, pour défendre la terre, l'eau et l'air, dons du Dieu Créateur à tous, et, avant tout, pour protéger l'homme du danger de sa propre destruction. La dégradation de la nature est, en effet, étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine, c'est pourquoi «quand l'"écologie humaine" est respectée dans la société, l'écologie proprement dite en tire aussi avantage».[27] On ne peut exiger des jeunes qu'ils respectent l'environnement, si on ne les aide pas, en famille et dans la société, à se respecter eux-mêmes: le livre de la nature est unique, aussi bien à propos de l'environnement que de l'éthique personnelle, familiale et sociale.[28] Les devoirs vis-à-vis de l'environnement découlent des devoirs vis-à-vis de la personne considérée en elle-même, et en relation avec les autres. J'encourage donc volontiers l'éducation à une responsabilité écologique, qui, comme je l'ai indiqué dans l'encyclique Caritas in veritate, préserve une authentique «écologie humaine», et affirme ensuite avec une conviction renouvelée l'inviolabilité de la vie humaine à toutes ses étapes et quelle que soit sa condition, la dignité de la personne et la mission irremplaçable de la famille, au sein de laquelle on est éduqué à l'amour envers le prochain et au respect de la nature.[29] Il faut sauvegarder le patrimoine humain de la société. Ce patrimoine de valeurs a son origine et est inscrit dans la loi morale naturelle, qui est à la base du respect de la personne humaine et de la création.

13. Enfin, un fait hautement significatif à ne pas oublier est que beaucoup trouvent la tranquillité et la paix, se sentent renouvelés et fortifiés, lorsqu'ils sont en contact étroit avec la beauté et l'harmonie de la nature. Il existe donc une sorte de réciprocité: si nous prenons soin de la création, nous constatons que Dieu, par l'intermédiaire de la création, prend soin de nous. Par ailleurs, une conception correcte de la relation de l'homme avec l'environnement ne conduit pas à absolutiser la nature ni à la considérer comme plus importante que la personne elle-même. Si le Magistère de l'Église exprime sa perplexité face à une conception de l'environnement qui s'inspire de l'éco-centrisme et du bio-centrisme, il le fait parce que cette conception élimine la différence ontologique et axiologique qui existe entre la personne humaine et les autres êtres vivants. De cette manière, on en arrive à éliminer l'identité et la vocation supérieure de l'homme, en favorisant une vision égalitariste de la «dignité» de tous les êtres vivants. On se prête ainsi à un nouveau panthéisme aux accents néo-païens qui font découler le salut de l'homme de la seule nature, en son sens purement naturaliste. L'Église invite au contraire à aborder la question de façon équilibrée, dans le respect de la «grammaire» que le Créateur a inscrite dans son œuvre, en confiant à l'homme le rôle de gardien et d'administrateur responsable de la création, rôle dont il ne doit certes pas abuser, mais auquel il ne peut se dérober. En effet, la position contraire qui absolutise la technique et le pouvoir humain, finit par être aussi une grave atteinte non seulement à la nature, mais encore à la dignité humaine elle-même.[30]

14. Si tu veux construire la paix, protège la création. La recherche de la paix de la part de tous les hommes de bonne volonté sera sans nul doute facilitée par la reconnaissance commune du rapport indissoluble qui existe entre Dieu, les êtres humains et la création tout entière. Les chrétiens, illuminés par la Révélation divine et suivant la Tradition de l'Église, offrent leur contribution propre. Ils considèrent le cosmos et ses merveilles à la lumière de l'œuvre créatrice du Père et rédemptrice du Christ qui, par sa mort et sa résurrection, a «tout réconcilié [...] sur la terre et dans les cieux» (Col 1, 20) avec Dieu. Le Christ, crucifié et ressuscité, a fait don à l'humanité de son Esprit sanctificateur, qui conduit le cours de l'histoire, dans l'attente du jour où le retour glorieux du Seigneur inaugurera «un ciel nouveau et une terre nouvelle» (2 P 3, 13) où résideront pour toujours la justice et la paix. Toute personne a donc le devoir de protéger l'environnement naturel pour construire un monde pacifique. C'est là un défi urgent à relever par un engagement commun renouvelé. C'est aussi une opportunité providentielle pour offrir aux nouvelles générations la perspective d'un avenir meilleur pour tous. Que les responsables des nations et tous ceux qui, à tous les niveaux, prennent à cœur les destinées de l'humanité en soient conscients: la sauvegarde de la création et la réalisation de la paix sont des réalités étroitement liées entre elles! C'est pourquoi, j'invite tous les croyants à élever leur fervente prière vers Dieu, Créateur tout-puissant et Père miséricordieux, afin qu'au cœur de tout homme et de toute femme résonne, soit accueilli et vécu cet appel pressant: Si tu veux construire la paix, protège la création.

Du Vatican, le 8 décembre 2009.

BENEDICTUS PP. XVI

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[1] Catéchisme de l'Église Catholique, n. 198.

[2] Benoit XVI, Message pour la Journée Mondiale de la Paix, 2008, n.7.

[3] Cf. n. 48.

[4] La Divine Comédie, Paradis, XXXIII, 145.

[5] Message pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 1990, n. 1.

[6] Lett. apost. Octogesima adveniens, n.21.

[7] Message pour la Journée Mondiale de la Paix, n.10.

[8] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 32.

[9] Catéchisme de l'Église Catholique, n. 295.

[10] Héraclite d'Éphèse (535 av. JC env. - 475 av. JC env. ) Fragment 22B124, in H. Diels-W. Kranz, Die Fragmente der Vorsokratiker,Weidmann, Berlin 19526.

[11] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 48.

[12] Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus, n. 37.

[13] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 50.

[14] Const. Past. Gaudium et Spes, n.69.

[15] Cf. Jean-Paul II, Lett. enc. Sollecitudo rei socialis, n. 34.

[16] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 37.

[17] Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, n. 467. Cf. Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio, n. 17.

[18] Cf. Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus, nn. 30-31, 43.

[19] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 49

[20] Ibid.

[21] Cf. Saint Thomas d'Aquin, S. Th., II.II, q. 49, 5.

[22] Cf. n. 9.

[23] Cf. n. 8.

[24] Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio, n. 43.

[25] Lett. enc. Caritas in veritate, n. 69.

[26] Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus, n. 36.

[27] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 51.

[28] Cf. Ibid. , nn. 15, 51.

[29] Cf. Ibid., nn. 28, 51, 61;Jean -Paul II, Lett. Enc. Centesimus annus, nn. 38, 39.

[30] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 70.

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« Si tu veux construire la paix, protège la création »: présentation du Message
La responsabilité éthique de tous

ROME, Mardi 15 décembre 2009 (ZENIT.org) - Benoît XVI en appelle à la responsabilité éthique « de tous » a souligné Mgr Toso, individus et nations, et communauté internationale pour respecter la création en faveur de chacun et de tous, spécialement les plus pauvres et les générations à venir : la paix du monde est en jeu. Il encourage l'adoption de modes de vie sobres de la part des pays développés. Le cardinal Martino fait observer que Benoît XVI compte sur la contribution des familles.

« Si tu veux construire la paix, protège la création » : c'est le titre du message de Benoît XVI pour la 43e Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2010.

Ce message a été présenté ce matin au Vatican par le cardinal Renato Raffaele Martino, président émérite du Conseil pontifical justice et paix, accompagné de Mgr Mario Toso, s.d.b., secrétaire de ce même dicastère. Le message est disponible en français, allemand, italien, anglais, espagnol, et portugais.

Pour un « chemin commun » de l'humanité

Au cours de la conférence de presse, le cardinal Martino a fait une présentation en cinq points faisant état d'une « vision cosmique de la paix » de la part de Benoît XVI, de « l'urgence d'agir », des perspectives pour un « chemin commun » de l'humanité, d'une espérance « dans l'intelligence et dans la dignité de l'homme » et il a souligné le 30e anniversaire, en 2010 justement, de la proclamation par Jean-Paul II de saint François d'Assise comme saint patron des défenseurs de l'écologie.

Pour qu'un chemin commun soit possible pour l'humanité, le cardinal Martino a souligné sept conditions indiquées dans le message de Benoît XVI : une vision non réductrice de la nature et de l'homme ; un profond renouveau culturel ; la responsabilité de tous vis-à-vis de la création ; une révision profonde des modèles de développement ; un agir en cohérence avec la destination universelle des biens ; la nécessité d'une solidarité renouvelée inter- et intra-générationnelle ; une utilisation équilibrée des ressources énergétiques.

Une « personne écologique »

Lors de l'échange avec la presse, le cardinal Martino a souligné l'importance de l'éducation pour former une « personne écologique » et il a témoigné de l'éducation reçue dans sa famille. Pour rendre hommage à ses parents, il a lancé, en avril dernier, une fondation portant leur nom et destinée notamment à venir en aide aux enfants pauvres et à leurs familles : la « Fondation Alessandro et Teresa Martino ». C'est la grande tâche de la famille d'éduquer aussi dans ce domaine, souligne le pape dans son message.

Pour que les nations du monde - pays développés et pays émergents - trouvent une voie commune pour protéger la création, il a souligné l'importance d'une réforme de l'ONU, souhaitée par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI (notamment dans Caritas in Veritate et ce message), par le Compendium de l'enseignement social de l'Eglise. Cette réforme, a-t-il expliqué, est nécessaire pour « répondre aux exigences de l'humanité » d'aujourd'hui. Mais ce n'est pas le rôle de l'Eglise de suggérer « comment » cela doit se faire. Elle énonce un « principe ».

Il souligne aussi qu'au niveau mondial, les religions ont leur rôle à jouer pour la sauvegarde de la création, notamment en « encourageant l'action des organismes internationaux ».

Les citernes du Brésil

Répondant à une question sur les réfugiés climatiques dont parle le pape, le cardinal Martino a souligné l'importance d'actions sur le terrain. Il a cité l'exemple de solidarité lancée au Brésil, dont le Nord manque d'eau la majeure partie de l'année. Le gouvernement avait annoncé un million de puits, mais on est loin du compte. Avec la Fondation San Matteo-cardinal Van Thuan, le cardinal Martino a lancé le projet de 60 citernes, à la suite de la visite ad limina des évêques du Brésil.

A ce propos, il rappelle que le Saint-Siège avait proposé que le droit à l'eau soit inscrit parmi les droits humains fondamentaux, lors de la conférence internationale sur l'eau qui s'est tenue à Istanbul en mars 2009. Mais de toute façon, a-t-il fait remarquer, ce droit à l'eau est « inclus » dans le « droit à la vie ».

Mais à côté des menaces qui pèsent sur la planète, le cardinal Martino a souligné que l'optimisme du pape se fonde sur des « facteurs encourageants », et des efforts « énormes » déployés par certaines ONG pour la protection de l'environnement. Cette action, dit-il « doit s'étendre » de façon à faire comprendre aux gouvernements qu'ils doivent « prendre des mesures adéquates », et elle est une « invitation à changer de style de vie ».

Le scandale de la faim

A ce propos, le cardinal Martino a cité le récent discours du pape à la FAO (cf. Zenit du 16 novembre 2009) et il a rappelé les chiffres : un milliard d'êtres humains sans le nécessaire pour s'alimenter, un autre milliard avec un dollar par jour et un troisième milliard avec deux dollars par jour. La moitié de l'humanité est donc dans une « pauvreté absolue ». Il a cité aussi le gâchis : chaque année les pays développés jettent 30 % de la nourriture, 40 % en période de Noël, et aux Etats Unis en général, 40 à 50 %. Les invendus jetés représentent 240.000 tonnes de nourriture, plus d'un milliard de dollars. On pourrait avec cela donner trois repas par jour à 600.000 personnes.

Pour ce qui est de l'énergie, à une question sur le nucléaire, le cardinal Martino a rappelé que le Saint-Siège est membre fondateur de l'Agence internationale de l'Energie Atomique (AIEA) : un souhait des fondateurs pour manifester ouvertement l'aspect « pacifique » de cet emploi de l'atome. Il pense que la question des déchets peut se résoudre. Mais il encourage aussi les énergies propres comme l'énergie solaire ou éolienne.

Une autorité super partes

Mgr Toso a pour sa part attiré l'attention sur la réflexion du pape à propos de la « responsabilité de tous », la nécessité de ne pas céder à la société de « consommation », mais « d'agir » notamment en « renforçant l'autorité mondiale » (cf. Caritas in Veritate), car il manque actuellement une autorité « super partes » . Il faut « graduellement » une autorité qui permette d'arriver à des « décisions » et en particulier pour l'emploi des crédits alloués : qui contrôlera l'usage qui en sera fait, et les processus à mettre en place aux différents niveaux ?

Le message du pape, a insisté Mgr Toso, met en évidence la responsabilité de tous et de chacun. Mais pour décider les institutions, il faut un « mouvement populaire » qui fasse bouger les gouvernements.

Une alliance éducative

Lui aussi insiste sur l'éducation, il souhaite une véritable « alliance éducative » qui implique les familles, l'école, les universités, les institutions, de façon à éduquer les jeunes à ne pas « gâcher ». Que servirait l'enseignement de l'école sur la protection de l'environnement si en famille, on s'adonnait à un « shopping effréné » ? C'est important puisque les jeunes sont plus « réceptifs ». Il faut aussi leur proposer de faire des « expériences » de respect de l'environnement, leur « faire vivre » concrètement ce que signifie la « destination universelle des biens », car il ne s'agit pas de les éduquer à la « sobriété pour la sobriété », mais de leur faire toucher du doigt que la sobriété fait du bien « à soi-même » et aussi « aux autres ». Et qu'ainsi on devient « plus juste ».

Cette éducation s'appuiera sur la foi chrétienne : beaucoup de maux viennent du fait que l'on ne reconnaît pas la création comme un don, a fait remarquer Mgr Toso, et parce que l'on n'accepte pas que cette vocation de « sauvegarder » et « administrer » la création est celle de tous.



MESSAGE
OF HIS HOLINESS
POPE BENOÎT XVI
FOR THE CELEBRATION OF THE
43 th WORLD DAY OF PEACE

1 JANUARY 2010



"If You Want to Cultivate Peace, Protect Creation"

VATICAN CITY, DEC. 15, 2009 (Zenit.org).- Here is the message Benedict XVI wrote for the Jan. 1 World Day of Peace. The letter was released today and is titled: "If You Want to Cultivate Peace, Protect Creation."

* * *

1. At the beginning of this New Year, I wish to offer heartfelt greetings of peace to all Christian communities, international leaders, and people of good will throughout the world. For this XLIII World Day of Peace I have chosen the theme: If You Want to Cultivate Peace, Protect Creation. Respect for creation is of immense consequence, not least because "creation is the beginning and the foundation of all God's works",[1] and its preservation has now become essential for the pacific coexistence of mankind. Man's inhumanity to man has given rise to numerous threats to peace and to authentic and integral human development -- wars, international and regional conflicts, acts of terrorism, and violations of human rights. Yet no less troubling are the threats arising from the neglect -- if not downright misuse -- of the earth and the natural goods that God has given us. For this reason, it is imperative that mankind renew and strengthen "that covenant between human beings and the environment, which should mirror the creative love of God, from whom we come and towards whom we are journeying".[2]

2. In my Encyclical "Caritas in Veritate," I noted that integral human development is closely linked to the obligations which flow from man's relationship with the natural environment. The environment must be seen as God's gift to all people, and the use we make of it entails a shared responsibility for all humanity, especially the poor and future generations. I also observed that whenever nature, and human beings in particular, are seen merely as products of chance or an evolutionary determinism, our overall sense of responsibility wanes.[3] On the other hand, seeing creation as God's gift to humanity helps us understand our vocation and worth as human beings. With the Psalmist, we can exclaim with wonder: "When I look at your heavens, the work of your hands, the moon and the stars which you have established; what is man that you are mindful of him, and the son of man that you care for him?" (Ps 8:4-5). Contemplating the beauty of creation inspires us to recognize the love of the Creator, that Love which "moves the sun and the other stars".[4]

3. Twenty years ago, Pope John Paul II devoted his Message for the World Day of Peace to the theme: Peace with God the Creator, Peace with All of Creation. He emphasized our relationship, as God's creatures, with the universe all around us. "In our day", he wrote, "there is a growing awareness that world peace is threatened ... also by a lack of due respect for nature". He added that "ecological awareness, rather than being downplayed, needs to be helped to develop and mature, and find fitting expression in concrete programmes and initiatives".[5]

Previous Popes had spoken of the relationship between human beings and the environment. In 1971, for example, on the eightieth anniversary of Leo XIII's Encyclical "Rerum Novarum," Paul VI pointed out that "by an ill-considered exploitation of nature (man) risks destroying it and becoming in his turn the victim of this degradation". He added that "not only is the material environment becoming a permanent menace - pollution and refuse, new illnesses and absolute destructive capacity - but the human framework is no longer under man's control, thus creating an environment for tomorrow which may well be intolerable. This is a wide-ranging social problem which concerns the entire human family".[6]

4. Without entering into the merit of specific technical solutions, the Church is nonetheless concerned, as an "expert in humanity", to call attention to the relationship between the Creator, human beings and the created order. In 1990 John Paul II had spoken of an "ecological crisis" and, in highlighting its primarily ethical character, pointed to the "urgent moral need for a new solidarity".[7] His appeal is all the more pressing today, in the face of signs of a growing crisis which it would be irresponsible not to take seriously. Can we remain indifferent before the problems associated with such realities as climate change, desertification, the deterioration and loss of productivity in vast agricultural areas, the pollution of rivers and aquifers, the loss of biodiversity, the increase of natural catastrophes and the deforestation of equatorial and tropical regions? Can we disregard the growing phenomenon of "environmental refugees", people who are forced by the degradation of their natural habitat to forsake it -- and often their possessions as well -- in order to face the dangers and uncertainties of forced displacement? Can we remain impassive in the face of actual and potential conflicts involving access to natural resources? All these are issues with a profound impact on the exercise of human rights, such as the right to life, food, health and development.

5. It should be evident that the ecological crisis cannot be viewed in isolation from other related questions, since it is closely linked to the notion of development itself and our understanding of man in his relationship to others and to the rest of creation. Prudence would thus dictate a profound, long-term review of our model of development, one which would take into consideration the meaning of the economy and its goals with an eye to correcting its malfunctions and misapplications. The ecological health of the planet calls for this, but it is also demanded by the cultural and moral crisis of humanity whose symptoms have for some time been evident in every part of the world.[8] Humanity needs a profound cultural renewal; it needs to rediscover those values which can serve as the solid basis for building a brighter future for all. Our present crises - be they economic, food-related, environmental or social - are ultimately also moral crises, and all of them are interrelated. They require us to rethink the path which we are travelling together. Specifically, they call for a lifestyle marked by sobriety and solidarity, with new rules and forms of engagement, one which focuses confidently and courageously on strategies that actually work, while decisively rejecting those that have failed. Only in this way can the current crisis become an opportunity for discernment and new strategic planning.

6. Is it not true that what we call "nature" in a cosmic sense has its origin in "a plan of love and truth"? The world "is not the product of any necessity whatsoever, nor of blind fate or chance... The world proceeds from the free will of God; he wanted to make his creatures share in his being, in his intelligence, and in his goodness".[9] The Book of Genesis, in its very first pages, points to the wise design of the cosmos: it comes forth from God's mind and finds its culmination in man and woman, made in the image and likeness of the Creator to "fill the earth" and to "have dominion over" it as "stewards" of God himself (cf. Gen 1:28). The harmony between the Creator, mankind and the created world, as described by Sacred Scripture, was disrupted by the sin of Adam and Eve, by man and woman, who wanted to take the place of God and refused to acknowledge that they were his creatures. As a result, the work of "exercising dominion" over the earth, "tilling it and keeping it", was also disrupted, and conflict arose within and between mankind and the rest of creation (cf. Gen 3:17-19). Human beings let themselves be mastered by selfishness; they misunderstood the meaning of God's command and exploited creation out of a desire to exercise absolute domination over it. But the true meaning of God's original command, as the Book of Genesis clearly shows, was not a simple conferral of authority, but rather a summons to responsibility. The wisdom of the ancients had recognized that nature is not at our disposal as "a heap of scattered refuse".[10] Biblical Revelation made us see that nature is a gift of the Creator, who gave it an inbuilt order and enabled man to draw from it the principles needed to "till it and keep it" (cf. Gen. 2:15).[11] Everything that exists belongs to God, who has entrusted it to man, albeit not for his arbitrary use. Once man, instead of acting as God's co-worker, sets himself up in place of God, he ends up provoking a rebellion on the part of nature, "which is more tyrannized than governed by him".[12] Man thus has a duty to exercise responsible stewardship over creation, to care for it and to cultivate it.[13]

7. Sad to say, it is all too evident that large numbers of people in different countries and areas of our planet are experiencing increased hardship because of the negligence or refusal of many others to exercise responsible stewardship over the environment. The Second Vatican Ecumenical Council reminded us that "God has destined the earth and everything it contains for all peoples and nations".[14] The goods of creation belong to humanity as a whole. Yet the current pace of environmental exploitation is seriously endangering the supply of certain natural resources not only for the present generation, but above all for generations yet to come.[15] It is not hard to see that environmental degradation is often due to the lack of far-sighted official policies or to the pursuit of myopic economic interests, which then, tragically, become a serious threat to creation. To combat this phenomenon, economic activity needs to consider the fact that "every economic decision has a moral consequence" [16] and thus show increased respect for the environment. When making use of natural resources, we should be concerned for their protection and consider the cost entailed -- environmentally and socially -- as an essential part of the overall expenses incurred. The international community and national governments are responsible for sending the right signals in order to combat effectively the misuse of the environment. To protect the environment, and to safeguard natural resources and the climate, there is a need to act in accordance with clearly-defined rules, also from the juridical and economic standpoint, while at the same time taking into due account the solidarity we owe to those living in the poorer areas of our world and to future generations.

8. A greater sense of intergenerational solidarity is urgently needed. Future generations cannot be saddled with the cost of our use of common environmental resources. "We have inherited from past generations, and we have benefited from the work of our contemporaries; for this reason we have obligations towards all, and we cannot refuse to interest ourselves in those who will come after us, to enlarge the human family. Universal solidarity represents a benefit as well as a duty. This is a responsibility that present generations have towards those of the future, a responsibility that also concerns individual States and the international community".[17] Natural resources should be used in such a way that immediate benefits do not have a negative impact on living creatures, human and not, present and future; that the protection of private property does not conflict with the universal destination of goods;[18] that human activity does not compromise the fruitfulness of the earth, for the benefit of people now and in the future. In addition to a fairer sense of intergenerational solidarity there is also an urgent moral need for a renewed sense of intragenerational solidarity, especially in relationships between developing countries and highly industrialized countries: "the international community has an urgent duty to find institutional means of regulating the exploitation of non-renewable resources, involving poor countries in the process, in order to plan together for the future".[19] The ecological crisis shows the urgency of a solidarity which embraces time and space. It is important to acknowledge that among the causes of the present ecological crisis is the historical responsibility of the industrialized countries. Yet the less developed countries, and emerging countries in particular, are not exempt from their own responsibilities with regard to creation, for the duty of gradually adopting effective environmental measures and policies is incumbent upon all. This would be accomplished more easily if self-interest played a lesser role in the granting of aid and the sharing of knowledge and cleaner technologies.

9. To be sure, among the basic problems which the international community has to address is that of energy resources and the development of joint and sustainable strategies to satisfy the energy needs of the present and future generations. This means that technologically advanced societies must be prepared to encourage more sober lifestyles, while reducing their energy consumption and improving its efficiency. At the same time there is a need to encourage research into, and utilization of, forms of energy with lower impact on the environment and "a world-wide redistribution of energy resources, so that countries lacking those resources can have access to them".[20] The ecological crisis offers an historic opportunity to develop a common plan of action aimed at orienting the model of global development towards greater respect for creation and for an integral human development inspired by the values proper to charity in truth. I would advocate the adoption of a model of development based on the centrality of the human person, on the promotion and sharing of the common good, on responsibility, on a realization of our need for a changed life-style, and on prudence, the virtue which tells us what needs to be done today in view of what might happen tomorrow.[21]

10. A sustainable comprehensive management of the environment and the resources of the planet demands that human intelligence be directed to technological and scientific research and its practical applications. The "new solidarity" for which John Paul II called in his Message for the 1990 World Day of Peace [22] and the "global solidarity" for which I myself appealed in my Message for the 2009 World Day of Peace [23] are essential attitudes in shaping our efforts to protect creation through a better internationally-coordinated management of the earth's resources, particularly today, when there is an increasingly clear link between combatting environmental degradation and promoting an integral human development. These two realities are inseparable, since "the integral development of individuals necessarily entails a joint effort for the development of humanity as a whole".[24] At present there are a number of scientific developments and innovative approaches which promise to provide satisfactory and balanced solutions to the problem of our relationship to the environment.

Encouragement needs to be given, for example, to research into effective ways of exploiting the immense potential of solar energy. Similar attention also needs to be paid to the world-wide problem of water and to the global water cycle system, which is of prime importance for life on earth and whose stability could be seriously jeopardized by climate change. Suitable strategies for rural development centred on small farmers and their families should be explored, as well as the implementation of appropriate policies for the management of forests, for waste disposal and for strengthening the linkage between combatting climate change and overcoming poverty. Ambitious national policies are required, together with a necessary international commitment which will offer important benefits especially in the medium and long term. There is a need, in effect, to move beyond a purely consumerist mentality in order to promote forms of agricultural and industrial production capable of respecting creation and satisfying the primary needs of all. The ecological problem must be dealt with not only because of the chilling prospects of environmental degradation on the horizon; the real motivation must be the quest for authentic world-wide solidarity inspired by the values of charity, justice and the common good. For that matter, as I have stated elsewhere, "technology is never merely technology. It reveals man and his aspirations towards development; it expresses the inner tension that impels him gradually to overcome material limitations. Technology in this sense is a response to God's command to till and keep the land (cf. Gen 2:15) that he has entrusted to humanity, and it must serve to reinforce the covenant between human beings and the environment, a covenant that should mirror God's creative love".[25]

11. It is becoming more and more evident that the issue of environmental degradation challenges us to examine our life-style and the prevailing models of consumption and production, which are often unsustainable from a social, environmental and even economic point of view. We can no longer do without a real change of outlook which will result in new life-styles, "in which the quest for truth, beauty, goodness and communion with others for the sake of common growth are the factors which determine consumer choices, savings and investments".[26] Education for peace must increasingly begin with far-reaching decisions on the part of individuals, families, communities and states. We are all responsible for the protection and care of the environment. This responsibility knows no boundaries. In accordance with the principle of subsidiarity it is important for everyone to be committed at his or her proper level, working to overcome the prevalence of particular interests. A special role in raising awareness and in formation belongs to the different groups present in civil society and to the non-governmental organizations which work with determination and generosity for the spread of ecological responsibility, responsibility which should be ever more deeply anchored in respect for "human ecology". The media also have a responsibility in this regard to offer positive and inspiring models. In a word, concern for the environment calls for a broad global vision of the world; a responsible common effort to move beyond approaches based on selfish nationalistic interests towards a vision constantly open to the needs of all peoples. We cannot remain indifferent to what is happening around us, for the deterioration of any one part of the planet affects us all. Relationships between individuals, social groups and states, like those between human beings and the environment, must be marked by respect and "charity in truth". In this broader context one can only encourage the efforts of the international community to ensure progressive disarmament and a world free of nuclear weapons, whose presence alone threatens the life of the planet and the ongoing integral development of the present generation and of generations yet to come.

12. The Church has a responsibility towards creation, and she considers it her duty to exercise that responsibility in public life, in order to protect earth, water and air as gifts of God the Creator meant for everyone, and above all to save mankind from the danger of self-destruction. The degradation of nature is closely linked to the cultural models shaping human coexistence: consequently, "when ‘human ecology' is respected within society, environmental ecology also benefits".[27] Young people cannot be asked to respect the environment if they are not helped, within families and society as a whole, to respect themselves. The book of nature is one and indivisible; it includes not only the environment but also individual, family and social ethics.[28] Our duties towards the environment flow from our duties towards the person, considered both individually and in relation to others.

Hence I readily encourage efforts to promote a greater sense of ecological responsibility which, as I indicated in my Encyclical "Caritas in Veritate," would safeguard an authentic "human ecology" and thus forcefully reaffirm the inviolability of human life at every stage and in every condition, the dignity of the person and the unique mission of the family, where one is trained in love of neighbour and respect for nature.[29] There is a need to safeguard the human patrimony of society. This patrimony of values originates in and is part of the natural moral law, which is the foundation of respect for the human person and creation.

13. Nor must we forget the very significant fact that many people experience peace and tranquillity, renewal and reinvigoration, when they come into close contact with the beauty and harmony of nature. There exists a certain reciprocity: as we care for creation, we realize that God, through creation, cares for us. On the other hand, a correct understanding of the relationship between man and the environment will not end by absolutizing nature or by considering it more important than the human person. If the Church's magisterium expresses grave misgivings about notions of the environment inspired by ecocentrism and biocentrism, it is because such notions eliminate the difference of identity and worth between the human person and other living things. In the name of a supposedly egalitarian vision of the "dignity" of all living creatures, such notions end up abolishing the distinctiveness and superior role of human beings. They also open the way to a new pantheism tinged with neo-paganism, which would see the source of man's salvation in nature alone, understood in purely naturalistic terms. The Church, for her part, is concerned that the question be approached in a balanced way, with respect for the "grammar" which the Creator has inscribed in his handiwork by giving man the role of a steward and administrator with responsibility over creation, a role which man must certainly not abuse, but also one which he may not abdicate. In the same way, the opposite position, which would absolutize technology and human power, results in a grave assault not only on nature, but also on human dignity itself.[30]

14. If you want to cultivate peace, protect creation. The quest for peace by people of good will surely would become easier if all acknowledge the indivisible relationship between God, human beings and the whole of creation. In the light of divine Revelation and in fidelity to the Church's Tradition, Christians have their own contribution to make. They contemplate the cosmos and its marvels in light of the creative work of the Father and the redemptive work of Christ, who by his death and resurrection has reconciled with God "all things, whether on earth or in heaven" (Col 1:20). Christ, crucified and risen, has bestowed his Spirit of holiness upon mankind, to guide the course of history in anticipation of that day when, with the glorious return of the Saviour, there will be "new heavens and a new earth" (2 Pet 3:13), in which justice and peace will dwell for ever. Protecting the natural environment in order to build a world of peace is thus a duty incumbent upon each and all. It is an urgent challenge, one to be faced with renewed and concerted commitment; it is also a providential opportunity to hand down to coming generations the prospect of a better future for all. May this be clear to world leaders and to those at every level who are concerned for the future of humanity: the protection of creation and peacemaking are profoundly linked! For this reason, I invite all believers to raise a fervent prayer to God, the all-powerful Creator and the Father of mercies, so that all men and women may take to heart the urgent appeal: If you want to cultivate peace, protect creation.

From the Vatican, 8 December 2009

BENEDICTUS PP. XVI

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Notes

[1] Catechism of the Catholic Church, 198.

[2] Benedict XVI, Message for the 2008 World Day of Peace, 7.

[3] Cf. No.48.

[4] Dante Alighieri, The Divine Comedy, Paradiso, XXXIII, 145.

[5] Message for the 1990 World Day of Peace, 1.

[6] Apostolic Letter "Octogesima Adveniens," 21.

[7] Message for the 1990 World Day of Peace, 10.

[8] Cf. Benedict XVI, Encyclical Letter "Caritas in Veritate," 32.

[9] Catechism of the Catholic Church, 295.

[10] Heraclitus of Ephesus (c. 535 - c. 475 B.C.), Fragment 22B124, in H. Diels-W. Kranz, Die Fragmente der Vorsokratiker, Weidmann, Berlin,1952, 6th ed.

[11] Cf. Benedict XVI, Encyclical Letter "Caritas in Veritate," 48.

[12] John Paul II, Encyclical Letter "Centesimus Annus," 37.

[13] Cf. Benedict XVI, Encyclical Letter "Caritas in Veritate," 50.

[14] Pastoral Constitution "Gaudium et Spes," 69.

[15] Cf. John Paul II, Encyclical Letter "Sollicitudo Rei Socialis," 34.

[16] Benedict XVI, Encyclical Letter "Caritas in Veritate," 37.

[17] Pontifical Council for Justice and Peace, Compendium of the Social Doctrine of the Church, 467; cf. Paul VI, Encyclical Letter "Populorum Progressio," 17.

[18] Cf. John Paul II, Encyclical Letter "Centesimus Annus," 30-31, 43

[19] Benedict XVI, Encyclical Letter "Caritas in Veritate," 49.

[20] Ibid.

[21] Cf. Saint Thomas Aquinas, S. Th., II-II, q. 49, 5.

[22] Cf. No. 9.

[23] Cf. No. 8.

[24] Paul VI, Encyclical Letter "Populorum Progressio," 43.

[25] Encyclical Letter "Caritas in Veritate," 69.

[26] John Paul II, Encyclical Letter "Centesimus Annus," 36.

[27] Benedict XVI, Encyclical Letter "Caritas in Veritate," 51.

[28] Cf. ibid., 15, 51.

[29] Cf. ibid., 28, 51, 61; John Paul II, Encyclical Letter "Centesimus Annus," 38, 39.

[30] Cf. Benedict XVI, Encyclical Letter "Caritas in Veritate," 70.

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