MESSAGE
DE SA SAINTETÉ
BENOÎT XVI
POUR LA CÉLÉBRATION DE LA

45ème JOURNÉE MONDIALE
DE LA PAIX

1er JANVIER 2012

« Eduquer les jeunes à la justice et à la paix »


ROME, vendredi 16 décembre 2011 (ZENIT.org) – « Eduquer les jeunes à la justice et à la paix » c’est le thème de ce Message de Benoît XVI pour la Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2012, qui a été publié ce matin par le Vatican.

ÉDUQUER LES JEUNES À LA JUSTICE ET À LA PAIX

1. Le début d’une nouvelle année, don de Dieu à l’humanité, m’incite à adresser à tous, avec grande confiance et affection, un message spécial de vœux pour ce temps qui est devant nous, afin qu’il soit marqué concrètement par la justice et par la paix.

Avec quelle attitude allons-nous envisager la nouvelle année? Dans le Psaume 130, nous trouvons une très belle image. Le psalmiste dit que l’homme de foi attend le Seigneur « plus que les veilleurs l’aurore » (v. 6), il l’attend avec une ferme espérance, parce qu’il sait qu’elle apportera lumière, miséricorde, salut. Cette attente naît de l’expérience du peuple élu, qui reconnaît que Dieu l’éduque à regarder le monde tel qu’il est en vérité et à ne pas se laisser abattre par les tribulations. Je vous invite à considérer l’année 2012 avec cette attitude confiante. Il est vrai qu’au cours de l’année qui s’achève, le sentiment de frustration suscité par la crise qui frappe la société, le monde du travail et l’économie a augmenté; une crise dont les racines sont avant tout culturelles et anthropologiques. Il semble presque qu’une chape d’obscurité soit venue recouvrir notre temps et ne permette pas de voir avec clarté la lumière du jour.

Dans cette obscurité, le cœur de l’homme ne cesse toutefois d’attendre l’aurore dont parle le psalmiste. Cette attente est particulièrement vive et visible chez les jeunes, et c’est pourquoi ma pensée va vers eux en considérant la contribution qu’ils peuvent et doivent offrir à la société.

Je voudrais donc présenter le Message pour la XLVème Journée Mondiale de la Paix dans une perspective éducative: « Éduquer les jeunes à la justice et à la paix », convaincu qu’ils peuvent par leur enthousiasme et leur ardeur en vue d’un idéal, offrir une nouvelle espérance au monde. Mon Message s’adresse également aux parents, aux familles, à toutes les composantes éducatives, formatives, comme aussi aux responsables dans les différents milieux de la vie religieuse, sociale, politique, économique, culturelle et de la communication. Être attentifs au monde des jeunes, savoir l’accueillir et le valoriser, n’est pas seulement une opportunité, mais un devoir fondamental de toute la société, pour la construction d’un avenir de justice et de paix. Il s’agit de communiquer aux jeunes une appréciation de la valeur positive de la vie, en suscitant en eux le désir de la dédier au service du Bien. C’est là une tâche qui nous engage tous personnellement.

Les préoccupations exprimées par de nombreux jeunes ces derniers temps, dans différentes régions du monde, manifestent le désir de pouvoir regarder l’avenir avec une espérance fondée. Actuellement, les aspects qu’ils vivent avec appréhension sont nombreux : le désir de recevoir une formation qui les prépare de manière plus profonde à affronter la réalité, la difficulté de former une famille et de trouver un emploi stable, la capacité effective de participer au monde de la politique, de la culture et de l’économie pour construire une société ayant un visage plus humain et solidaire. Il est important que ces ferments, et l’élan vers un idéal qu’ils contiennent, trouvent l’attention qui leur est due de la part de tous les membres de la société. L’Église regarde les jeunes avec espérance ; elle a confiance en eux et elle les encourage à rechercher la vérité, à défendre le bien commun, à avoir des perspectives ouvertes sur le monde et des yeux capables de voir des « choses nouvelles » (Is 42, 9; 48, 6)!

Les responsables de l’éducation

2. L’éducation est l’aventure la plus fascinante et difficile de la vie. Éduquer – du latin educere – signifie conduire hors de soi pour introduire à la réalité, vers une plénitude qui fait grandir la personne. Ce processus se nourrit de la rencontre de deux libertés, celle de l’adulte, et celle du jeune. Ceci demande la responsabilité du disciple qui doit être ouvert pour se laisser guider vers la connaissance de la réalité, et celle de l’éducateur qui doit être disposé à se donner lui-même. Plus que jamais sont nécessaires pour cela d’authentiques témoins et non pas de simples dispensateurs de règles et d’informations ; des témoins qui sachent voir plus loin que les autres, parce que leur vie embrasse des espaces plus vastes. Le témoin est celui qui vit en premier le chemin qu’il propose.

Quels sont les lieux où mûrit la vraie éducation à la paix et à la justice? Il y a d’abord la famille, puisque les parents sont les premiers éducateurs. La famille est la cellule originaire de la société. « C’est dans la famille que les enfants apprennent les valeurs humaines et chrétiennes qui permettent une coexistence constructive et pacifique. C’est dans la famille qu’on apprend la solidarité entre les générations, le respect des règles, le pardon et l’accueil de l’autre ». Elle est la première école où on est éduqué à la justice et à la paix.

Nous vivons dans un monde où la famille, et aussi la vie elle-même, sont constamment menacées et assez fréquemment brisées. Des conditions de travail souvent peu compatibles avec les responsabilités familiales, des préoccupations pour l’avenir, des rythmes de vie frénétiques, des migrations en recherche de moyens de subsistance adaptés – voire même de simple survivance –, finissent par rendre difficile la possibilité d’assurer aux enfants un des biens les plus précieux: la présence des parents; une présence qui permette un partage toujours plus approfondi du chemin afin de pouvoir transmettre l’expérience et les certitudes acquises avec les années, qui ne peuvent se communiquer que grâce au temps passé ensemble. Aux parents, je désire dire de ne pas perdre courage! Par l’exemple de leur vie, qu’ils exhortent leurs enfants à placer leur espérance avant tout en Dieu, de là seulement surgissent justice et paix authentiques.

Je voudrais m’adresser aussi aux responsables des institutions qui ont un devoir éducatif : qu’avec un grand sens des responsabilités, ils veillent à ce que la dignité de chaque personne soit respectée et valorisée en toutes circonstances. Qu’ils aient soin que chaque jeune puisse découvrir sa propre vocation, en l’accompagnant pour faire fructifier les dons que le Seigneur lui a accordés. Qu’ils donnent aux familles l’assurance que leurs enfants puissent avoir un parcours de formation qui ne soit pas en contradiction avec leur conscience et leurs principes religieux.

Que chaque structure éducative puisse être un lieu d’ouverture au transcendant et aux autres ; un lieu de dialogue, de cohésion et d’écoute, où le jeune se sente valorisé dans ses propres potentialités et ses richesses intérieures, et apprenne à estimer vraiment ses frères. Que ce lieu puisse enseigner aussi à goûter la joie qui jaillit du fait de vivre, jour après jour, dans la charité et dans la compassion envers le prochain, et dans la participation active à la construction d’une société plus humaine et fraternelle.

Je me tourne ensuite vers les responsables politiques, en leur demandant d’aider concrètement les familles et les institutions éducatives à exercer leur droit et leur devoir d’éduquer. Un soutien adapté à la maternité et à la paternité ne doit jamais manquer. Qu’ils fassent en sorte que l’accès à l’instruction ne soit jamais nié à personne, et que les familles puissent choisir librement les structures éducatives qu’elles retiennent être plus conformes au bien de leurs enfants. Qu’ils s’engagent à favoriser le regroupement des familles qui sont divisées par la nécessité de trouver des moyens de subsistance. Qu’ils offrent aux jeunes une image limpide de la politique, comme un service véritable pour le bien de tous.

En outre, je ne peux pas ne pas en appeler au monde des médias afin qu’il donne sa contribution éducative. Dans la société d’aujourd’hui, les moyens de communication de masse ont un rôle particulier: non seulement ils informent, mais ils façonnent aussi l’esprit de leurs destinataires et ils peuvent donc contribuer de façon notable à l’éducation des jeunes. Il est important de retenir que le lien entre éducation et communication est très étroit : l’éducation advient en effet par les moyens de communication, qui influent sur la formation de la personne d’une manière positive ou négative.

Les jeunes aussi doivent avoir le courage de vivre en premier eux-mêmes ce qu’ils demandent à ceux qui les entourent. C’est une grande responsabilité qui les concerne: qu’ils aient la force de faire un usage bon et conscient de leur liberté. Ils sont eux aussi responsables de leur propre éducation et de votre formation à la justice et à la paix !

Éduquer à la vérité et à la liberté

3. Saint Augustin se demandait: « Quid enim fortius desiderat anima quam veritatem? – Que désire l’homme plus fortement que la vérité?–» Le visage humain d’une société dépend beaucoup de la contribution de l’éducation à maintenir vive cette demande qu’on ne peut pas supprimer. En effet, l’éducation concerne la formation intégrale de la personne, y compris la dimension morale et spirituelle de l’être, en vue de sa fin ultime et du bien de la société dont elle est membre. Dès lors, pour éduquer à la vérité, il convient avant tout de savoir qui est la personne humaine et d’en connaître la nature. Contemplant la réalité qui l’entoure, le psalmiste réfléchit: « À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci? » (Ps 8, 4-5). Voici la question fondamentale à se poser : qui est l’homme?

L’homme est un être qui porte dans son cœur une soif d’infini, une soif de vérité – non partielle, mais capable d’expliquer le sens de la vie – car il a été créé à l’image et selon la ressemblance de Dieu. Reconnaître alors, avec gratitude, la vie comme un don inestimable, porte à découvrir la propre dignité profonde et l’inviolabilité de chaque personne. C’est pourquoi, la première éducation consiste dans le fait d’apprendre à reconnaître dans l’homme l’image du Créateur et, par conséquent, à avoir un respect profond pour tout être humain et à aider les autres à avoir une vie conforme à cette très haute dignité.

Il ne faut jamais oublier que « le développement authentique de l’homme concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions », y compris sa dimension transcendante, et que la personne ne peut être sacrifiée en vue d’obtenir un bien particulier, qu’il soit économique ou social, individuel ou collectif. C’est seulement par sa relation avec Dieu que l’homme comprend aussi le sens de sa propre liberté. Et c’est la tâche de l’éducation de former à la liberté authentique. Celle-ci n’est pas l’absence de liens ou le règne du libre arbitre, elle n’est pas l’absolutisme du « je ». L’homme qui se croit absolu, qui n’est dépendant de rien et de personne, et qui croit pouvoir faire tout ce qu’il veut, finit par contredire la vérité de son propre être et par perdre sa liberté. Au contraire, l’homme est un être relationnel qui vit en relation avec les autres et avec Dieu surtout. La liberté authentique ne peut jamais être atteinte dans l’éloignement de Dieu.

La liberté est une valeur précieuse, mais délicate ; elle peut être mal comprise et mal utilisée. « Aujourd’hui, un obstacle extrêmement menaçant pour l’œuvre d’éducation est constitué par la présence massive, dans notre société et notre culture, de ce relativisme qui, en ne reconnaissant rien comme définitif, ne laisse comme ultime mesure que son propre moi avec ses désirs, et sous l’apparence de la liberté devient une prison pour chacun, séparant l’un de l’autre et réduisant chacun à se retrouver enfermé dans son propre « Moi ». Dans un tel horizon relativiste une véritable éducation n’est donc pas possible: en effet, sans la lumière de la vérité toute personne est condamnée, à un moment ou à un autre, à douter de la bonté de sa vie même et des relations qui la constituent, de la valeur de son engagement pour construire quelque chose en commun avec les autres ».

Pour exercer sa liberté, l’homme doit alors dépasser l’horizon relativiste et connaître la vérité sur lui-même, et la vérité sur le bien et le mal. Au fond de sa conscience, l’homme découvre une loi qu’il ne se donne pas lui-même, mais à laquelle il doit obéir au contraire et dont la voix l’appelle à aimer, à faire le bien et à fuir le mal, à assumer la responsabilité du bien accompli et du mal commis. Pour cela, l’exercice de la liberté est profondément lié à la loi morale naturelle, qui est de caractère universel. Elle exprime la dignité de chaque personne, pose les bases de ses droits et devoirs fondamentaux, et par conséquent et en dernière analyse, du vivre-ensemble juste et pacifique entre les personnes.

Le juste usage de la liberté est donc central pour la promotion de la justice et de la paix, qui requièrent le respect pour soi-même et pour l’autre, même s’il est loin de son mode d’être et de vivre. De cette attitude proviennent les éléments sans lesquels la paix et la justice restent des paroles privées de contenu : la confiance réciproque, la capacité à construire un dialogue constructif, la possibilité du pardon – que tant de fois on aimerait obtenir mais qu’on a de la peine à donner –, la charité réciproque, la compassion pour les plus faibles, comme également la disponibilité au sacrifice.

Éduquer à la justice

4. Dans notre monde où la valeur de la personne, de sa dignité et de ses droits – au-delà des déclarations d’intentions – est sérieusement menacée par la tendance généralisée à recourir exclusivement aux critères de l’utilité, du profit et de l’avoir, il est important de ne pas couper le concept de justice de ses racines transcendantes. La justice, en effet, n’est pas une simple convention humaine, car ce qui est juste n’est pas déterminé originairement par la loi positive, mais par l’identité profonde de l’être humain.

C’est la vision intégrale de l’homme qui permet de ne pas tomber dans une conception contractuelle de la justice et d’ouvrir aussi, grâce à elle, l’horizon de la solidarité et de l’amour. Nous ne pouvons pas ignorer que certains courants de la culture moderne, soutenus par des principes économiques rationalistes et individualistes, ont aliéné le concept de justice jusque dans ses racines transcendantes, le séparant de la charité et de la solidarité : « la cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion. La charité manifeste toujours l’amour de Dieu, y compris dans les relations humaines. Elle donne une valeur théologale et salvifique à tout engagement pour la justice dans le monde ». « Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés » (Mt 5, 6). Ils seront rassasiés parce qu’ils ont faim et soif de relations justes avec Dieu, avec eux-mêmes, avec leurs frères et sœurs, et avec la création tout entière.

Éduquer à la paix

5. « La paix n’est pas seulement absence de guerre et elle ne se borne pas à assurer l’équilibre des forces adverses. La paix ne peut s’obtenir sur terre sans la sauvegarde des biens des personnes, la libre communication entre les êtres humains, le respect de la dignité des personnes et des peuples, la pratique assidue de la fraternité ».8 La paix est un fruit de la justice et un effet de la charité. La paix est avant tout un don de Dieu. Nous chrétiens, nous croyons que le Christ est notre vraie paix: en Lui et dans Croix, Dieu a réconcilié le monde avec Lui et a détruit les barrières qui nous séparaient les uns des autres (cf. Ep 2, 14-18); en Lui il y a une seule famille réconciliée dans l’amour.

Toutefois, la paix n’est pas seulement un don à recevoir, mais bien également une œuvre à construire. Pour être vraiment des artisans de paix, nous devons nous éduquer à la compassion, à la solidarité, à la collaboration, à la fraternité, être actifs au sein de la communauté et vigilants à éveiller les consciences sur les questions nationales et internationales et sur l’importance de la recherche de modalités adéquates pour la redistribution de la richesse, pour la promotion de la croissance, pour la coopération au développement et pour la résolution des conflits.

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu », affirme Jésus dans le discours sur la montagne (Mt 5, 9). La paix pour tous naît de la justice de chacun. Personne ne peut éluder cette tâche essentielle de promouvoir la justice, selon ses propres compétences et ses responsabilités. J’invite particulièrement les jeunes, qui maintiennent toujours vive la tension vers des idéaux, à avoir de la patience et de la ténacité dans la recherche de la justice et de la paix, dans l’éducation du goût pour ce qui est juste et vrai, même si cela peut comporter des sacrifices et aller à contre-courant.

Lever les yeux vers Dieu. Face au difficile défi dans le parcours des voies de la justice et de la paix, nous pouvons être tentés de nous demander, comme le psalmiste : « Je lève les yeux vers les montagnes: mon secours, d’où viendra-t-il ? » (Ps 121, 1). Je veux dire à tous avec force, et particulièrement aux jeunes: « Ce ne sont pas les idéologies qui sauvent le monde, mais c’est seulement le fait de se tourner vers le Dieu vivant, le garant de ce qui est véritablement bon et vrai… [le fait de] se tourner sans réserve vers Dieu, qui est la mesure de ce qui est juste et qui est, en même temps, l’amour éternel. Qu’est-ce qui pourrait bien nous sauver sinon l’amour? » L’amour se réjouit de la vérité, il est la force qui donne la capacité de s’engager pour la vérité, la justice et la paix, car il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout (cf. 1 Co 13, 1-13).

Chers jeunes, vous êtes un don précieux pour la société. Face aux difficultés, ne vous laissez pas prendre par le découragement et ne vous complaisez pas dans de fausses solutions, qui, souvent, se présentent comme la voie la plus facile pour résoudre les problèmes. N’ayez pas peur de vous engager, d’affronter l’effort et le sacrifice, de choisir des chemins qui exigent la fi délité et la constance, l’humilité et le dévouement. Vivez avec confiance votre jeunesse et les désirs profonds de bonheur, de vérité, de beauté et d’amour vrai que vous éprouvez!

Vivez intensément cette phase de la vie si riche et pleine d’enthousiasme. Prenez conscience d’être vous-mêmes des exemples stimulants pour les adultes. Plus vous vous efforcez de vaincre les injustices et la corruption, plus vous désirerez un avenir meilleur et vous vous engagerez à le construire, alors vous le serez vraiment. Ayez conscience de vos potentialités et ne vous repliez jamais sur vous-mêmes, mais sachez travailler pour un avenir plus lumineux pour tous. Vous n’êtes jamais seuls. L’Église a confiance en vous, elle vous suit, elle vous encourage et désire vous offrir ce qu’elle a de plus précieux : la possibilité de lever les yeux vers Dieu, de rencontrer Jésus Christ, Celui qui est la justice et la paix.

À vous tous, hommes et femmes qui avez à cœur la cause de la paix! La paix n’est pas un bien déjà acquis, mais un objectif auquel, tous et chacun, nous devons aspirer. Regardons l’avenir avec une plus grande espérance, encourageons-nous les uns les autres dans notre cheminement, travaillons à donner à notre monde un visage plus humain et fraternel, et sentons-nous unis dans la responsabilité envers les jeunes générations présentes et futures, en particulier en les éduquant à être des personnes pacifiques et des artisans de paix. C’est sur la base de cette prise de conscience que je vous confie ces réflexions, et que je vous adresse mon appel : unissons nos forces spirituelles, morales et matérielles, pour «éduquer les jeunes à la justice et à la paix ».

Du Vatican, le 8 décembre 2011.
Benoît XVI

* * *

[1] BENOÎT XVI, Discours aux administrateurs de la Région du Latium, de la ville et de la province de Rome (14 janvier 2011): L'Osservatore Romano français n. 3.171 (10 février 2011), p. 13.
[2] Commentaire à l'Évangile selon Saint Jean, 26, 5.
[3] BENOÎT XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 11: AAS 101 (2009), p. 648; La Documentation Catholique 2429 (2009), p. 757; cf. PAUL VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 14: AAS 59 (1967), p. 264. La Documentation Catholique 1492 (1967), p. 679.
[4] BENOÎT XVI, Discours à l'ouverture du Congrès ecclésial diocésain dans la Basilique Saint-Jean-de-Latran (6 juin 2005): AAS 97 (2005), p. 816; L'Osservatore Romano français n. 2.885 (14 juin 2005), pp. 3-4.
[5] Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 16.
[6] Cf. BENOÎT XVI, Discours au Reichtag (Berlin, 22 septembre 2011): L'Osservatore Romano français n. 3.203 (29 septembre 2011), pp. 4-5.
[7] BENOÎT XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 6: AAS 101 (2009), pp. 644-645; La Documentation Catholique 2429 (2009), p. 755.
[8] Catéchisme de l'Église catholique, n. 2304.
[9] BENOÎT XVI, Homélie lors de la veillée de prière au Marienfeld (Cologne, 20 août 2005): AAS 97 (2005), pp. 885-886; L'Osservatore Romano français n. 2.895 (23 août 2005), p. 11.

 



MESSAGE
OF HIS HOLINESS
POPE BENOÎT XVI
FOR THE CELEBRATION OF THE
45th WORLD DAY OF PEACE

1 JANUARY 2012



"Educating Young People in Justice and Peace."

VATICAN CITY, DEC. 16, 2011 (Zenit.org).- Here is a Vatican translation of Benedict XVI's message for the 2012 World Day of Peace, which will be celebrated Jan. 1. The theme of this year's message is: "Educating Young People in Justice and Peace." The document is dated Dec. 8 and was released today.

* * *

EDUCATING YOUNG PEOPLE
IN JUSTICE AND PEACE

1. THE BEGINNING OF A NEW YEAR, God’s gift to humanity, prompts me to extend to all, with great confidence and affection, my heartfelt good wishes that this time now before us may be marked concretely by justice and peace.

With what attitude should we look to the New Year? We fi nd a very beautiful image in Psalm 130. The Psalmist says that people of faith wait for the Lord "more than those who watch for the morning" (v. 6); they wait for him with fi rm hope because they know that he will bring light, mercy, salvation. This waiting was born of the experience of the Chosen People, who realized that God taught them to look at the world in its truth and not to be overwhelmed by tribulation. I invite you to look to 2012 with this attitude of confident trust. It is true that the year now ending has been marked by a rising sense of frustration at the crisis looming over society, the world of labour and the economy, a crisis whose roots are primarily cultural and anthropological. It seems as if a shadow has fallen over our time, preventing us from clearly seeing the light of day.

In this shadow, however, human hearts continue to wait for the dawn of which the Psalmist speaks. Because this expectation is particularly powerful and evident in young people, my thoughts turn to them and to the contribution which they can and must make to society. I would like therefore to devote this message for the XLV World Day of Peace to the theme of education: "Educating Young People in Justice and Peace", in the conviction that the young, with their enthusiasm and idealism, can offer new hope to the world.

My Message is also addressed to parents, families and all those involved in the area of education and formation, as well as to leaders in the various spheres of religious, social, political, economic and cultural life and in the media. Attentiveness to young people and their concerns, the ability to listen to them and appreciate them, is not merely something expedient; it represents a primary duty for society as a whole, for the sake of building a future of justice and peace.

It is a matter of communicating to young people an appreciation for the positive value of life and of awakening in them a desire to spend their lives in the service of the Good. This is a task which engages each of us personally.

The concerns expressed in recent times by many young people around the world demonstrate that they desire to look to the future with solid hope. At the present time, they are experiencing apprehension about many things: they want to receive an education which prepares them more fully to deal with the real world, they see how difficult it is to form a family and to fi nd stable employment; they wonder if they can really contribute to political, cultural and economic life in order to build a society with a more human and fraternal face.

It is important that this unease and its underlying idealism receive due attention at every level of society. The Church looks to young people with hope and confidence; she encourages them to seek truth, to defend the common good, to be open to the world around them and willing to see "new things" (Is 42:9; 48:6).

Educators

2. Education is the most interesting and difficult adventure in life. Educating – from the Latin educere – means leading young people to move beyond themselves and introducing them to reality, towards a fullness that leads to growth. This process is fostered by the encounter of two freedoms, that of adults and that of the young. It calls for responsibility on the part of the learners, who must be open to being led to the knowledge of reality, and on the part of educators, who must be ready to give of themselves. For this reason, today more than ever we need authentic witnesses, and not simply people who parcel out rules and facts; we need witnesses capable of seeing farther than others because their life is so much broader. A witness is someone who first lives the life that he proposes to others.

Where does true education in peace and justice take place? First of all, in the family, since parents are the first educators. The family is the primary cell of society; "it is in the family that children learn the human and Christian values which enable them to have a constructive and peaceful coexistence. It is in the family that they learn solidarity between the generations, respect for rules, forgiveness and how to welcome others."1 The family is the first school in which we are trained in justice and peace. We are living in a world where families, and life itself, are constantly threatened and not infrequently fragmented. Working conditions which are often incompatible with family responsibilities, worries about the future, the frenetic pace of life, the need to move frequently to ensure an adequate livelihood, to say nothing of mere survival – all this makes it hard to ensure that children receive one of the most precious of treasures: the presence of their parents. This presence makes it possible to share more deeply in the journey of life and thus to pass on experiences and convictions gained with the passing of the years, experiences and convictions which can only be communicated by spending time together. I would urge parents not to grow disheartened! May they encourage children by the example of their lives to put their hope before all else in God, the one source of authentic justice and peace.

I would also like to address a word to those in charge of educational institutions: with a great sense of responsibility may they ensure that the dignity of each person is always respected and appreciated. Let them be concerned that every young person be able to discover his or her own vocation and helped to develop his or her God-given gifts. May they reassure families that their children can receive an education that does not conflict with their consciences and their religious principles.

Every educational setting can be a place of openness to the transcendent and to others; a place of dialogue, cohesiveness and attentive listening, where young people feel appreciated for their personal abilities and inner riches, and can learn to esteem their brothers and sisters. May young people be taught to savour the joy which comes from the daily exercise of charity and compassion towards others and from taking an active part in the building of a more humane and fraternal society.

I ask political leaders to offer concrete assistance to families and educational institutions in the exercise of their right and duty to educate. Adequate support should never be lacking to parents in their task. Let them ensure that no one is ever denied access to education and that families are able freely to choose the educational structures they consider most suitable for their children. Let them be committed to reuniting families separated by the need to earn a living. Let them give young people a transparent image of politics as a genuine service to the good of all.

I cannot fail also to appeal to the world of the media to offer its own contribution to education. In today’s society the mass media have a particular role: they not only inform but also form the minds of their audiences, and so they can make a significant contribution to the education of young people. It is important never to forget that the connection between education and communication is extremely close: education takes place through communication, which influences, for better or worse, the formation of the person.

Young people too need to have the courage to live by the same high standards that they set for others. Theirs is a great responsibility: may they find the strength to make good and wise use of their freedom. They too are responsible for their education, including their education in justice and peace!

Educating in truth and freedom

3. Saint Augustine once asked: "Quid enim fortius desiderat anima quam veritatem? – What does man desire more deeply than truth?"2 The human face of a society depends very much on the contribution of education to keep this irrepressible question alive. Education, indeed, is concerned with the integral formation of the person, including the moral and spiritual dimension, focused upon man’s final end and the good of the society to which he belongs. Therefore, in order to educate in truth, it is necessary first and foremost to know who the human person is, to know human nature. Contemplating the world around him, the Psalmist reflects: "When I see the heavens, the work of your hands, the moon and the stars which you arranged, what is man that you should keep him in mind, mortal man that you care for him?" (Ps 8:4-5). This is the fundamental question that must be asked: who is man? Man is a being who bears within his heart a thirst for the infinite, a thirst for truth – a truth which is not partial but capable of explaining life’s meaning – since he was created in the image and likeness of God. The grateful recognition that life is an inestimable gift, then, leads to the discovery of one’s own profound dignity and the inviolability of every single person. Hence the first step in education is learning to recognize the Creator’s image in man, and consequently learning to have a profound respect for every human being and helping others to live a life consonant with this supreme dignity. We must never forget that "authentic human development concerns the whole of the person in every single dimension",3 including the transcendent dimension, and that the person cannot be sacrificed for the sake of attaining a particular good, whether this be economic or social, individual or collective.

Only in relation to God does man come to understand also the meaning of human freedom. It is the task of education to form people in authentic freedom. This is not the absence of constraint or the supremacy of free will, it is not the absolutism of the self. When man believes himself to be absolute, to depend on nothing and no one, to be able to do anything he wants, he ends up contradicting the truth of his own being and forfeiting his freedom. On the contrary, man is a relational being, who lives in relationship with others and especially with God. Authentic freedom can never be attained independently of God.

Freedom is a precious value, but a fragile one; it can be misunderstood and misused. "Today, a particularly insidious obstacle to the task of educating is the massive presence in our society and culture of that relativism which, recognizing nothing as definitive, leaves as the ultimate criterion only the self with its desires. And under the semblance of freedom it becomes a prison for each one, for it separates people from one another, locking each person into his or her own self. With such a relativistic horizon, therefore, real education is not possible without the light of the truth; sooner or later, every person is in fact condemned to doubting the goodness of his or her own life and the relationships of which it consists, the validity of his or her commitment to build with others something in common."4

In order to exercise his freedom, then, man must move beyond the relativistic horizon and come to know the truth about himself and the truth about good and evil. Deep within his conscience, man discovers a law that he did not lay upon himself, but which he must obey. Its voice calls him to love and to do what is good, to avoid evil and to take responsibility for the good he does and the evil he commits.5 Thus, the exercise of freedom is intimately linked to the natural moral law, which is universal in character, expresses the dignity of every person and forms the basis of fundamental human rights and duties: consequently, in the final analysis, it forms the basis for just and peaceful coexistence.

The right use of freedom, then, is central to the promotion of justice and peace, which require respect for oneself and others, including those whose way of being and living differs greatly from one’s own. This attitude engenders the elements without which peace and justice remain merely words without content: mutual trust, the capacity to hold constructive dialogue, the possibility of forgiveness, which one constantly wishes to receive but finds hard to bestow, mutual charity, compassion towards the weakest, as well as readiness to make sacrifices.

Educating in justice

4. In this world of ours, in which, despite the profession of good intentions, the value of the person, of human dignity and human rights is seriously threatened by the widespread tendency to have recourse exclusively to the criteria of utility, profit and material possessions, it is important not to detach the concept of justice from its transcendent roots. Justice, indeed, is not simply a human convention, since what is just is ultimately determined not by positive law, but by the profound identity of the human being. It is the integral vision of man that saves us from falling into a contractual conception of justice and enables us to locate justice within the horizon of solidarity and love.6

We cannot ignore the fact that some currents of modern culture, built upon rationalist and individualist economic principles, have cut off the concept of justice from its transcendent roots, detaching it from charity and solidarity: "The ‘earthly city’ is promoted not merely by relationships of rights and duties, but to an even greater and more fundamental extent by relationships of gratuitousness, mercy and communion. Charity always manifests God’s love in human relationships as well, it gives theological and salvific value to all commitment for justice in the world."7

"Blessed are those who hunger and thirst for righteousness, for they shall be satisfied" (Mt 5:6). They shall be satisfied because they hunger and thirst for right relations with God, with themselves, with their brothers and sisters, and with the whole of creation.

Educating in peace

5. "Peace is not merely the absence of war, and it is not limited to maintaining a balance of powers between adversaries. Peace cannot be attained on earth without safeguarding the goods of persons, free communication among men, respect for the dignity of persons and peoples, and the assiduous practice of fraternity."8 We Christians believe that Christ is our true peace: in him, by his Cross, God has reconciled the world to himself and has broken down the walls of division that separated us from one another (cf. Eph 2:14-18); in him, there is but one family, reconciled in love.

Peace, however, is not merely a gift to be received: it is also a task to be undertaken. In order to be true peacemakers, we must educate ourselves in compassion, solidarity, working together, fraternity, in being active within the community and concerned to raise awareness about national and international issues and the importance of seeking adequate mechanisms for the redistribution of wealth, the promotion of growth, cooperation for development and conflict resolution. "Blessed are the peacemakers, for they shall be called sons of God", as Jesus says in the Sermon on the Mount (Mt 5:9).

Peace for all is the fruit of justice for all, and no one can shirk this essential task of promoting justice, according to one’s particular areas of competence and responsibility. To the young, who have such a strong attachment to ideals, I extend a particular invitation to be patient and persevering in seeking justice and peace, in cultivating the taste for what is just and true, even when it involves sacrifice and swimming against the tide.

Raising one’s eyes to God

6. Before the difficult challenge of walking the paths of justice and peace, we may be tempted to ask, in the words of the Psalmist: "I lift up my eyes to the mountains: from where shall come my help?" (Ps 121:1).

To all, and to young people in particular, I wish to say emphatically: "It is not ideologies that save the world, but only a return to the living God, our Creator, the guarantor of our freedom, the guarantor of what is really good and true … an unconditional return to God who is the measure of what is right and who at the same time is everlasting love. And what could ever save us apart from love?"9 Love takes delight in truth, it is the force that enables us to make a commitment to truth, to justice, to peace, because it bears all things, believes all things, hopes all things, endures all things (cf. 1 Cor 13:1-13).

Dear young people, you are a precious gift for society. Do not yield to discouragement in the face of difficulties and do not abandon yourselves to false solutions which often seem the easiest way to overcome problems. Do not be afraid to make a commitment, to face hard work and sacrifice, to choose the paths that demand fidelity and constancy, humility and dedication. Be confident in your youth and its profound desires for happiness, truth, beauty and genuine love! Live fully this time in your life so rich and so full of enthusiasm.

Realize that you yourselves are an example and an inspiration to adults, even more so to the extent that you seek to overcome injustice and corruption and strive to build a better future. Be aware of your potential; never become self-centred but work for a brighter future for all. You are never alone. The Church has confidence in you, follows you, encourages you and wishes to offer you the most precious gift she has: the opportunity to raise your eyes to God, to encounter Jesus Christ, who is himself justice and peace.

All you men and women throughout the world, who take to heart the cause of peace: peace is not a blessing already attained, but rather a goal to which each and all of us must aspire. Let us look with greater hope to the future; let us encourage one another on our journey; let us work together to give our world a more humane and fraternal face; and let us feel a common responsibility towards present and future generations, especially in the task of training them to be people of peace and builders of peace. With these thoughts I offer my reflections and I appeal to everyone: let us pool our spiritual, moral and material resources for the great goal of "educating young people in justice and peace".

From the Vatican, 8 December 2011

BENEDICTUS PP XVI

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1 BENEDICT XVI, Address to Administrators of Lazio Region and of the Municipality and Province of Rome (14 January 2011): L’Osservatore Romano, 15 January 2011, p. 7.

2 Commentary on the Gospel of John, 26, 5.

3 BENEDICT XVI, Encyclical Letter Caritas in Veritate (29 June 2009), 11: AAS 101 (2009), 648; cf. PAUL VI, Encyclical Letter Populorum Progressio (26 March 1967), 14: AAS 59 (1967), 264.

4 BENEDICT XVI, Address for the Opening of the Diocesan Ecclesial Meeting in the Basilica of Saint John Lateran (6 June 2005): AAS 97 (2005), 816.

5 Cf. SECOND VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Pastoral Constitution on the Church in the Modern World Gaudium et Spes, 16.

6 Cf. BENEDICT XVI, Address to the Bundestag (Berlin, 22 September 2011): L’Osservatore Romano, 24 September 2011, pp. 6-7.

7 ID., Encyclical Letter Caritas in Veritate, 6 (29 June 2009), 6: AAS 101 (2009), 644-645.

8 Catechism of the Catholic Church, No. 2304.

9 BENEDICT XVI, Address at Youth Vigil (Cologne, 20 August 2005): AAS 97 (2005), 885-886.