MESSAGE
DE SA SAINTETÉ
BENOÎT XVI
POUR LA CÉLÉBRATION DE LA

46ème JOURNÉE MONDIALE
DE LA PAIX

1er JANVIER 2013

« Une unique famille humaine »


Journée mondiale de la paix : un message positif et pédagogique

Texte complet

Analyse du card. Turkson


Anne Kurian

ROME, jeudi 13 décembre 2012 (Zenit.org) – Pour le cardinal Turkson, le message de Benoît XVI pour la prochaine Journée mondiale de la paix est « concret, positif et pédagogique ». Il donne notamment les caractéristiques des artisans de paix, suivant les domaines d’engagement.

Le message du pape pour la 46e Journée mondiale de la paix – 1er janvier 2013 – a été présenté ce 14 décembre au Vatican, par le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, président du Conseil pontifical « Justice et Paix », Mgr Mario Toso, S.D.B., secrétaire du dicastère et Mme Flaminia Giovanelli, sous-secrétaire.

Message concret, positif et pédagogique

Pour le cardinal Turkson, le message de Benoît XVI est « concret », « positif » et « pédagogique ».

Il est concret, explique-t-il, car «l’argumentation du pape adhère totalement à la réalité », alors même que « l'expression évangélique du titre – « Heureux les artisans de paix » – peut faire penser à un message de caractère plutôt spirituel, pour ainsi dire, théorique ».

Benoît XVI constate d’abord « un fait » : « l’existence de nombreux artisans de paix, au milieu des conflits, des tensions et des violences ». Expliquant à leur intention la béatitude évangélique, il souligne qu’il s’agit « d’une promesse qui est certitude », c’est-à-dire elle n’est « pas liée au futur, mais se réalise déjà en cette vie ».

Le pape, poursuit le cardinal, « indique clairement ce que doivent faire les opérateurs de paix » : « promouvoir la vie en plénitude, dans son intégralité, donc dans toutes les dimensions de la personne humaine ». Le message attire également l’attention sur « les problèmes les plus urgents, tels la juste vision du mariage, le droit à l’objection de conscience, la liberté religieuse, la question du travail et du chômage, la crise alimentaire, la crise financière, le rôle de la famille dans l’éducation ».

Le message est également « très positif » : non seulement, souligne le cardinal, il « ouvre à l’espérance » mais « il reflète l’amour pour la vie et la vie en plénitude », plaidant pour « les thèmes liés à la justice, nécessaires pour une vie digne en plénitude », où l’homme peut « développer ses potentialités ».

Enfin, le message est « éducatif et pédagogique », selon l'habitude de l’Eglise, « qui a le devoir de "former les consciences" », fait observer le cardinal.

Sur ce dernier aspect, il considère que l’appel du pape est « fort » : il exhorte en effet à « la responsabilité des diverses instances éducatives appelés à former des classes dirigeantes adéquates » et à « étudier de nouveaux modèles économiques et financiers », ce qui est nécessaire pour dépasser les crises particulièrement graves, tant sur le plan financier que « spirituel et moral ».

Caractéristiques de l’artisan de paix

Le cardinal donne également une synthèse du message, en faisant ressortir les traits caractéristiques de l’artisan de paix selon Benoît XVI.

La première partie du message (1 à 3), explique-t-il, « consiste à motiver le choix du thème » : malgré les « difficultés alarmantes » actuelles, le pape « constate qu’il existe des artisans de paix ».

En ce sens, la béatitude évangélique « n’est pas une recommandation assortie d’une récompense dans l’autre vie », c’est l’« accomplissement » d’une promesse : « ceux qui se confient à Dieu et qui accueillent Jésus reçoivent le don de sa paix ».

Cependant, souligne le cardinal, « la paix est aussi une œuvre humaine » et elle est signe que l’humanité constitue « une unique famille humaine ».

Dans ce cadre, « l’artisan de paix est celui qui recherche le bien de l’autre », le « bien plénier de l’âme et du corps » et qui « collabore à la réalisation du bien commun dans la société ».

La deuxième partie, (4 et 5), poursuit le cardinal, souligne que « la réalisation du bien commun et de la paix sont liés au respect de la vie humaine dans son intégralité » : concrètement, « les vrais artisans de paix sont ceux qui défendent et promeuvent vie de sa conception jusqu’à sa mort naturelle » et dans ce cadre, reconnaissent « la structure naturelle du mariage, union entre un homme et une femme ».

L’engagement pour la paix a aussi une « dimension transcendante », au service de la liberté religieuse, et une « dimension communautaire » où « l’artisan de paix promeut les droits et devoirs sociaux essentiels pour la pleine réalisation des droits et devoirs civils et politiques ».

Dans ce cadre, Benoît XVI insiste sur la nécessité de « poursuivre l’engagement pour le plein emploi », ajoute le cardinal.

Dans l’action pour « un nouveau développement intégral et durable et une nouvelle économie », le pape préconise « une échelle de valeurs » avec « Dieu comme référence ultime ». Pour sortir de la crise, il encourage à « promouvoir la vie en favorisant la créativité humaine », une créativité « qui laisse la place à la logique du don de soi ».

Il souligne également l’urgence d’une « considération adéquate de la crise alimentaire », qu’il estime « bien plus grave que la crise financière », précise le cardinal. Dans ce cadre, les artisans de paix ont « le rôle de créer, spécialement pour les petits agriculteurs, des conditions pour accomplir leur travail dignement ».

Enfin, la troisième partie du message (6 et 7) s’arrête sur « le thème de l’éducation », dont la famille est le premier lieu, mais dont les communautés religieuses et les institutions culturelles, scolastiques et universitaires sont parties prenantes.

Au final, conclut le cardinal, la « pédagogie de la paix » implique « action, compassion, solidarité, courage et persévérance » : il s’agit d’avoir « une riche vie intérieure, des références morales valides et des styles de vie appropriés ». Il s’agit aussi de « vivre avec bienveillance et non seulement avec tolérance », de savoir « dire non à la vengeance, reconnaître ses torts, et pardonner ».

ROME, vendredi 14 décembre 2012 (Zenit.org) – « La réalisation de la paix dépend avant tout de la reconnaissance d’être, en Dieu, une unique famille humaine », affirme Benoît XVI.

Le Vatican publie en effet, ce 14 décembre, le message de Benoît XVI pour la Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2013, sur le thème de la béatitude : « Heureux les artisans de paix ».

Message de Benoît XVI :

JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX, 1er JANVIER 2013

HEUREUX LES ARTISANS DE PAIX

1. Chaque année nouvelle porte en elle l’attente d’un monde meilleur. Dans cette perspective, fondée sur la foi, je prie Dieu, Père de l’humanité, de nous donner la concorde et la paix afin que puissent se réaliser pour tous les aspirations à une vie heureuse et prospère.

À 50 ans de l’ouverture du Concile Vatican II qui a permis de renforcer la mission de l’Église dans le monde, il est encourageant de constater que les chrétiens – peuple de Dieu en communion avec lui et en chemin parmi les hommes – s’engagent dans l’histoire en partageant ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses[1], annonçant le salut du Christ et promouvant la paix pour tous.

Notre temps en effet, marqué par la mondialisation, avec ses aspects positifs et négatifs, mais aussi par des conflits sanglants toujours en cours et par des menaces de guerre, demande un engagement renouvelé et collectif pour la recherche du bien commun, du développement de tous les hommes et de tout l’homme.

Les foyers de tension et d’opposition causés par des inégalités croissantes entre riches et pauvres, par la prévalence d’une mentalité égoïste et individualiste qui s’exprime également au travers d’un capitalisme financier sans régulation, nous inquiètent. En plus des différentes formes de terrorisme et de criminalité internationales, les fondamentalismes et les fanatismes qui défigurent la vraie nature de la religion, appelée qu’elle est à favoriser la communion et la réconciliation entre les hommes sont autant de dangers pour la paix.

Et pourtant les nombreuses œuvres de paix dont le monde est riche, témoignent de la vocation innée de l’humanité à la paix. En chaque personne, le désir de paix est une aspiration essentielle qui coïncide, d’une certaine façon, avec le désir d’une vie humaine pleine, heureuse et accomplie. En d’autres termes, le désir de paix correspond à un principe moral fondamental, c’est-à-dire au développement intégral, social, communautaire, entendu comme un droit et un devoir, et cela fait partie du dessein de Dieu sur l’homme. L’homme est fait pour la paix qui est don de Dieu.

Tout ce qui précède m’a conduit à m’inspirer, pour ce Message, des paroles de Jésus-Christ : « Heureux les artisans de paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9).

La béatitude évangélique

2. Les béatitudes, proclamées par Jésus (cf. Mt 5,3-12 et Lc 6,20-23), sont autant de promesses. Dans la tradition biblique en effet, le genre littéraire correspondant à la béatitude porte toujours en lui-même une bonne nouvelle, c’est-à-dire un évangile, qui culmine en une promesse. Les béatitudes ne sont donc pas seulement des recommandations morales dont l’observance prévoit, au temps prescrit – temps généralement situé dans l’autre vie –, une récompense, c’est-à-dire une situation de bonheur à venir. La béatitude consiste plutôt en l’accomplissement d’une promesse adressée à tous ceux qui se laissent guider par les exigences de la vérité, de la justice et de l’amour. Ceux qui mettent leur foi en Dieu et en ses promesses apparaissent souvent aux yeux du monde naïfs et éloignés de la réalité. Eh bien, Jésus leur déclare qu’ils découvriront être fils de Dieu non seulement dans l’autre vie mais déjà en celle-ci et que, depuis toujours et pour toujours, Dieu est pleinement solidaire d’eux. Ils comprendront qu’ils ne sont pas seuls parce qu’Il est du côté de ceux qui s’engagent en faveur de la vérité, de la justice et de l’amour. Jésus, révélation de l’amour du Père, n’hésite pas à s’offrir lui-même en sacrifice. Quand on accueille Jésus-Christ, Homme-Dieu, on vit la joyeuse expérience d’un don immense : le partage de la vie même de Dieu, ou encore la vie de la grâce, prémisse d’une existence pleinement heureuse. Jésus-Christ nous donne en particulier la paix véritable qui naît de la rencontre confi ante de l’homme avec Dieu.

La béatitude de Jésus dit que la paix est à la fois don messianique et œuvre humaine. En effet, la paix présuppose un humanisme ouvert à la transcendance. Il est fruit du don réciproque, d’un enrichissement mutuel, grâce au don qui jaillit de Dieu et permet de vivre avec les autres et pour les autres. L’éthique de la paix est une éthique de la communion et du partage. Il est alors indispensable que les différentes cultures contemporaines dépassent les anthropologies et les éthiques fondées sur des présupposés théorico-pratiques surtout subjectifs et pragmatiques, au nom desquels les relations de cohabitation sont inspirés par des critères de pouvoir ou de profit, où les moyens deviennent des fins et vice-versa, où la culture et l’éducation sont seulement centrées sur les instruments, sur la technique et sur l’efficience. Le démantèlement de la dictature du relativisme et de l’adoption d’une morale totalement autonome qui interdit la reconnaissance de l’incontournable loi morale naturelle inscrite par Dieu dans la conscience de chaque homme est une condition nécessaire de la paix. La paix est construction d’un vivre-ensemble en termes rationnels et moraux, s’appuyant sur un fondement dont la mesure n’est pas créée par l’homme mais par Dieu même. « Le Seigneur donne la puissance à son peuple, le Seigneur bénit son peuple dans la paix », rappelle le Psaume 29 (v.11).

La paix : don de Dieu et œuvre de l’homme

3. La paix concerne l’intégrité de la personne humaine et appelle l’implication de tout l’homme. C’est la paix avec Dieu, en vivant selon sa volonté. C’est la paix intérieure avec soi-même et la paix extérieure avec le prochain et avec toute la création. Elle comporte principalement, comme l’a écrit le bienheureux Jean XXIII dans l’encyclique Pacem in Terrisdont nous commémorerons dans quelques mois le cinquantième anniversaire, la construction d’un vivre-ensemble fondé sur la vérité, sur la liberté, sur l’amour et sur la justice[2]. La négation de ce qu’est la véritable nature de l’être humain, en ses dimensions essentielles, en sa capacité intrinsèque de connaître le vrai et le bien et, en définitive, Dieu lui-même, met en danger la construction de la paix. Sans la vérité sur l’homme, inscrite en son cœur par le Créateur, la liberté et l’amour s’avilissent, la justice perd le fondement de son exercice.

Pour devenir d’authentiques artisans de paix, l’attention à la dimension transcendante est fondamentale comme l’est le dialogue constant avec Dieu, Père miséricordieux, dialogue dans lequel on implore la rédemption que nous a obtenue son Fils Unique. Ainsi l’homme peut vaincre ce germe d’affaiblissement et de négation de la paix qu’est le péché en toutes ses formes : égoïsme et violence, avidité et volonté de puissance et de domination, intolérance, haine et structures injustes.

La réalisation de la paix dépend avant tout de la reconnaissance d’être, en Dieu, une unique famille humaine. Celle-ci se structure, comme l’a enseigné l’Encyclique Pacem in Terris, à travers des relations interpersonnelles et des institutions soutenues et animées par un « nous » communautaire, impliquant un ordre moral, interne et externe, où sont sincèrement reconnus, selon la vérité et la justice, les droits réciproques et les devoirs correspondants. La paix est un ordre vivifié et structuré par l’amour; ainsi chacun ressent comme siens les besoins et les exigences d’autrui, fait partager ses propres biens aux autres et rend la communion aux valeurs spirituelles toujours plus répandue dans le monde. Cet ordre se réalise dans la liberté, c’est-à-dire de la façon qui convient à la dignité des personnes qui, par leur nature raisonnable elle-même, assument la responsabilité de leurs actes[3].

La paix n’est pas un rêve, ce n’est pas une utopie : elle est possible. Nos yeux doivent regarder plus profondément, sous la surface des apparences et des phénomènes, pour distinguer une réalité positive qui existe dans les cœurs parce que tout homme est créé à l’image de Dieu, et appelé à grandir, contribuant à l’édification d’un monde nouveau. Dieu lui-même en effet, par l’incarnation de son Fils et la rédemption qu’il réalise, est entré dans l’histoire, suscitant une nouvelle création et une nouvelle alliance entre Dieu et l’homme (cf. Jer 31,31-34), nous donnant la possibilité d’avoir « un cœur nouveau » et « un esprit nouveau » (cf. Ez 36,26).

C’est justement pourquoi l’Église est convaincue qu’existe l’urgence d’une nouvelle annonce de Jésus-Christ, premier et principal facteur du développement intégral des peuples et aussi de la paix. En effet, Jésus est notre paix, notre justice, notre réconciliation (cf. Ep 2,14 ; 2 Cor 5,18). L’artisan de paix, selon la béatitude de Jésus, est celui qui recherche le bien de l’autre, le bien complet de l’âme et du corps, aujourd’hui et demain.

De cet enseignement, on peut déduire que toute personne, toute communauté – religieuse, civile, éducative et culturelle –, est appelée à être artisan de paix. La paix est principalement réalisation du bien commun des différentes sociétés, qu’elles soient primaires ou intermédiaires, nationales, internationales ou mondiale. C’est justement pourquoi on peut dire que les voies de réalisation du bien commun sont aussi celles qu’il importe de parcourir pour obtenir la paix.

Les artisans de paix sont ceux qui aiment, défendent et promeuvent la vie dans son intégralité

4. Le chemin de réalisation du bien commun et de la paix est avant tout le respect pour la vie humaine, considérée dans la variété de ses aspects, à commencer par sa conception, dans son développement, et jusqu’à son terme naturel. Les vrais artisans de paix sont alors ceux qui aiment, défendent et promeuvent la vie humaine en toutes ses dimensions : personnelle, communautaire et transcendante. La vie en plénitude est le sommet de la paix. Qui veut la paix ne peut tolérer des atteintes ou des crimes contre la vie.

Ceux qui n’apprécient pas suffisamment la valeur de la vie humaine et, par conséquent, soutiennent la libéralisation de l’avortement par exemple, ne se rendent peut-être pas compte que de cette façon ils proposent la recherche d’une paix illusoire. La fuite des responsabilités qui avilit la personne humaine et, encore davantage, le meurtre d’un être sans défense et innocent, ne pourront jamais produire ni bonheur ni paix. Comment peut-on penser en effet construire la paix, le développement intégral des peuples ou la sauvegarde même de l’environnement sans que soit défendu le droit des plus faibles à la vie, à commencer par les enfants à naître ? Toute atteinte à la vie, en particulier à son origine, provoque inévitablement des dégâts irréparables pour le développement, pour la paix, pour l’environnement. Il n’est pas juste non plus de codifier de manière sournoise de faux droits ou des abus qui, fondés sur une vision réductrice et relativiste de l’être humain et sur l’utilisation habile d’expressions ambiguës destinées à favoriser un prétendu droit à l’avortement et à l’euthanasie, menacent le droit fondamental à la vie.

La structure naturelle du mariage doit être aussi reconnue et promue, c’est-à-dire l’union entre un homme et une femme, face aux tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes radicalement différentes d’union qui, en réalité, la dénaturent et contribuent à la déstabiliser, éclipsant son caractère particulier et son rôle social irremplaçable.

Ces principes ne sont pas des vérités de foi ; ils ne sont pas non plus seulement une conséquence du droit à la liberté religieuse. Ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même, identifiables par la raison, et donc communs à toute l’humanité. L’action de l’Église en faveur de leur promotion ne revêt donc pas un caractère confessionnel mais s’adresse à toutes les personnes, quelle que soit leur appartenance religieuse. Cette action est d’autant plus nécessaire que ces principes sont niés ou mal compris, car cela constitue une offense faite à la vérité de la personne humaine, une grave blessure infligée à la justice et à la paix.

C’est pourquoi la reconnaissance par les ordonnancements juridiques et par l’administration de la justice du droit à l’usage du principe d’objection de conscience face à des lois et à des mesures gouvernementales portant atteintes à la dignité humaine, comme l’avortement et l’euthanasie, est aussi une importante contribution à la paix.

Parmi les droits fondamentaux, concernant aussi la vie pacifique des peuples, il y a également celui des particuliers et des communautés à la liberté religieuse. En ce moment de l’histoire, il devient de plus en plus important qu’un tel droit soit promu non seulement du point de vue négatif, comme liberté face à – par exemple des obligations ou des restrictions relatives à la liberté de choisir sa propre religion –, mais aussi du point de vue positif, en ses différentes articulations, comme liberté de : par exemple de témoigner de sa propre religion, d’annoncer et de communiquer ses enseignements ; d’accomplir des activités éducatives, de bienfaisance et d’assistance qui permettent d’appliquer les préceptes religieux ; d’exister et d’agir en tant qu’organismes sociaux, structurés selon les principes doctrinaux et les fins institutionnelles qui leur sont propres. Malheureusement, même dans les pays de vieille tradition chrétienne, se multiplient les épisodes d’intolérance religieuse, en particulier contre le christianisme et contre ceux qui revêtent simplement les signes distinctifs de leur propre religion.

L’artisan de paix doit aussi avoir conscience que de plus en plus de secteurs de l’opinion publique sont touchés par les idéologies du libéralisme radical et de la technocratie qui leur instillent la conviction selon laquelle la croissance économique est à obtenir aussi au prix de l’érosion de la fonction sociale de l’État et des réseaux de solidarité de la société civile, ainsi que des droits et des devoirs sociaux. Or, il faut considérer que ces droits et devoirs sont fondamentaux pour la pleine réalisation des autres, à commencer par les droits et les devoirs civiques et politiques.

Parmi les droits et les devoirs sociaux aujourd’hui les plus menacés, il y a le droit au travail. Cela est dû au fait que le travail et la juste reconnaissance du statut juridique des travailleurs sont de moins en moins correctement valorisés, parce que le développement économique dépendrait surtout de la pleine liberté des marchés. Le travail est appréhendé comme une variable dépendant des mécanismes économiques et financiers. À ce sujet, je répète ici que la dignité de l’homme, ainsi que la logique économique, sociale et politique, exigent que l’on continue à « se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail ou son maintien, pour tous »[4]. La réalisation de cet objectif ambitieux a pour condition une appréhension renouvelée du travail, fondée sur des principes éthiques et des valeurs spirituelles de nature à renforcer sa conception en tant que bien fondamental pour la personne, la famille, la société. À ce bien correspondent un devoir et un droit qui exigent des politiques courageuses et novatrices en faveur du travail pour tous.

Construire le bien de la paix par un nouveau modèle de développement et d’économie

5. De plusieurs côtés, il est reconnu qu’aujourd’hui un nouveau modèle de développement comme aussi un nouveau regard sur l’économie s’avèrent nécessaires. Aussi bien le développement intégral, solidaire et durable, que le bien commun, exigent une échelle correcte de “biens-valeurs”, qu’il est possible de structurer en ayant Dieu comme référence ultime. Il ne suffit pas d’avoir à disposition de nombreux moyens et de nombreuses opportunités de choix, même appréciables. Autant les multiples biens efficaces pour le développement, que les opportunités de choix doivent être utilisés dans la perspective d’une vie bonne, d’une conduite droite qui reconnaisse le primat de la dimension spirituelle et l’appel à la réalisation du bien commun. Dans le cas contraire, ils perdent leur juste valeur, finissant par s’ériger en nouvelles idoles.

Pour sortir de la crise financière et économique actuelle – qui a pour effet une croissance des inégalités – il faut des personnes, des groupes, des institutions qui promeuvent la vie en favorisant la créativité humaine pour tirer, même de la crise, l’occasion d’un discernement et d’un nouveau modèle économique. Le modèle prévalant des dernières décennies postulait la recherche de la maximalisation du profit et de la consommation, dans une optique individualiste et égoïste, tendant à évaluer les personnes seulement par leur capacité à répondre aux exigences de la compétitivité. Au contraire, dans une autre perspective, le succès véritable et durable s’obtient par le don de soi, de ses propres capacités intellectuelles, de son esprit d’initiative, parce que le développement économique vivable, c’est-à-dire authentiquement humain, a besoin du principe de gratuité comme expression de fraternité et de la logique du don[5]. Concrètement, dans l’activité économique, l’artisan de paix se présente comme celui qui instaure avec ses collaborateurs et ses collègues, avec les commanditaires et les usagers, des relations de loyauté et de réciprocité. Il exerce l’activité économique pour le bien commun, vit son engagement comme quelque chose qui va au-delà de son intérêt propre, au bénéfice des générations présentes et futures. Et ainsi, il travaille non seulement pour lui, mais aussi pour donner aux autres un avenir et un travail décent.

Dans le domaine économique, il est demandé, spécialement de la part des États, des politiques de développement industriel et agricole qui aient le souci du progrès social et de l’universalisation d’un État de droit, démocratique. Ensuite, la structuration éthique des marchés monétaires, financiers et commerciaux est fondamentale et incontournable; ceux-ci seront stabilisés et le plus possible coordonnés et contrôlés, de façon à ne pas nuire aux plus pauvres. La sollicitude des nombreux artisans de paix doit en outre se mettre – avec plus de résolution par rapport à ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui – à considérer la crise alimentaire, bien plus grave que la crise financière. Le thème de la sécurité des approvisionnements alimentaires en est venu à être central dans l’agenda politique international, à cause de crises connexes, entre autre, aux fluctuations soudaines des prix des matières premières agricoles, aux comportements irresponsables de certains agents économiques et à un contrôle insuffisant de la part des gouvernements et de la communauté internationale. Pour faire face à cette crise, les artisans de paix sont appelés à œuvrer ensemble en esprit de solidarité, du niveau local au niveau international, avec pour objectif de mettre les agriculteurs, en particulier dans les petites réalités rurales, en condition de pouvoir exercer leur activité de façon digne et durable, d’un point de vue social, environnemental et économique.

Éducation pour une culture de paix : le rôle de la famille et des institutions

6. Je désire rappeler avec force que les nombreux artisans de paix sont appelés à cultiver la passion pour le bien commun de la famille et pour la justice sociale, ainsi que l’engagement en faveur d’une éducation sociale valable.

Personne ne peut ignorer ou sous-évaluer le rôle décisif de la famille, cellule de base de la société du point de vue démographique, éthique, pédagogique, économique et politique. Elle a une vocation naturelle à promouvoir la vie : elle accompagne les personnes dans leur croissance et les incite au développement mutuel par l’entraide réciproque. La famille chrétienne, tout particulièrement, porte en elle le projet embryonnaire de l’éducation des personnes à la mesure de l’amour divin. La famille est un des sujets sociaux indispensables à la réalisation d’une culture de la paix. Il faut protéger le droit des parents et leur rôle premier dans l’éducation des enfants, tout d’abord dans le domaine moral et religieux. Dans la famille, naissent et grandissent les artisans de paix, les futurs promoteurs d’une culture de la vie et de l’amour[6].

Dans cette immense tache de l’éducation à la paix, les communautés religieuses sont particulièrement impliquées. L’Église se sent partie-prenante d’une si grande responsabilité à travers la nouvelle évangélisation, qui a comme pivot la conversion à la vérité et à l’amour du Christ, et, par conséquent, la renaissance spirituelle et morale des personnes et des sociétés. La rencontre avec Jésus Christ façonne les artisans de paix en les engageant à la communion et au dépassement de l’injustice.

Une mission spéciale concernant la paix est remplie par les institutions culturelles scolaires et universitaires. Il leur est demandé une contribution importante non seulement à la formation de nouvelles générations de leader, mais aussi au renouvellement des institutions publiques, nationales et internationales. Elles peuvent aussi contribuer à une réflexion scientifique qui enracine les activités économiques et financières dans un solide fondement anthropologique et éthique. Le monde actuel, particulièrement le monde politique, a besoin du support d’une nouvelle pensée, d’une nouvelle synthèse culturelle, pour dépasser les approches purement techniques et harmoniser les multiples tendances politiques en vue du bien commun. Celui-ci, considéré comme un ensemble de relations interpersonnelles et institutionnelles positives, au service de la croissance intégrale des individus et des groupes, est à la base de toute éducation véritable à la paix.

Une pédagogie de l’artisan de paix

7. En conclusion, ressort la nécessité de proposer et de promouvoir une pédagogie de la paix. Elle demande une vie intérieure riche, des références morales claires et valables, des attitudes et des manières de vivre appropriées. En effet, les œuvres de paix concourent à réaliser le bien commun et créent l’intérêt pour la paix, en éduquant à la paix. Pensées, paroles et gestes de paix créent une mentalité et une culture de la paix, une atmosphère de respect, d’honnêteté et de cordialité. Il faut alors enseigner aux hommes à s’aimer et à s’éduquer à la paix, et à vivre avec bienveillance, plus que par simple tolérance. L’encouragement fondamental est celui de « dire non à la vengeance, de reconnaître ses torts, d’accepter les excuses sans les rechercher, et enfin de pardonner » [7], de sorte que les erreurs et les offenses puissent être reconnues en vérité pour avancer ensemble vers la réconciliation. Cela demande qu’une pédagogie du pardon se répande. Le mal, en effet, se vainc par le bien, et la justice est recherchée en imitant Dieu, le Père, qui aime tous ses enfants (cf. Mt 5, 21-48). C’est un travail de longue haleine, parce qu’il suppose une évolution spirituelle, une éducation aux valeurs les plus élevées, une vision neuve de l’histoire humaine. Il convient de renoncer à la fausse paix que promettent les idoles de ce monde et aux dangers qui l’accompagnent, à cette fausse paix qui rend les consciences toujours plus insensibles, qui porte au repliement sur soi, à une existence atrophiée vécue dans l’indifférence. Au contraire la pédagogie de la paix implique action, compassion, solidarité, courage et persévérance.

Jésus incarne l’ensemble de ces attitudes dans son existence, jusqu’au don total de lui-même, jusqu’à « perdre sa vie » (cf. Mt 10,39 ; Lc 17,33 ; Jn 12,25). Il promet à ses disciples que, tôt ou tard, ils feront la découverte extraordinaire dont nous avons parlé au début, à savoir que dans le monde, il y a Dieu, le Dieu de Jésus, pleinement solidaire des hommes. Dans ce contexte, je voudrais rappeler la prière par laquelle nous demandons à Dieu de faire de nous des instruments de sa paix, pour porter son amour là où il y a la haine, son pardon là où il y a l’offense, la vraie foi là où il y a le doute. Pour notre part, avec le bienheureux Jean XXIII, demandons à Dieu qu’il éclaire les responsables des peuples, afin que, tout en se préoccupant du légitime bien-être de leurs compatriotes, ils garantissent et défendent le précieux don de la paix. Qu’il enflamme la volonté de tous pour renverser les barrières qui divisent, renforcer les liens de l’amour mutuel, user de compréhension à l’égard d’autrui et pardonner à ceux qui leur ont fait du tort, de sorte que, grâce à son action, tous les peuples de la terre fraternisent et que parmi eux ne cesse de fleurir et de régner la paix tant désirée[8].

Par ce vœu, je souhaite que tous puissent être de véritables artisans et bâtisseurs de paix, de sorte que la cité de l’homme grandisse dans une concorde fraternelle, dans la prospérité et dans la paix.

Du Vatican, le 8 décembre 2012.

[1]Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 1.

[2]Cf. Lettre enc. Pacem in terris(11 avril 1963) : AAS 55 (1963), 265-266.

[3]Cf. ibid. : AAS 55 (1963), 266.

[4]BENOÎT XVI, Lettre enc. Caritas in veritate(29 juin 2009), n. 32 : AAS 101 (2009), 666-667.

[5]Cf. ibid., n. 34 et 36 : AAS 101 (2009), 668-670 et 671-672.

[6]Cf. JEAN-PAUL II, Message pour la Journée mondiale de la Paix 1994(8 décembre 1993): AAS 86 (1994), 156-162.

[7]Benoît XVI, Discours aux membres du Gouvernement, aux institutions de la République, au corps diplomatique, aux chefs religieux et aux représentants du monde de la culture, Baabda-Liban (15 septembre 2012) : L’Osservatore romano, édition française n. 3.253 (20 septembre 2012), p. 7.

[8]Cf. Lettre enc. Pacem in terris(11 avril 1963) : AAS 55 (1963), 304.


 



MESSAGE
OF HIS HOLINESS
POPE BENOÎT XVI
FOR THE CELEBRATION OF THE
46th WORLD DAY OF PEACE

1 JANUARY 2013



Full Text

Holy See Releases Papal Message for World Day of Peace


Emphasizes Role of Peacemakers as Promoters of Life in Its Fullest Expression


VATICAN CITY, DEC. 14, 2012 (Zenit.org).- Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, president of the Pontifical Council for Justice and Peace along with Bishop Mario Toso, secretary of the same Council presented Pope Benedict XVI's Message for the 46th World Day of Peace.

The message, which focuses on the theme of the annual event: "Blessed are the peacemakers", was discussed at a press conference held in the Holy See Press Office.

Regarding the nature of the Papal message, Cardinal Turkson stated that while at first it may seem that the message is theoretical in nature, it is very much grounded in reality.

"It states a fact - the existence, in the midst of conflicts, tension and violence, of numerous peacemakers; in the explanation of the Gospel beatitude it explains that this is a promise that is guaranteed, in that it is made by God and does not refer merely to the future but already finds fulfillment in this life," Cardinal Turkson said.

"It clearly indicates the duties of peacemakers: they must promote life in its fullest expression, in its entirety and therefore in all the dimensions of the human person, and draws attention to urgent problems issues such as the correct vision of marriage, the right to conscientious objection, religious freedom, the issues of work and unemployment, the food crisis, the financial crisis, and the role of the family in education."

Cardinal Turkson also noted the message's "educational and pedagogical perspective" which he said was crucial in forming consciences.

"In this regard, the Pontiff calls for responsibility on the part of the various educational institutions who must form capable leaders and propose new economic and financial models," the Cardinal said.

"This is necessary to overcome the particularly grave situation the globalized world is currently facing, a phase of profound spiritual and moral crisis in which there are still bloody conflicts and numerous threats to peace."

Bishop Toso said that the Pope's Message for the World Day of Peace is "an invitation to become peacemakers" and that it aids in "protecting and implementing all the rights and duties of the individual and of communities."

The Italian prelate said that the message also calls on humanity to prevent the erosion of social rights, especially the right to work.

"This is in spite of the context of economic recession, provoked in part by the financial crisis which began in 2007, and ideologies of radical liberalism and technocracy according to which development can be achieved without social and democratic progress," he said.

Concluding his address, Bishop Toso said that Pope Benedict's message promoted the growth of the human family and peace among all.

"Peace is a common goal to be pursued as a community, to the full benefit of every human being and population", Bishop Toso said.

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Pope's Message for 46th World Day of Peace


"Jesus Beatitude Tells Us That Peace is both a Messianic Gift and the Fruit of Human Effort"


VATICAN CITY, DEC. 14, 2012 (Zenit.org).- Here is the full text of Pope Benedict XVI's message for the 46th World Day of Peace which will be celebrated on January 1st, 2013 under the theme: "Blessed are the peacemakers."

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"1. Each new year brings the expectation of a better world. In light of this, I ask God, the Father of humanity, to grant us concord and peace, so that the aspirations of all for a happy and prosperous life may be achieved.

"Fifty years after the beginning of the Second Vatican Council, which helped to strengthen the Church’s mission in the world, it is heartening to realise that Christians, as the People of God in fellowship with Him and sojourning among mankind, are committed within history to sharing humanity’s joys and hopes, grief and anguish, as they proclaim the salvation of Christ and promote peace for all.

"In effect, our times, marked by globalisation with its positive and negative aspects, as well as the continuation of violent conflicts and threats of war, demand a new, shared commitment in pursuit of the common good and the development of all men, and of the whole man.

"It is alarming to see hotbeds of tension and conflict caused by growing instances of inequality between rich and poor, by the prevalence of a selfish and individualistic mindset which also finds expression in an unregulated financial capitalism. In addition to the varied forms of terrorism and international crime, peace is also endangered by those forms of fundamentalism and fanaticism which distort the true nature of religion, which is called to foster fellowship and reconciliation among people.

"All the same, the many different efforts at peacemaking which abound in our world testify to mankind’s innate vocation to peace. In every person the desire for peace is an essential aspiration which coincides in a certain way with the desire for a full, happy and successful human life. In other words, the desire for peace corresponds to a fundamental moral principle, namely, the duty and right to an integral social and communitarian development, which is part of God’s plan for mankind. Man is made for the peace which is God’s gift.

"All of this led me to draw inspiration for this Message from the words of Jesus Christ: 'Blessed are the peacemakers, for they will be called children of God'.

Gospel beatitude

"2. The beatitudes which Jesus proclaimed are promises. In the biblical tradition, the beatitude is a literary genre which always involves some good news, a 'gospel', which culminates in a promise. Therefore, the beatitudes are not only moral exhortations whose observance foresees in due time – ordinarily in the next life – a reward or a situation of future happiness. Rather, the blessedness of which the beatitudes speak consists in the fulfilment of a promise made to all those who allow themselves to be guided by the requirements of truth, justice and love. In the eyes of the world, those who trust in God and His promises often appear naïve or far from reality. Yet Jesus tells them that not only in the next life, but already in this life, they will discover that they are children of God, and that God has always been, and ever will be, completely on their side. They will understand that they are not alone, because He is on the side of those committed to truth, justice and love. Jesus, the revelation of the Father’s love, does not hesitate to offer Himself in self-sacrifice. Once we accept Jesus Christ, God and man, we have the joyful experience of an immense gift: the sharing of God’s own life, the life of grace, the pledge of a fully blessed existence. Jesus Christ, in particular, grants us true peace, which is born of the trusting encounter of man with God.

"Jesus’ beatitude tells us that peace is both a messianic gift and the fruit of human effort. In effect, peace presupposes a humanism open to transcendence. It is the fruit of the reciprocal gift, of a mutual enrichment, thanks to the gift which has its source in God and enables us to live with others and for others. The ethics of peace is an ethics of fellowship and sharing. It is indispensable, then, that the various cultures in our day overcome forms of anthropology and ethics based on technical and practical suppositions which are merely subjectivistic and pragmatic, in virtue of which relationships of coexistence are inspired by criteria of power or profit, means become ends and vice versa, and culture and education are centred on instruments, technique and efficiency alone. The precondition for peace is the dismantling of the dictatorship of relativism and of the supposition of a completely autonomous morality which precludes acknowledgement of the ineluctable natural moral law inscribed by God upon the conscience of every man and woman. Peace is the building up of coexistence in rational and moral terms, based on a foundation whose measure is not created by man, but rather by God. As Psalm 29 puts it: 'May the Lord give strength to His people; may the Lord bless His people with peace'.

Peace: God’s gift and the fruit of human effort

"3. Peace concerns the human person as a whole, and it involves complete commitment. It is peace with God through a life lived according to His will. It is interior peace with oneself, and exterior peace with our neighbours and all creation. Above all, as Blessed John XXIII wrote in his Encyclical Pacem in Terris, whose fiftieth anniversary will fall in a few months, it entails the building up of a coexistence based on truth, freedom, love and justice. The denial of what makes up the true nature of human beings in its essential dimensions, its intrinsic capacity to know the true and the good and, ultimately, to know God Himself, jeopardises peacemaking. Without the truth about man inscribed by the Creator in the human heart, freedom and love become debased, and justice loses the ground of its exercise.

"To become authentic peacemakers, it is fundamental to keep in mind our transcendent dimension and to enter into constant dialogue with God, the Father of mercy, whereby we implore the redemption achieved for us by His only-begotten Son. In this way mankind can overcome that progressive dimming and rejection of peace which is sin in all its forms: selfishness and violence, greed and the will to power and dominion, intolerance, hatred and unjust structures.

"The attainment of peace depends above all on recognizing that we are, in God, one human family. This family is structured, as the Encyclical Pacem in Terris taught, by interpersonal relations and institutions supported and animated by a communitarian 'we', which entails an internal and external moral order in which, in accordance with truth and justice, reciprocal rights and mutual duties are sincerely recognized. Peace is an order enlivened and integrated by love, in such a way that we feel the needs of others as our own, share our goods with others and work throughout the world for greater communion in spiritual values. It is an order achieved in freedom, that is, in a way consistent with the dignity of persons who, by their very nature as rational beings, take responsibility for their own actions.

"Peace is not a dream or something utopian; it is possible. Our gaze needs to go deeper, beneath superficial appearances and phenomena, to discern a positive reality which exists in human hearts, since every man and woman has been created in the image of God and is called to grow and contribute to the building of a new world. God Himself, through the incarnation of His Son and His work of redemption, has entered into history and has brought about a new creation and a new covenant between God and man, thus enabling us to have a 'new heart' and a 'new spirit'.

"For this very reason the Church is convinced of the urgency of a new proclamation of Jesus Christ, the first and fundamental factor of the integral development of peoples and also of peace. Jesus is indeed our peace, our justice and our reconciliation. The peacemaker, according to Jesus’ beatitude, is the one who seeks the good of the other, the fullness of good in body and soul, today and tomorrow.

"From this teaching one can infer that each person and every community, whether religious, civil, educational or cultural, is called to work for peace. Peace is principally the attainment of the common good in society at its different levels, primary and intermediary, national, international and global. Precisely for this reason it can be said that the paths which lead to the attainment of the common good are also the paths that must be followed in the pursuit of peace.

Peacemakers are those who love, defend and promote life in its fullness

"4. The path to the attainment of the common good and to peace is above all that of respect for human life in all its many aspects, beginning with its conception, through its development and up to its natural end. True peacemakers, then, are those who love, defend and promote human life in all its dimensions, personal, communitarian and transcendent. Life in its fullness is the height of peace. Anyone who loves peace cannot tolerate attacks and crimes against life.

"Those who insufficiently value human life and, in consequence, support among other things the liberalization of abortion, perhaps do not realize that in this way they are proposing the pursuit of a false peace. The flight from responsibility, which degrades human persons, and even more so the killing of a defenceless and innocent being, will never be able to produce happiness or peace. Indeed how could one claim to bring about peace, the integral development of peoples or even the protection of the environment without defending the life of those who are weakest, beginning with the unborn. Every offence against life, especially at its beginning, inevitably causes irreparable damage to development, peace and the environment. Neither is it just to introduce surreptitiously into legislation false rights or freedoms which, on the basis of a reductive and relativistic view of human beings and the clever use of ambiguous expressions aimed at promoting a supposed right to abortion and euthanasia, pose a threat to the fundamental right to life.

"There is also a need to acknowledge and promote the natural structure of marriage as the union of a man and a woman in the face of attempts to make it juridically equivalent to radically different types of union; such attempts actually harm and help to destabilize marriage, obscuring its specific nature and its indispensable role in society.

"These principles are not truths of faith, nor are they simply a corollary of the right to religious freedom. They are inscribed in human nature itself, accessible to reason and thus common to all humanity. The Church’s efforts to promote them are not therefore confessional in character, but addressed to all people, whatever their religious affiliation. Efforts of this kind are all the more necessary the more these principles are denied or misunderstood, since this constitutes an offence against the truth of the human person, with serious harm to justice and peace.

"Consequently, another important way of helping to build peace is for legal systems and the administration of justice to recognize the right to invoke the principle of conscientious objection in the face of laws or government measures that offend against human dignity, such as abortion and euthanasia.

"One of the fundamental human rights, also with reference to international peace, is the right of individuals and communities to religious freedom. At this stage in history, it is becoming increasingly important to promote this right not only from the negative point of view, as freedom from – for example, obligations or limitations involving the freedom to choose one’s religion – but also from the positive point of view, in its various expressions, as freedom for – for example, bearing witness to one’s religion, making its teachings known, engaging in activities in the educational, benevolent and charitable fields which permit the practice of religious precepts, and existing and acting as social bodies structured in accordance with the proper doctrinal principles and institutional ends of each. Sadly, even in countries of long-standing Christian tradition, instances of religious intolerance are becoming more numerous, especially in relation to Christianity and those who simply wear identifying signs of their religion.

"Peacemakers must also bear in mind that, in growing sectors of public opinion, the ideologies of radical liberalism and technocracy are spreading the conviction that economic growth should be pursued even to the detriment of the state’s social responsibilities and civil society’s networks of solidarity, together with social rights and duties. It should be remembered that these rights and duties are fundamental for the full realisation of other rights and duties, starting with those which are civil and political.

"One of the social rights and duties most under threat today is the right to work. The reason for this is that labour and the rightful recognition of workers’ juridical status are increasingly undervalued, since economic development is thought to depend principally on completely free markets. Labour is thus regarded as a variable dependent on economic and financial mechanisms. In this regard, I would reaffirm that human dignity and economic, social and political factors, demand that we continue 'to prioritise the goal of access to steady employment for everyone'. If this ambitious goal is to be realised, one prior condition is a fresh outlook on work, based on ethical principles and spiritual values that reinforce the notion of work as a fundamental good for the individual, for the family and for society. Corresponding to this good are a duty and a right that demand courageous new policies of universal employment.

Building the good of peace through a new model of development and economics

"5. In many quarters it is now recognized that a new model of development is needed, as well as a new approach to the economy. Both integral, sustainable development in solidarity and the common good require a correct scale of goods and values which can be structured with God as the ultimate point of reference. It is not enough to have many different means and choices at one’s disposal, however good these may be. Both the wide variety of goods fostering development and the presence of a wide range of choices must be employed against the horizon of a good life, an upright conduct that acknowledges the primacy of the spiritual and the call to work for the common good. Otherwise they lose their real value, and end up becoming new idols.

"In order to emerge from the present financial and economic crisis – which has engendered ever greater inequalities – we need people, groups and institutions which will promote life by fostering human creativity, in order to draw from the crisis itself an opportunity for discernment and for a new economic model. The predominant model of recent decades called for seeking maximum profit and consumption, on the basis of an individualistic and selfish mindset, aimed at considering individuals solely in terms of their ability to meet the demands of competitiveness. Yet, from another standpoint, true and lasting success is attained through the gift of ourselves, our intellectual abilities and our entrepreneurial skills, since a 'liveable' or truly human economic development requires the principle of gratuitousness as an expression of fraternity and the logic of gift. Concretely, in economic activity, peacemakers are those who establish bonds of fairness and reciprocity with their colleagues, workers, clients and consumers. They engage in economic activity for the sake of the common good and they experience this commitment as something transcending their self-interest, for the benefit of present and future generations. Thus they work not only for themselves, but also to ensure for others a future and a dignified employment.

"In the economic sector, states in particular need to articulate policies of industrial and agricultural development concerned with social progress and the growth everywhere of constitutional and democratic states. The creation of ethical structures for currency, financial and commercial markets is also fundamental and indispensable; these must be stabilised and better coordinated and controlled so as not to prove harmful to the very poor. With greater resolve than has hitherto been the case, the concern of peacemakers must also focus upon the food crisis, which is graver than the financial crisis. The issue of food security is once more central to the international political agenda, as a result of inter- related crises, including sudden shifts in the price of basic foodstuffs, irresponsible behaviour by some economic actors and insufficient control on the part of governments and the international community. To face this crisis, peacemakers are called to work together in a spirit of solidarity, from the local to the international level, with the aim of enabling farmers, especially in small rural holdings, to carry out their activity in a dignified and sustainable way from the social, environmental and economic points of view.

Education for a culture of peace: the role of the family and institutions

"6. I wish to reaffirm forcefully that the various peacemakers are called to cultivate a passion for the common good of the family and for social justice, and a commitment to effective social education.

"No one should ignore or underestimate the decisive role of the family, which is the basic cell of society from the demographic, ethical, pedagogical, economic and political standpoints. The family has a natural vocation to promote life: it accompanies individuals as they mature and it encourages mutual growth and enrichment through caring and sharing. The Christian family in particular serves as a seedbed for personal maturation according to the standards of divine love. The family is one of the indispensable social subjects for the achievement of a culture of peace. The rights of parents and their primary role in the education of their children in the area of morality and religion must be safeguarded. It is in the family that peacemakers, tomorrow’s promoters of a culture of life and love, are born and nurtured.

"Religious communities are involved in a special way in this immense task of education for peace. The Church believes that she shares in this great responsibility as part of the new evangelisation, which is centred on conversion to the truth and love of Christ and, consequently, the spiritual and moral rebirth of individuals and societies. Encountering Jesus Christ shapes peacemakers, committing them to fellowship and to overcoming injustice.

"Cultural institutions, schools and universities have a special mission of peace. They are called to make a notable contribution not only to the formation of new generations of leaders, but also to the renewal of public institutions, both national and international. They can also contribute to a scientific reflection which will ground economic and financial activities on a solid anthropological and ethical basis. Today’s world, especially the world of politics, needs to be sustained by fresh thinking and a new cultural synthesis so as to overcome purely technical approaches and to harmonise the various political currents with a view to the common good. The latter, seen as an ensemble of positive interpersonal and institutional relationships at the service of the integral growth of individuals and groups, is at the basis of all true education for peace.

A pedagogy for peacemakers

"7. In the end, we see clearly the need to propose and promote a pedagogy of peace. This calls for a rich interior life, clear and valid moral points of reference, and appropriate attitudes and lifestyles. Acts of peacemaking converge for the achievement of the common good; they create interest in peace and cultivate peace. Thoughts, words and gestures of peace create a mentality and a culture of peace, and a respectful, honest and cordial atmosphere. There is a need, then, to teach people to love one another, to cultivate peace and to live with good will rather than mere tolerance. A fundamental encouragement to this is 'to say no to revenge, to recognize injustices, to accept apologies without looking for them, and finally, to forgive', in such a way that mistakes and offences can be acknowledged in truth, so as to move forward together towards reconciliation. This requires the growth of a pedagogy of pardon. Evil is in fact overcome by good, and justice is to be sought in imitating God the Father Who loves all His children. This is a slow process, for it presupposes a spiritual evolution, an education in lofty values, a new vision of human history. There is a need to renounce that false peace promised by the idols of this world along with the dangers which accompany it, that false peace which dulls consciences, which leads to self-absorption, to a withered existence lived in indifference. The pedagogy of peace, on the other hand, implies activity, compassion, solidarity, courage and perseverance.

"Jesus embodied all these attitudes in His own life, even to the complete gift of Himself, even to 'losing His life'. He promises His disciples that sooner or later they will make the extraordinary discovery to which I originally alluded, namely that God is in the world, the God of Jesus, fully on the side of man. Here I would recall the prayer asking God to make us instruments of His peace, to be able to bring His love wherever there is hatred, His mercy wherever there is hurt, and true faith wherever there is doubt. For our part, let us join Blessed John XXIII in asking God to enlighten all leaders so that, besides caring for the proper material welfare of their peoples, they may secure for them the precious gift of peace, break down the walls which divide them, strengthen the bonds of mutual love, grow in understanding, and pardon those who have done them wrong; in this way, by His power and inspiration all the peoples of the earth will experience fraternity, and the peace for which they long will ever flourish and reign among them.

"With this prayer I express my hope that all will be true peacemakers, so that the city of man may grow in fraternal harmony, prosperity and peace."